24/06/2011

Les indigènes du Brésil : une petite minorité, mais une grande richesse culturelle

Oscar_Pereira_da_Silva_-_Desembarque_de_Pedro_Álvares_Cabral_em_Porto_Seguro_em_1500.jpgL'Institut Brésilien de Géographie et de Statistique - IBGE a publié les premiers résultats du recensement de la population effectué entre le 1er août et le 31 0ctobre 2010. Le Brésil comptait 190'755'800 résidents au 1er août 2010. Ils étaient 169'799'200 en 2000, soit une augmentation de près de 21 millions d'habitants (+12,34%) au cours de cette période.

À l'occasion de ce comptage, 817'900 personnes se sont déclarées "Indigènes". Elles étaient 734'000 lors du précédent recensement, soit une augmentation de 83'900 personnes, une progression de 11,43%. Les indigènes représentent maintenant 0,43% de la population brésilienne.

Ils sont les plus nombreux (168'680) dans l'État d'Amazonas, où ils représentent 4,8% de la population. Les 49'600 indigènes de l'État de Roraima représentent 11% de la population de cet État : c'est la plus forte proportion enregistrée dans le pays. 315'180 indigènes habitent dans des zones urbaines (38,5%) et 502'780 dans des zones rurales (61,5%).

L'Amazonie légale* compte près de 25,5 millions d'habitants, soit 13,35% de la population du pays. Les indigènes y sont près de 383'700, soit 1,5% de la population de cette partie du Brésil, mais près de 47% de tous les indigènes du Brésil. En Amazonie légale, 19% des indigènes habitent dans des zones urbaines et 81% dans des zones rurales.

Lors du recensement de 1991, il avait été dénombré 294'000 indigènes représentant 0,2% de la population brésilienne. L'augmentation de 150% constatée entre 1991 et 2000 est essentiellement due au nombre d'indigènes qui vivaient dans des zones urbaines, notamment dans le sud du Brésil qui, précédemment, avaient été classés dans d'autres catégories.

Ce recensement est à situer dans le contexte historique. En avril 1500, l'amiral portugais Pedro Álvares Cabral débarque sur le site de Porto Seguro, au sud de l'actuelle ville de Salvador. C'est le début de la colonisation du Brésil par les Portugais. Variable selon les sources, le nombre des "natifs" vivant alors sur l'actuel territoire brésilien est estimé entre 2,3 et 5 millions. La colonisation a failli entraîner l'extermination complète de ces "Peuples premiers". Les raisons de cette tragédie sont bien connues : asservissement, maladies, mauvais traitements, accaparement des terres, massacres**, etc.

On compte actuellement un peu plus de 230 peuples différents, parlant encore près de 180 langues. Une véritable richesse culturelle !

Si certains peuples sont en contact avec les Blancs depuis cinq siècles, d'autres n'ont eu ce contact que beaucoup plus tard. Il existe encore plusieurs dizaines de groupes isolés. Tout récemment, ce 21 juin, la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI a confirmé l'existence d'un nouveau groupe d'indiens isolés dans la Vallée du Javari à l'ouest de l'État d'Amazonas.

Dans sa dernière "Newletter", l'association Survival France a mis en ligne une vidéo (3'34") sous-titrée en français, enregistrée en 2010 montrant un groupe d'indiens isolés vivant dans la région du rio Envira, non loin de la frontière avec Pérou. Il est possible de visionner cette vidéo au bas de cette note.

***

* L'Amazonie légale est constituée de neuf États : Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima et Tocantins et d'une partie du Maranhão,

** L'un des derniers massacres reconnu comme génocide par la justice brésilienne concerne les Yanomami. En juillet 1993, des garimpeiros (orpailleurs) ont massacré une douzaine de femmes, jeunes et enfants Yanomami, dans le village de Haximu (État de Roraima). Ces évènements sont décrits en détail par Bruce Albert dans le livre coécrit avec Davi Yanomami "La chute du ciel" (p. 627) aux éditions Plon - Paris.

