27.01.2012

Un an de gouvernement Dilma : la politique indigéniste est laissée "pour après"

À fin décembre 2011, le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI, l'organe de Conférence Nationale des Evêques du Brésil - CNBB, chargée des questions indigènes, a publié une note dressant le bilan de la première année d'activité du gouvernement de Dilma Rousseff en matière de politique indigéniste : une politique "laissée pour après".

L'entité a pointé plusieurs sujets pour justifier la sévérité de son jugement. Seulement 62% du budget fédéral affecté aux actions et services destinés aux peuples indigènes ont été dépensés. La Commission de Politique Indigéniste - CNPI, l'instance de dialogue avec les organisations indigènes a cessé de se réunir. Toujours selon le CIMI, la direction de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, ignore les peuples qui luttent contre les ouvrages de tous ordres, spécialement les barrages et usines hydroélectriques. Seules trois Terres Indigènes ont été démarquées au cours de l'année. Le Secrétariat Spécial de Santé Indigène - SESAI créé par Lula en octobre 2010*, ne remplit pas encore sa mission. Enfin, la note relève que la violence contre les peuples indigènes n'a pas cessé, notamment dans l'État du Mato Grosso do Sul et que les droits constitutionnels des peuples indigènes sont attaqués au Congrès national.

Le CIMI rappelle comment, même dans un contexte difficile, les peuples indigènes n'abandonnent pas la lutte pour la défense de leurs droits.

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*Voir la note du 26/11/2010 dans ce blog

Pour en savoir plus (en portugais) :

http://www.cimi.org.br/site/pt-br/?system=news&conteu...

 

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" (No 68), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

20.01.2012

Amazonie péruvienne : Genève soutient la surveillance des compagnies pétrolières

Manuel Feconaco:p,36:un moniteurphotographie un site pollué:Cliché 2012-01-02 11-55-08:2.jpgEntre 2006 et 2010, la Fédération des Communautés Natives du Rio Corrientes - FECONACO a répertorié 92 fuites de pétrole dont 69 importantes. Ces fuites proviennent des installations de la compagnie pétrolière argentine "Pluspetrol", dans le bassin du rio Corrientes, une rivière de la province de Loreto, dans le département du même nom, au nord-est du Pérou, dans le bassin amazonien.

Depuis 40 ans, les activités pétrolières dans cette région ont causé la pollution des sols et des eaux. Elles affectent le territoire et la santé des peuples Achuar, Urarina et Kichwa. Le 22 octobre 2006, un accord appelé "Dorissa", du nom d'un lieu de production pétrolière, a été conclu entre la Feconaco, le Gouvernement péruvien et l'entreprise "Pluspetrol". Cet  accord prévoit, entre autres, l'exercice d'un contrôle indépendant des activités de la compagnie par les communautés, à travers leur Fédération.

Pour rendre possible cette surveillance, la Feconaco a travaillé en partenariat avec l'ONG péruvienne "Shinai". Elle a mis sur pied un programme de contrôle territorial communautaire. Une quinzaine de gardes territoriaux indigènes ont été formés dans les domaines du droit des peuples autochtones et de l'environnement. Ils ont été équipés de GPS, d'appareils de photos et de vidéo. Leur fonction consiste à surveiller les 4'000 km2 de terres indigènes habitées par 42 communautés et à rapporter tous les incidents à la Feconaco. Celle-ci se charge d'exiger que des mesures de protection de l'environnement soient prises par le Gouvernement et les entreprises.

Les observations des gardes ont fait l'objet d'un rapport rendu public au début de 2011. Un résumé de ce document avait déjà été remis au Comité des Nations Unies pour l'Élimination des Discriminations Raciales - CERD qui tenait sa 76e session, à Genève, en février - mars 2010. Shinai et la Feconaco ont souhaité que cette expérience soit répétée dans d'autres régions victimes de situations identiques.

Pour cela, elles ont chargé un membre de leur équipe, Aurélien Stoll, un coopérant suisse, de rédiger un manuel expliquant ce processus de contrôle. Ce document a été publié en août dernier.

Manuel Feconaco:p367inf:un moniteur visite un site pollué à la suite d'une rupture d'oléoduc:Cliché 2012-01-02 11-55-59:2.jpgEn cette fin d'année 2011, un projet semblable de contrôle territorial débute avec la Fédération des Communautés Natives (Quechua) du rio Tigre - FECONAT. Celle-ci veut contrôler les activités des compagnies "Pluspetrol", "ConocoPhillips" et "Perenco". Ce projet doit être réalisé en partenariat avec l'organisation péruvienne "Solsticio" et le Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI, une ONG genevoise, membre fondateur de la Fédération Genevoise de Coopération - FGC. Cette dernière soutient cette action avec un appui du Canton de Genève.

Le 16 novembre, dans la ville d'Iquitos, six organisations indigènes de la province de Loreto ont dénoncé les dommages causés par les compagnies pétrolières. Elles demandent au président péruvien, Ollanta Humala, de prendre des mesures pour mettre un terme à ces graves atteintes à l'environnement.

 

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Photos © Feconaco : un moniteur indigène chargé de la surveillance territoriale constate la pollution...

Pour en savoir plus, en français et accéder au manuel très bien documenté (cartes, photos),

- Sur le site du MCI : http://mci.fgc.ch/mci/ > 26/11/2011 - Mise en place... > Lire manuel (en espagnol)...

- Le site de "Solsticio", la dénonciation de l'activité des compagnies pétrolières (en espagnol) : http://www.defensaindigena.org.pe/index.php?option=com_co...

- L'accord "Dorissa" :  http://www.feconaco.org/pdf/acta_dorissa.pdf

- La dénonciation au CERD (en anglais) : http://www.forestpeoples.org/documents/s_c_america/peru_c...

 

 

06.01.2012

Les peuples indigènes à la COP-17 de Durban

Au niveau international, les organisations indigènes sont bien conscientes des enjeux et des menaces que les changements climatiques font peser sur leur existence. Pour l'organisation Survival International, "Les peuples indigènes sont les premiers experts en changement climatique".

De nombreuses organisations indigènes étaient présentes à la 17e Conférence des parties à la Convention de l'ONU sur les changements climatiques qui a eu lieu à Durban, en Afrique du Sud, du 28 novembre au 9 décembre 2011. Une réunion plus généralement désignée par le sigle COP-17.

En prévision de cette rencontre, les organisations indigènes des neuf pays du bassin amazonien, groupées au sein de la Coordination des  Organisations Indigènes du Bassin Amazonien - COICA, avaient déjà fixé leur position lors d'une rencontre tenue à Manaus en août dernier*. La COICA recommandait la prudence vis-à-vis du mécanisme onusien de Réduction des Emissions de gaz à effets de serre en raison de la Déforestation et la Dégradation des forêts - REDD +. L'Alliance Globale des Peuples indigènes et Communautés locales a demandé l'instauration d'un moratoire sur ce mécanisme.

De leur côté, les organisations indigènes du Brésil ont envoyé cinq représentants à Durban. Pendant la conférence, la délégation a tenu à rappeler ses préoccupations en rapport avec la politique indigéniste du gouvernement brésilien :

1.- Les retards pris pour la démarcation des Terres Indigènes, en particulier celles des Guarani dans l'État du Mato Grosso do Sul; la mauvaise protection contre les envahisseurs, notamment dans la Vallée du Javari ou l'aire indigène Yanomami;  la volonté du Congrès de politiser le processus même de démarcation.

2.- La construction programmée de nombreux ouvrages hydroélectriques dans la région amazonienne. 3.- La réduction de l'émission des gaz à effet de serre compromise par la réforme du Code forestier en cours de discussion devant le Congrès.

La délégation a souligné le nécessaire respect des Conventions et Traités internationaux, la nécessité d'un plan de gestion des Terres Indigènes et le soutien aux initiatives des peuples indigènes pour la protection de leur environnement.

 

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* AYA Info No 63

Pour en savoir plus (en français),

- Le rapport de Survival International (2009) : http://www.survivalfrance.org/actu/7911 > Télécharger le rapport

- L'appel au moratoire publié par Attac International :  http://www.france.attac.org/articles/les-indigenes-contre...

- L'appel de l'Alliance Globale des Peuples indigènes et Communautés locales (en anglais):

http://climate-connections.org/2011/12/06/indigenous-peop...

