26/08/2011

Un poste de protection des indiens isolés est saccagé à la frontière du Pérou

Base FPE rio Xinane mapa.jpgÀ la fin du mois de juillet, des indigènes Ashaninka informent, par radio, la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, que le poste du Front de Protection Ethno - environnemental - FPE de Envira, situé sur les rives du rio Xinane avait été saccagé par des trafiquants de drogue en provenance du Pérou. Ce poste de la FUNAI est chargé de la protection des indigènes vivant en groupes isolés dans cette région de l'État d'Acre difficile d'accès, proche de la frontière péruvienne.

Le 3 août, une opération de police a permis d'arrêter un narcotrafiquant. Le 5 août, l'équipe du FPE est retournée sur place. Elle a retrouvé du matériel de la base et une flèche identifiée comme appartenant au groupe d'indiens isolés photographiés pour la première fois en mai 2008 par la FUNAI.

La présence de narcotrafiquants armés dans cette région connue pour abriter des groupes indigènes isolés inquiète. Le 9 août, la FUNAI a constaté que les maisons et les plantations du groupe d'indiens isolés, photographiés pour la première fois en février dernier, étaient en bon état, mais ne dit pas en avoir vu les habitants. Le 11 août, elle a annoncé des mesures pour une plus grande surveillance de la frontière. Il faut souligner comment le simple "choc microbien" consécutif à un contact avec les "Blancs" peut se révéler mortel pour ces indiens.

Le 17 août, l'ancien chef de poste de la FUNAI, José Carlos Meirelles a critiqué la manière dont les forces de police ont conduit leur opération au début du mois. Selon lui, les trafiquants sont toujours présents aux environs de la base. Parlant des indiens isolés "Ce seront eux, une fois de plus, qui payeront le prix fort de l'invasion de leurs terres par des trafiquants".

Survival international a lancé une campagne à propos de cet événement (voir ci-dessous).

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Pour en savoir plus,

- en français, le site de Survival qui comporte une carte (voir ci-dessus), des photos et une vidéo :  http://www.survivalfrance.org/actu/7576 et  http://www.survivalfrance.org/actu/7591

- en portugais, la réaction de José Carlos Meirelles :  http://altino.blogspot.com/2011/08/nao-da-mais-pra-espera...

 

Cette note sera publiée dans lr prochain "AYA Info" No 63, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

 

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19/08/2011

La démarcation des Terres Indigènes au Brésil n'est pas terminée

On sait la relation étroite des peuples indigènes avec leur terre, une terre généralement considérée comme une mère. Une terre avec laquelle ils font quasiment corps. Plus que nourricière, elle est étroitement liée aux traditions, aux croyances, à la culture de chaque peuple. Protéger les terres indigènes est donc important.

Au Brésil, la protection - la démarcation - des Terres Indigènes fait l'objet d'une législation particulière. Une fois acquise, la démarcation accorde aux communautés indigènes l'usufruit exclusif des richesses du sol, des rivières et des lacs. Le territoire est déclaré propriété de l'Union.

C'est l'article 231 de la Constitution brésilienne de 1988 qui fait obligation au gouvernement de protéger les terres occupées traditionnellement par les indiens. Les constituants avaient donné un délai de cinq ans au gouvernement pour protéger toutes les TI du pays. Dix-huit ans après l'échéance du délai (octobre 1993), il reste encore des TI à démarquer.

La procédure de démarcation est fixée actuellement par le décret présidentiel No 1'775/96 du 8 janvier 1996. Le processus, qui relève de la compétence de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, comporte plusieurs étapes.

Une étude d'identification est confiée à un anthropologue assisté d'un groupe technique spécialisé chargé de réaliser des études de nature ethnologique, historique, juridique, cartographique et environnementale. Un rapport circonstancié doit être présenté dans un délai déterminé. Il doit être approuvé par le président de la FUNAI qui doit en publier un résumé dans le Journal Officiel de l'Union et celui de l'État correspondant.

À compter de la publication du rapport au Journal officiel, tout intéressé (personne privée, État ou Municipalité) a 90 jours pour en contester le contenu, ou en montrer - preuve(s) à l'appui - les défauts, les erreurs. Une indemnisation est prévue pour les non-indiens présents sur la TI et qui y ont, de bonne foi, réalisé des investissements. La FUNAI a 60 jours pour élaborer un rapport sur ces contestations et acheminer la procédure au Ministre de la Justice.