Image : tableau du peintre brésilien Oscar Peraira da Silva représentant le débarquement de Cabral à Porto Seguro

Pour en savoir plus (en portugais) :

Pour visionner la vidéeo de Survival :  http://www.uncontactedtribes.org/videobresil

Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 61, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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17/06/2011

Appel aux amis de la Secoya et des Yanomami

Siège Secoya Manaus DSC04923 - copie.jpgLes pressions qu'exerce la société des Blancs sur de nombreux peuples indigènes du Brésil, les Yanomami en particulier, sont de plus en plus fortes. Elles mettent en cause leur mode de vie et leur culture. Les communautés Yanomami de l'État d'Amazonas ont commencé un processus d'organisation qui est fondamental. Elles l'ont fait avec le soutien de l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami" - SECOYA de Manaus, le partenaire de notre association AYA. La SECOYA veut relever un défi de taille : que les Yanomami de l'État d'Amazonas soient en mesure d'être les acteurs de leur propre destin. Dans ce domaine, elle se veut exemplaire : des Yanomami sont membres des instances de l'association.

Son programme de travail touche plusieurs domaines : la santé, l'éducation, le développement durable, la citoyenneté et la capacité organisationnelle. Elle exerce l'essentiel de son activité dans un immense territoire très difficile d'accès. Les communautés indigènes ne sont accessibles que par les rivières, parfois jalonnées de rapides dont le franchissement est périlleux.

Cachoeiras 3 - copie.jpgElle est également confrontée à un contexte politique, institutionnel et administratif particulièrement difficile. Depuis 2009 surtout, elle a commencé un intense travail de recherche de fonds pour garantir la continuité des actions sur le terrain, l'entretien de l'infrastructure minimale nécessaire à son activité, et bien sûr, le payement d'un minimum de personnel. Il est bien clair que les "bénéficiaires" de son action n'ont pas la possibilité de payer les services qui leur sont rendus.

Le 8 juin, elle a lancé un appel à ses propres membres, mais aussi à la solidarité de ses amis et de celles et ceux qui veulent soutenir la cause des Yanomami. Elle propose le versement d'un don unique ou le versement d'une cotisation mensuelle.

AYA a décidé de relayer cet appel à la solidarité. Elle transmettra les montants recueillis.

Les dons peuvent être versés sur le compte postal de

AYA - Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie - 1200 Genève

CCP No 17-55066-2  >  avec la mention "SECOYA".

Par avance AYA remercie celles et ceux qui manifesteront leur solidarité.

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Pour en savoir plus (en portugais), le site de la SECOYA : http://www.secoya.org.br/

Photos Secoya

En haut : Le siège de la Secoya à Manaus

En bas : ... Se rendre dans des zones difficiles d'accès, passer les cachoeiras (les rapides).

Cette note sera publiée dans "AYA Info" No 62, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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10/06/2011

700 indigènes participent au campement "Terre Libre" 2011

Photo CIMI :Cleymenne Cerqueira:d4d2491af6171d71c1e9ee3862780446.jpg"L'Acampamento Terra Livre", c'est un peu l'assemblée générale annuelle des représentants des peuples indigènes de tout le Brésil. Plus de 700 leaders étaient réunis à Brasilia, du 2 au 5 mai, pour la 7e édition de cette manifestation. Celle de 2010 avait eu lieu en août, à Campo Grande, la capitale de l'État du Mato Grosso do Sul, où la violence à l'endroit des indigènes est particulièrement forte. Et celle de 2009 avait déjà eu lieu à Brasilia. Elle avait permis aux leaders indigènes de finaliser le projet de "Statut des Peuples Indigènes" toujours dans les tiroirs du Congrès.

La manifestation a été organisée par les membres de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil (APIB) et le Forum de Défense des Droits Indigènes (FDDI) avec l'appui de l'ambassade de Norvège. L'objectif de la réunion de cette année était de débattre des violations des droits indigènes.

