10/02/2012

Sur l'Oyapock, un pont d'interrogations

 

Abr Wilson Dias:12:02:2008 maquette du pont Oiapoque:Lula:Srkozy1510WD1283:0.jpgLe pont sur l'Oyapock est terminé, mais pas encore ouvert à la circulation, c'est ce qu'a noté la presse lors de la récente visite de Nicolas Sarkozy en Guyane les 21 et 22 janvier*.

La proposition de construire un pont binational sur l'Oyapock date de 1997, lors d'une rencontre des présidents français et brésilien Jacques Chirac et Fernando Henrique Cardoso. Elle s'est concrétisée par la signature d'un accord en 2005, à l'occasion d'une visite de Lula en France.

Ce fleuve marque la frontière entre le Brésil et la Guyane française. Cette limite des deux pays est le résultat d'un arbitrage helvétique rendu le 1er décembre 1900. En effet, la France et le Brésil avaient conclu un traité, le 10 avril 1897, pour demander au Conseil fédéral d'arbitrer un  conflit frontalier né d'une interprétation différente du Traité d'Utrecht de 1713. Pour la France, la frontière de la Guyane suivait le cours du rio Araguary situé plus au sud que le rio Oyapock. Le Brésil estimant que ce dernier marquait la limite des deux États. Le Conseil fédéral a tranché en faveur du Brésil.

Le pont à haubans, d'une longueur de 378 mètres enjambe l'Oyapock à proximité des localités de Saint Georges de l'Oyapock en Guyane française, à 190 km de Cayenne, et celle d'Oiapoque, en territoire brésilien, à 600 km de Macapá, la capitale de l'État de l'Amapá. La construction de l'ouvrage est maintenant terminée, mais pas encore les infrastructures d'accès côté Brésil. De plus, une partie seulement de la route BR-156 Macapá - Oiapoque est asphaltée. L'inauguration du pont et de ses voies d'accès devrait avoir lieu au second semestre de 2012.

Côté brésilien, sur 40 kilomètres, la BR-156 traverse la Terre Indigène Uaçá, occupée par des indiens Karipuna, Galibi-Marworno et Palikur. Déjà en 2004, les associations indigènes de l'endroit ont demandé l'application de  mesures susceptibles de réduire l'impact prévisible de l'augmentation du trafic, une fois la "piste" transformée en route asphaltée. Ces mesures touchent à la protection de la forêt, de la faune et surtout des eaux. Elles veulent que les autorités prennent en charge le transfert, plus à l'intérieur des terres, des villages qui sont à proximité immédiate de la route. Elles demandent aussi l'évacuation des non-indiens qui se sont installés illégalement à l'intérieur de la Terre indigène. Elles souhaitent une limitation de la circulation. Récemment l'administration régionale de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, et le Secrétariat Extraordinaire des Peuples Indigènes - SEPI de l'État d'Amapá ont fait connaître leur volonté de répondre aux préoccupations indigènes. À suivre...

Côté Guyane, le renforcement récent des contrôles effectués par la Police de l'Air et des Frontières a suscité le mécontentement des piroguiers qui assurent le passage du fleuve entre St Georges et Oiapoque. Ils se sont mis en grève le 9 janvier pour protester contre les tracasseries policières françaises. L'intervention des autorités locales a très vite permis de débloquer la situation. Les passages ont repris. Un statut de "Transfrontalier" devrait être institué pour les populations riveraines.

L'ouverture de cette liaison routière va modifier les relations socio-économiques entre les deux rives du fleuve. Jusque-là, les deux municipalités guyanaise et brésilienne se situaient aux confins des deux territoires, chacune étant davantage tournée vers sa métropole. Leurs liens de voisinage, à travers le fleuve, relevant surtout de l'économie informelle. Cet axe routier aura probablement d'autres répercussions humaines, économiques et environnementales. Le Centre National (français) de la Recherche Scientifique - CNRS, a décidé de suivre cette évolution avec son "Observatoire Hommes/Milieux Oyapock" de Cayenne. Pour l'un des chercheurs du CNRS, "le pont va affirmer une frontière qui n'existait pas".

Pour beaucoup d'observateurs, cette nouvelle liaison terrestre suscite beaucoup d'interrogations.

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* Voir sur ce blog, la note précédente du 3 février.

Photo : Wilson Dias, Agência Brasil /12 février 2008. Les deux présidents Lula et Sarkozy devant la maquette du pont sur l'Oyapock.

Pour en savoir plus (en français) :

- La genèse du projet : http://www.guyane.developpement-durable.gouv.fr/pont-sur-...

- La sentence rendue par le Conseil fédéral :  http://untreaty.un.org/cod/riaa/cases/vol_XXVIII/349-378....

- Site du CNRS - Guyane : http://www.guyane.cnrs.fr/projoyapock.html et http://www.cnrs.fr/inee/communication/actus/docs/Presenta...

En portugais,

- La demande des organisations indigènes de l'Amapá en 2004  : http://www.povosindigenasdooiapoque.com.br/downloads/prop...

- Les prochaines rencontres pour répondre à la demande des indigènes : http://www.amapadigital.net/noticia_view.php?ID=8074

 

Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 68), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

 

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