25/02/2011

Transition Lula – Dilma : Perspectives pour les peuples indigènes

S Cavuscens 10:01:2011 Photo B Comoli:2 P1101088.jpgLe 18 janvier, invitées par AYA, une quarantaine de personnes étaient réunies à la salle "Chico Mendes" de la Maison des Associations de Genève, pour échanger avec l'indigéniste et sociologue Silvio Cavuscens, sur la situation des peuples indigènes brésiliens au moment du changement de présidence de la république. Il y avait-là des membres des organisations de coopération qui ont, ou ont eu, Silvio comme partenaire : E-Changer, Terre des Hommes Genève/Suisse, Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI, mais aussi les membres du collectif qui avait organisé la campagne "Démarcation des Terres indigènes" entre 2003 et 2006. Et, bien sûr, plusieurs de ses amis de jeunesse.

"Côtoyer les peuples indigènes et ne pas respecter leurs cultures, cela revient à toucher sans sentir, regarder sans voir et écouter sans entendre !" Tel est le titre que Silvio a donné à sa présentation. Il a rappelé comment la diversité est l'une des caractéristiques des peuples indigènes du Brésil : plus de 700'00 indiens appartenant à 235 peuples, utilisant 172 langues différentes.

Au niveau institutionnel, il a souligné l'importance de la Constitution de 1988 qui a rompu avec la vision intégrationniste au profit de la reconnaissance de la spécificité des peuples indigènes et de l'importance de leurs organisations. Il a d'abord rappelé les priorités du gouvernement Lula, notamment : l'amélioration des conditions économiques de la nation, réduire le taux de pauvreté, valoriser le Brésil au niveau international et les alliances internes nécessaires à la gouvernance du pays.

En 2002, la coalition qui a soutenu la candidature de Lula à la présidence de la république a publié un programme de gouvernement concernant les peuples indigènes. Y figurent notamment, la volonté de dialogue, la démarcation des terres indigènes, la restructuration de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI. Au terme de huit ans de gouvernement Lula, le bilan est mitigé : désarticulation de la politique indigéniste entre divers ministères, manque de dialogue, méconnaissance de la réalité indigène entraînant l'application de mesures inadaptées. Le Programme d'Accélération de la Croissance - PAC, mis en oeuvre par le gouvernement, a des impacts négatifs sur l'Amazonie et les peuples indigènes de la région en raison de nombreux ouvrages inscrits au programme : routes, usines hydroélectriques (Belo Monte, Jirau), gazoducs, etc. Par ailleurs, la violence à l'égard des peuples indigènes reste bien réelle.

Silvio a évoqué ce que les peuples indigènes attendent du nouveau gouvernement, par exemple, l'adoption du Statut des peuples indigènes, la consolidation du Secrétariat spécial de santé indigène - SESAI, l'arrêt des travaux d'infrastructures qui ont un impact direct ou indirect sur les Terres indigènes, la création d'un Conseil national de politique indigéniste...

Dans une deuxième partie de son exposé, Silvio a décrit le travail de l'association "Service et Coopération avec la Peuple Yanomami" - SECOYA, dont il est coordinateur. Ce sera l'objet d'une prochaine note.

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Photo © B. Comoli : Silvio Cavuscens lors de son dernier passage à Genève

Cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 58, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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18/02/2011

Une grave surmortalité parmi les indigènes du Javari

Foto SC:Vale do Javari A Padilha.jpgPeu avant Noël, le 23 décembre 2010, le Ministère public fédéral brésilien a signalé un rapport, publié par le Centre de Travail Indigéniste (CTI) de Brasilia, sur la gravité de la situation de la santé des peuples indigènes de la Vallée du Javari (1), une région située à l'ouest de l'État d'Amazonas. Selon le document (2), dans les onze dernières années (de 2000 à 2010), 325 décès ont été constatés en raison des déficiences du service de santé.

Ces décès représentent environ 8% d'une population déjà  peu nombreuse, estimée à près de 4'000 personnes, appartenant à plusieurs ethnies. Certains peuples sont davantage touchés que d'autres. Ainsi les Kanamary, les plus atteints, ont perdu 16% de leur population au cours de cette période.

En regard de l'âge, les victimes les plus nombreuses se comptent parmi les enfants de moins d'un an (46%), chez ceux  de 1 à 10 ans (18%) et parmi les jeunes de 11 à 25 ans (13%).

