23/12/2011

La IIe Assemblée Yanomami : un succès !

Secoya:assemblia Yano2.pngLa IIe Assemblée* des Yanomami de l'État d'Amazonas a eu lieu du 22 au 28 novembre au xapono** (un village circulaire) de Bicho-Açu, situé dans la partie inférieure du rio Marauiá, dans la commune de Santa Isabel do Rio Negro Elle a réuni plus d'une centaine de leaders représentant vingt-quatre communautés proches, ou riveraines des rios Cauaburis, Demini, Marauiá, Maya et Padauiri sur les trois communes de Barcelos, São Gabriel da Cachoeira et Santa Isabel do Rio Negro.

Étaient également présents : Davi Kopenawa, président de l'Hutukara Associação Yanomami - HAY, des représentants de l'Association Yanomami du rio Cauaburis - AYRKA, de la Fédération des Organisations Indigènes du Rio Negro - FOIRN. Les principales entités et services publics qui agissent dans cette partie de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) avaient aussi envoyé des délégués.

Tous ces visiteurs ont été accueillis selon les traditionnels rituels de bienvenue. Les débats ont porté sur cinq thèmes qui reflètent les principales préoccupations des leaders : le service de santé, l'éducation différenciée, l'environnement, la surveillance du territoire par la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, et la présence des forces armées.

La santé est certainement le plus important des thèmes abordés par l'Assemblée. Les dirigeants ont souligné les graves déficiences du service de santé dans les communautés. Cela a pour conséquence une péjoration marquée de l'état de santé de la population. Ils ont formulé une dizaine de propositions visant à répondre aux besoins des communautés.

L'Assemblée a également proposé une demi-douzaine de mesures en faveur de l'éducation différenciée devant être mise en œuvre par les institutions chargées de l'éducation dans les villages.

Les leaders ont relevé l'état d'abandon dans lequel la FUNAI laisse les communautés. Ils ont souligné l'augmentation de l'insécurité due à l'invasion de pêcheurs et marchands de bois en particulier. Ils ont formulé six revendications à l'adresse de la Fondation, notamment de garantir la surveillance du territoire. En matière d'environnement, les leaders ont demandé le gel du processus de constitution du comité de gestion de la "Forêt nationale de l'Amazonas"*** qui se superpose avec la TI-Y. Cela en attendant que soit résolue l'incompatibilité des statuts réglementant les "Terres indigènes" et les "Forêts nationales".

En raison de l'impact culturel causé par de la présence de militaires dans les communautés, ils refusent l'implantation de nouveaux pelotons de surveillance de la frontière. Ils demandent le déplacement de ceux qui existent vers des zones non habitées.

Les délégués ont encore désigné les représentants des communautés dans les différentes instances de gestion participative.

Cette Assemblée a été un succès à plus d'un titre, mais surtout en raison du fait que des leaders, souvent isolés, ont pu prendre conscience des mêmes problèmes qu'ils affrontent au quotidien.

***

* La première a eu lieu en 2007

** En français, prononcer "chapono"

*** Voir "AYA Info" Nos 63 & 64

Photo © Secoya : une vue de l'Assemblée

Pour en savoir plus (en portugais) : http://www.secoya.org.br/ > II Assembléia Yanomami do Amazonas...

Cette note sera publiée  dans le prochain "AYA Info" No 67, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

07:42 Publié dans La lettre d'AYA | Tags : yanomami, flona amazonas, secoya, funai, saúde indígena, assembleia yanomami, xapono | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

16/12/2011

Manifeste indigène contre la perversité et l'autoritarisme du gouvernement

Le 26 octobre, les quatre ministres brésiliens de la justice, de l'environnement, de la santé et de la culture ont signé un arrêté (No 419) visant à accélérer le processus par lequel l'Institut Brésilien de l'Environnement - IBAMA accorde son autorisation avant la mise en œuvre des grands projets économiques, usines hydroélectriques, barrages, ports et autres infrastructures.

Ce texte fixe un délai impératif de trois mois aux organes fédéraux, notamment la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI et la Fondation Culturelle Palmares - FCP*, pour consulter les communautés et organisations indigènes ou quilombolas** quand les ouvrages sont susceptibles d'avoir un impact sur leur existence. Passé le délai, la procédure engagée par l'IBAMA poursuit son déroulement. L'arrêté fixe également, pour chaque type d'ouvrage, en Amazonie légale*** et dans les autres régions du pays, la distance, la zone, à l'intérieur de laquelle les consultations doivent avoir lieu.

Les organisations indigènes contestent cet arrêté. Elles contestent le zonage et surtout le délai trop court imposé à la FUNAI et à la FCP pour consulter les communautés et les organisations potentiellement affectées par les ouvrages. Elles savent que ces entités n'ont pas suffisamment de personnel pour travailler dans les délais impartis par le nouvel arrêté. Le 9 novembre, près de 70 d'entre elles ont signé un manifeste reprochant au gouvernement de Dilma de faire preuve de perversité et d'autoritarisme. Elles accusent le gouvernement de vouloir réduire les droits territoriaux indigènes et quilombolas. Elles demandent la révocation de cet arrêté.

