29/04/2011

Davi Kopenawa avec les chamans de la Terre Yanomami

TI Y map_20072005 copie.jpgC'est une première chez les Yanomami : du 22 au 24 mars, dans sa communauté de Watoriki (la maison de la montagne du grand vent), Davi Kopenawa, le président de Hutukara Association Yanomami - HAY, et lui-même chaman, a réuni une quarantaine de ses "confrères" de la Terre Indigène Yanomami - TI Y.

Cette réunion avait plusieurs objectifs : Favoriser les échanges entre les plus grands "pajés" de la région. Valoriser les traditions chez les jeunes Yanomami très attirés par le mode de vie des Blancs. Réaffirmer la tradition chamanique en réponse à l'offensive croissante des missionnaires évangélistes présents dans la TI Y. Susciter une réflexion cosmologique des chamans sur la crise écologique mondiale et la nécessaire mobilisation pour la protection de l'Amazonie contre le développement prédateur des Blancs.

Questionné au sujet de la vidéo ci-dessous (2'02") enregistrée par Leandro Lima, Bruce Albert* en explique le sens : "Tour à tour, ces chamans s'avancent au centre de la place pour faire à la fois, la démonstration de leur savoir-faire et pour contribuer à protéger la forêt "détruite et salie" par les Blancs. Ainsi, ils "font descendre" (en imitant) leurs esprits auxiliaires xapiri pë qui soignent, réparent et défendent la forêt et ses limites. Les xapiri pë sont les images des ancêtres humains - animaux du temps des origines, les Yarori pë".

Un grand merci à Bruce Albert.

* Bruce Albert est co-auteur, avec Davi Kopenawa, du livre "La Chute du ciel - Paroles d'un chaman Yanomami" publié aux éditions Plon (Paris) dans la collection "Terre humaine" - Voir AYA Info No 54 pour les références.

Pour en savoir plus (en portugais) :

 

Une version restreinte de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 60, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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15/04/2011

Conseil Indigène de Roraima : Plus de 40 ans de luttes !

TI RSS Mapa localisation.jpgLe Conseil Indigène de Roraima - CIR, a tenu sa 40e Assemblée Générale du 11 au 15 mars dans la communauté du Barro, dans la région de Surumu, dans la Terre Indigène de Raposa Serra do Sol, dans l'État de Roraima, au nord du Brésil.

C'était en pleine période de la dictature militaire, en juillet 1970 que les indigènes de région se sont réunis pour la première fois. Les premières réunions étaient des "Conseils de village". Puis il y a eu une première coopérative indigène. La première assemblée des peuples indigènes du Roraima a été organisée en 1971, avec les différentes ethnies de la région (Macuxi, Wapichana, Taurepang, etc.

Les premières campagnes conduites par les indigènes l'ont été pour lutter contre l'alcoolisme. Un fléau dont on sait la dépendance qu'il entraîne non seulement pour les individus, mais aussi pour les communautés. Pour contrer l'accaparement de leurs terres traditionnelles par des fazendeiros, les indigènes ont lancé un programme d'élevage de bétail : "Une vache pour un indien". Cette Assemblée a été l'occasion de rappeler ces quarante années de mobilisation pour la défense des droits des peuples indigènes de la région. Une lutte qui a coûté la vie à 21 leaders.

L'engagement pour la démarcation - la protection -  de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol - TI RSS, a été long et difficile, lui aussi. Avec beaucoup de violences. En avril 2005, Lula a signé le décret CIR Nova coodenação eleita 40a AG marzo 2011:5534050303_40aef9386f - copie.jpgd'homologation de cette Terre indigène. Mais cette décision a fait l'objet de recours devant le Tribunal Suprême Fédéral - STF. Ce n'est que le 19 mars 2009, que celui-ci a reconnu la validité du décret présidentiel. Le STF a assorti sa décision de plusieurs conditions restrictives pour les futures démarcations de terres indigènes. Entre temps, à la fin mars 2008, la police fédérale avait organisé une opération d'évacuation des non indiens de la réserve. Elle s'est heurtée à la résistance de riziculteurs qui n'ont pas hésité à recourir à la violence. Le STF a suspendu l'opération.

