30/12/2010

Le nouveau Congrès brésilien

Le Congrès Brasilia images.jpegÀ l'extérieur du Brésil, les informations liées aux dernières élections brésiliennes des 3 et 31 octobre, ont surtout traité de l'élection présidentielle, alors que le corps électoral était appelé, en plus de la présidence de la république, à élire également les membres de la Chambre des députés, une partie du Sénat, les Gouverneurs et les membres des Assemblées législatives des vingt-six États et du District fédéral.

La rentrée parlementaire, pour la 54e législature, est fixée au 1er février 2011, mais tous les membres du Congrès sont déjà convoqués, à Brasilia le 1er janvier, pour la cérémonie d'entrée en fonction de la nouvelle présidence.

À la Chambre des Députés, les partis qui ont soutenu Dilma Rousseff, occuperont 311 des 513 sièges, dont 88 pour le Parti des Travailleurs - PT, celui de la présidente élue; c'est le groupe parlementaire le plus important. Il est suivi par le Parti du Mouvement Démocratique Brésilien - PMDB, celui du vice-président Michel Temer, avec 79 députés. La coalition qui a soutenu José Serra a placé 136 députés. Ainsi, dans l'opposition, le Parti Social Démocrate Brésilien - PSDB, celui de Serra, sera représenté par 53 députés et le parti des Démocrates - DEM en a 43.

Au Sénat, la coalition de partis qui a soutenu Dilma sera représentée par 50 des 81 sénateurs dont 21 du PMDB et 14 du PT. La coalition qui a soutenu Serra en aura 24, dont 10 du PSDB et 6 du DEM. Selon l'Institut National d'Études Socioéconomiques - INESC, de Brasilia, la "Bancada ruralista", le groupe parlementaire qui est favorable à l'agrobusiness, a perdu 45% de ses représentants, mais il conserve son noyau le plus dur.

Comme Lula, Dilma devra composer avec les partis de sa coalition pour faire avancer ses projets au Congrès.

Des 27 gouverneurs élus, ou réélus, 16 appartiennent à la coalition qui a soutenu Dilma et 11 à celle qui a voté en faveur de Serra. Dans les États amazoniens, 4 gouverneurs appartiennent aux partis favorables au nouveau gouvernement et 5 sont dans l'opposition.

Ces données n'ont qu'une valeur indicative, les élus étant susceptibles de définir leur vote en fonction des sujets qui leur sont soumis.

Enfin, plusieurs médias ont rappelé comment, l'obligation pour les électeurs, de présenter au local de vote, en plus de la carte d'électeur, une pièce officielle avec photo pour justifier de leur identité, avait empêché de nombreux indiens de participer aux élections.

Pour en savoir plus (en portugais) :

Photo : l'immeuble du Congrès à Brasilia

Cette note (modifiée) a été publiée dans le bulletin AYA Info No 56, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

 

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23/12/2010

Une "Tronçonneuse d'or" en cadeau !

katiaabreu.jpgÀ Cancún, où elle participait à la 16e Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, la sénatrice du Tocantins, Kátia Abreu, leader du groupe parlementaire "ruraliste" a refusé une réplique de "Tronçonneuse d'or", un "Prix" qu'a tenté de lui remettre, le 8 décembre, Sonia Guajajara, la vice-coordinatrice de la COIAB (Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne).

Par ce geste symbolique, la COIAB et Greenpeace ont voulu faire connaître la gravité de l'atteinte qui serait portée à la protection de la forêt amazonienne et à l'environnement au Brésil, si le projet de réforme du Code forestier, adopté le  6 juillet par une Commission de la Chambre des députés*, était accepté en plénière. La "Bancada ruralista" à laquelle appartient la sénatrice soutient ce projet de loi. Cette réforme est contestée par de nombreux scientifiques, les autorités judiciaires, de nombreuses organisations de la société civile et écologistes.

Une controverse a eu lieu à la Chambre des députés ce début décembre à l'annonce d'un probable vote pour inscrire ce projet de loi contesté en "débat d'urgence". Les leaders des différents groupes parlementaires ne sont pas parvenus à un accord à ce sujet. L'urgence n'a pas été inscrite à l'ordre du jour des travaux.

*Voir la note du 13 août de ce blog et "AYA Info" No 52.

Pour en savoir plus (en portugais) :

- L'information de la COIAB : http://www.coiab.com.br/coiab.php?dest=show&back=inde...

- Sur la controverse à la Chambre des députés : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3236

Photo Greenpeace

Cette note (modifiée) a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 56, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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17/12/2010

La déforestation de l'Amazonie à son plus bas niveau depuis 23 ans

6'451 km2, c'est la surface de forêt amazonienne détruite entre août 2009 et juillet 2010, le chiffre le plus bas observé depuis 1988. Il s'agit d'une réduction de 13,6% par rapport au relevé de juillet 2009 (7'464 km2). Le résultat de cette évaluation de l'Institut National d'Enquêtes Spatiales - INPE, ne comprend pas les États de l'Amapá et de Roraima. Il devra être confirmé d'ici mars 2011. L'annonce en a été faite le 1er décembre à Brasilia par le président Lula.

