11/06/2010

Le sang des Yanomami

Le 9 mai dernier, la "Folha de São Paulo" a fait état d'une proposition d'accord, envoyée en mars dernier, par le gouvernement brésilien à cinq centres de recherche nord-américains pour la restitution de milliers d'échantillons de sang prélevés sur des Yanomami dans les années 60 et 70. Selon le quotidien, ces entités seraient disposées à rendre ce matériel, mais la date de la restitution n'a pas été communiquée. En effet, diverses questions devant encore être résolues, notamment la décontamination des échantillons.

Cette collecte de sang avait été réalisée par un généticien, James V. Neel avec la collaboration d'un anthropologue, Napoleon Chagon. En septembre 2000, un journaliste, Patrick Tierney, a publié un ouvrage : "Darkness in El Dorado", dans lequel il révèle que les échantillons ont été conservés dans un laboratoire de l'Université d'État de Pennsylvanie. À l'époque, cette publication avait provoqué une vive controverse, notamment aux USA.

Dès le début de 2001, une ONG brésilienne, la Commission pour la Création du Parc Yanomami - CCPY, s'est mobilisée pour faire connaître l'avis des Yanomami sur cette question, et ceci par la voix de l'un de leurs leaders, Davi Kopenawa. Ce dernier, dès la fin 2001, a souhaité la restitution des échantillons. Il a demandé l'intervention des autorités brésiliennes auprès du gouvernement nord-américain.

Questionné à diverses reprises sur l'usage qui serait fait des échantillons, Davi a déclaré que le sang sera remis dans les eaux d'une rivière : "Notre créateur, Omama, a pêché sa femme, notre mère, dans la rivière, au premier temps"... Pour les Yanomami, c'est une manière de rendre leur sang à leur créateur. Ce peuple attribue son origine à l'union du dieu Omama avec la fille d'un monstre aquatique nommé Tëpërësiki, propriétaire des plantes cultivées. À Omama est également attribuée l'origine des règles de la société et de la culture yanomami actuelles. Encore questionné sur l'intérêt des études sur le sang et l'ADN des Yanomami, et la perte, pour toujours, d'informations potentiellement précieuses pour toute l'humanité causée par la destruction des échantillons, Davi répond : "La science n'est pas un dieu qui sait tout pour tous les peuples... Qui décide si les enquêtes sont bonnes pour notre peuple, c'est nous, les Yanomami".

Cet automne, les éditions Plon (Paris), publieront un ouvrage* dans lequel Davi Kopenawa raconte à Bruce Albert son combat pour les Yanomami.

Pour en savoir plus (en portugais) : "Folha de São Paulo" : http://www1.folha.uol.com.br/folha/ciencia/ult306u732406.... et http://www1.folha.uol.com.br/folha/ciencia/ult306u733849....,

La Commission Pro-Yanomami - CCPY en 2001 et 2002 : http://www.proyanomami.org.br/osrios.htm et http://www.proyanomami.org.br/v0904/index.asp?pag=noticia...

Sur le peuple Yanomami : http://pib.socioambiental.org/pt/povo/yanomami

* "La Chute du ciel" Bruce Albert, Davi Kopenawa Yanomami, Éd. Plon, collection "Terre humaine" ISBN  : 9782259210683, sortie prévue : 30/09/2010

(Ce texte sera publié dans le prochain bulletin "AYA Info" No 51, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2)

 

 

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Commentaires

bonjour,

je trouve votre blog super intéressant,, svp continuez

salutations

Écrit par : stephane barthassat | 11/06/2010

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