25/11/2011

Mato Grosso do Sul : Des "pistoleiros" ont encore tué

Nisio Gomes:DSC05513.JPGIl y a juste une semaine, au matin du 18 novembre, une quarantaine de "pistoleiros" ont attaqué le campement Tekoha Guaiviry d'indiens Kaiowá Guarani. Un campement situé dans la zone rurale de la municipalité d'Amambai, dans l'État du Mato Grosso do Sul, non loin de la frontière avec le Paraguay. L'aire occupée par ces indiens fait partie de la Terre Indigène Bacia Amambaipeguá dont le processus de démarcation a commencé en 2008. Une démarcation interrompue plusieurs fois par des décisions de justice suite à des actions engagées par des producteurs  ruraux de la région et des forces politiques.

Selon les premiers témoignages, le cacique Nísio Gomes, 59 ans, a été exécuté d'une balle dans la tête et son corps emmené par ses assassins. La communauté serait sans nouvelles de plusieurs personnes, sans que l'on sache si elles ont été prises en otages par le groupe armé ou si elles ont pu se cacher dans la forêt. Jusqu'à ce jour, le Ministère Public Fédéral - MPF n'a pas donné de plus amples détails pour ne compromettre l'enquête en cours, mais il a rappelé les précédentes attaques d'hommes armés contre les campements d'indigènes qui réclament la démarcation de leurs terres traditionnelles. Il souligne comment la violence contre ce peuple indigène est plus forte que dans le reste du pays  en raison notamment de la lutte qu'il mène pour la défense de ses droits territoriaux.

Plusieurs entités ont manifesté leur indignation au sujet de cet épisode de violence. Parmi celles-ci, la Conférence des Religieux du Brésil - CRB de la région de Campo Grande, la Commission Pastorale de la Terre - CPT, les élèves indigènes de l'Université d'État du Mato Grosso do Sul, la Foodfirst Information and Action Network - FIAN/Brésil. FIAN International a envoyé une lettre à Dilma Rousseff, la présidente de la république pour que des mesures soient prises d'urgence pour la résolution de la situation territoriale des Guarani Kaiowá. La Centrale Unique des Travailleurs - CUT demande également l'intervention des autorités fédérales pour empêcher la violation des droits de la personne humaine. L'Institut Socio - environnemental -ISA a mis en ligne une pétition* - qu'il appelle à signer - à l'attention du ministre de la justice. Le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI qualifie le pouvoir exécutif de négligent. Une attitude qui, selon lui, légitime les pratiques de violences.

Deux dirigeants de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB sont allés sur les lieux pour apporter un appui aux familles. L'Articulation exige des mesures immédiates et la présence urgente au Mato Grosso do Sul de la présidente Dilma Rousseff, du Ministre de la Justice, du Secrétaire général de la Présidence de la république et de la Ministre du Secrétariat des Droits humains pour qu'ils puissent se rendre compte personnellement de la situation critique vécue par le peuple Kaiowá Guarani. Elle demande le règlement définitif de la question des terres, l'identification et la punition des coupables de cette véritable guerre contre les indigènes.

Dès le 18 novembre, le Secrétariat des Droits humains de la présidence de la république a fait connaître sa volonté de faire cesser les pratiques inhumaines d'exécution sommaire et de ne pas ménager ses efforts pour l'identification des criminels. Il annonce son intention de se déplacer dans la région pour suivre la situation, donner un appui aux familles indigènes qui restent sur place et garantir l'intégrité physique et morale des communautés. Gilberto Carvalho, Secrétaire général de la présidence de la république a déclaré que le gouvernement considère que la résolution des problèmes auxquels sont confrontées les communautés indigènes du Mato Grosso do Sul est une question d'honneur. Deux représentants du gouvernement devraient participer aux manifestations d'appui aux Guarani Kaiowá qui sont prévues ce week-end dans cet État.

Selon une information diffusée le 21 novembre par "Agência Brasil", les indigènes de la Tekoha Guaiviry ont manifesté leur intention de rester sur place. Par ailleurs, une indigène affirme que des pistoleiros menacent d'envahir la communauté Taquara dans la municipalité de Júti, toujours au Mato Grosso do Sul. Ils auraient l'intention de tuer le cacique. Selon elle, plusieurs leaders Guarani Kaiowá seraient menacés de mort.

