11/03/2011

Ecouter et entendre le Peuple Yanomami

Le 18 janvier dernier, à la Maison des Associations de Genève, l'association Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie - AYA, a organisé une réunion pour échanger avec l'indigéniste et sociologue Silvio Cavuscens, sur la situation des peuples indigènes brésiliens.

"Côtoyer les peuples indigènes et ne pas respecter leurs cultures, cela revient à toucher sans sentir, regarder sans voir et écouter sans entendre !" Tel est le titre général donné par Silvio à son exposé. Dans une première partie de son intervention, il a évoqué la situation des peuples indigènes du Brésil au moment du changement de présidence de la république (1).

Prise de yãkõana.jpgDans une deuxième partie, Silvio a parlé de l'action de l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami" - SECOYA, dont il est coordinateur. L'activité de SECOYA touche quatre domaines : la citoyenneté, l'éducation différenciée, le développement soutenable et la santé. Elle a commencé son action en 1991, mais l'association a été formellement fondée en 1997. Son siège est à Manaus. Elle travaille essentiellement avec les communautés Yanomami de l'État d'Amazonas.

Coopérer avec ce peuple suppose une bonne connaissance de sa culture et de son cadre de vie. La langue, le yanomami est une petite famille linguistique avec quatre dialectes. Le cadre de vie, c'est surtout "uhiri", la terre-forêt, entité vivante qui abrite les "xapono", les maisons collectives avec leurs coutumes, comme le "wayamu", le discours matinal échangé entre les habitants...

Au milieu des années 50, les Yanomami - le nom veut dire "être humain" - ont eu à connaître les "napë" : les étrangers, ennemis ou "blancs", dont ils ont à souffrir quand ils sont "fazendeiros" (exploitants agricoles), "madereiros" (exploitants forestiers), ou "garimpeiros" (orpailleurs), envahisseurs de leur territoire.

Une Pajelança -Silvio.jpgLe chamanisme et la cosmologie qui lui est liée, est un élément central de la culture yanomami. Les chamans utilisent la "yãkõana", une poudre hallucinogène pour  entrer en contact avec les "xapori", les esprits, afin de protéger les xapono des pouvoirs maléfices venant des humains ou des non - humains. Les chamans - les "pajés" - sont aussi les guérisseurs susceptibles de diagnostiquer de nombreux types de maladies, sans être en mesure de traiter toutes les pathologies. Ils pratiquent leur art au cours de "pajelanças", séances de traitement de diverses affections.

Dans le domaine de la santé, il y a des divergences entre Yanomami et "napë" sur le sens même de la maladie et des traitements. L'ignorance de ces divergences peut conduire à des situations conflictuelles. Pour réaliser l'interface entre la médecine traditionnelle et celle des "blancs", la Secoya veut des Agents Indigènes de Santé - AIS, compétents. Ils sont des auxiliaires précieux pour réduire l'impact de certaines maladies, notamment la tuberculose, l'hépatite et le paludisme.

Dans ses programmes de santé et de citoyenneté, la SECOYA organise des cours pour permettre aux leaders Yanomami d'être en mesure d'exercer un contrôle et de participer efficacement aux décisions prises au sein du Conseil du District Spécial de Santé Indigène Yanomami et dans les autres instances dans lesquelles ils sont appelés à siéger. Un de ces cours est mis en oeuvre actuellement avec l'appui de la Commune genevoise de Meyrin (2).

Silvio a encore fait état des revendications du mouvement indigène dans le domaine de la santé. De son point de vue, "... le service de santé indigène paraît satisfaire et servir davantage notre conscience que les Yanomami !" Une conclusion qui interpelle !

La SECOYA (3) veut écouter et entendre le peuple Yanomami.

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Photos S. Cavuscens : Une prise de "yãkõana" et une "pajelança", une séance de traitement d'une affection.

(1) Voir sur ce blog, la note du 25 février dernier résumant cette première partie.

(2) Voir sur ce blog, la note du 2 avril 2010.

(3) Pour en savoir plus sur la SECOYA (en portugais) : http://www.secoya.org.br/

APPEL : Les personnes qui souhaitent appuyer l'action de la SECOYA peuvent le faire en versant un don par l'intermédiaire de AYA, CCP 17-55066-2, avec la mention "SECOYA", ou prendre contact avec le président de AYA, M. Jacques Rémund, par téléphone : No  00 41 (0)22 793 99 36, ou par courrier électronique : jackytax@gmail.com

 

Cette note (modifiée) a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 58, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

08:42 Publié dans La lettre d'AYA | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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