30/06/2010

Au Mato Grosso, la police met un terme à un important trafic illégal de bois

Au matin du 21 mai, après deux ans d'enquête, la Police fédérale brésilienne a déclenché l'Opération Jurupari* qui a conduit à l'arrestation - de caractère préventif - de plus de 60 personnes, principalement domiciliées dans l'État du Mato Grosso. Elles sont accusées de trafic illégal de bois. Parmi elles, il y a des fazendeiros, des exploitants et ingénieurs forestiers, des fonctionnaires de diverses administrations, y compris de l'Assemblée législative et du Secrétariat d'État de l'environnement du Mato Grosso.

Selon la police, ces personnes auront à répondre de crime environnemental : notamment de formation de bande, corruption active et passive, rédaction et usage de faux documents. Les dommages causés sont estimés à environ 900 millions de reais (494 millions US$), principalement au détriment des forêts de quatre Terres indigènes situées dans cet État, dont le Parc Xingu.

Le 27 mai, un juge du tribunal fédéral régional a considéré que la prison préventive ne se justifiait pas. Il a accordé l'habeas corpus aux 95 accusés, ce qui signifie la remise en liberté des personnes déjà arrêtées. Le juge a estimé que l'accusation de la police fédérale était insuffisamment individualisée.

Le Mato Grosso est l'un des États de l'Amazonie brésilienne où la déforestation est très forte. Plusieurs organisations écologistes s'inquiètent de l'avenir du programme de protection de l'environnement dans cet État. Le 10 juin, un collectif d'ONG a publié un "Manifeste public pour la bonne gouvernance environnementale dans l'État de Mato Grosso". Ce texte formule des propositions pour renforcer la protection de l'environnement, notamment la lutte contre la déforestation.

Pour en savoir plus (en portugais) : http://agenciabrasil.ebc.com.br//home/-/journal_content/5...http://agenciabrasil.ebc.com.br/home/-/journal_content/56...http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3096 et http://www.yikatuxingu.org.br/2010/06/10/ongs-fazem-manif...

* Selon une légende Tupi, Jurupari est un dieu venu du ciel pour trouver une femme parfaite destinée à être l'épouse de Coaraci, le Soleil. L'histoire ne dit pas s'il l'a trouvée, mais pendant son séjour chez les hommes, il a été un grand réformateur et législateur. Il a établi de nombreuses règles morales et sociales.

(Cette "brève" a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 51, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2)

 

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25/06/2010

La restructuration de la Funai divise le mouvement indigène

Au Brésil, la restructuration* de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, décrétée par le président de la République à la fin décembre 2009, est encore l'objet de controverses au sein du mouvement indigène. Dès janvier 2010, des indiens ont établi un campement sur l'Esplanade des ministères à Brasilia. Ils demandent la révocation du décret présidentiel et la démission du président de la FUNAI, Márcio Meira. Ce "Campement Révolutionnaire Indigène"- ARI, a été à l'origine de divers incidents et il a eu des rapports difficiles avec les autorités. La FUNAI en a condamné les actes de violence et dénoncé le refus de dialogue de ses participants. Le 6 juin, l'ARI a publié une "Lettre ouverte au peuple brésilien" dans laquelle il exprime ses revendications. Le 14 juin, une délégation d'indiens restés sur place a eu un entretien avec Luiz Paulo Barretto, Ministre de la justice. Suite à cette rencontre, le ministre a adressé un mémorandum au président de la FUNAI pour lui soumettre des modifications à apporter au décret controversé.

Moins médiatiques, les tensions, les divisions, qui se manifestent au sein du mouvement indigène, à propos de cette restructuration : Organisations indigènes favorables ou défavorables au décret; désaveu d'organisations, ou de groupes indigènes locaux, vis-à-vis de leur organisation régionale.

Dans une "Note publique" du 2 juin, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB, qui est un organe national, représentant les principales organisations indigènes régionales du pays, demande au gouvernement d'admettre publiquement son entière responsabilité dans la publication de ce décret, pris sans avoir consulté les peuples indigènes conformément aux dispositions de la Convention 169 de l'OIT. Ils reprochent également à la FUNAI de n'avoir pas encore réalisé l'engagement, pris en février 2010, d'organiser des séminaires et consultations en vue de modifier le décret. Cette note a été lue devant le Président Lula lors de la 13e réunion ordinaire de la Commission Nationale de Politique Indigéniste - CNPI, au cours de laquelle le gouvernement a présenté son bilan en matière de politique indigéniste. Ce texte énumère différentes mesures importantes que l'APIB voudrait voir être prises avant la fin du mandat présidentiel.