Le document final adopté par les participants a pour titre "Pour le droit à la vie et à la Mère Terre". Il traite d'abord du cadre dans lequel se trouvent les peuples indigènes: "Nous n'admettons pas que ce que nous préservons depuis des millénaires – la Mère Terre – en contribuant ainsi à la durabilité environnementale et sociale du territoire national et de la planète, soit arraché de nos mains ou détruit irrationnellement comme cela s'est passé il y a 511 ans par les colonisateurs européens au détriment de la vie de nos peuples et de leurs générations futures. Nous ne pouvons pas admettre de continuer à être les victimes de la voracité du capitalisme néolibéral, du modèle de développement déprédateur qui règne sur le monde, y compris dans notre pays. Cela de forme implacable, sous le regard négligent, de connivence et avec l'adhésion explicite du gouvernement actuel." Il énumère ensuite les revendications des leaders qui touchent plusieurs domaines : la démarcation et la protection des Terres indigènes; l'impact des infrastructures sur les terres indigènes; la criminalisation des dirigeants indigènes; la restructuration de la Fondation Nationale de l'Indien (FUNAI); la législation indigène et la réforme politique; l'éducation et la santé indigènes; le code forestier.

Photo Walter Campanato : Agência Brasil :05052011VAC8999.jpgPour initier un dialogue avec le gouvernement, une délégation de leaders a été reçue au Palais du Planalto, le palais présidentiel, par la Secrétaire général de la présidence de la république, Gilberto Carvalho, et les ministres de la justice, des mines et de l'énergie, de la santé, de l'environnement, le président de la FUNAI et le responsable du Secrétariat Spécial de santé Indigène (SESAI) à qui les indigènes ont remis le document adopté lors de la réunion.

Selon "Agência Brasil", Gilberto Carvalho a rappelé la volonté du gouvernement de poursuivre la construction des usines hydroélectriques de Belo Monte*, Jirau et Santo Antonio, ainsi que la transposition du rio São Francisco. Il a fait remarquer à ses interlocuteurs que la présence de plusieurs ministres à cette audience était un signe de profond respect de la part du gouvernement à l'égard des communautés indigènes.

***

* Voir la note publiée sur ce blog le 3 juin dernier

Pour en savoir plus en français :

Pour en savoir plus en portugais :

 

Photo du haut : Cleymenne Cerqueira / CIMI - Une des banderoles du Campement

Photo du bas : Walter Campanato / Agência Brasil - Un indigène remet à la délégation ministérielle le document adopté lors du campement 2011

 

Cette note, dans une version réduite, a été publiée dans "AYA Info" No 61, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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03/06/2011

L'IBAMA autorise la construction controversée de Belo Monte

Brasil-Belo-Monte-Barrage-Carte-1.gifLe 1er juin, l'Institut Brésilien du Milieu Ambiant (IBAMA) a accordé à Norte Energie SA - NESA, la licence qui permet la construction, sur le rio Xingu, de la très controversée usine hydroélectrique de Belo Monte et de son canal de dérivation.

L'ouvrage est prévu pour avoir une puissance maximale de 11'233 megawatts qui en fait le 3e plus grand du monde, après Itaipu à la frontière du Brésil et du Paraguay et celui des Trois Gorges en Chine. Le montant de l'investissement initialement prévu est de l'ordre de  19 milliards de Reais (environ 10 milliards de CHF ou 12 milliards de US$). Selon le gouvernement, la première turbine devrait entrer en fonction en 2015.

Dans un communiqué publié le même jour, Antonia Melo, la coordinatrice du "Mouvement Xingu Vivo Para Sempre" déclare : "Nous ne reculerons pas d'un centimètre. Chaque erreur, chaque mensonge augmentera notre indignation et notre force de lutter. Cette autorisation est l'antichambre d'un crime que nous empêcherons coûte que coûte."