C'est dans cette période de tension que, le 5 mai 2008, un groupe d'indigènes a installé un campement sur une des terres occupées illégalement par l'un des riziculteurs. Cela dans le but de faire pression pour la reconnaissance de leurs droits. Le riziculteur a envoyé ses "jagunços", ses gardes armés, pour déloger les indigènes. Il y a eu une dizaine de blessés par balles. La vidéo mise en ligne au bas de cette note est le reflet de cet événement. Ce fût l'un des derniers épisodes violents de l'histoire de cette lutte. Heureusement, depuis, le calme est revenu.

L'ordre du jour de cette 40e Assemblée témoigne des nouvelles préoccupations des peuples indigènes de cet État : restructuration de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI; gestion du territoire et ethnodéveloppement;  santé indigène; éducation scolaire différenciée et défense des droits des peuples indigènes.

Cette réunion a aussi été l'occasion de désigner, pour un mandat de deux ans, les nouveaux responsables du Conseil. Le nouveau coordinateur du CIR est Mário Nicácio, de l'ethnie Wapichana. Il est jeune, mais il a déjà des années d'engagement dans la cause indigène. Le vice coordinateur est un Macuxi, Ivaldo André. Thelma Marques da Silva, de l'ethnie Taurepang, a été  élue secrétaire du Mouvement des femmes.

Les participants ont adressé une longue lettre aux autorités dans laquelle ils font l'inventaire de leurs revendications.

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Pour en savoir plus  :

  • En français : "AYA Info" a consacré de nombreuses "brèves" relatives à la TI RSS, dont "AYA Info No 49"
  • En portugais:

- Un site indigène "Indios on line" : http://www.indiosonline.org.br/novo/assembleia-indigena-e...

- Un site indigéniste "Instituto Socioambiental", (avec l'ordre du jour, un compte-rendu, plusieurs photos de la rencontre et le document adressé aux autorités) : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3283

- Malheureusement le site Internet du Conseil Indigène de Roraima (http://www.cir.org.br/portal/) connaît quelques problèmes. Il devrait être mis à jour prochainement.

- Photo © CIMI : La nouvelle coordination

- Vidéo sur les événements du 5 mai 2008  :

Une première version de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 59, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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08/04/2011

Belo Monte : L'Organisation des Etats Américains demande la suspension du processus

Une partie de la pêche de mars 2011 :Cimi:45a61e0e3db834a8f9b56e04abfd7936.jpgAprès la controverse juridique intervenue entre la justice fédérale de Belém et le président du Tribunal Régional Fédéral 1 (TRF1), Olindo Menezes, les travaux de terrassement ont commencé le 7 mars, la veille du Carnaval, sur le chantier du complexe hydroélectrique de Belo Monte sur le rio Xingu(1).

La construction de cet ouvrage - le troisième plus grand barrage du monde après celui des Trois Gorges en Chine, et celui d'Itaipu, sur le Paraná, à la frontière entre le Brésil et le Paraguay - continue de susciter des réactions.

Les pêcheurs du rio Xingu ont organisé une grande "pescaria", une immense partie de pêche, qui s'est terminée le 14 mars par une manifestation de protestation devant l'immeuble d'Eletronorte sur les quais d'Altamira, la principale localité de la région.

Le 23 mars, le cinéaste James Cameron et l'ex-gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger étaient à Altamira pour s'informer des travaux. En 2010, le cinéaste avait déjà apporté son soutien aux mouvements sociaux qui s'opposent à l'ouvrage.

Le 25 mars, Dom Erwin Kräutler, évêque du Xingu et président du Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI, l'organe de la Conférence Nationale des évêques du Brésil - CNBB, chargé des questions indigènes, a publié une lettre ouverte qu'il a remise à la Vice-procureure Générale de la République, Déborah Duprat, dans laquelle il dénonce les irrégularités qui entachent le processus de décision de construction de l'ouvrage.

Le gouvernement veut construire Belo Monte. Gilberto Carvalho, principal interlocuteur de la présidence de la république avec les mouvements sociaux, l'a affirmé le 16 mars, durant le Forum sur les "Changements climatiques et justice sociale", organisé sous les auspices de la CNBB.

