02/12/2010

Rio : la fin des tourments pour les favelados ?

Ce mardi, les enfants du "Complexe de l'Allemand" ont repris le chemin de l'école, les commerçants ont levé les rideaux métalliques de leurs boutiques. La vie semble avoir repris son cours "normal" après huit jours de guerre urbaine entre les trafiquants et les forces de sécurité chargées de restaurer la présence de l'État dans la favela de Vila Cruzeiro et celles du "Complexo de Alemão". Le bilan : près de quarante morts, des blessés, des arrestations en nombre, une centaine de véhicules incendiés, et bien sûr, la saisie d'une quantité d'armes et de drogue, en grande partie de la marijuana.

Dans la multitude des images transmises par les medias, quelques-unes seulement ont montré des habitants réclamant la paix pour leur quartier. Les favelados, les habitants des favelas, sont des travailleurs et travailleuses, vivant trop souvent d'emplois précaires dans l'économie formelle ou informelle. Il y a aussi quantité de jeunes confrontés au chômage ou au sous-emploi, souvent mal scolarisés par un système éducatif déficient. Parmi les habitants, il y a aussi ceux, et surtout celles qui, courageusement, s'engagent pour construire un meilleur avenir aux enfants de leur communauté. Par exemple, les éducateurs, éducatrices, souvent bénévoles ou à peine indemnisés, qui travaillent dans les crèches communautaires ou les cours d'appui pour relever le taux de réussite de la scolarité des enfants.

La vie des habitants des favelas est souvent marquée par la peur. Peur des violences engendrées par les luttes armées des différents gangs de trafiquants qui s'opposent pour la suprématie sur la favela. Les incursions de la police qui lutte contre les gangs sont redoutées en raison de trop nombreuses bavures. Il y a aussi la présence de la "Polícia mineira", ces milices qui se constituent sous prétexte de protéger les habitants des narcotrafiquants, mais qui font payer leur "service" par différentes taxes. En 2008, l'Assemblée Législative de l'État de Rio - ALERJ, a constitué une "Commission Parlementaire d'enquête" sur les activités de ces milices. Son rapport, publié en novembre 2008, a mis en évidence les pratiques frauduleuses de ces groupes.

En fait, les favelados sont des otages.

En décembre 2008, les autorités de l'État de Rio ont commencé à mettre en place des "Unités de Police Pacificatrice" - UPP. Il s'agit d'une police de proximité destinée à assurer une présence de l'État et réduire la violence dans des territoires jusqu'alors zones de non-droit. Elles sont maintenant présentes dans diverses favelas de Rio. De telles unités devraient être installées prochainement à Vila Cruzeiro et au Complexo de Alemão. Une expérience à suivre.

Un récent article de la "Folha de São Paulo" indique que, juste avant les récentes opérations, les milices dominaient 41,5% des 1006 favelas de Rio. Les gangs de trafiquants régnaient sur 55,9% d'entre elles. Et, pour l'instant, les UPP sont présentes dans 2,6% de ces quartiers populaires.

Marcelo Freixo, le député qui a présidé la Commission de l'ALERJ sur les milices, affirme qu'il est naïf de croire que les confrontations armées dans les favelas peuvent mettre un terme au crime organisé, un trafic d'armes et de drogue qui touche le monde entier. De son point de vue, il est nécessaire d'empêcher l'arrivée de la drogue et des armes dans les favelas. Pour lui, "la violence c'est l'inégalité"... "La solution pour la sécurité publique passe par la garantie des droits fondamentaux des habitants des favelas". Le 30 novembre, le collectif des institutions communautaires qui agissent dans le Complexo de Alemão a publié une note dans ce sens. Il  rappelle la nécessité d'investissements dans les domaines environnemental, culturel, de l'éducation, de la santé, de la mobilité urbaine, des sports, de l'assistance sociale et de la sécurité publique. L'anthropologue et professeur Luiz Eduardo Soares, qui a exercé des responsabilités en matière de sécurité publique à Brasilia et à Rio, s'interroge, non seulement sur la qualité et l'organisation des forces de sécurité, mais également sur la légalisation de la drogue.

Le nouveau gouvernement qui va accueillir le prochain Mondial de foot, va devoir relever le défi d'une véritable et durable pacification de Rio. Un travail gigantesque. S'il gagne le pari, il pourra accrocher une étoile sur le maillot de tous ceux qui auront contribué à la victoire. Faute de s'attaquer aux racines du mal, les habitants des favelas risquent d'être pris dans de nouvelles et sanglantes tourmentes.

Pour en savoir plus (en portugais) :

 

 

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