Au début novembre, le CIMI a rendu public un rapport sur les violences commises à l'encontre des peuples indigènes au Mato Grosso do Sul entre 2003 et 2010. Pour les huit années couvertes par le rapport, sur les 452 assassinats d'indigènes survenus au Brésil, 250 l'ont été dans cet État qui a aussi compté 190 des 301 tentatives d'assassinats d'indigènes dénombrées dans le pays. La violence a d'autres visages, par exemple, la malnutrition de nombreux enfants, les suicides de jeunes indigènes...

Que de vies perdues ! Jusqu'à quand ?

***

Voir la note publiée sur ce blog le 9 septembre 2011.

Photo Eliseu Lopes (Indien Guarani - Kaiowá) - Nísio Gomes deux jours avant son assassinat

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Le site du CIMI : http://www.cimi.org.br/site/pt-br/ > voir plusieurs "Notícias", photos et vidéos

- Le rapport du CIMI sur la violence au Mato Grosso do Sul :

http://www.cimi.org.br/pub/MS/Viol_MS_2003_2010.pdf

- La note du Ministère Public Fédéral :

http://noticias.pgr.mpf.gov.br/noticias/noticias-do-site/...

- La prise de position du Secrétariat des Droits humains de la présidence de la république :

http://www.direitoshumanos.gov.br/2011/11/nota-publica-so...

- La note de l'APIB :

http://blogapib.blogspot.com/2011/11/massacre-pistoleiros...

- Les menaces qui pèsent encore sur les Guarani Kaiowá :

http://agenciabrasil.ebc.com.br/noticia/2011-11-21/indios... et

http://agenciabrasil.ebc.com.br/noticia/2011-11-21/indios...

- Deux vidéos mise en ligne sur Youtube :

- Le campement Tekoha Guaiviry (3' 22") :  http://youtu.be/BX9iEr1EvmU

- Où fut assassiné Nísio  (1' 41") : http://youtu.be/BY3XZVteQ2Q

- La revue de presse de l'Institut Socioambiental - ISA relative à la Terre Indigène Bacia Amambaipaguá :

http://pib.socioambiental.org/caracterizacao.php?id_arp=4... > Notícias

*- La pétition lancée par ISA :

http://www2.socioambiental.org/violencia-contra-os-guaran...

- Voir aussi "AYA Info" No 63, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

18/11/2011

Orpaillage illégal : les forces fédérales se bougent enfin !

Réclamée depuis longtemps par les Yanomami, la Police fédérale et l'armée ont déclenché, début novembre, une action d'envergure - plus de 840  hommes - pour faire cesser le "garimpagem" (l'orpaillage) illégal dans l'aire indigène Yanomami. La Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, était également impliquée dans cette opération appelée "Baixo Rio Branco". Le délégué de la Police fédérale a fait savoir que si l'essentiel de l'opération était bien de mettre un terme au "garimpagem ", elle visait également à mieux contrôler la zone frontalière du Brésil avec la Guyana et le Venezuela.

Les forces fédérales ont concentré leur action dans la partie de la Terre Indigène Yanomami de l'État de Roraima. Plus particulièrement sur les rios Mucajaí et Couto Magalhães.

Selon un premier bilan, treize garimpeiros (orpailleurs) ont été arrêtés. Onze "garimpos" (lieux d'orpaillage) ont été désactivés, six barques de dragage ont été coulées, des pompes, des générateurs, des tronçonneuses ont été détruits. Des denrées alimentaires ont été saisies rendant très difficile la vie des "garimpeiros" qui se sont enfuis dans la forêt à l'arrivée des forces fédérales. L'attente de la Police fédérale est de les voir se rendre. Le préjudice subi par les garimpeiros et les personnes qui financent cette activité est estimé à plus d'un million de Reais*.

Cette opération est intervenue près d'un mois après la publication, le 9 octobre, par Rede Globo d'un reportage sur l'orpaillage illégal. Elle a été déclenchée quelques jours après l'audience publique qui a eu lieu le 27 octobre, sur le même sujet, à la Chambre des députés.