Pour le gouvernement, les baisses successives du rythme de la déforestation de ces dernières années sont le résultat de l'application d'un ensemble de politiques publiques, dont le "Plan d'action pour la Préservation et le Contrôle de la Déforestation dans l'Amazonie légale" - PPCDAM, créé en mars 2004, sur la base d'un décret présidentiel du 3 juillet 2003.

La réduction de la déforestation n'est pas générale. Contrairement à ce qui s'est passé dans cinq autres États, les deux États de l'Acre et de l'Amazonas ont vu la surface de déforestation augmenter au cours de la période sous revue, passant respectivement de 167 à 273 km2, et de 405 à 474 km2 par rapport à la période précédente. Entre août 2009 et juillet 2010, les champions du déboisement sont les deux États du Pará et du Mato Grosso. Le premier a vu détruire 3'710 km2 de forêt (57,5% de la déforestation), et le deuxième 828 km2 (12,8%). Ils sont fidèles à la tradition. En effet, depuis 1988, leur part dans la déforestation de l'Amazonie légale a oscillé entre 60% en 1991, et 75% en 2004. À titre indicatif, ces deux États représentent environ 42% de la surface cette partie du Brésil. Selon Gilberto Câmara, le directeur de l'INPE, la part des coupes de moins de 50 hectares a fortement progressé entre 2002 et 2010, passant de 35% à 80%. Les auteurs de ces coupes "réduites" chercheraient à échapper à la vigilance des satellites d'observation.

Les statistiques diffusées par l'Institut permettent de situer le résultat qui vient d'être publié par rapport à ces trente dernières années. Entre 1977 et 1988, dans toute l'Amazonie légale, la moyenne annuelle de déforestation était de l'ordre de 21'000 km2. Dans les années 90, la plus faible surface détruite l'a été en 1991 : "seulement" 11'030 km2. Et la plus forte, en 1995, avec 29'059 km2. C'est le pic le plus élevé au cours de ces 23 ans. Les deux années 2003 et 2004 ont aussi connu une forte poussée de déforestation avec, respectivement, 25'396 et 27'772 km2. Mais depuis 2005, les chiffres sont régulièrement orientés à la baisse. Au cours des vingt-trois dernières années, c'est plus de 385'000 km2 de forêt qui ont disparu. Si l'on ajoute à ce chiffre l'estimation de 231'500 km2 de déforestation qui se serait produite depuis 1977, le total serait alors supérieur à 616'000 km2 pour ces trente-trois dernières années. Il est généralement admis que la forêt amazonienne a perdu environ 17% de sa surface initiale.

Pour en savoir plus (en portugais) :

Cette note sera publiée dans le bulletin "AYA Info" No 56, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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10/12/2010

Une infirmière suisse au service des Yanomami

Photo BC:Sylvie P et Pedro A Lugnorre 11:09:10 P9111043 - copie.JPGSylvie Petter, infirmière de son état, a quitté son Vully natal à la fin octobre pour rejoindre l'équipe du "Service et Coopération avec le peuple Yanomami" - SECOYA, dont le siège est à Manaus. Ce Service coopère essentiellement avec les Yanomami de l'État d'Amazonas. Elle y a intégré le programme "Santé" de l'organisation. Elle est volontaire de l'ONG "E-Changer" dont le siège est à Fribourg. Son engagement est prévu pour une durée de trois ans.

Le 11 septembre déjà, à Lugnorre, son village d'origine, elle a expliqué son futur travail à sa famille et à ses amis qui constituent son "Groupe de soutien". Quatre membres de l'association genevoise "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA, qui appuie l'organisation amazonienne, avaient fait le déplacement. Parmi eux, le médecin brésilien, Pedro Albajar Viñas de l'OMS, aussi membre de la SECOYA. Bruno Clément, le
responsable 'Partenariats Sud'
 et chargé du réseau "Fribourg" de E-Changer a présenté son organisation et le sens donné à ce partenariat.

Sylvie a déjà voyagé et séjourné en Amérique latine, en Equateur et au Brésil. Tout n'est donc pas nouveau pour elle dans ce cadre de vie amazonien malgré tout particulier. Sur son blog, elle raconte son arrivée à Manaus le 29 octobre. Elle a passé le week-end de la Toussaint à Rio Preto da Eva, une localité située à 80 km de Manaus où Silvio Cavuscens, le coordinateur de la SECOYA, reçoit ses visiteurs quand il veut leur donner un aperçu de la forêt amazonienne. Depuis le 19 novembre et jusqu'au 20 décembre, sa messagerie électronique renvoie un avis d'absence. Elle est "sur le terrain", loin de Manaus. Elle commence son activité au moment où le service de santé indigène du Brésil est en pleine mutation avec la création récente du Secrétariat Spécial de Santé Indigène - SESAI. Le Secrétariat doit se substituer à la Fondation Nationale de la Santé - FUNASA, dont les services sont contestés.