- La position de la délégation indigène brésilienne (n portugais) :

http://blogapib.blogspot.com/2011/12/movimento-indigena-p...

 

Cette note a été publiée  dans "AYA Info" No 67, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

23.12.2011

La IIe Assemblée Yanomami : un succès !

Secoya:assemblia Yano2.pngLa IIe Assemblée* des Yanomami de l'État d'Amazonas a eu lieu du 22 au 28 novembre au xapono** (un village circulaire) de Bicho-Açu, situé dans la partie inférieure du rio Marauiá, dans la commune de Santa Isabel do Rio Negro Elle a réuni plus d'une centaine de leaders représentant vingt-quatre communautés proches, ou riveraines des rios Cauaburis, Demini, Marauiá, Maya et Padauiri sur les trois communes de Barcelos, São Gabriel da Cachoeira et Santa Isabel do Rio Negro.

Étaient également présents : Davi Kopenawa, président de l'Hutukara Associação Yanomami - HAY, des représentants de l'Association Yanomami du rio Cauaburis - AYRKA, de la Fédération des Organisations Indigènes du Rio Negro - FOIRN. Les principales entités et services publics qui agissent dans cette partie de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) avaient aussi envoyé des délégués.

Tous ces visiteurs ont été accueillis selon les traditionnels rituels de bienvenue. Les débats ont porté sur cinq thèmes qui reflètent les principales préoccupations des leaders : le service de santé, l'éducation différenciée, l'environnement, la surveillance du territoire par la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, et la présence des forces armées.

La santé est certainement le plus important des thèmes abordés par l'Assemblée. Les dirigeants ont souligné les graves déficiences du service de santé dans les communautés. Cela a pour conséquence une péjoration marquée de l'état de santé de la population. Ils ont formulé une dizaine de propositions visant à répondre aux besoins des communautés.

L'Assemblée a également proposé une demi-douzaine de mesures en faveur de l'éducation différenciée devant être mise en œuvre par les institutions chargées de l'éducation dans les villages.

Les leaders ont relevé l'état d'abandon dans lequel la FUNAI laisse les communautés. Ils ont souligné l'augmentation de l'insécurité due à l'invasion de pêcheurs et marchands de bois en particulier. Ils ont formulé six revendications à l'adresse de la Fondation, notamment de garantir la surveillance du territoire. En matière d'environnement, les leaders ont demandé le gel du processus de constitution du comité de gestion de la "Forêt nationale de l'Amazonas"*** qui se superpose avec la TI-Y. Cela en attendant que soit résolue l'incompatibilité des statuts réglementant les "Terres indigènes" et les "Forêts nationales".

En raison de l'impact culturel causé par de la présence de militaires dans les communautés, ils refusent l'implantation de nouveaux pelotons de surveillance de la frontière. Ils demandent le déplacement de ceux qui existent vers des zones non habitées.

Les délégués ont encore désigné les représentants des communautés dans les différentes instances de gestion participative.

Cette Assemblée a été un succès à plus d'un titre, mais surtout en raison du fait que des leaders, souvent isolés, ont pu prendre conscience des mêmes problèmes qu'ils affrontent au quotidien.

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* La première a eu lieu en 2007

** En français, prononcer "chapono"

*** Voir "AYA Info" Nos 63 & 64

Photo © Secoya : une vue de l'Assemblée

Pour en savoir plus (en portugais) : http://www.secoya.org.br/ > II Assembléia Yanomami do Amazonas...

Cette note sera publiée  dans le prochain "AYA Info" No 67, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

16.12.2011

Manifeste indigène contre la perversité et l'autoritarisme du gouvernement

Le 26 octobre, les quatre ministres brésiliens de la justice, de l'environnement, de la santé et de la culture ont signé un arrêté (No 419) visant à accélérer le processus par lequel l'Institut Brésilien de l'Environnement - IBAMA accorde son autorisation avant la mise en œuvre des grands projets économiques, usines hydroélectriques, barrages, ports et autres infrastructures.

Ce texte fixe un délai impératif de trois mois aux organes fédéraux, notamment la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI et la Fondation Culturelle Palmares - FCP*, pour consulter les communautés et organisations indigènes ou quilombolas** quand les ouvrages sont susceptibles d'avoir un impact sur leur existence. Passé le délai, la procédure engagée par l'IBAMA poursuit son déroulement. L'arrêté fixe également, pour chaque type d'ouvrage, en Amazonie légale*** et dans les autres régions du pays, la distance, la zone, à l'intérieur de laquelle les consultations doivent avoir lieu.

Les organisations indigènes contestent cet arrêté. Elles contestent le zonage et surtout le délai trop court imposé à la FUNAI et à la FCP pour consulter les communautés et les organisations potentiellement affectées par les ouvrages. Elles savent que ces entités n'ont pas suffisamment de personnel pour travailler dans les délais impartis par le nouvel arrêté. Le 9 novembre, près de 70 d'entre elles ont signé un manifeste reprochant au gouvernement de Dilma de faire preuve de perversité et d'autoritarisme. Elles accusent le gouvernement de vouloir réduire les droits territoriaux indigènes et quilombolas. Elles demandent la révocation de cet arrêté.

Au terme de la première année du gouvernement Dilma, les relations de celui-ci avec les organisations et les peuples indigènes ne sont pas au mieux !

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Pour en savoir plus (en portugais)

- L'arrêté interministériel publié au Journal Officiel de l'Union le 28 octobre :

http://www.in.gov.br/visualiza/index.jsp?data=28/10/2011&...

- Le manifeste des organisations indigènes :

http://blogapib.blogspot.com/2011/11/manifesto-publico-de...

* La "Fundação Cultural Palmares - FCP" a été créée en 1988. C'est une institution publique rattachée au Ministère de la Culture. Elle est chargée de promouvoir et préserver la culture afro-brésilienne. Site Internet : http://www.palmares.gov.br/

** Les Quilombolas est le nom donné aux esclaves noirs ayant fui les plantations, ou les entreprises de transformation de canne à sucre, qui se regroupaient dans des "quilombos", des lieux difficiles d'accès, éloignés des localités et des plantations, souvent en forêt ou en montagne. Il y a plusieurs milliers de communautés "quilombolas" au Brésil. Comme les peuples indigènes, ces communautés revendiquent le respect de leurs droits.

*** L'Amazonie légale est constituée de neuf États : Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima, Tocantins et une partie du Maranhão,

 

Une version plus réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 66, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

09.12.2011

Controversé, le projet de code forestier a été adopté par le Sénat

Dans la nuit du 6 au 7 décembre, le controversé Code forestier a été adopté au Sénat brésilien (1) par 59 voix contre 7. Le texte avait été voté en première lecture par la Chambre des députés le 24 mai dernier. Il a été repris par plusieurs Commissions du Sénat dont celle de l'Environnement qui, après quelques améliorations, l'a approuvé le 24 novembre.

Au Sénat (2) , les partis gouvernementaux et ceux liés aux producteurs ruraux ont approuvé un texte qu'ils jugent équilibré. La sénatrice Kátia Abreu, présidente de la Confédération de l'agriculture et de l'élevage du Brésil - CNA, estime que le texte met fin à la dictature environnementale par laquelle les organisations non gouvernementales contrôlaient le thème de l'environnement dans le pays et ne laissaient pas le Congrès national discuter le sujet.

Pour l'un des deux rapporteurs du projet de loi, le sénateur Jorge Viana, si le texte approuvé par le Sénat devient une loi, il sera possible de transformer les forêts en l'un des plus importants actifs économiques du pays.

Dans le camp des opposants, la sénatrice Marinor Brito reproche au nouveau texte d'ignorer les recommandations faites par des entités scientifiques comme la Société Brésilienne pour le Progrès de la Science ou l'Académie Brésilienne des Sciences. Pour elle, le texte démontre que le gouvernement a décidé de se mettre au côté de ceux qui commettent des crimes environnementaux, laissant de côté les intérêts du peuple brésilien.