L'histoire récente de cette région montre la faculté des garimpeiros et de ceux qui en financent l'activité à s'adapter aux circonstances. En d'autres termes, il s'agit de savoir si les autorités les laisseront reprendre ces pratiques illégales dans un avenir plus ou moins lointain ?

Pour l'heure, sur son site Internet, l'Hutukara Aaaociação Yanomami - HAY, l'organisation du peuple Yanomami, n'a pas publié de prise de position particulière sur cette opération. Elle a simplement repris les articles - avec quelques photos - publiés par la "Folha de Boa Vista". Cette note est en grande partie tirée de ces informations.

***

* 1'000'000 Reais =  516'726 CHF ou 417'224 Euros ou  563'085 US$ (au 17/11/2011)

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Le site l'Hutukara Associação Yanomami - HAY : http://www.hutukara.org/garimpo-ilegal/

- Voir les notes publiées les 7 et 21 octobre sur ce blog.

- Voir aussi "AYA Info" No 65, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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11/11/2011

Belo Monte : batailles juridiques et autres protestations en cours

Les medias ont donné un large écho à la décision de la justice fédérale du 27 septembre, ordonnant de suspendre les travaux de construction de l'usine hydroélectrique de Belo Monte* sur le rio Xingu. Cette suspension ne concerne pas les travaux d'installation du chantier, ni la construction de logement des travailleurs. La justice interdit au consortium Norte Energie SA, tout ouvrage susceptible d'altérer le lit du rio Xingu comme l'implantation de port, de barrages, explosions, creusement de canaux et quelque ouvrage que soit qui puisse entraîner une altération de la piscifaune. La plainte émane de l'Association des éleveurs et exportateurs de poissons ornementaux d'Altamira - ACEPOAT.

Une deuxième décision de justice était attendue le 17 octobre. Il s'agissait de traiter un recours du Ministère public fédéral - MPF qui conteste le décret autorisant la construction de l'ouvrage. Le MPF reproche aux autorités de n'avoir pas procédé à la "Consultation préalable, libre et informée" des communautés indigènes avant de donner l'autorisation de commencer les travaux. La juge chargée du rapport s'est déclarée favorable à l'annulation du décret. Un deuxième juge a fait usage de son "Droit de regard" ce qui a entraîné un ajournement du procès au 26 octobre. Ce jour-là, ce juge, a défendu la validité du décret. Lors de l'audience, une troisième juge, nouvellement nommée au tribunal, a fait, elle aussi, usage de son "Droit de regard", la décision avait été renvoyée à ce 9 novembre. Cette juge a, elle aussi, défendu la validité du décret. Par deux voix contre une, le tribunal a ainsi tranché dans ce sens. Le Ministère Public Fédéral a déjà annoncé son intention de faire recours devant le Tribunal Suprême Fédéral.

Au plan international, le 27 octobre à Washington, la Commission Interaméricaine des Droits Humains - CIDH, de l'Organisation des États Américains - OEA a tenu audience pour traiter la plainte de plusieurs organisations brésiliennes relatives aux mesures de précaution devant être prises avant le début des travaux. Invité à faire valoir ses arguments, le gouvernement brésilien ne s'est pas présenté à l'audience. La présidence de la république a précisé que cette absence ne signifie pas une rupture avec la Commission. La décision de la Commission est attendue par les plaignants.

Toujours au niveau international, pour faire connaître son opposition à la construction du barrage, Raoni Metuktire, le leader Kayapó, un peuple du Xingu était reçu le 30 septembre à Genève, au siège du Haut Commissariat aux Droits de l'homme.

Sur le terrain de nombreuses manifestations ont eu lieu ces dernières semaines. Une des plus récentes étant l'occupation du chantier et d'une route d'accès, une partie de la journée du 27 octobre, par plusieurs centaines d'indigènes, de pêcheurs, de riverains et d'agriculteurs. Très vite une décision de justice a ordonné le départ des occupants.

Le 25 octobre, de nombreuses organisations  de la société civile ont adressé une note aux banques  intéressées par le financement de l'ouvrage les alertant sur les risques qu'elles encourent.