Les membres d'AYA se réjouissent de l'engagement pris par Sylvie et lui souhaitent beaucoup de satisfaction dans son travail.

Sylvie ajoute son nom à la liste des Suisses qui se sont mis au service des peuples indigènes de l'Amazonie. Leur expérience, leur engagement, est un volet de la coopération qui mériterait d'être mieux connu.

Photo © BC : Sylvie et Pedro à Lugnorre le 11 septembre dernier.

Pour en savoir plus (en français) :

Cette note (modifiée) a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 55, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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02/12/2010

Rio : la fin des tourments pour les favelados ?

Ce mardi, les enfants du "Complexe de l'Allemand" ont repris le chemin de l'école, les commerçants ont levé les rideaux métalliques de leurs boutiques. La vie semble avoir repris son cours "normal" après huit jours de guerre urbaine entre les trafiquants et les forces de sécurité chargées de restaurer la présence de l'État dans la favela de Vila Cruzeiro et celles du "Complexo de Alemão". Le bilan : près de quarante morts, des blessés, des arrestations en nombre, une centaine de véhicules incendiés, et bien sûr, la saisie d'une quantité d'armes et de drogue, en grande partie de la marijuana.

Dans la multitude des images transmises par les medias, quelques-unes seulement ont montré des habitants réclamant la paix pour leur quartier. Les favelados, les habitants des favelas, sont des travailleurs et travailleuses, vivant trop souvent d'emplois précaires dans l'économie formelle ou informelle. Il y a aussi quantité de jeunes confrontés au chômage ou au sous-emploi, souvent mal scolarisés par un système éducatif déficient. Parmi les habitants, il y a aussi ceux, et surtout celles qui, courageusement, s'engagent pour construire un meilleur avenir aux enfants de leur communauté. Par exemple, les éducateurs, éducatrices, souvent bénévoles ou à peine indemnisés, qui travaillent dans les crèches communautaires ou les cours d'appui pour relever le taux de réussite de la scolarité des enfants.

La vie des habitants des favelas est souvent marquée par la peur. Peur des violences engendrées par les luttes armées des différents gangs de trafiquants qui s'opposent pour la suprématie sur la favela. Les incursions de la police qui lutte contre les gangs sont redoutées en raison de trop nombreuses bavures. Il y a aussi la présence de la "Polícia mineira", ces milices qui se constituent sous prétexte de protéger les habitants des narcotrafiquants, mais qui font payer leur "service" par différentes taxes. En 2008, l'Assemblée Législative de l'État de Rio - ALERJ, a constitué une "Commission Parlementaire d'enquête" sur les activités de ces milices. Son rapport, publié en novembre 2008, a mis en évidence les pratiques frauduleuses de ces groupes.

En fait, les favelados sont des otages.

En décembre 2008, les autorités de l'État de Rio ont commencé à mettre en place des "Unités de Police Pacificatrice" - UPP. Il s'agit d'une police de proximité destinée à assurer une présence de l'État et réduire la violence dans des territoires jusqu'alors zones de non-droit. Elles sont maintenant présentes dans diverses favelas de Rio. De telles unités devraient être installées prochainement à Vila Cruzeiro et au Complexo de Alemão. Une expérience à suivre.

Un récent article de la "Folha de São Paulo" indique que, juste avant les récentes opérations, les milices dominaient 41,5% des 1006 favelas de Rio. Les gangs de trafiquants régnaient sur 55,9% d'entre elles. Et, pour l'instant, les UPP sont présentes dans 2,6% de ces quartiers populaires.

Marcelo Freixo, le député qui a présidé la Commission de l'ALERJ sur les milices, affirme qu'il est naïf de croire que les confrontations armées dans les favelas peuvent mettre un terme au crime organisé, un trafic d'armes et de drogue qui touche le monde entier. De son point de vue, il est nécessaire d'empêcher l'arrivée de la drogue et des armes dans les favelas. Pour lui, "la violence c'est l'inégalité"... "La solution pour la sécurité publique passe par la garantie des droits fondamentaux des habitants des favelas". Le 30 novembre, le collectif des institutions communautaires qui agissent dans le Complexo de Alemão a publié une note dans ce sens. Il  rappelle la nécessité d'investissements dans les domaines environnemental, culturel, de l'éducation, de la santé, de la mobilité urbaine, des sports, de l'assistance sociale et de la sécurité publique. L'anthropologue et professeur Luiz Eduardo Soares, qui a exercé des responsabilités en matière de sécurité publique à Brasilia et à Rio, s'interroge, non seulement sur la qualité et l'organisation des forces de sécurité, mais également sur la légalisation de la drogue.

Le nouveau gouvernement qui va accueillir le prochain Mondial de foot, va devoir relever le défi d'une véritable et durable pacification de Rio. Un travail gigantesque. S'il gagne le pari, il pourra accrocher une étoile sur le maillot de tous ceux qui auront contribué à la victoire. Faute de s'attaquer aux racines du mal, les habitants des favelas risquent d'être pris dans de nouvelles et sanglantes tourmentes.

Pour en savoir plus (en portugais) :

 

 

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