Plusieurs organisations et entités ont manifesté leur hostilité au texte proposé aux sénateurs. Le 29 novembre, 1'500 personnes étaient réunies à Brasilia devant le Palais présidentiel pour demander à la présidente Dilma Rousseff de tenir ses engagements de campagne électorale et qu'elle empêche l'amnistie des responsables de déforestation illégale et la réduction des aires protégées dans les propriétés rurales. Cette manifestation a été l'occasion de remettre à la Présidente de la république et au président du Sénat une pétition contre les altérations du code forestier munie de 1,5 million de signatures. Pour Greenpeace Brésil, le 6 décembre est un jour de honte !

Le 2 décembre, à Durban, où se tient la 17e session de la Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur le changement climatique, le Brésil a été classé premier "Fossile du jour". Un prix symbolique délivré quotidiennement par le collectif "Climate Action Network - CAN". En cause le projet de code forestier en discussion devant le Sénat. Ce jour-là, la Nouvelle Zélande et le Canada étaient classés respectivement en deuxième et troisième position.

Après son adoption par le Sénat, le projet retournera devant la Chambre des députés pour une deuxième lecture. Celle-ci ne devrait pas intervenir avant la fin de l'année. Ensuite, le projet sera soumis à la Présidente de la république. Celle-ci pourra, ou non, user de son droit de veto sur certains articles avant promulgation de la loi.

***

(1) Au Sénat brésilien, chacun des 26 États de l'Union et le District fédéral a droit à trois représentants, soit 81 membres au total. C'est l'équivalent du Conseil des États du Parlement helvétique.

Pour en savoir plus,

- Les documents du Sénat liés au projet de loi:

http://www.senado.gov.br/atividade/materia/detalhes.asp?p... / pour le projet soumis aux sénateurs > ver imagem das assinaturas

- Le projet adopté par le Sénat : http://www.senado.gov.br/atividade/materia/getPDF.asp?t=1...

- (2) Les interviews de membres du Sénat par "Agência Senado" :

- Les partisans du nouveau texte : http://www.senado.gov.br/noticias/senadores-da-base-do-go...

- L'avis de Jorge Viana, l'un des rapporteurs : http://www.senado.gov.br/noticias/para-jorge-viana-codigo...

- Des voix de l'opposition : http://www.senado.gov.br/noticias/texto-do-novo-codigo-fl...

- La manifestation du 29 novembre à Brasilia : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3468 et http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3464

- L'avis de Greenpeace Brésil :

http://www.greenpeace.org/brasil/pt/Noticias/Dia-de-vergo...

  • En anglais :

- Le Prix "Fossile du jour" de CAN : http://www.climatenetwork.org/fossil-of-the-day/brazil-ta...

 

Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 66, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

02.12.2011

Deux nouveaux sites Internet relatifs aux Peuples autochtones

Genève semble avoir un lien particulier avec l'Amazonie et les Peuples indigènes. Et Dieu sait pourquoi ? Pas seulement au niveau des réunions et groupes de travail indigènes qui se tiennent au siège européen des Nation Unies, mais aussi au niveau plus local, parmi les habitants du Canton.

Pour mémoire, et pour donner un exemple du passé, rappelons ici comment Paul Lambert, ce natif de Châtelaine/Genève décédé en 2004, a sensibilisé dès les années 60, l'opinion publique aux problèmes des peuples autochtones, notamment avec son film "Fraternelle Amazonie".

Pour être dans le présent, il convient de citer le sociologue Silvio Cavuscens. Il a fait toute sa jeunesse à Avully/Genève. Il a un engagement très fort depuis plus de trente ans aux côtés des indigènes de l'Amazonie brésilienne. Il est maintenant coordinateur de l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami - SECOYA" dont le siège est à Manaus.

Le lien avec les peuples autochtones, c'est aussi l'appui financier donné par les collectivités publiques, la Confédération, le Canton, la Ville de Genève et les Communes, aux projets soutenus par les associations genevoises qui travaillent avec des organisations et des peuples indigènes des différents continents. Un geste apprécié.

Dans un autre registre, et pour rester dans l'actualité, signalons la récente initiative prise par José Parra et David Matthey-Doret, de convier les représentants de plusieurs ONGs genevoises, actives dans le domaine "Peuples autochtones", à une rencontre informelle qui a eu lieu le 17 novembre dernier.

Les participants ont présenté l'action des organisations dans lesquelles ils sont engagés : l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie - AYA"; le "Centre de conseil et d'appui pour les jeunes en matière de droits de l'homme - CODAP/Genève"; le "Centre de Documentation, de Recherche et d'Information des Peuples Autochtones - DOCIP"; l'association "Jwawika"; le "Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI".

Il s'agissait d'évaluer l'utilité de mettre en réseau ces organisations pour, dans un premier temps, s'informer mutuellement de l'activité propre à chaque entité, puis informer l'opinion publique sur la problématique "Peuples indigènes". Les initiateurs de cette plateforme ont présenté l'ébauche d'un site Internet (1). Au terme de la rencontre, il a été convenu de retourner vers les instances des organisations représentées afin qu'elles prennent la décision formelle d'intégrer ou non un tel réseau. D'autres associations sont intéressées par cette initiative.

De son côté, depuis le Brésil, Pascal Angst, déjà gérant du site "Terra Brasilis", qui abrite la collection complète de "AYA Info", signe le mot de bienvenue à son réseau de connaissances sur un nouveau site Internet (2), encore en construction, dédié aux "Droits humains et Peuples indigènes". Un site prévu pour être multilingue. Pascal est membre de AYA - Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie/Genève. Il collabore au DOCIP. Il a été volontaire de "E-Changer" au Brésil pendant une dizaine d'années, dont une partie auprès de l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami - SECOYA" de Manaus.

Bien qu'ils se connaissent, les initiateurs de ces deux nouveaux sites Internet ne se sont pas concertés avant de se lancer.

Pour en savoir plus sur :

(1) La nouvelle plateforme suisse : http://plateforme-autochtones.ifaway.net/

(2) L'Observatoire de droits humains et peuples indigènes : http://www.observatorioindigena.org/

- Le DOCIP : http://www.docip.org/

- Le CODAP  : http://codap.ifaway.net/

- L'association Jwawika : http://jwawika.wordpress.com/

- Le MCI : http://mci.fgc.ch/mci/

- La SECOYA (en portugais) : http://www.secoya.org.br/

Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 66, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

25.11.2011

Mato Grosso do Sul : Des "pistoleiros" ont encore tué

Nisio Gomes:DSC05513.JPGIl y a juste une semaine, au matin du 18 novembre, une quarantaine de "pistoleiros" ont attaqué le campement Tekoha Guaiviry d'indiens Kaiowá Guarani. Un campement situé dans la zone rurale de la municipalité d'Amambai, dans l'État du Mato Grosso do Sul, non loin de la frontière avec le Paraguay. L'aire occupée par ces indiens fait partie de la Terre Indigène Bacia Amambaipeguá dont le processus de démarcation a commencé en 2008. Une démarcation interrompue plusieurs fois par des décisions de justice suite à des actions engagées par des producteurs  ruraux de la région et des forces politiques.

Selon les premiers témoignages, le cacique Nísio Gomes, 59 ans, a été exécuté d'une balle dans la tête et son corps emmené par ses assassins. La communauté serait sans nouvelles de plusieurs personnes, sans que l'on sache si elles ont été prises en otages par le groupe armé ou si elles ont pu se cacher dans la forêt. Jusqu'à ce jour, le Ministère Public Fédéral - MPF n'a pas donné de plus amples détails pour ne compromettre l'enquête en cours, mais il a rappelé les précédentes attaques d'hommes armés contre les campements d'indigènes qui réclament la démarcation de leurs terres traditionnelles. Il souligne comment la violence contre ce peuple indigène est plus forte que dans le reste du pays  en raison notamment de la lutte qu'il mène pour la défense de ses droits territoriaux.

Plusieurs entités ont manifesté leur indignation au sujet de cet épisode de violence. Parmi celles-ci, la Conférence des Religieux du Brésil - CRB de la région de Campo Grande, la Commission Pastorale de la Terre - CPT, les élèves indigènes de l'Université d'État du Mato Grosso do Sul, la Foodfirst Information and Action Network - FIAN/Brésil. FIAN International a envoyé une lettre à Dilma Rousseff, la présidente de la république pour que des mesures soient prises d'urgence pour la résolution de la situation territoriale des Guarani Kaiowá. La Centrale Unique des Travailleurs - CUT demande également l'intervention des autorités fédérales pour empêcher la violation des droits de la personne humaine. L'Institut Socio - environnemental -ISA a mis en ligne une pétition* - qu'il appelle à signer - à l'attention du ministre de la justice. Le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI qualifie le pouvoir exécutif de négligent. Une attitude qui, selon lui, légitime les pratiques de violences.

