27/05/2011

Le 24 mai, la forêt brésilienne est attaquée sur deux fronts

Le mardi 24 mai restera marqué comme un jour néfaste pour la forêt brésilienne : deux de ses défenseurs ont été assassinés et la Chambre des députés a adopté un texte qui réduit sensiblement les mesures de protection dont elle est l'objet.

Un couple assassiné dans l'État du Pará

La journée du mardi 24 mai a commencé par un double assassinat, celui - vers huit heures du matin - de José Claudio Ribeiro da Silva et de son épouse, Maria do Espírito Santo. C'est la Commission Pastorale de la Terre - CPT de Marabá (État du Pará) qui a publié l'information. Le couple, alors qu'il circulait à moto sur une route secondaire de la municipalité de Nova Ipixuna (dans le sud-est de l'État), a été tué de plusieurs coups de fusils et de revolver par deux "pistoleiros" en embuscade près d'un pont.

L'un et l'autre avaient été les pionniers de la création de la réserve "extrativiste" de Praia Alta Piranheira, une aire forestière de 22'00 ha riche en divers produits : châtaigne, açaí, cupuaçu, etc. L'"extrativisme" est une forme d'exploitation des produits de la forêt sans destruction des arbres. Mais c'est aussi une zone qui, en raison de la richesse de ses bois nobles, est constamment envahie illégalement par des exploitants forestiers.

Le couple se savait menacé. Il rejoint la liste déjà longue des personnes, Chico Mendes, Dorothy Stang, et autres militants plus anonymes, qui ont payé de leur vie leur engagement pour la préservation de la forêt amazonienne.

À la Chambre des députés, l'annonce de l'assassinat a été accueillie dans l'indifférence, voire les moqueries. La police serait sur la piste des "pistoleiros" et de leurs mandants.

La vidéo ci-dessous (de 9'33'', sous-titrée en anglais) montre José Claudio Ribeiro intervenant lors de la rencontre TEDxAmazônia qui a eu lieu les 6 et 7 novembre 2010 près de Manaus. Il explique sa volonté de défendre la forêt. Il évoque les menaces dont il est l'objet et son éventuel assassinat.

La Chambre des députés réforme le code forestier

Foto Fabio Rodrigues Pozzabom: Aldo Rebelo félicité 24052011FRP0026.JPGLe soir du même jour, c'est par 410 voix pour, 63 contre et 1 abstention que la Chambre des députés a accepté la réforme du Code forestier de 1965. Seules deux formations politiques ont appelé à voter contre : le Parti Socialisme et Liberté - PSOL et le Parti Vert - PV. Il s'agit d'une réforme qui réduit sensiblement la protection de la forêt brésilienne. Par exemple, les "Aires de préservation permanentes - APP, comme les berges de rivières, le sommet des collines, les mangroves peuvent être déboisées. Des membres de la "Campagne SOS Florestas" ont analysé le projet de loi du rapporteur, le député Aldo Rebelo. Ils ont relevé près d'une vingtaine de points qui réduisent la protection de la forêt.

Des scientifiques, une dizaine d'anciens ministres dont Marina Silva et Rubens Ricupero, des juristes, de nombreuses associations de la société civile ont aussi exprimé leur hostilité au nouveau texte. La Présidente de la république, Dilma Rousseff a aussi fait connaître sa désapprobation à l'endroit de plusieurs articles du projet. Le texte doit passer maintenant au Sénat.

Le gouvernement compte sur les sénateurs pour modifier le projet adopté par la Chambre des députés. Reste également la possibilité, pour la Présidente de la république, d'user de son droit de veto en ne promulguant pas certains articles de la loi.

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Photo Fabio Rodrigues Pozzabom / ABr : le rapporteur du nouveau Code forestier, le député Aldo Rebelo, au centre en veste claire, est félicité après l'approbation du texte.

Pour en savoir plus (en portugais),

- Sur l'assassinat du couple de leaders paysans :

  • L'information de la CPT : http://www.cptnacional.org.br/ > CPT Marabá... > Lider extrativista é executado... > Se nos calarmos... > Nova Ipixuna : polícia já tem...

