03/06/2011

L'IBAMA autorise la construction controversée de Belo Monte

Brasil-Belo-Monte-Barrage-Carte-1.gifLe 1er juin, l'Institut Brésilien du Milieu Ambiant (IBAMA) a accordé à Norte Energie SA - NESA, la licence qui permet la construction, sur le rio Xingu, de la très controversée usine hydroélectrique de Belo Monte et de son canal de dérivation.

L'ouvrage est prévu pour avoir une puissance maximale de 11'233 megawatts qui en fait le 3e plus grand du monde, après Itaipu à la frontière du Brésil et du Paraguay et celui des Trois Gorges en Chine. Le montant de l'investissement initialement prévu est de l'ordre de  19 milliards de Reais (environ 10 milliards de CHF ou 12 milliards de US$). Selon le gouvernement, la première turbine devrait entrer en fonction en 2015.

Dans un communiqué publié le même jour, Antonia Melo, la coordinatrice du "Mouvement Xingu Vivo Para Sempre" déclare : "Nous ne reculerons pas d'un centimètre. Chaque erreur, chaque mensonge augmentera notre indignation et notre force de lutter. Cette autorisation est l'antichambre d'un crime que nous empêcherons coûte que coûte."

Les organisations indigènes de la région ont manifesté leur opposition à la construction de cet ouvrage depuis 1989. La Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne (COIAB) confirme cette position. Le 1er juin, elle a fait connaître l'indignation que lui cause la décision de l'IBAMA..."Pareille décision fait honte à la nation brésilienne qui croit que la nature est un patrimoine qui doit être préservé... "Le gouvernement brésilien ne respecte pas nos droits..." "Il veut détruire les peuples indigènes et les communautés traditionnelles avec son modèle de développement au service de l'intérêt du capital international, une idéologie qui détruit ce qui devrait être cultivé..."

De nombreuses organisations de la société civile, des scientifiques ont également fait connaître leur opposition. Mais la détermination des autorités n'a pas été ébranlée.

Parmi les derniers épisodes des nombreuses controverses, il y a celle, provoquée par le Secrétaire général de l'Organisation des États Américains - OEA.

Au début du mois d'avril*, la Commission Interaméricaine des Droits Humains (CIDH) de l'Organisation des États Américains (OEA), dont le siège est à Washington, a demandé au gouvernement brésilien de suspendre les travaux de construction du barrage de Belo Monte sur le rio Xingu. La Commission demande la réalisation préalable d'auditions et d'information des peuples indigènes et la prise de mesures de précaution. Cette note a été reçue avec "perplexité" par les autorités brésiliennes qui ont considéré les sollicitations de l'OEA "précipitées et injustifiables". Le gouvernement brésilien a adressé sa réponse à la Commission le 26 avril. Il affirme respecter les droits humains.

Le 4 mai, questionné par la BBC au sujet du risque de voir les ouvrages, liés au développement économique du Brésil, être réalisés sans respecter les droits humains, le Secrétaire général de l'OEA, José Miguel Insulza, a déclaré ne pas connaître ces cas spécifiques : "l'arrivée de thèmes environnementaux et des peuples natifs ouvre un espace qui doit être traité avec beaucoup d'attention..." Parlant de Belo Monte, le Secrétaire est d'avis que "... la Commission peut parfaitement donner des conseils aux gouvernements, mais ne pas  traiter ces sujets en termes juridiques". Selon M. Insulza, la Commission pourrait réviser la position adoptée le 1er avril.

Cette interview a suscité des réactions notamment d'Amnesty International et de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH). Avec d'autres, ces organisations apportent leur soutien à la position initiale de la CIDH. Elles reprochent au Secrétaire de considérer que les droits des peuples autochtones ont moins d'importance que les autres droits humains, par exemple la protection contre la torture ou les disparitions forcées. Hier 2 juin, Amnesty International a renouvelé sa demande de suspension des travaux.

Le 11 mai, le  Ministère Public Fédéral (MPF) du Pará a adressé une recommandation au président de l'IBAMA, lui demandant de s'abstenir  d'émettre l'autorisation de commencer l'ouvrage tant que les mesures préalables prévues en 2010 n'ont pas été réalisées. À plusieurs reprises, les membres du MPF ont fait l'objet d'intimidations et de pressions exercées par les services gouvernementaux. Le 19 mai, quatorze organisation brésiliennes ont dénoncé ces agissements aux instances compétentes du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits humains à Genève

Visiblement, ni la recommandation du Ministère Public, ni la demande de la CIDH de l'OEA n'ont été suivies d'effets.

***

* Voir les notes des 8 avril et 5 mars de ce blog et  "AYA Info" Nos 61, 59, 58 et d'autres bulletins antérieurs.

Pour en savoir plus (en portugais),

- Sur l'autorisation :

- Sur la position du Ministère Public Fédéral,

- Sur la controverse CIDH / Gouvernement brésilien - voir la note du 8 avril et :

- Sur la dénonciation au Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme :

 

Cette note est une version mise à jour de celle publiée dans "AYA Info" No 61, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

09:12 Publié dans La lettre d'AYA | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Excellent article de synthèse sur cette question.
Je vous suggère de faire de même en ce qui concerne le projet de loi de modification du code florestal qui vient d´être adopté en première lecture par le Parlement de Brasilia et qui, si le sénat le ratifie,se traduira par un recul sans précédent de la surface des zones de "protection ambientale", c´est-à-dire le pourcentage de terres que chaque exploitant agricole doit obligatoirement laisser à l´état originel.Le Brésil est en train de reculer sur tous les fronts en ce qui concerne la protection de ses forêts (floresta amazônica et mata atlântica).De gros problèmes de politique intérieure sont à prévoir sans les prochains mois.Il semble que la Présidente Dilma aie les mains liées par son parti, le PT, manipulé en coulisses par Lula et les concessions inévitables à son "allié" le PMDB du toujours influent José Sarney, Président ....du Sénat ! L´affrontement entre les ambientalistes et les ruralistes semble malheureusement tourner inéluctablement à l´avantage de ces derniers, faute d´une véritable volonté politique et de l´isolement du parti vert.La population elle prend peu à peu conscience de l´importance de ces enjeux, surtout avec la multiplication des désordres climatiques : sécheresse sans précedent en Amazonie suivie de crues dévastatrices,violence des précipitations dans la région Sud-Est avec glissements de terrain et populations englouties..ce n´est malheureusement que le début.Tant que les récoltes continueront à bien se porter(soja et canne à sucre surtout), les choses ne changeront guère, les intérêtes de l´exportation à court terme l´emportant sur tout le reste.
Encore bravo pour cet article.
Pierre B. São Paulo.

Écrit par : Pierre Bétard | 03/06/2011

Je vous remercie de votre commentaire. En ce qui concerne le "Código Florestal", j'ai consacré une note à ce sujet sur ce blog le 27 mai dernier. Une note précédente, publiée le 13 août 2010 annonçait l'adoption, le 6 juillet 2010, du rapport du député Aldo Rebelo par une Commission de la Chambre des députés et j'en faisais une brève analyse.
Avec mes meilleures salutations.

Écrit par : Bernard Comoli | 06/06/2011

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