Deux dirigeants de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB sont allés sur les lieux pour apporter un appui aux familles. L'Articulation exige des mesures immédiates et la présence urgente au Mato Grosso do Sul de la présidente Dilma Rousseff, du Ministre de la Justice, du Secrétaire général de la Présidence de la république et de la Ministre du Secrétariat des Droits humains pour qu'ils puissent se rendre compte personnellement de la situation critique vécue par le peuple Kaiowá Guarani. Elle demande le règlement définitif de la question des terres, l'identification et la punition des coupables de cette véritable guerre contre les indigènes.

Dès le 18 novembre, le Secrétariat des Droits humains de la présidence de la république a fait connaître sa volonté de faire cesser les pratiques inhumaines d'exécution sommaire et de ne pas ménager ses efforts pour l'identification des criminels. Il annonce son intention de se déplacer dans la région pour suivre la situation, donner un appui aux familles indigènes qui restent sur place et garantir l'intégrité physique et morale des communautés. Gilberto Carvalho, Secrétaire général de la présidence de la république a déclaré que le gouvernement considère que la résolution des problèmes auxquels sont confrontées les communautés indigènes du Mato Grosso do Sul est une question d'honneur. Deux représentants du gouvernement devraient participer aux manifestations d'appui aux Guarani Kaiowá qui sont prévues ce week-end dans cet État.

Selon une information diffusée le 21 novembre par "Agência Brasil", les indigènes de la Tekoha Guaiviry ont manifesté leur intention de rester sur place. Par ailleurs, une indigène affirme que des pistoleiros menacent d'envahir la communauté Taquara dans la municipalité de Júti, toujours au Mato Grosso do Sul. Ils auraient l'intention de tuer le cacique. Selon elle, plusieurs leaders Guarani Kaiowá seraient menacés de mort.

Au début novembre, le CIMI a rendu public un rapport sur les violences commises à l'encontre des peuples indigènes au Mato Grosso do Sul entre 2003 et 2010. Pour les huit années couvertes par le rapport, sur les 452 assassinats d'indigènes survenus au Brésil, 250 l'ont été dans cet État qui a aussi compté 190 des 301 tentatives d'assassinats d'indigènes dénombrées dans le pays. La violence a d'autres visages, par exemple, la malnutrition de nombreux enfants, les suicides de jeunes indigènes...

Que de vies perdues ! Jusqu'à quand ?

***

Voir la note publiée sur ce blog le 9 septembre 2011.

Photo Eliseu Lopes (Indien Guarani - Kaiowá) - Nísio Gomes deux jours avant son assassinat

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Le site du CIMI : http://www.cimi.org.br/site/pt-br/ > voir plusieurs "Notícias", photos et vidéos

- Le rapport du CIMI sur la violence au Mato Grosso do Sul :

http://www.cimi.org.br/pub/MS/Viol_MS_2003_2010.pdf

- La note du Ministère Public Fédéral :

http://noticias.pgr.mpf.gov.br/noticias/noticias-do-site/...

- La prise de position du Secrétariat des Droits humains de la présidence de la république :

http://www.direitoshumanos.gov.br/2011/11/nota-publica-so...

- La note de l'APIB :

http://blogapib.blogspot.com/2011/11/massacre-pistoleiros...

- Les menaces qui pèsent encore sur les Guarani Kaiowá :

http://agenciabrasil.ebc.com.br/noticia/2011-11-21/indios... et

http://agenciabrasil.ebc.com.br/noticia/2011-11-21/indios...

- Deux vidéos mise en ligne sur Youtube :

- Le campement Tekoha Guaiviry (3' 22") :  http://youtu.be/BX9iEr1EvmU

- Où fut assassiné Nísio  (1' 41") : http://youtu.be/BY3XZVteQ2Q

- La revue de presse de l'Institut Socioambiental - ISA relative à la Terre Indigène Bacia Amambaipaguá :

http://pib.socioambiental.org/caracterizacao.php?id_arp=4... > Notícias

*- La pétition lancée par ISA :

http://www2.socioambiental.org/violencia-contra-os-guaran...

- Voir aussi "AYA Info" No 63, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

18.11.2011

Orpaillage illégal : les forces fédérales se bougent enfin !

Réclamée depuis longtemps par les Yanomami, la Police fédérale et l'armée ont déclenché, début novembre, une action d'envergure - plus de 840  hommes - pour faire cesser le "garimpagem" (l'orpaillage) illégal dans l'aire indigène Yanomami. La Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, était également impliquée dans cette opération appelée "Baixo Rio Branco". Le délégué de la Police fédérale a fait savoir que si l'essentiel de l'opération était bien de mettre un terme au "garimpagem ", elle visait également à mieux contrôler la zone frontalière du Brésil avec la Guyana et le Venezuela.

Les forces fédérales ont concentré leur action dans la partie de la Terre Indigène Yanomami de l'État de Roraima. Plus particulièrement sur les rios Mucajaí et Couto Magalhães.

Selon un premier bilan, treize garimpeiros (orpailleurs) ont été arrêtés. Onze "garimpos" (lieux d'orpaillage) ont été désactivés, six barques de dragage ont été coulées, des pompes, des générateurs, des tronçonneuses ont été détruits. Des denrées alimentaires ont été saisies rendant très difficile la vie des "garimpeiros" qui se sont enfuis dans la forêt à l'arrivée des forces fédérales. L'attente de la Police fédérale est de les voir se rendre. Le préjudice subi par les garimpeiros et les personnes qui financent cette activité est estimé à plus d'un million de Reais*.

Cette opération est intervenue près d'un mois après la publication, le 9 octobre, par Rede Globo d'un reportage sur l'orpaillage illégal. Elle a été déclenchée quelques jours après l'audience publique qui a eu lieu le 27 octobre, sur le même sujet, à la Chambre des députés.

L'histoire récente de cette région montre la faculté des garimpeiros et de ceux qui en financent l'activité à s'adapter aux circonstances. En d'autres termes, il s'agit de savoir si les autorités les laisseront reprendre ces pratiques illégales dans un avenir plus ou moins lointain ?

Pour l'heure, sur son site Internet, l'Hutukara Aaaociação Yanomami - HAY, l'organisation du peuple Yanomami, n'a pas publié de prise de position particulière sur cette opération. Elle a simplement repris les articles - avec quelques photos - publiés par la "Folha de Boa Vista". Cette note est en grande partie tirée de ces informations.

***

* 1'000'000 Reais =  516'726 CHF ou 417'224 Euros ou  563'085 US$ (au 17/11/2011)

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Le site l'Hutukara Associação Yanomami - HAY : http://www.hutukara.org/garimpo-ilegal/

- Voir les notes publiées les 7 et 21 octobre sur ce blog.

- Voir aussi "AYA Info" No 65, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

11.11.2011

Belo Monte : batailles juridiques et autres protestations en cours

Les medias ont donné un large écho à la décision de la justice fédérale du 27 septembre, ordonnant de suspendre les travaux de construction de l'usine hydroélectrique de Belo Monte* sur le rio Xingu. Cette suspension ne concerne pas les travaux d'installation du chantier, ni la construction de logement des travailleurs. La justice interdit au consortium Norte Energie SA, tout ouvrage susceptible d'altérer le lit du rio Xingu comme l'implantation de port, de barrages, explosions, creusement de canaux et quelque ouvrage que soit qui puisse entraîner une altération de la piscifaune. La plainte émane de l'Association des éleveurs et exportateurs de poissons ornementaux d'Altamira - ACEPOAT.

Une deuxième décision de justice était attendue le 17 octobre. Il s'agissait de traiter un recours du Ministère public fédéral - MPF qui conteste le décret autorisant la construction de l'ouvrage. Le MPF reproche aux autorités de n'avoir pas procédé à la "Consultation préalable, libre et informée" des communautés indigènes avant de donner l'autorisation de commencer les travaux. La juge chargée du rapport s'est déclarée favorable à l'annulation du décret. Un deuxième juge a fait usage de son "Droit de regard" ce qui a entraîné un ajournement du procès au 26 octobre. Ce jour-là, ce juge, a défendu la validité du décret. Lors de l'audience, une troisième juge, nouvellement nommée au tribunal, a fait, elle aussi, usage de son "Droit de regard", la décision avait été renvoyée à ce 9 novembre. Cette juge a, elle aussi, défendu la validité du décret. Par deux voix contre une, le tribunal a ainsi tranché dans ce sens. Le Ministère Public Fédéral a déjà annoncé son intention de faire recours devant le Tribunal Suprême Fédéral.