Plusieurs affections sont à l'origine de cette surmortalité; parmi elles, la tuberculose, les hépatites B et D, la gastroentérite, mais aussi la sous-nutrition.

Pour les auteurs du rapport, "Cette grave situation n'est pas la conséquence d'un manque de ressources financières. Elle découle de l'absence d'une équipe compétente pour travailler dans une aire de 80'000 km2, avec une extrême difficulté logistique et la pression d'intérêts locaux et régionaux". Maintes fois, les organisations indigènes ont attiré l'attention des autorités sur les déficiences du service de santé dans cette région (3).

Encore récemment, du 13 au 28 décembre, plusieurs dizaines d'indigènes ont occupé le siège du District Sanitaire Spécial  Indigène - DSEI, du Javari à Atalaia do Norte. Ils manifestaient ainsi leur mécontentement suite à la nomination de responsables du District qui n'avaient pas leur agrément, mais également en raison de la mauvaise gestion du service de santé dans les communautés indigènes (4). La nomination d'un coordinateur accepté par les leaders indigènes et l'envoi, par Brasilia, d'une délégation du nouveau Secrétariat Spécial de Santé Indigène - SESAI, ont débloqué la situation. Le 7 janvier, par la voix de son président, Jorge Oliveira Duarte, le Conseil de District de Santé Indigène - CONDISI (5), a fait connaître sa satisfaction au Secrétaire National du SESAI, M. Antônio Alves.

Le ministère de la santé a réagi, le 25 janvier, il a envoyé deux équipes médicales pour renforcer le personnel local (6). Le 31 janvier, une vingtaine de membres de l'Union des Peuples Indigènes de la Vallée du Javari - UNIVAJA, ont signé un manifeste (7) adressé au ministre de la santé, Alexandre Padilha. Dans ce document, ils expriment les désirs des peuples indigènes de la région en matière de santé : "Ce que nous voulons, c'est que le SESAI soit opérationnel pour un service de santé qui réponde aux réels besoins des peuples indigènes".

Il serait heureux que cette fois-ci, l'appel des organisations indigènes soit suivi d'effets.

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(1) La Terre Indigène de la Vallée du Javari a été démarquée en 2001, suite à une campagne dans laquelle Silvio Cavuscens a joué un rôle central. Elle a une superficie de 85'445 km2. Elle est située sur la rive droite du rio Javari, qui, sur une partie de son cours, fait frontière avec le Pérou. C'est le territoire de plusieurs peuples : Kanamary, Kulina, Marubo, Matis, Matsé (Mayoruna), de divers groupes encore isolés et ceux de récent contact comme les Korubo. Voir la carte ci-dessous.

(2) Pour accéder au rapport (en portugais) :

http://ccr6.pgr.mpf.gov.br/institucional/institucional/cl... > 04 Nos últimos 11 anos... > disponivel para download

(3) Voir "AYA Info" No 24

(4) Sur l'occupation du DSEI (en portugais) :  http://www.amazonia.org.br/noticias/noticia.cfm?id=374695

(5) Le CONDISI est un organe dit de "contrôle social", composé notamment des représentants des communautés et organisations indigènes. Il est chargé de fixer les tâches du DSEI et d'en contrôler la réalisation.

(6) L'envoi de personnel (en portugais) : http://portal.saude.gov.br/portal/saude/Gestor/visualizar...

(7) Pour accéder au Manifeste (en portugais) :

http://uniaocampocidadeefloresta.wordpress.com/2011/01/31...

• Photo © Silvio Cavuscens. Lors d'une précédente occupation du siège du DSEI d'Atalaia do Norte, en avril 2006, l'envoyé du Département de Santé Indigène à Brasilia, Alexandre Padilha (tout à droite), maintenant devenu Ministre de la Santé, est en discussion avec les leaders indigènes.

Une version réduite de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 57, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

Une carte pour situer la Terre Indigène Vale do Javari :

TI Vale do Javari:4.jpg

 

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11/02/2011

Un livre pour mieux comprendre les Yanomami du Brésil

Les Yanomami couv Ed Belin Le Tourneau 005316.jpgLes éditions Belin (Paris) ont publié en juillet 2010 un ouvrage intitulé "Les Yanomami du Brésil - Géographie d'un territoire amérindien". L'auteur, François - Michel Le Tourneau, est géographe, chargé de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique - CNRS (France). Il est aussi membre du Centre de Recherche et de Documentation sur l'Amérique Latine - CREDAL /Paris. Il a été chercheur invité du "Centre de Développement Soutenable" - CDS, de l'Université de Brasilia. La rédaction de son ouvrage a été terminée en 2009.