Ce dernier dispose de 30 jours pour, soit publier l'arrêté déclarant les limites de la TI et en ordonner la démarcation physique, ou prescrire des mesures à être réalisées dans les 90 jours, ou encore, désapprouver l'identification.

La FUNAI est chargée de la démarcation physique, notamment par la pose de panneaux d'interdiction d'entrer sur les voies d'accès à la TI. L'Institut National de Colonisation et de la Réforme agraire - INCRA est chargé de la réinstallation, hors de la TI, des non - indiens qui s'y trouvaient.

La proposition de démarcation est soumise au Président de la république qui promulguera un décret d'homologation publié au Journal officiel. Dans les 30 jours, la TI démarquée et homologuée est enregistrée par les services du cadastre comme propriété de l'Union.

La démarcation, par Lula en avril 2005, de la TI Raposa Serra do Sol (une TI de 17'474 km2 située dans l'État de Roraima) a fait l'objet de recours devant le Tribunal Suprême Fédéral - STJ. Celui-ci a rendu sa sentence le 19 mars 2009. Il a reconnu la validité de la démarcation d'un seul tenant de cette TI alors que les opposants auraient voulu une démarcation en plusieurs "îles". Le STJ a assorti son jugement de dix-neuf conditions à respecter pour les démarcations futures. Certaines rendent celles-ci plus difficiles.

Faire reconnaître le droit des communautés indigènes sur les terres qu'elles occupent ne va pas toujours de soi. Souvent c'est le résultat d'un long rapport de forces qui peut durer des années. Par exemple, la démarcation de la Terre indigène Yanomami* a été obtenue après une trentaine d'années d'efforts. Il en est allé de même pour la Terre Indigène Raposa Serra do Sol dont il est question ci-dessus.

Des indigènes ont payé de leur vie leur engagement pour la reconnaissance de leurs droits territoriaux.

La superficie du Brésil est de 8,5 millions de km2. Les 674** Terres Indigènes du pays couvrent 1,1 million de km2, soit près de 13% du territoire national. La majorité (409*) des TI sont situées en Amazonie légale*** soit un peu plus de 26% du territoire amazonien et 98,6% de la surface de toutes les TI du pays.

Depuis 1985, 399 Terres Indigènes ont été homologuées. Le président José Sarney (avril 85 - mars 90) en a homologué 67 d'une surface totale de 143'704 km2. À eux deux, les présidents Fernando Collor et Itamar Franco (mars 90 - décembre 94) en ont homologué 97 (dont la TI Yanomami en 1992), d'une surface totale de 318'376 km2. Fernando Henrique Cardoso (janvier 95 - décembre 2002) en a homologué 145, d'une surface totale de 412'269 km2. Luiz Inácio Lula da Silva (janvier 2003 - décembre 2010) en a homologué 87, d'une surface totale de 187'857 km2. Depuis son entrée en fonction en janvier 2011, Dilma Roussef en a démarqué trois en avril dernier. Elles ont une surface totale 218 km2.

La démarcation, pour importante qu'elle soit, n'est pas suffisante pour assurer la pleine protection des Terres Indigènes et des peuples qu'elles abritent. Il faut empêcher les envahisseurs (exploitants agricoles ou forestiers, orpailleurs) d'y pénétrer et d'y exercer une activité. Il faut aussi y organiser le service de santé et la scolarisation différenciée des jeunes. Parfois, il est nécessaire d'aider les communautés à garantir leur propre subsistance. Les organisations indigènes et les autorités traditionnelles ont un rôle essentiel à jouer pour faire des Terres Indigènes des lieux où il fait bon vivre.

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* L'histoire de la démarcation de la Terre Indigène Yanomami est décrite en détail dans le livre de François - Michel Le Tourneau : "Les Yanomami du Brésil - Géographie d'un territoire amérindien". Collection "Mappemonde", Éditions Belin (Paris) / ISSN 1275-2975 / ISBN 978-2-7011-5316-2 / 480 pages / 32 Euros. Voir sur ce blog la note du 11/02/2011.