Au plan international, le 27 octobre à Washington, la Commission Interaméricaine des Droits Humains - CIDH, de l'Organisation des États Américains - OEA a tenu audience pour traiter la plainte de plusieurs organisations brésiliennes relatives aux mesures de précaution devant être prises avant le début des travaux. Invité à faire valoir ses arguments, le gouvernement brésilien ne s'est pas présenté à l'audience. La présidence de la république a précisé que cette absence ne signifie pas une rupture avec la Commission. La décision de la Commission est attendue par les plaignants.

Toujours au niveau international, pour faire connaître son opposition à la construction du barrage, Raoni Metuktire, le leader Kayapó, un peuple du Xingu était reçu le 30 septembre à Genève, au siège du Haut Commissariat aux Droits de l'homme.

Sur le terrain de nombreuses manifestations ont eu lieu ces dernières semaines. Une des plus récentes étant l'occupation du chantier et d'une route d'accès, une partie de la journée du 27 octobre, par plusieurs centaines d'indigènes, de pêcheurs, de riverains et d'agriculteurs. Très vite une décision de justice a ordonné le départ des occupants.

Le 25 octobre, de nombreuses organisations  de la société civile ont adressé une note aux banques  intéressées par le financement de l'ouvrage les alertant sur les risques qu'elles encourent.

Le 31 octobre, Megaron Txucarramãe, un indien Kayapó, coordinateur régional de la FUNAI à Colider (Mato Grosso) a été démis de sa fonction, un poste qu'il occupait depuis 1995. Megaron affirme que son éviction est due à son opposition à la construction d'usines hydroélectriques programmées par le gouvernement, dont celle de Belo Monte. Questionné par la "Folha de São Paulo", le directeur de la FUNAI n'a pas souhaité commenter la décision qui, selon la Fondation, n'est pas liée à Belo Monte.

L'ouvrage de Belo Monte n'a pas fini de faire parler de lui...

***

* L'ouvrage est prévu pour avoir une puissance de 11'233 mégawatts ce qui en fera le 3e plus grand du monde après Itaipu, à la frontière du Brésil et du Paraguay, et celui des Trois Gorges en Chine.

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Les actions en justice :

Le jugement du 27 septembre : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3417 et http://www.jfpa.jus.br/noticias/ver.php?id=1008

Le jugement du 26 octobre : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3442

Le jugement du 9 novembre : http://www.trf1.jus.br/sitetrf1/conteudo/detalharConteudo...

- Devant la CIDH : http://global.org.br/programas/belo-monte-apos-boicotar-a... et http://correiodobrasil.com.br/apos-ausencia-do-brasil-na-...

- Interview sous-titrée anglais de Raoni - par Rebecca Sommer - lors de son passage à Genève : http://www.youtube.com/watch?v=zGOEUhMo-r0

- La note envoyée aux banques :

http://www.xinguvivo.org.br/2011/11/07/bancos-recebem-not...

- Pour suivre ce qui se passe sur le terrain : http://www.xinguvivo.org.br/

 

Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 65, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

04.11.2011

Un séminaire sur la "Consultation préalable" des peuples indigènes

Une vue du séminaire Photo Luis Donisete Benzi:RCA 6686963364e987e347d2de.jpgC'est un problème récurrent. À de multiples reprises, les organisations indigènes reprochent aux autorités brésiliennes de ne pas respecter la législation qui oblige à les consulter à propos des affaires touchant les peuples indigènes, par exemple : les infrastructures, la santé, l'éducation, les institutions, etc. Dans le but de progresser vers une solution, le Réseau de Coopération Alternative (RCA), qui comprend l'Institut Socio - environnemental (ISA), et plusieurs organisations indigénistes et indigènes, a organisé du 9 au 12 octobre, à l'Université de Brasilia, un séminaire sur la "Consultation préalable, libre et informée" des peuples indigènes.

Il s'agit d'un droit découlant, notamment, de l'application de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail - OIT ratifiée par le Brésil. Les organisateurs avaient également convié des représentants d'organisations de plusieurs pays d'Amérique latine.

Un document a été adopté au terme de la rencontre. Ce texte évoque d'abord les principes et règles générales de l'application de ce droit tels que : dialogue, bonne foi, transparence, mise à disposition des moyens nécessaires au dialogue, accord sur le mode de consultation. Une première série de recommandations concernent le processus de réglementation du droit de consultation. Une deuxième série a trait au contenu même de la réglementation : Qui doit être consulté ? À quel moment ? Qui doit consulter ? Comment doit être réalisée concrètement la consultation ? Et, enfin, les effets juridiques, en principe contraignants, de la consultation. Celle-ci est un processus de dialogue qui a pour objectif d'arriver à un accord ou d'obtenir le consentement des peuples indigènes. Ce document a été remis au gouvernement brésilien.

Il semblerait utile que ce sujet soit traité par l'ensemble des organisations indigènes du pays, or plusieurs d'entre elles ne sont, ni sur la liste des participants, ni sur la liste des signataires. Enfin il faut rappeler que début septembre, la Fondation Nationale de l'Indien (FUNAI) avait organisé, à l'interne, un atelier sur le même sujet avec la présence de James Anaya, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme et des libertés fondamentales des populations autochtones. Le rapporteur avait participé à un débat public à Brasilia le 6 septembre*.

***

* Voir "AYA Info" No 64.

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Sur le séminaire : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3428

- Sur le document final :

http://www.socioambiental.org/banco_imagens/pdfs/Oficina_...

Photo Luis Donisete Benzi /RCA : Une vue du séminaire

Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 65, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

28.10.2011

"Genève Ville Solidaire" des Yanomami

Marauiá nova2:version allègée:2.jpgLe 28 septembre dernier, le Conseil Administratif de la Ville de Genève a fait connaître son accord pour le financement du projet présenté par l'association genevoise "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie (AYA), pour le soutien d'un programme réalisé en Amazonie brésilienne par son partenaire de Manaus, l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami - SECOYA".

Il s'agit d'organiser, chaque semestre de 2012, un cours de formation de dix jours chacun, destiné à une vingtaine d'AIS - Agents Indigènes de Santé du DSEI - District Sanitaire Spécial Yanomami des villages du rio Marauiá. Cette rivière est un affluent du rio Negro, situé sur la commune de Santa Isabel do Rio Negro dans l'État d'Amazonas. Le programme des cours couvre plusieurs thèmes : la politique indigéniste et la politique de santé des autorités brésiliennes; la prévention des maladies, l'alimentation, l'hygiène du milieu et la lutte contre les vecteurs de maladies, mais aussi la capacité à représenter les communautés dans les instances publiques où ils sont appelés à siéger.

L'association AYA tient à exprimer ici sa vive reconnaissance pour ce geste à l'égard du peuple Yanomami. Cet appui s'inscrit dans la politique de solidarité conduite par la Ville de Genève depuis de nombreuses années.

En 2010*, la "Délégation Genève Ville Solidaire" a consacré 4'187'300 CHF à la solidarité internationale : 3'459'000 CHF pour la "Coopération au développement"; 259'500 CHF pour "l'Aide humanitaire"; 141'000 CHF pour la "Coopération décentralisée" et 327'800 CHF pour la "Sensibilisation" de l'opinion publique.

Après les communes genevoises d'Onex en 2008, de Meyrin en 2010, la Ville de Genève est la troisième commune genevoise à soutenir l'action de la SECOYA par l'intermédiaire de AYA. Encore une fois : Merci !

***

- La carte (cliquer pour agradir) montre la région concernée par le projet. Les "xapono" (prononcer chapono) sont les villages Yanomami.

Pour en savoir plus (en français) sur la

-  "Délégation Genève Ville Solidaire" :

http://www.ville-geneve.ch/themes/geneve-ville-internatio...