- Sur le Code forestier :

 

Cette note sera reprise dans le bulletin à paraître "AYA Info" No 61, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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20/05/2011

Les conflits dans la campagne brésilienne

Le 15 avril, la Commission Pastorale de la Terre (CPT), un organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil a publié son rapport 2010 sur les conflits dans la campagne brésilienne. Le document aborde quatre types de conflits : Les conflits pour la terre, les conflits du travail, ceux pour l'eau et ceux qui concernent divers domaines. Au total, en 2010, il y a eu 1'186 conflits, impliquant 559'400 personnes. La CPT a dénombré 34 assassinats.

Les conflits de la terre sont les plus nombreux : 853, impliquant 351'935 personnes, avec 30 assassinats. Mais, pour la troisième année consécutive, ce chiffre est en dessous de la moyenne (1'010), des dix dernières années. Il y en a eu 452 (53%), dans les neuf États de l'Amazonie légale*. Au deuxième rang, les conflits du travail (travail esclave, surexploitation de la main d'œuvre et non respect de la législation). Ils sont au nombre de 242, impliquant 5'806 personnes, avec deux assassinats. Il y a eu 87 conflits pour l'eau, impliquant 197'210 personnes, et deux assassinats. Il y en avait eu 45 en 2009 et 46 en 2008. En 2007, il y en avait déjà eu 87, mais ils avaient touché "seulement" 163'735 personnes. En 2010, l'Amazonie légale a connu 28 de ces conflits, soit 32% de ceux comptés dans le pays. Le plus connu est celui relatif au barrage de Belo Monte, sur le rio Xingu, dans l'État du Pará.

Dans le rapport, l'un des commentateurs souligne que "La politique agressive de privatisation mercantile des eaux, promue par les transnationales du secteur, relayée par les organismes internationaux comme le FMI et la banque Mondiale, soutenue par les gouvernements nationaux, ne peuvent, évidemment qu'engendrer une augmentation de la tension". À propos des peuples indigènes : "Comme ces dernières années, la question indigène est loin d'être résolue..." "Les demandes des populations indigènes impliquent la mise en oeuvre des accords ou l'amélioration des politiques publiques de santé, d'éducation, d'infrastructures, de législation du travail, de démarcation des terres et les mobilisations pour la défense de l'eau et de l'environnement qui, en général, sont engendrés par l'exploitation minière ou la construction de barrages avec la perte de territoires".

Foto 17:04:1996 Eldorado dos Carajás.jpgCette année marque le quinzième anniversaire du massacre de Eldorado dos Carajás (État du Pará), survenu le 17 avril 1996 qui a coûté la vie à 19 paysans sans terre. Ils manifestaient pour l'attribution de terres. Selon une note publiée le 18 avril dernier par la CPT, deux seuls parmi les responsables du massacre - un colonel et un capitaine - ont été jugés en 2002. Ils ont fait appel de leur condamnation. Bénéficiant de l'habeas corpus accordé par la Cour suprême, ils sont en liberté en attendant ce jugement en appel dont la date n'a pas été fixée : "Le  triomphe de l'impunité" dit la CPT.

Le 17 avril est devenu la "Journée mondiale des luttes paysannes".

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Photo : Les paysans tués lors du massacre de Eldorado de Carajás, le 17 avril 1996

* L'Amazonie légale est composée de huit États : Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima et d'une partie du Maranhão. Dans ce rapport, ce dernier été pris dans sa globalité.

Une note de ce blog, publiée le 22 mai 2010, est consacrée au rapport 2009.

Pour en savoir plus (en portugais) :

Une version réduite de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 60, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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13/05/2011

Premier "Avril indigène" de l'ère Dilma

Foto 1:Elza Flúza:ABr:19:04:2011:EF1_8766.JPGAu Brésil, le 19 avril est le "Jour de l'Indien". Des manifestations ont lieu dans le pays et pas seulement le jour même, mais au cours du mois d'avril.

L'événement le plus marquant de ces célébrations est certainement la réunion du Forum National des Leaders Indigènes - FNLI, qui a eu lieu à Brasilia du 17 au 20 avril à l'initiative de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB. Les représentants des principales organisations indigènes ont rédigé une "Lettre ouverte" adressée à la présidente Dilma Rousseff, et remise au Ministre de la Justice, José Eduardo Cardozo, lors d'une audience accordée le 19 avril.