** Chiffre de l'Instituto Socioambiental - ISA. Le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI, l'organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil pour les Peuples indigènes, considère qu'il y a 1'024 TI, dont 159 sont à identifier et 323 qui ne font l'objet d'aucune mesure.

*** L'Amazonie légale est constituée de neuf États : Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima et Tocantins et une partie du Maranhão.

Pour en savoir plus (en portugais) :

- La Constitution de 1988 et le décret de 1996 :

http://www.funai.gov.br > Legislação > Constituição & Terras

- La situation des Terres Indigènes selon ISA :

http://pib.socioambiental.org/caracterizacao.php > Terras Indígenas...

 

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12/08/2011

DSEI-Y : Après avoir retenu des avions, les Yanomami obtiennent gain de cause

Le 19 mai, l'Hutukara Association Yanomami - HAY a adressé une lettre au responsable du Secrétariat Spécial de Santé Indigène - SESAI, pour lui faire connaître son désaccord relativement à la nomination d'une nouvelle responsable du District Sanitaire Spécial de Santé Indigène de l'aire Yanomami (DSEI -Y), nomination qui s'est faite sans leur accord, et qu'ils affirment être le résultat d'une interférence politique. Ils exigent le maintien en fonction d'une personne qui a leur confiance.

Le 20 mai, pour appuyer leur demande, une soixantaine de Yanomami et Ye'kuna ont manifesté devant le siège de la Fondation Nationale de la Santé - FUNASA de Boa Vista, la capitale de l'État de Roraima. Pour le même motif, par deux fois les Yanomami ont empêché un avion de l'entreprise Roraima Táxi Aéreo de retourner à Boa Vista. D'abord, le 25 mai et pendant deux jours, la rétention a eu lieu dans la communauté de Haxiu, dans la région de Surucucu. Et le 30 mai, pendant dix jours, dans la communauté de Watorik dans la région du rio Demini. Chaque fois, l'avion était au service de la FUNASA pour le transport de marchandises et d'agents de santé. De nombreuses ONGs et autres entités ont manifesté leur appui à la revendication de l'HAY. Cette dernière s'est aussi adressée à James Anaya, le Rapporteur Spécial des Nations Unies pour les peuples autochtones. Finalement, à la mi-juin, le ministre de la santé a nommé Joana Schuertz à la tête du DSEI-Y, la personne qui a la confiance des Yanomami.

Cette "victoire" apparaît à peine comme une éclaircie dans un ciel bien sombre. En effet, les communautés et les organisations indigènes du pays se plaignent du mauvais fonctionnement du service de santé indigène. Un exemple parmi d'autres : le 5 juillet, environ 80 leaders indigènes Yanomami originaires de plusieurs villages du rio Marauiá ont fermé le siège local de la SESAI à Santa Isabel do rio Negro (dans l'État d'Amazonas). Ils dénonçaient le manque de médicaments, l'absence des professionnels de santé dans les villages, les équipements obsolètes, les retards dans le payement des salaires des agents de santé...

En octobre 2010, quand il a créé le SESAI, l'ancien président Lula avait donné six mois à la FUNASA pour transférer le service de santé indigène au nouveau Secrétariat. Ce délai a déjà été reporté à fin 2011.

Selon Paulo Daniel Moraes, conseiller auprès du Conseil Indigène de Roraima - CIR, les conséquences de ces dysfonctionnements se traduisent par une augmentation de la mortalité infantile, une mauvaise couverture vaccinale, une recrudescence du paludisme, de la tuberculose et autres endémies dans les communautés indigènes...

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Voir "AYA Info No 55" et la note publiée sur ce blog le 26 novembre 2010

Pour en savoir plus (en portugais) :

- La lettre du 19/05 de l'HAY :

http://www.hutukara.org/urgente-carta-contra-a-indicacao-... /

- La rétention de 2 avions : http://www.hutukara.org/yanomami-retem-avioes-da-funasa-e...

- L'occupation siège local de la SESAI à Santa Isabel do Rio Negro :

http://www.secoya.org.br/index.php?option=com_content&...

- La note de Paulo Daniel Moraes :

http://www.secoya.org.br/index.php?option=com_content&...

 

Cette note (modifiée) a été publiée dans "AYA Info" No 62, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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