- SECOYA (en portugais) : http://www.secoya.org.br/ > Saúde

* Chiffres tirés de la brochure "Solidarité Genève Sud - statistique 2010" éditée par la Fédération Genevoise de Coopération - FGC.

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" (No 65), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

21.10.2011

Rede Globo diffuse un reportage sur l'orpaillage illégal*

Le dimanche 9 octobre, "O Fantástico", une émission du réseau de télévision Globo, a diffusé un reportage consacré à l'orpaillage illégal dans la Terre Indigène Yanomami.

En moins de quinze minutes(14' 27''), les reporters Marcelo Canellas et Lúcio Alves montrent les lieux d'orpaillage (les garimpos) du rio Couto de Magalhes (État de Roraima) et interviewent des divers acteurs, par exemple :

- Les garimpeiros (orpailleurs) sont filmés à l'ouvrage, on y voit leur campement. La loi du silence leur interdit de révéler le nom du propriétaire de la "balsa" (le bateau utilisé pour rechercher l'or) à qui ils disent remettre 60% de leurs trouvailles et se partager les 40% restant. Les plongeurs font état de la dangerosité de leur travail.

- La doctoresse du Centre du service de santé indigène de Boa Vista (la capitale de l'État de Roraima) parle des maladies, surtout la malaria, transmises aux indiens par les garimpeiros. Maladies anormalement fatales.

- La Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI se dit préoccupée par la proximité des garimpos avec un groupe d'indiens isolés. Contact très dangereux pour la santé de ces indiens. La FUNAI a compté 110 pistes clandestines, dont 15 en fonction, pour l'atterrissage des avions transportant les garimpeiros et leur ravitaillement.

- Un ancien propriétaire de garimpo déclare avoir investi 200'000 R$** (Reais) pour pratiquer son activité. Son campement a été détruit trois fois par la police. Parlant des pistes dynamitées par les autorités : "Elles sont réparées en 15 jours..."

- Un pilote renommé affirme avoir transporté des milliers de garimpeiros dans les terres indigènes. Il dit avoir cessé cette activité très lucrative : le propriétaire d'un avion, d'une valeur de150'000 R$, qui vole dans cette région - un transport risqué - doit facturer ses services entre 60 et 70'000 R$ par mois.

- Le Ministère public fédéral a dénoncé une trentaine de garimpeiros qui n'ont jamais été arrêtés.

- La police fédérale, aidée par l'armée, mène de fréquentes opérations d'évacuation, mais les garimpeiros retournent rapidement sur les lieux.

- Un retraité de la police fédérale, maintenant joaillier, affirme que lui, comme beaucoup d'autres de ses collègues achètent l'or tiré de la terre Yanomami. Il reconnaît l'illégalité de ce commerce, et sa crainte d'être arrêté. Mais il a un avocat qui le fera sortir de prison.

- Le reportage se termine par l'interview de Davi Kopenawa, président de l'Hutukara Associação Yanomami - HAY. Il demande, une fois de plus, l'évacuation des garimpeiros de la terre Indigène Yanomami !

En un quart d'heure, la vidéo présente une synthèse relativement complète de ce qui se passe dans cette zone éloignée du Brésil où le pouvoir central a bien de la peine à faire respecter le droit. Un reportage à voir ! C'est le travail de reporters réputés.

Il est rare de voir les grands medias brésiliens publier des telles informations. Les observateurs s'interrogent. Est-ce l'approche de Rio+20 qui influence les comportements ?

Une audience publique sur ce qui se passe dans la Terre Yanomami est prévue à la Chambre des députés le 27 octobre.

***

* Cette note complète et illustre celle publiée sur ce blog le 7 octobre dernier.

** Reais est le pluriel de Real, nom de la monnaie brésilienne. Au taux du jour  : 1 Real brésilien (R$) = 0.51 Franc suisse, ou 0.41 Euro, ou 0.56 Dollar US

Pour en savoir plus (en portugais) :

- L'article (en portugais) contenant l'essentiel du reportage : http://fantastico.globo.com/Jornalismo/FANT/0,,MUI1675528...

- Le reportage (en portugais et non sous-titré en français) :

14.10.2011

Guyane française : le magazine amérindien Oka.Mag’ se met en veille

Couv_OKA39_big.jpgDepuis une dizaine d'années, une poignée de courageux amérindiens de Guyane française ont fait le pari de donner une voix aux communautés amérindiennes en publiant "Oka.Mag'", un magazine, et en ouvrant un site Internet pour faire connaître les nombreux et graves problèmes auxquels sont confrontés les peuples premiers de cette terre d'Amérique du Sud.

Le 24 septembre dernier, un message de Philipppe Aquila, le fondateur du magazine annonce la mise en veille de la publication (300 abonnés et 200 points de vente en Guyane, Martinique, Guadeloupe et quelques uns en métropole) : "Plusieurs facteurs déterminent notre décision. Problèmes humains, logistique, financiers (comme toujours), mais le pire de tous est la lamentable que nous vivons au  sein des communautés amérindiennes de Guyane... la situation que nous vivons est totalement ingérable, incontrôlable et nous voyons et entendons tout et n'importe quoi... actuellement nous sommes pris dans une spirale de règlements de compte entre kali'na (amérindiens), de luttes acharnées pour le pouvoir... nous n'avons pas créé un média amérindien pour compter les points et lutter entre nous mêmes. En conséquence de cette triste et lamentable situation dans nos communautés, notre bureau exécutif a pris la sage décision de mettre Oka.Mag' en veille durant quelques mois en attendant que la sagesse atteigne enfin nos leaders politiques et chefs coutumiers. Si cela tarde trop et que les luttes internes persistent, nous enterrerons définitivement Oka.Mag' dans quelques mois." Le rédacteur fait allusion aux conflits qui divisent les organisations indigènes guyanaises, la Fédération des Organisations Autochtones de Guyane (FOAG) et l'Organisation des Nations Autochtones de Guyane (ONAG).

Sur le site, outre le fait que depuis trois ans, on trouve "AYA Info" dans la chronique "Nouvelles de nos frères d'ailleurs", les "Chroniques sur la question autochtone et les documents officiels" contiennent d'intéressantes analyses juridiques sur les droits collectifs des peuples autochtones en Guyane française. La disparition de ces textes serait une perte.

Il serait regrettable que cette voix amérindienne disparaisse définitivement. Il serait regrettable également que les organisations autochtones de Guyane française persistent dans leurs divisions.

Pour en savoir plus (en français),voir le site encore ouvert : http://www.okamag.fr

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Une première version de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 64, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

07.10.2011

Le prix de l'or met en danger les Yanomami

Au début du mois de septembre, l'Hutukara Associação Yanomami - HAY a dénoncé la présence illégale de nombreux garimpeiros (orpailleurs) dans la Terre Indigène Yanomami (TI Y). Plus précisément dans les environs de la communauté indigène de Homoxi (État de Roraima). Ils seraient entre 1'000 et 1'500 dans sept lieux différents. L'information a été donnée à l'occasion de la réunion régionale de l'HAY qui s'est tenue les 6 et 7 septembre dans la communauté indigène Kori Yaupë dans la région de Surucucu.

La recrudescence de l'orpaillage est attribuée à l'augmentation du prix de l'or sur le marché international. La recherche de l'or pollue les rivières. Une pollution à l'origine de l'augmentation des maladies au sein des populations riveraines. La sécurité alimentaire est compromise. L'HAY a également signalé la destruction de cultures dans certains villages et le vol de médicaments commis par des garimpeiros dans un poste de santé de la région de Papiú.

L'HAY s'inquiète encore de constater que certains Yanomami de la région de Parafuri commencent s'allier aux garimpeiros facilitant ainsi leur progression à l'intérieur de la Terre Indigène Yanomami - TI-Y.

L'HAY demande l'intervention des autorités. Le Conseil Indigène de Roraima - CIR a adressé une lettre à la présidente de la république, Dilma Roussef demandant le retrait des garimpeiros et de tous les envahisseurs de la TI-Y. À la Chambre des députés, la députée fédérale Janete Capiberibe a dénoncé cette violation des droits des peuples indigènes.