* Voir "AYA Info" Nos 46, 47 et 48

Pour en savoir plus (en portugais) : Acampamento Revolucionário Indígena : http://acampamentorevolucionarioindigena.blogspot.com/201...; la FUNAI http://www.funai.gov.br/ultimas/noticias/1_semestre_2010/... et l'APIB : http://blogapib.blogspot.com/2010/06/movimento-indigena-s...

(Ce texte a été publié dans le bulletin "AYA Info" No 51, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2)

 

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20/06/2010

Le Brésil lance un programme national de production d'huile de palme

Le 6 mai, Lula était à Tomé-Açu, une municipalité de l'État du Pará, pour lancer le "Programme de production soutenable de palmier à huile". L'objectif annoncé est d'encadrer l'augmentation de la production d'huile de palme pour que celle-ci se fasse sur des bases environnementales et sociales soutenables.

Le programme comporte cinq mesures. La première est un zonage des lieux sur lesquels la culture du  palmier est autorisée. Il s'agit de zones déjà dégradées de huit États amazoniens, de trois États du Nordeste et de deux États du Sudeste. Cette culture ne devrait pas couvrir plus de 3,7% de la surface du pays. La deuxième est la création d'un système de crédit à des taux différenciés selon le type de producteur. Il est, par exemple, de 2% sur 14 ans pour les agriculteurs inscrits au "Programme national d'Agriculture Familiale - PRONAF. Le troisième volet concerne la recherche et l'innovation pour lequel le gouvernement a ouvert un crédit de 60 millions de reais (environ 34 millions de US$). La quatrième mesure concerne l'assistance technique aux producteurs. Enfin, il est créé une "Chambre sectorielle du palmier à huile", composée de représentants du Gouvernement fédéral, des producteurs et des consommateurs.

Selon les autorités brésiliennes, la culture du palmier à huile est susceptible d'améliorer sensiblement le revenu des producteurs familiaux. Dans le même temps, cette production permettra de réduire les importations brésiliennes en huile de palme. Ce programme a un véritable enjeu stratégique.

Plusieurs responsables d'organisations écologistes ont exprimé leur scepticisme, notamment à l'égard de la viabilité économique du projet. Greenpeace craint que la production d'huile de palme ne génère une déforestation indirecte. L'organisation rappelle les dommages causés à l'environnement par la culture du palmier à huile en Indonésie.

Pour en savoir plus (en portugais) : Le discours de Lula : http://www.imprensa.planalto.gov.br/ > Discursos e Entrevistas > Discursos - busca por data > Maio 2010 > 06/05/2010; le décret de zonage : http://www.planalto.gov.br/ccivil_03/_Ato2007-2010/2010/D...;  le programme : http://www.agricultura.gov.br/portal/page?_pageid=33,3949...; l'écho dans des associations : http://www.amazonia.org.br/noticias/noticia.cfm?id=355003 et http://www.greenpeace.org/brasil/pt/Blog/leo-de-palma-o-d...

(Ce texte sera publié dans le prochain bulletin "AYA Info" No 51, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2)

 

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14/06/2010

La soupe de Charrot, c'était samedi pour la 30e fois !

Ce 12 juin et pour la 30e fois, les habitants de Charrot* étaient réunis autour de la fontaine du village pour manger la soupe. Un moment de convivialité ouvert également aux anciens habitants.

Cette soupe annuelle a été préparée par un groupe de jeunes parents. Chacun a apporté son pique-nique ou ses grillades. Les salades et les desserts ont été mis en commun. Le bénéfice de la vente des boissons - dont le vin, on ne peut plus indigène, de Marc Barthassat, du Domaine d'Amoz - sera utilisé en décembre pour la décoration du sapin de Noël.

L'essentiel, c'est la rencontre. Cette année, on y a davantage entendu parler anglais, preuve d'une mondialisation en marche. Les conseillers municipaux, actuels et anciens du village étaient absents : ce samedi, c'était aussi la "course" du Conseil municipal de Bardonnex. Dans un moment comme celui-ci, le plaisir des retrouvailles est toujours vif. Plaisir aussi de voir la toujours grandissante ribambelle de gamins, porteuse de l'avenir du hameau, animer les lieux.

L'un des organisateurs de la soirée, Raymond Gulyas, a remercié la famille Vuillod pour avoir offert une bonne partie des légumes. Il a présenté les habitants arrivés au cours de l'année et les jeunes enfants nés au cours des douze derniers mois. Le village a récemment augmenté le nombre de ses habitants suite à de nouvelles constructions et à la transformation de granges, d'écuries et autres hangars en logements.