Dans son introduction, l'auteur situe le territoire Yanomami, le cadre géographique, le cadre culturel et les relation intercommunautaires. La première partie, "La découverte d'un peuple", concerne les premiers contacts avec les "napë" (les non - Yanomami), l'installation des missions religieuses, des orpailleurs et les projets des militaires. La deuxième partie, "Quel territoire pour les Yanomami ?", est consacrée aux projets de définition du territoire Yanomami et les diverses attaques dont il est l'objet. La troisième partie, "Nouveaux défis", évoque le rôle structurant de l'assistance sanitaire et de l'organisation des Yanomami eux-mêmes. La dernière partie, "Anatomie du territoire Yanomami" , traite de son organisation intérieure, de ses ressorts, de son pourtour et de l'impact de l'étranger.

Le livre de F-M Le Tourneau contient une bibliographie, trente-sept cartes, quinze photos, trois graphiques et vingt-trois tableaux.  Il complète celui publié en septembre 2010 par Davi Kopenawa et Bruce Albert* : "La chute du ciel". Il est très utile pour mieux connaître le peuple Yanomami.

Références : "Les Yanomami du Brésil - Géographie d'un territoire amérindien" de François - Michel Le Tourneau. Collection "Mappemonde", Editions Belin (Paris) / ISSN 1275-2975 / ISBN 978-2-7011-5316-2 / 480 pages / 32 Euros.

* Voir la note du 11 novembre de ce blog et "AYA Info" No 54 du 24 octobre 2009

Cette note sera publiée dans le prochain bulletin "AYA Info" No 58, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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04/02/2011

Le premier séjour de Sylvie dans l'aire Yanomami

Cachoeira 2.jpgSylvie*, la volontaire d'E-Changer engagée comme infirmière dans le projet "santé" de l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami - SECOYA" a fait son premier voyage dans la Terre Indigène Yanomami (TIY) entre le 19 novembre et le 20 décembre. Plus précisément, elle a visité les communautés du Rio Marauiá, un affluent du Rio Negro. Elle a accompagné Socorro, la coordinatrice du département "éducation" de la Secoya. Trois jours de bateau pour aller de Manaus à Santa Isabel do Rio Negro. Puis la pirogue à moteur pour remonter le rio Marauiá, passer les "cachoeiras" (les rapides) pour atteindre les communautés Yanomami.

La SECOYA s'est donné des règles de conduite en matière de provisions alimentaires à emmener, les cadeaux à offrir. Il faut en tenir compte lors des derniers achats à Santa Isabel. Socorro et Sylvie ont visité cinq communautés : Bicho Açu, Ixima, Pukima Beira, Raita et Pukima Cachoeira. Pour Sylvie, cette première incursion en TIY a été l'occasion de découvrir le quotidien des Yanomami : la préparation de la nourriture, de participer à un rituel de deuil, de voir l'importance du chamanisme, les écoles villageoises...

Infirmière, elle a pu constater l'état du service de santé : les postes de santé souvent vides, les agents de santé sans formation adéquate, le manque de médicaments et de matériel, la gestion des situations d'urgence extrêmement compliquée.

Au terme de son premier trimestre d'activité, elle a eu l'opportunité de faire le point avec un bon connaisseur de cette région du Brésil, le docteur Pedro Albajar, membre de AYA et de SECOYA. Pedro lui a indiqué une série de contacts locaux susceptibles de lui faciliter la tâche.

Sylvie a fait le récit de son voyage sur son blog (en français) :

http://sylvie-petter.blogspot.com/2010/12/premiere-incurs...

* Voir note du 10 décembre 2010 et la carte ci-dessous qui situe les communautés du rio Marauiá

Photo © Silvio Cavuscens : Franchir les "cachoeiras" (les rapides) du rio Marauiá n'est pas toujours chose facile, notamment dans les périodes de basses eaux.

Cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 57, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

TI Y + xapono rio Marauiá-3 map_20072005 - copie copie.jpg

 

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