Par ailleurs, le 14 juillet dernier, lors d'un vol de reconnaissance effectué par l'HAY et le Front de protection ethno - environnemental Yanomami et Ye'kuana de la FUNAI, un groupe d'environ 70 Yanomami ayant très peu de contacts avec ses voisins a été localisé dans la région de rio Uxiú. Il s'agirait d'un groupe "disparu" depuis la seconde moitié des années 90. Le rôle du Front de protection est d'empêcher un contact improvisé, notamment avec les garimpeiros qui sont dans la région.

Une raison de plus pour les autorités de procéder à leur évacuation.

Pour en savoir plus (en portugais);

- La présence de garimpeiros : http://www.hutukara.org/folha-de-boa-vista-indios-denunci...

- Des Yanomami qui sont aux côtés des garimpeiros :

http://www.hutukara.org/indios-da-regiao-do-parafuri-ader...

- La lettre du CIR à Dilma Roussef :  http://www.coiab.com.br/coiab.php?dest=show&back=noti... /

- L'argumentation de la députée Janete Capiberibe : http://www.hutukara.org/images/stories/REQ_84_2011_CAINDR...

- Un groupe de Yanomami "isolé" :  http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3416

Cette note (modifiée) a été publiée dans "AYA Info" No 64, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

30.09.2011

À Brasilia, James Anaya parle de l'obligation de consulter les Peuples indigènes

Les 5 et 6 septembre à Brasilia, la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI a organisé une réunion de travail sur l'obligation pour les États de procéder à une consultation libre, informée et préalable des peuples indigènes sur les sujets les concernant. Cela en raison notamment de l'application de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail - OIT, ratifiée par le Brésil.

La Fondation avait invité James Anaya, le Rapporteur spécial (du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU) sur la situation des droits de l'homme et des libertés fondamentales des populations autochtones à participer à cet atelier. Étaient également présents les représentants d'autres administrations fédérales : Ministère des affaires étrangères, Secrétariat général de la présidence de la république, Institut brésilien de l'environnement et des ressources naturelles renouvelables - IBAMA, etc. La FUNAI a annoncé la réunion de travail sans en publier un compte-rendu.

Cette rencontre a été organisée alors que les organisations indigènes brésiliennes se plaignent souvent de ne pas être consultées quand le gouvernement engage des réformes, ou met en œuvre des ouvrages qui ont un impact sur les peuples indigènes et leurs terres.

Le soir du 6 septembre, à l'Université de Brasilia, à l'invitation de plusieurs ONG, M. Anaya a donné une conférence publique sur le même sujet. Selon le compte-rendu publié par l'Instituto Socioambiental - ISA, l'orateur a souligné la nécessité de comprendre les processus de consultation comme de véritables dialogues où les réponses ne se limitent pas à un oui ou à un non. Ce sont des processus de construction d'accords où les États et les peuples indigènes doivent agir de bonne foi et être disposés à céder une partie de leurs prétentions pour arriver à une entente viable et durable. L'Institut d'études socioéconomiques - INESC, de Brasilia, a rappelé l'intervention du Rapporteur, le 4 juillet dernier, devant la Cour Interaméricaine des droits humains - CIDH sur cette consultation préalable.

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Le compte-rendu de ISA : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3409

- Le compte-rendu de l'INESC http://www.inesc.org.br/noticias/instituicoes-promovem-pa...

- L'intervention (en espagnol) de James Anaya devant la Cour interaméricaine des droits humains - CIDH sur Youtube :

Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 64, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

23.09.2011

Brésil : La forêt fait la différence !

Le projet de loi modifiant le code forestier adopté par la Chambre des députés le 24 mai dernier est maintenant en discussion au Sénat. Ce projet réduit sensiblement la protection de la forêt brésilienne. De nombreuses voix, parmi elles, celles de scientifiques, d'anciens ministres de l'environnement et de juristes, se sont élevées pour dénoncer les défauts de cette loi.

Une vaste coalition de 140 organisations de la société civile brésilienne, le "Comité Brésil de défense des forêts et du développement durable" a été constituée le 7 juin dernier pour informer davantage, mobiliser l'opinion publique et faire pression sur les sénateurs pour qu'ils modifient le texte adopté par la Chambre des députés.

Un manifeste a été publié qui rappelle l'article 225 de la Constitution fédérale : "Tous ont droit à un environnement écologiquement équilibré, un bien commun du peuple, essentiel à une vie saine. Il appartient au pouvoir public et à la collectivité le devoir de le défendre et de le préserver pour les générations présentes et futures".

Les auteurs du manifeste affirment que ce doit n'est pas respecté par le projet en cours d'examen devant le Sénat : "Depuis des décennies, on dit que le destin du Brésil est de devenir une puissance mondiale, beaucoup n'ont pas perçu que le grand atout du Brésil pour être puissant est son environnement différencié. Dans ces temps où le réchauffement global suscite de sombres prévisions, l'accès à l'eau devient un besoin plus stratégique que la possession de pétrole. L'eau dépend des forêts. Avons-nous le droit de les détruire encore plus ? ... Elles aussi sont fondamentales pour l'équilibre climatique... Le recul irresponsable de la forêt est la cause centrale de désastres survenus dans les aires à risque, ayant causé quantité de morts au Brésil et dans le monde".

Une pétition a été mise en ligne. Les signataires demandent l'adoption "d'une loi qui garantisse effectivement la conservation et l'usage soutenable des forêts dans tous les biomes brésiliens; traite de manière différenciée et digne les paysans qui pratiquent l'agriculture familiale et les populations traditionnelles; garantisse la récupération des aires victimes d'une déforestation illégale..." Ils affirment enfin être opposés au PLC 30/2011 (le projet de loi en discussion).

Le comité a organisé ces 20, 21 et 22 septembre une "Veille pour le code forestier". Récemment un site Internet "La forêt fait la différence" a été ouvert. On y trouve la liste des membres de la coalition, le manifeste, la pétition et quelques autres documents de la campagne.

Pour en savoir plus (en portugais) : http://www.florestafazadiferenca.org.br/home/

 

16.09.2011

Les changements climatiques préoccupent les leaders indigènes amazoniens

Les représentants des organisations indigènes des neuf pays amazoniens (Bolivie, Brésil, Colombie, Equateur, Guyana, Guyane française, Pérou, Venezuela et Suriname) se sont réunis, à Manaus du 15 au 18 août, pour un 1er sommet sur les "Savoirs ancestraux, peuples et vie pleine en harmonie avec la forêt".

Les 150 leaders présents ont débattu des changements climatiques et des propositions communes à formuler à la veille d'importantes réunions internationales sur l'environnement qui doivent se tenir à la fin de cette année et en 2012; par exemple la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement - Rio+20 prévue à Rio de Janeiro en juin 2012.

Le document final appelé "Mandat de Manaus" aborde quatre points :

1.- Les territoires de pleine vie pour le refroidissement planétaire.

Les forêts et les terres des peuples amazoniens sont des refuges de vie, des barrières effectives à la déprédation. Elles doivent être protégées...

2.- Réduction des Emissions de gaz à effets de serre pour cause de Déforestation et de Dégradation des forêts - REDD.

Ce processus onusien controversé a pour objectif d'aider - en leur versant des indemnités - les pays en développement à conserver leurs forêts. Les organisations indigènes demandent des garanties avant à la mise en place du processus. Elles recommandent aux communautés indigène de ne pas s'engager dans le système avant que les accords internationaux soient totalement clairs et appliqués.

3.- Unité entre les savoirs ancestraux et la survivance de la biodiversité.

Les savoirs ancestraux sont profondément liés à la conservation productive de la nature. Pour les organisations indigènes, ils constituent un patrimoine naturel et intellectuel collectif conservé depuis des millénaires et transmis de génération en génération. Elles en refusent la commercialisation. Elles demandent notamment la protection des territoires indigènes qui sont le support de ces savoirs.

4.- Rio+20. Les organisations indigènes veulent faire entendre leur voix lors de cette importante conférence.

Entre autres, elles proposent la création d'une Cour internationale environnementale indépendante, avec des espaces de participation des peuples indigènes, eux qui sont les plus affectés par les crimes environnementaux.

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Pour en savoir plus,

- la déclaration finale de la rencontre (en français) : http://www.coica.org.ec/cumbre2011/cumbreForm/Frances-Man...

- sur la convocation, les débats, le texte final (en portugais) :

http://www.coiab.com.br/coiab.php?dest=show&back=noti...

http://www.coiab.com.br/coiab.php?dest=show&back=noti...

http://www.coiab.com.br/coiab.php?dest=show&back=noti...

Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 63, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

09.09.2011

En 2010, la violence contre les peuples indigènes du Brésil n'a pas faibli

CIMI Relatório 2010 p1.jpg"En 2010, le gouvernement [brésilien] a ignoré constamment les peuples indigènes, leurs appels, leurs protestations, leurs projets de vie. Il a foulé aux pieds leurs droits et a failli dans la protection de leurs communautés. Belo Monte*, établi dans l'illégalité, la force et la négation du dialogue avec les peuples atteints, est peut-être le plus emblématique, mais il est seulement un parmi tant d'autres cas". C'est ainsi qu'est présenté le rapport 2010 sur la "Violence contre les peuples indigènes au Brésil" publié par le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI, l'organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil - CNBB chargé des questions indigènes. Le rapport a été présenté le 30 juin, à Brasilia, au siège de la CNBB.

Dans le domaine de la "violence contre la personne", les enquêteurs ont relevé 60 assassinats d'indigènes, soit le même nombre qu'en 2009 et 2008. Dans celui de la "violence par omission des pouvoirs publics", il y a eu 92 cas de mortalité infantile (16 cas en 2009). Ils ont noté également 92 cas de "violence contre le patrimoine" : invasions, l'exploitation illégale de ressources de Terres indigènes (87 cas en 2009).

Les deux États du Mato Grosso et Mato Grosso do Sul concentrent une part importante de la violence : 25% des cas de "violence contre le patrimoine"; 95 % des 1'705 cas de "violence contre la personne" et 35% des 42'958 victimes de la "violence par omission des pouvoirs publics".

L'enquête a été coordonnée par Lúcia Helena Rangel, anthropologue à la Faculté des sciences sociales de l'Université Pontificale Catholique de São Paulo.

Le président du CIMI, Dom Erwin Kräutler, a signé la préface du document. Pour lui, la situation faite aux peuples indigènes "... Est l'institution d'un nouvel "apartheid", une violation préméditée de la Constitution du Brésil". Le vice-président, Roberto Antonio Liebgott fait un bilan des années Lula en matière de politique indigéniste : "Le gouvernement a choisi comme alliés les secteurs de la politique et de l'économie qui, historiquement, se sont positionnés comme ennemis des peuples indigènes...".

Trois articles abordent des aspects particuliers de la situation des peuples indigènes :

  • Rosane Lacerda, professeure de Droit public, s'en prend au mythe très répandu selon lequel les indigènes seraient pénalement irresponsables. Elle démontre, textes légaux et statistiques à l'appui, qu'il n'en est rien. En décembre 2010, il y avait 748 indigènes (dont 56 femmes) internés dans le système pénitentiaire brésilien. Un système reconnu cruel.
  • Ricardo Verdum, conseiller en politiques publiques, évoque l'application en 2010 du PPA -Plan (budgétaire) Pluriannuel - 2008 - 2010 fédéral, spécialement les programmes et les actions des différentes institutions en charge des peuples indigènes, les ministères de la santé, de la justice, de l'environnement et des sports. Par exemple, il relève que seulement 47,5 % des 25 millions de Réais inscrits au budget 2010 pour la démarcation des terres indigènes ont été dépensés. Il regrette l'insuffisance de l'implication du mouvement indigène dans la préparation des PPA.
  • Guilherme Carvalho, éducateur, traite de l'impact de l'Initiative pour l'intégration de l'Infrastructure Régionale Sud-Américaine - IIRSA, et son volet brésilien, le Programme d'Accélération de la Croissance - PAC, sur les Terres Indigènes en Amazonie brésilienne. L'IIRSA a été créée à Brasilia en août 2000, lors de la réunion d'une douzaine de pays d'Amérique du Sud. Le Programme d'Accélération de la Croissance ne concerne que le Brésil. Le PAC 1 a été lancé en janvier 2007, le PAC 2 en mars 2010. Il s'agit essentiellement d'importants travaux d'infrastructure. Il est estimé que 182 Terres Indigènes et 108 peuples sont concernés par les ouvrages prévus dans le PAC. Pour l'auteur, "une part considérable des ouvrages prévus par L'IIRSA et le PAC sera construite dans des Terres Indigènes, ou leur causera des impacts énormes".

Le rapport du CIMI a le mérite de mettre en perspective les violences contre les peuples indigènes observées en 2010.

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* L'ouvrage hydroélectrique sur le rio Xingu.

Pour en savoir plus (en portugais), les rapports du CIMI depuis 2003 : http://www.cimi.org.br/site/pt-br/?system=publicacoes&... > Relatório de Violência

 

La page de couverture du rapport présentée ci-dessus est un photomontage de deux photos d'Egon Heck (archives du CIMI) : un enfant Guarani Kaiowa durant la manifestation de reprise de la Terre Indigène Kursu Ambá dans le Mato Grosso do Sul -MS et enfant de la communauté Ita'y Ka'Aguyrusu (MS). Communauté qui attend la démarcation de sa terre traditionnelle en campant sur le bord d'une route.

 

La première partie de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 63, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

02.09.2011

Les Yanomami ne veulent pas de la "Flona Amazonas"

Mapa da Flona Amazonas completa.jpgEn 1989, un décret du président Sarney a créé la "Floresta nacional do Amazonas" - Flona Amazonas, d'une superficie de 15'731 km2. Une "Forêt nationale" - il en existe plus de 70 dans le pays - jouit d'une protection particulière. Elles sont sous la surveillance de l'Institut Chico Mendes de Conservation de la Biodiversité - ICMBio. La Flona Amazonas se situe dans la Terre Indigène Yanomami (TIY) démarquée en 1992. Le décret d'homologation de la TIY n'a pas annulé ce décret de 1989.

Il y a donc superposition, jamais corrigée et oubliée de beaucoup, de deux aires protégées de statuts différents. Le statut de "Terre indigène" accorde aux seuls peuples indigènes qui l'occupent le droit de gérer leur terre. Le statut de "Forêt nationale" permet l'exploitation des ressources par des tiers. Ainsi, à la superposition, s'ajoute une incompatibilité entre les deux statuts.

La réglementation en vigueur prévoit, pour chaque Flona, la constitution d'un "Conseil consultatif" dans lequel sont représentés les acteurs intéressés, en particulier les peuples indigènes vivant dans cette forêt. Depuis la fin de 2010, l'ICMBio veut constituer un tel Conseil pour la Flona Amazonas. Des réunions d'information ont déjà eu lieu en février dernier à Santa Isabel do Rio Negro et à Barcelos.

Récemment, l'Institut a invité les entités concernées à participer à une rencontre prévue à Barcelos ce 30 août. Le 12 août, l'Hutukara Associação Yanomami - HAY a adressé un courrier à la cheffe de la Flona Amazonas. Manifestement, compte tenu du contexte, les responsables de l'HAY ont assimilé la constitution de cet organe avec la création de la Flona Amazonas dont ils ne veulent pas, en particulier pour les nouvelles invasions que cela peut entraîner : "Nous réaffirmons que la TIY n'a pas besoin de superposition, de création de Flona. Elle a besoin que le Gouvernement fédéral la défende des envahisseurs du passé et du présent et garantisse la protection territoriale permettant ainsi que les Yanomami et les Ye'kuna survivent avec leur mode de vie et de culture."

L'HAY a reçu l'appui de deux organisations indigénistes. En effet, le 16 août, l'association Service et Coopération avec le peuple Yanomami - SECOYA a, elle aussi, adressé un courrier à la cheffe de cette Flona dans laquelle elle décline l'invitation à la réunion du 30 août. Elle estime que cette "Forêt nationale" va à l'encontre des droits reconnus aux Yanomami sur leur terre. La SECOYA est favorable à la désaffectation de la Flona Amazonas. De son côté, le 22 août, l'Institut Socioambiental - ISA a également annoncé son refus de participer à cette rencontre. Pour ISA, le Conseil consultatif ne doit pas être créé. Il propose, lui aussi, la suppression de cette Flona.

Il sera intéressant de connaître la suite que l'ICMBio entend donner à la demande des Yanomami !

Pour en savoir plus (en portugais) :

 

Cette note, complétée et mise à jour, a été publiée dans "AYA Info" No 63, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2