Le 1er avril, la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme - CIDH, de l'Organisation des États Américains - OEA, a demandé au gouvernement brésilien de suspendre le processus d'autorisation du projet et d'empêcher la réalisation de tout ouvrage jusqu'à ce que soient réalisées quatre mesures : La consultation préalable dans le but d'arriver à un accord avec les communautés affectées; l'accès de ces communautés aux études d'impact; la protection des groupes indigènes en situation d'isolement, et la mise en oeuvre de mesures sanitaires pourprévenir les maladies et épidémies pouvant toucher les communautés indigènes.

Au nom du gouvernement, l'Itaramaty, le Ministère brésilien des affaires étrangères, dans une note du 5 avril considère les sollicitations de la CIDH "précipitées et injustifiables". De son côté, le même jour, la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, a fait état des dispositions qu'elle a prises pour informer et protéger les communautés indigènes.

Le gouvernement brésilien doit répondre dans les meilleurs délais à la CIDH.

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Photo © CIMI : La "Pescaria"

(1) Voir la note du 5 mars 2011 de ce blog

La vidéo ci-dessous (2'30") montre le débu des travaux de terrassement

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Le site de la campagne "Xingu ..." : http://www.xinguvivo.org.br/ /

- La lettre de Dom Kräutler :  http://www.cimi.org.br/?system=news&action=read&i...

- La position de G. Carvalho : http://agenciabrasil.ebc.com.br/noticia/2011-03-16/apesar...

- Le document de la CIDH : http://www.xinguvivo.org.br/wp-content/uploads/2010/10/Ca...

- La réaction de l'Itaramaty : http://www.itamaraty.gov.br/sala-de-imprensa/notas-a-impr...

- La note de la FUNAI : http://www.funai.gov.br/ > 05 de abril > Nota sobre as medidas cautelares...

 

 

 

Cette note (modifiée) a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 59, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

 

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01/04/2011

Rio Madeira : Graves incidents sur le chantier du barrage de Jirau

Etat de Rondônia 250px-Brazil:2.jpgSelon les témoignages recueillis auprès d'ouvriers, c'est une dispute survenue le 15 mars, entre un travailleur et un chauffeur de bus qui est a l'origine de graves incidents qui ont entraîné la fermeture du chantier du barrage de Jirau, sur le rio Madeira, dans l'État de Rondônia. Le syndicat "Force Syndicale" parle de 70 logements, 43 autobus et 15 voitures incendiés. Des milliers de travailleurs sans abri ont quitté le chantier.

Plus généralement, ce sont les mauvaises conditions de travail, déjà dénoncées, qui sont à l'origine de ces manifestations. GDF Suez est le principal actionnaire de l'ouvrage. Le mécontentement s'est également exprimé sur le chantier de construction du barrage de Santo Antônio situé plus en aval, aussi sur le rio Madeira.

Amigos da Terra:170311: UHE_JIRAU020.jpgLe gouvernement doit réunir les deux principaux syndicats de la branche, la Centrale Unique des Travailleurs - CUT, et Force Syndicale afin de  trouver un accord sur les conditions de travail sur les chantiers des ouvrages du Programme d'Accélération de la Croissance - PAC. La CUT propose la création d'une commission tripartite composée de représentants des employeurs, des travailleurs et du gouvernement pour accompagner la réalisation des ouvrages prévus au PAC.

La Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne - COIAB, a publié, le 24 mars, un communiqué dans lequel elle se dit extrêmement préoccupée de la situation des groupes indigènes isolés vivant dans la région où sont construits les barrages  : "Les usines hydroélectriques de Santo Antônio et Jirau sont construites à proximité des territoires de quatre peuples indigènes qui sont en situation d'isolement et de risque."

Elle saisit l'occasion de ces événements pour rappeler que ceux-ci sont "la conséquence d'un modèle de développement que le gouvernement brésilien impose aux peuples amazoniens. Irrespect, illégalité, destruction, déforestation, sont les marques de la réalisation du PAC en Amazonie..."La politique du rouleau compresseur suit son chemin, dévorant les cours d'eau..."

Le rio Madeira est l'un des plus grands cours d'eau d'Amérique du sud, le plus long des affluents de l'Amazone avec 3'380 km. Il prend sa source en Bolivie. Le barrage de Jirau se situe dans l'État brésilien de Rondônia dont la capitale est Porto Velho.

 

Pour en savoir plus (en portugais) :

 

• Photos : Amis de la Terre

  • D'autres vidéos peuvent être visionnées sur YouTube

 

Cette note (modifiée) a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 59, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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