Au terme de la première année du gouvernement Dilma, les relations de celui-ci avec les organisations et les peuples indigènes ne sont pas au mieux !

***

Pour en savoir plus (en portugais)

- L'arrêté interministériel publié au Journal Officiel de l'Union le 28 octobre :

http://www.in.gov.br/visualiza/index.jsp?data=28/10/2011&...

- Le manifeste des organisations indigènes :

http://blogapib.blogspot.com/2011/11/manifesto-publico-de...

* La "Fundação Cultural Palmares - FCP" a été créée en 1988. C'est une institution publique rattachée au Ministère de la Culture. Elle est chargée de promouvoir et préserver la culture afro-brésilienne. Site Internet : http://www.palmares.gov.br/

** Les Quilombolas est le nom donné aux esclaves noirs ayant fui les plantations, ou les entreprises de transformation de canne à sucre, qui se regroupaient dans des "quilombos", des lieux difficiles d'accès, éloignés des localités et des plantations, souvent en forêt ou en montagne. Il y a plusieurs milliers de communautés "quilombolas" au Brésil. Comme les peuples indigènes, ces communautés revendiquent le respect de leurs droits.

*** L'Amazonie légale est constituée de neuf États : Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima, Tocantins et une partie du Maranhão,

 

Une version plus réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 66, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

08:10 Publié dans La lettre d'AYA | Tags : funai, fundação cultural palmares, quilombo, quilombolas, apib | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

09/12/2011

Controversé, le projet de code forestier a été adopté par le Sénat

Dans la nuit du 6 au 7 décembre, le controversé Code forestier a été adopté au Sénat brésilien (1) par 59 voix contre 7. Le texte avait été voté en première lecture par la Chambre des députés le 24 mai dernier. Il a été repris par plusieurs Commissions du Sénat dont celle de l'Environnement qui, après quelques améliorations, l'a approuvé le 24 novembre.

Au Sénat (2) , les partis gouvernementaux et ceux liés aux producteurs ruraux ont approuvé un texte qu'ils jugent équilibré. La sénatrice Kátia Abreu, présidente de la Confédération de l'agriculture et de l'élevage du Brésil - CNA, estime que le texte met fin à la dictature environnementale par laquelle les organisations non gouvernementales contrôlaient le thème de l'environnement dans le pays et ne laissaient pas le Congrès national discuter le sujet.

Pour l'un des deux rapporteurs du projet de loi, le sénateur Jorge Viana, si le texte approuvé par le Sénat devient une loi, il sera possible de transformer les forêts en l'un des plus importants actifs économiques du pays.

Dans le camp des opposants, la sénatrice Marinor Brito reproche au nouveau texte d'ignorer les recommandations faites par des entités scientifiques comme la Société Brésilienne pour le Progrès de la Science ou l'Académie Brésilienne des Sciences. Pour elle, le texte démontre que le gouvernement a décidé de se mettre au côté de ceux qui commettent des crimes environnementaux, laissant de côté les intérêts du peuple brésilien.

Plusieurs organisations et entités ont manifesté leur hostilité au texte proposé aux sénateurs. Le 29 novembre, 1'500 personnes étaient réunies à Brasilia devant le Palais présidentiel pour demander à la présidente Dilma Rousseff de tenir ses engagements de campagne électorale et qu'elle empêche l'amnistie des responsables de déforestation illégale et la réduction des aires protégées dans les propriétés rurales. Cette manifestation a été l'occasion de remettre à la Présidente de la république et au président du Sénat une pétition contre les altérations du code forestier munie de 1,5 million de signatures. Pour Greenpeace Brésil, le 6 décembre est un jour de honte !

Le 2 décembre, à Durban, où se tient la 17e session de la Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur le changement climatique, le Brésil a été classé premier "Fossile du jour". Un prix symbolique délivré quotidiennement par le collectif "Climate Action Network - CAN". En cause le projet de code forestier en discussion devant le Sénat. Ce jour-là, la Nouvelle Zélande et le Canada étaient classés respectivement en deuxième et troisième position.

Après son adoption par le Sénat, le projet retournera devant la Chambre des députés pour une deuxième lecture. Celle-ci ne devrait pas intervenir avant la fin de l'année. Ensuite, le projet sera soumis à la Présidente de la république. Celle-ci pourra, ou non, user de son droit de veto sur certains articles avant promulgation de la loi.

***

(1) Au Sénat brésilien, chacun des 26 États de l'Union et le District fédéral a droit à trois représentants, soit 81 membres au total. C'est l'équivalent du Conseil des États du Parlement helvétique.