Les organisations indigènes de la région ont manifesté leur opposition à la construction de cet ouvrage depuis 1989. La Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne (COIAB) confirme cette position. Le 1er juin, elle a fait connaître l'indignation que lui cause la décision de l'IBAMA..."Pareille décision fait honte à la nation brésilienne qui croit que la nature est un patrimoine qui doit être préservé... "Le gouvernement brésilien ne respecte pas nos droits..." "Il veut détruire les peuples indigènes et les communautés traditionnelles avec son modèle de développement au service de l'intérêt du capital international, une idéologie qui détruit ce qui devrait être cultivé..."

De nombreuses organisations de la société civile, des scientifiques ont également fait connaître leur opposition. Mais la détermination des autorités n'a pas été ébranlée.

Parmi les derniers épisodes des nombreuses controverses, il y a celle, provoquée par le Secrétaire général de l'Organisation des États Américains - OEA.

Au début du mois d'avril*, la Commission Interaméricaine des Droits Humains (CIDH) de l'Organisation des États Américains (OEA), dont le siège est à Washington, a demandé au gouvernement brésilien de suspendre les travaux de construction du barrage de Belo Monte sur le rio Xingu. La Commission demande la réalisation préalable d'auditions et d'information des peuples indigènes et la prise de mesures de précaution. Cette note a été reçue avec "perplexité" par les autorités brésiliennes qui ont considéré les sollicitations de l'OEA "précipitées et injustifiables". Le gouvernement brésilien a adressé sa réponse à la Commission le 26 avril. Il affirme respecter les droits humains.

Le 4 mai, questionné par la BBC au sujet du risque de voir les ouvrages, liés au développement économique du Brésil, être réalisés sans respecter les droits humains, le Secrétaire général de l'OEA, José Miguel Insulza, a déclaré ne pas connaître ces cas spécifiques : "l'arrivée de thèmes environnementaux et des peuples natifs ouvre un espace qui doit être traité avec beaucoup d'attention..." Parlant de Belo Monte, le Secrétaire est d'avis que "... la Commission peut parfaitement donner des conseils aux gouvernements, mais ne pas  traiter ces sujets en termes juridiques". Selon M. Insulza, la Commission pourrait réviser la position adoptée le 1er avril.

Cette interview a suscité des réactions notamment d'Amnesty International et de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH). Avec d'autres, ces organisations apportent leur soutien à la position initiale de la CIDH. Elles reprochent au Secrétaire de considérer que les droits des peuples autochtones ont moins d'importance que les autres droits humains, par exemple la protection contre la torture ou les disparitions forcées. Hier 2 juin, Amnesty International a renouvelé sa demande de suspension des travaux.

Le 11 mai, le  Ministère Public Fédéral (MPF) du Pará a adressé une recommandation au président de l'IBAMA, lui demandant de s'abstenir  d'émettre l'autorisation de commencer l'ouvrage tant que les mesures préalables prévues en 2010 n'ont pas été réalisées. À plusieurs reprises, les membres du MPF ont fait l'objet d'intimidations et de pressions exercées par les services gouvernementaux. Le 19 mai, quatorze organisation brésiliennes ont dénoncé ces agissements aux instances compétentes du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits humains à Genève

Visiblement, ni la recommandation du Ministère Public, ni la demande de la CIDH de l'OEA n'ont été suivies d'effets.

***

* Voir les notes des 8 avril et 5 mars de ce blog et  "AYA Info" Nos 61, 59, 58 et d'autres bulletins antérieurs.

Pour en savoir plus (en portugais),

- Sur l'autorisation :

- Sur la position du Ministère Public Fédéral,

- Sur la controverse CIDH / Gouvernement brésilien - voir la note du 8 avril et :

- Sur la dénonciation au Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme :

 

Cette note est une version mise à jour de celle publiée dans "AYA Info" No 61, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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