Ce document reprend les principales revendications des peuples indigènes : L'adoption du Statut des Peuples Indigènes et la création d'un Conseil National de Politique Indigéniste. La démarcation, la protection des terres indigènes. La participation des organisations indigènes dans le processus d'élaboration du Plan Pluriannuel (qui fixe les axes budgétaires) pour 2011-2014. L'attribution de ressources financières suffisantes au Secrétariat Spécial de Santé Indigène - SESAI, qui doit rapidement être en mesure d'assumer ses responsabilités. La participation des organisations indigènes dans le processus de restructuration de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI. L'application de la Convention 169 de l'OIT et de la Constitution fédérale en matière de  consultation sur les sujets qui affectent les peuples indigènes. Que le ministère de l'éducation mette en oeuvre les territoires ethno-éducationnels et les résolutions de la Conférence Nationale de l'Education Indigène de 2009. Que le ministère de la culture assure la participation des organisations indigènes dans la formulation des politiques relatives à la diversité culturelle. Les signataires demandent la participation des peuples et organisations indigènes dans un programme de protection et de sécurité dans les zones frontalières menacées par des pratiques illicites qui portent préjudice principalement aux jeunes et aux enfants. Que le gouvernement garantisse l'accès des peuples et communautés indigènes aux politiques de sécurité alimentaire.

C'est là tout un programme de gouvernent. Il reprend l'essentiel et précise les éléments de politique indigéniste souhaitée par les organisations indigènes déjà soumis aux candidats à l'élection présidentielle en octobre 2010*.

Le 19 avril également, un "Front parlementaire d'appui aux peuples indigènes" a été créé à la Chambre des Députés. Il est présidé par Ságuas Moraeis, député du Parti des Travailleurs de l'État du Mato Grosso. Le même jour, la présidente de la république a signé les décrets d'homologation de trois Terres indigènes situées en Amazonie.

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Photo Elza Flúza / Agência Brasil - Un responsable de l'APIB remet au ministre de la justice la lettre destinée à la Présidente de la république.

* Voir "AYA Info" No 55 (12/11/2010).

Pour en savoir plus (en portugais) :

 

Une version restreinte de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 60, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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06/05/2011

Davi Kopenawa plaide pour un meilleur service de santé indigène : le "oui mais" du gouvernement

Davi et Levi avec le Ministre de la santé 30:03:11:DSC04441.JPGLe 30 mars, Davi Kopenawa et Levi Yanomami, deux leaders du peuple Yanomami étaient à Brasilia pour rencontrer le ministre de la santé, Alexandre Padilha et Antônio Alves, le responsable du nouveau Secrétariat Spécial de la Santé Indigène - SESAI. Ils étaient accompagnés par Ana Paula Souto Maior, l'avocate de l'Institut Socio-environnemental - ISA.

Les deux leaders venaient demander l'autonomie financière et administrative du "District Sanitaire Spécial Indigène - DSEI Yanomami", l'organisme chargé du service de santé dans les communautés Yanomami réparties sur les deux États de Roraima et d'Amazonas.

Davi a souligné l'importance de désigner, à la tête du DSEI-Y, un responsable qualifié, bon connaisseur de la culture Yanomami et jouissant de la confiance des indigènes. Il a demandé que ces critères l'emportent sur des choix politiques qui, dans un passé récent, ont été à l'origine de détournements de fonds, alors que les déficiences du service de santé avaient, et ont toujours, de graves conséquences sur l'état de santé de la population Yanomami.

Antônio Alves a confirmé que le DSEI-Y aura bien une autonomie financière et administrative et que le contrôle social par les usagers - les indigènes - va continuer. Pour un meilleur fonctionnement du District, le SESAI devrait engager du personnel. Or, le ministre de la planification n'autorise pas l'engagement des nouveaux fonctionnaires indispensables pour la bonne gestion du service de santé... Moins de trois semaines après l'entrevue, le 19 avril, le ministre a annoncé que le délai pour le transfert du service de santé indigène de la Fondation Nationale de la Santé (FUNASA) au SESAI, primitivement prévu pour ce mois d'avril, était repoussé au 31 décembre 2011. Ce transfert de responsabilité correspond à une demande des organisations indigènes. Il avait été décidé par le président Lula en octobre 2010*.

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Photo SESAI : de gauche à droite : Levi Yanomami, Alexandre Padilha, le Ministre de la Santé et Davi Kopenawa.

Pour en savoir plus,

 

Une version restreinte de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 60, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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