Pour en savoir plus,

- Les documents du Sénat liés au projet de loi:

http://www.senado.gov.br/atividade/materia/detalhes.asp?p... / pour le projet soumis aux sénateurs > ver imagem das assinaturas

- Le projet adopté par le Sénat : http://www.senado.gov.br/atividade/materia/getPDF.asp?t=1...

- (2) Les interviews de membres du Sénat par "Agência Senado" :

- Les partisans du nouveau texte : http://www.senado.gov.br/noticias/senadores-da-base-do-go...

- L'avis de Jorge Viana, l'un des rapporteurs : http://www.senado.gov.br/noticias/para-jorge-viana-codigo...

- Des voix de l'opposition : http://www.senado.gov.br/noticias/texto-do-novo-codigo-fl...

- La manifestation du 29 novembre à Brasilia : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3468 et http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3464

- L'avis de Greenpeace Brésil :

http://www.greenpeace.org/brasil/pt/Noticias/Dia-de-vergo...

  • En anglais :

- Le Prix "Fossile du jour" de CAN : http://www.climatenetwork.org/fossil-of-the-day/brazil-ta...

 

Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 66, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

02/12/2011

Deux nouveaux sites Internet relatifs aux Peuples autochtones

Genève semble avoir un lien particulier avec l'Amazonie et les Peuples indigènes. Et Dieu sait pourquoi ? Pas seulement au niveau des réunions et groupes de travail indigènes qui se tiennent au siège européen des Nation Unies, mais aussi au niveau plus local, parmi les habitants du Canton.

Pour mémoire, et pour donner un exemple du passé, rappelons ici comment Paul Lambert, ce natif de Châtelaine/Genève décédé en 2004, a sensibilisé dès les années 60, l'opinion publique aux problèmes des peuples autochtones, notamment avec son film "Fraternelle Amazonie".

Pour être dans le présent, il convient de citer le sociologue Silvio Cavuscens. Il a fait toute sa jeunesse à Avully/Genève. Il a un engagement très fort depuis plus de trente ans aux côtés des indigènes de l'Amazonie brésilienne. Il est maintenant coordinateur de l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami - SECOYA" dont le siège est à Manaus.

Le lien avec les peuples autochtones, c'est aussi l'appui financier donné par les collectivités publiques, la Confédération, le Canton, la Ville de Genève et les Communes, aux projets soutenus par les associations genevoises qui travaillent avec des organisations et des peuples indigènes des différents continents. Un geste apprécié.

Dans un autre registre, et pour rester dans l'actualité, signalons la récente initiative prise par José Parra et David Matthey-Doret, de convier les représentants de plusieurs ONGs genevoises, actives dans le domaine "Peuples autochtones", à une rencontre informelle qui a eu lieu le 17 novembre dernier.

Les participants ont présenté l'action des organisations dans lesquelles ils sont engagés : l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie - AYA"; le "Centre de conseil et d'appui pour les jeunes en matière de droits de l'homme - CODAP/Genève"; le "Centre de Documentation, de Recherche et d'Information des Peuples Autochtones - DOCIP"; l'association "Jwawika"; le "Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI".

Il s'agissait d'évaluer l'utilité de mettre en réseau ces organisations pour, dans un premier temps, s'informer mutuellement de l'activité propre à chaque entité, puis informer l'opinion publique sur la problématique "Peuples indigènes". Les initiateurs de cette plateforme ont présenté l'ébauche d'un site Internet (1). Au terme de la rencontre, il a été convenu de retourner vers les instances des organisations représentées afin qu'elles prennent la décision formelle d'intégrer ou non un tel réseau. D'autres associations sont intéressées par cette initiative.

De son côté, depuis le Brésil, Pascal Angst, déjà gérant du site "Terra Brasilis", qui abrite la collection complète de "AYA Info", signe le mot de bienvenue à son réseau de connaissances sur un nouveau site Internet (2), encore en construction, dédié aux "Droits humains et Peuples indigènes". Un site prévu pour être multilingue. Pascal est membre de AYA - Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie/Genève. Il collabore au DOCIP. Il a été volontaire de "E-Changer" au Brésil pendant une dizaine d'années, dont une partie auprès de l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami - SECOYA" de Manaus.

Bien qu'ils se connaissent, les initiateurs de ces deux nouveaux sites Internet ne se sont pas concertés avant de se lancer.

Pour en savoir plus sur :

(1) La nouvelle plateforme suisse : http://plateforme-autochtones.ifaway.net/

(2) L'Observatoire de droits humains et peuples indigènes : http://www.observatorioindigena.org/

- Le DOCIP : http://www.docip.org/

- Le CODAP  : http://codap.ifaway.net/

- L'association Jwawika : http://jwawika.wordpress.com/

- Le MCI : http://mci.fgc.ch/mci/

- La SECOYA (en portugais) : http://www.secoya.org.br/

Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 66, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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