20/05/2011

Les conflits dans la campagne brésilienne

Le 15 avril, la Commission Pastorale de la Terre (CPT), un organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil a publié son rapport 2010 sur les conflits dans la campagne brésilienne. Le document aborde quatre types de conflits : Les conflits pour la terre, les conflits du travail, ceux pour l'eau et ceux qui concernent divers domaines. Au total, en 2010, il y a eu 1'186 conflits, impliquant 559'400 personnes. La CPT a dénombré 34 assassinats.

Les conflits de la terre sont les plus nombreux : 853, impliquant 351'935 personnes, avec 30 assassinats. Mais, pour la troisième année consécutive, ce chiffre est en dessous de la moyenne (1'010), des dix dernières années. Il y en a eu 452 (53%), dans les neuf États de l'Amazonie légale*. Au deuxième rang, les conflits du travail (travail esclave, surexploitation de la main d'œuvre et non respect de la législation). Ils sont au nombre de 242, impliquant 5'806 personnes, avec deux assassinats. Il y a eu 87 conflits pour l'eau, impliquant 197'210 personnes, et deux assassinats. Il y en avait eu 45 en 2009 et 46 en 2008. En 2007, il y en avait déjà eu 87, mais ils avaient touché "seulement" 163'735 personnes. En 2010, l'Amazonie légale a connu 28 de ces conflits, soit 32% de ceux comptés dans le pays. Le plus connu est celui relatif au barrage de Belo Monte, sur le rio Xingu, dans l'État du Pará.

Dans le rapport, l'un des commentateurs souligne que "La politique agressive de privatisation mercantile des eaux, promue par les transnationales du secteur, relayée par les organismes internationaux comme le FMI et la banque Mondiale, soutenue par les gouvernements nationaux, ne peuvent, évidemment qu'engendrer une augmentation de la tension". À propos des peuples indigènes : "Comme ces dernières années, la question indigène est loin d'être résolue..." "Les demandes des populations indigènes impliquent la mise en oeuvre des accords ou l'amélioration des politiques publiques de santé, d'éducation, d'infrastructures, de législation du travail, de démarcation des terres et les mobilisations pour la défense de l'eau et de l'environnement qui, en général, sont engendrés par l'exploitation minière ou la construction de barrages avec la perte de territoires".

Foto 17:04:1996 Eldorado dos Carajás.jpgCette année marque le quinzième anniversaire du massacre de Eldorado dos Carajás (État du Pará), survenu le 17 avril 1996 qui a coûté la vie à 19 paysans sans terre. Ils manifestaient pour l'attribution de terres. Selon une note publiée le 18 avril dernier par la CPT, deux seuls parmi les responsables du massacre - un colonel et un capitaine - ont été jugés en 2002. Ils ont fait appel de leur condamnation. Bénéficiant de l'habeas corpus accordé par la Cour suprême, ils sont en liberté en attendant ce jugement en appel dont la date n'a pas été fixée : "Le  triomphe de l'impunité" dit la CPT.

Le 17 avril est devenu la "Journée mondiale des luttes paysannes".

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Photo : Les paysans tués lors du massacre de Eldorado de Carajás, le 17 avril 1996

* L'Amazonie légale est composée de huit États : Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima et d'une partie du Maranhão. Dans ce rapport, ce dernier été pris dans sa globalité.

Une note de ce blog, publiée le 22 mai 2010, est consacrée au rapport 2009.

Pour en savoir plus (en portugais) :

Une version réduite de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 60, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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