Gisèle Gaud, l'une des organisatrices des premières éditions, a rappelé comment, cette idée de manger la soupe ensemble est née du récit fait par Marie Portier, décédée en 1999, de l'habitude qu'avaient les paysans, pendant la belle saison, de manger leur pot de soupe sur un banc, devant les maisons, et de passer ensemble une partie de la soirée. "La soupe" est ainsi une version revisitée d'une ancienne tradition. Gisèle a aussi noté qu'au début mai 1980, le "Feuillu" avait été à nouveau organisé** pour les enfants de Charrot. Véronique Crettenand et Samuel Gaud étaient les "mariés". Ils étaient présents samedi soir. Ils ont été vivement applaudis lorsqu'ils se sont embrassés.

Une soirée super-sympa ! Un grand merci à tous ceux qui, au cours de ces trente années, ont donné de leur temps pour organiser cette fête.

*Un hameau de la commune de Bardonnex

** Le feuillu, voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Feuillu

 

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11/06/2010

Le sang des Yanomami

Le 9 mai dernier, la "Folha de São Paulo" a fait état d'une proposition d'accord, envoyée en mars dernier, par le gouvernement brésilien à cinq centres de recherche nord-américains pour la restitution de milliers d'échantillons de sang prélevés sur des Yanomami dans les années 60 et 70. Selon le quotidien, ces entités seraient disposées à rendre ce matériel, mais la date de la restitution n'a pas été communiquée. En effet, diverses questions devant encore être résolues, notamment la décontamination des échantillons.

Cette collecte de sang avait été réalisée par un généticien, James V. Neel avec la collaboration d'un anthropologue, Napoleon Chagon. En septembre 2000, un journaliste, Patrick Tierney, a publié un ouvrage : "Darkness in El Dorado", dans lequel il révèle que les échantillons ont été conservés dans un laboratoire de l'Université d'État de Pennsylvanie. À l'époque, cette publication avait provoqué une vive controverse, notamment aux USA.

Dès le début de 2001, une ONG brésilienne, la Commission pour la Création du Parc Yanomami - CCPY, s'est mobilisée pour faire connaître l'avis des Yanomami sur cette question, et ceci par la voix de l'un de leurs leaders, Davi Kopenawa. Ce dernier, dès la fin 2001, a souhaité la restitution des échantillons. Il a demandé l'intervention des autorités brésiliennes auprès du gouvernement nord-américain.

Questionné à diverses reprises sur l'usage qui serait fait des échantillons, Davi a déclaré que le sang sera remis dans les eaux d'une rivière : "Notre créateur, Omama, a pêché sa femme, notre mère, dans la rivière, au premier temps"... Pour les Yanomami, c'est une manière de rendre leur sang à leur créateur. Ce peuple attribue son origine à l'union du dieu Omama avec la fille d'un monstre aquatique nommé Tëpërësiki, propriétaire des plantes cultivées. À Omama est également attribuée l'origine des règles de la société et de la culture yanomami actuelles. Encore questionné sur l'intérêt des études sur le sang et l'ADN des Yanomami, et la perte, pour toujours, d'informations potentiellement précieuses pour toute l'humanité causée par la destruction des échantillons, Davi répond : "La science n'est pas un dieu qui sait tout pour tous les peuples... Qui décide si les enquêtes sont bonnes pour notre peuple, c'est nous, les Yanomami".

Cet automne, les éditions Plon (Paris), publieront un ouvrage* dans lequel Davi Kopenawa raconte à Bruce Albert son combat pour les Yanomami.

Pour en savoir plus (en portugais) : "Folha de São Paulo" : http://www1.folha.uol.com.br/folha/ciencia/ult306u732406.... et http://www1.folha.uol.com.br/folha/ciencia/ult306u733849....,

La Commission Pro-Yanomami - CCPY en 2001 et 2002 : http://www.proyanomami.org.br/osrios.htm et http://www.proyanomami.org.br/v0904/index.asp?pag=noticia...

Sur le peuple Yanomami : http://pib.socioambiental.org/pt/povo/yanomami

* "La Chute du ciel" Bruce Albert, Davi Kopenawa Yanomami, Éd. Plon, collection "Terre humaine" ISBN  : 9782259210683, sortie prévue : 30/09/2010

(Ce texte sera publié dans le prochain bulletin "AYA Info" No 51, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2)

 

 

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