Le 31 octobre, Megaron Txucarramãe, un indien Kayapó, coordinateur régional de la FUNAI à Colider (Mato Grosso) a été démis de sa fonction, un poste qu'il occupait depuis 1995. Megaron affirme que son éviction est due à son opposition à la construction d'usines hydroélectriques programmées par le gouvernement, dont celle de Belo Monte. Questionné par la "Folha de São Paulo", le directeur de la FUNAI n'a pas souhaité commenter la décision qui, selon la Fondation, n'est pas liée à Belo Monte.

L'ouvrage de Belo Monte n'a pas fini de faire parler de lui...

***

* L'ouvrage est prévu pour avoir une puissance de 11'233 mégawatts ce qui en fera le 3e plus grand du monde après Itaipu, à la frontière du Brésil et du Paraguay, et celui des Trois Gorges en Chine.

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Les actions en justice :

Le jugement du 27 septembre : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3417 et http://www.jfpa.jus.br/noticias/ver.php?id=1008

Le jugement du 26 octobre : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3442

Le jugement du 9 novembre : http://www.trf1.jus.br/sitetrf1/conteudo/detalharConteudo...

- Devant la CIDH : http://global.org.br/programas/belo-monte-apos-boicotar-a... et http://correiodobrasil.com.br/apos-ausencia-do-brasil-na-...

- Interview sous-titrée anglais de Raoni - par Rebecca Sommer - lors de son passage à Genève : http://www.youtube.com/watch?v=zGOEUhMo-r0

- La note envoyée aux banques :

http://www.xinguvivo.org.br/2011/11/07/bancos-recebem-not...

- Pour suivre ce qui se passe sur le terrain : http://www.xinguvivo.org.br/

 

Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 65, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

08:27 Publié dans La lettre d'AYA | Tags : belo monte, raoni, megaron, xingu, cidh, oea | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

04/11/2011

Un séminaire sur la "Consultation préalable" des peuples indigènes

Une vue du séminaire Photo Luis Donisete Benzi:RCA 6686963364e987e347d2de.jpgC'est un problème récurrent. À de multiples reprises, les organisations indigènes reprochent aux autorités brésiliennes de ne pas respecter la législation qui oblige à les consulter à propos des affaires touchant les peuples indigènes, par exemple : les infrastructures, la santé, l'éducation, les institutions, etc. Dans le but de progresser vers une solution, le Réseau de Coopération Alternative (RCA), qui comprend l'Institut Socio - environnemental (ISA), et plusieurs organisations indigénistes et indigènes, a organisé du 9 au 12 octobre, à l'Université de Brasilia, un séminaire sur la "Consultation préalable, libre et informée" des peuples indigènes.

Il s'agit d'un droit découlant, notamment, de l'application de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail - OIT ratifiée par le Brésil. Les organisateurs avaient également convié des représentants d'organisations de plusieurs pays d'Amérique latine.

Un document a été adopté au terme de la rencontre. Ce texte évoque d'abord les principes et règles générales de l'application de ce droit tels que : dialogue, bonne foi, transparence, mise à disposition des moyens nécessaires au dialogue, accord sur le mode de consultation. Une première série de recommandations concernent le processus de réglementation du droit de consultation. Une deuxième série a trait au contenu même de la réglementation : Qui doit être consulté ? À quel moment ? Qui doit consulter ? Comment doit être réalisée concrètement la consultation ? Et, enfin, les effets juridiques, en principe contraignants, de la consultation. Celle-ci est un processus de dialogue qui a pour objectif d'arriver à un accord ou d'obtenir le consentement des peuples indigènes. Ce document a été remis au gouvernement brésilien.

Il semblerait utile que ce sujet soit traité par l'ensemble des organisations indigènes du pays, or plusieurs d'entre elles ne sont, ni sur la liste des participants, ni sur la liste des signataires. Enfin il faut rappeler que début septembre, la Fondation Nationale de l'Indien (FUNAI) avait organisé, à l'interne, un atelier sur le même sujet avec la présence de James Anaya, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme et des libertés fondamentales des populations autochtones. Le rapporteur avait participé à un débat public à Brasilia le 6 septembre*.

***

* Voir "AYA Info" No 64.

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Sur le séminaire : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3428

- Sur le document final :

http://www.socioambiental.org/banco_imagens/pdfs/Oficina_...

Photo Luis Donisete Benzi /RCA : Une vue du séminaire

Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 65, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2