31/08/2012

Belo Monte : le travail a repris sur le chantier*

Le 28 août au matin, le travail a repris sur les différents chantiers de construction du barrage de Belo Monte sur le rio Xingu. Cette reprise, annoncée par Norte Energia, a été autorisée, le 27 août, par le président du Tribunal Suprême Fédéral - STF, Carlos Ayres Britto. Il a fait droit au recours de l'Avocat Général de l'Union – AGU contre une décision du Tribunal Régional Fédéral–1 qui avait ordonné, quelques jours plus tôt, la suspension des travaux. Cela en attendant la consultation, par le Congrès, des populations indigènes concernées par la construction du barrage. Le Ministère Public Fédéral avait également demandé la suspension des travaux. Sur le fond, le jugement n'a pas encore été rendu par le STF.

Parce que les travaux avancent, le mouvement "Xingu vivant pour toujours" demande au STF ne pas transformer Belo Monte en "fait accompli" : "Belo Monte n'est pas et n'a jamais été un projet légal."

À suivre…

* Voir, sur ce blog, la note du 27 août.

27/08/2012

Barrage de Belo Monte : la justice suspend les travaux

 "Nous ne pouvons admettre, dans un État de droit démocratique, un acte du Congrès qui soit un acte de dictature." Cette phrase est tirée de "l'acordão", la décision prise le 13 août par les juges composant la 5e chambre du Tribunal Fédéral Régional – 1 (TRF1) de suspendre les travaux de construction de l'usine hydroélectrique de Belo Monte sur le rio Xingu. L'acte visé est le Décret législatif de 2005 et d'autres qui avaient autorisé les travaux. Le tribunal s'est prononcé en réponse à une demande du Ministère Public Fédéral qui avait sollicité l'annulation de l'autorisation de l'ouvrage.

Le motif principal avancé par le TRF1 est l'absence d'une consultation préalable, par le Congrès, des peuples affectés par l'ouvrage. Une telle consultation prévue par la Constitution brésilienne et la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail – OIT ratifiée par le Brésil.

Le 23 août, Norte Energia, l'entreprise responsable des travaux a fait savoir que toutes les activités liées à la construction de l'ouvrage ont été suspendues.

L'Avocat général de l'Union* a déposé un recours contre ce jugement auprès du Tribunal Suprême Fédéral.

Plusieurs organisations brésiliennes ont lacé une campagne pour demander au Président du Tribunal Suprême Fédéral de maintenir la décision du TRF1.

Pour rappel, les peuples indigènes du Xingu s'opposent à la construction de ce barrage depuis 1989. Récemment encore, en juin et juillet, il y a eu des manifestations et des incidents en lien avec le chantier. En mars de cette année, la Commission d'experts de l'OIT chargée de veiller à l'application des Conventions avait demandé au Brésil de respecter ses obligations**.

Cet ouvrage serait le troisième plus grand du monde après celui d'Itaipú sur le rio Paraná à la frontière du Brésil et du Paraguay et celui des Trois Gorges en Chine.

À suivre…

* Au Brésil, le service de l'Avocat général est l'organe de conseil le plus élevé du pouvoir exécutif, une institution prévue par la Constitution. L'Avocat général est nommé par la Présidence de la République

** Voir sur ce blog, la note du 7 mars 2012. D'autres notes ont traité de ce sujet :  9 octobre 2010, 5 mars 2011, 8 avril 2011, 3 juin 2011, 11 novembre 2011

 

Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 74, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/08/2012

La formation des professeurs Yanomami en éducation différenciée

Foto SECOYA curso de professores 2012:nota2xetapa3.pngIls sont plus d'une vingtaine de professeurs Yanomami, venant de huit communautés des rios Marauiá et Demini, à avoir participé à la 10e étape - sur 12 - d'une formation leur permettant d'obtenir, en 2014, la certification reconnue par les autorités. Ce cours de six semaines a commencé le 21 mai et s'est terminé le 29 juin. Il entre dans le cadre du programme d'éducation de l'association "Service et Coopération avec le Peuple Yanomami* - SECOYA" soutenu par l'ambassade d'Australie. Il a lieu à Poraquê, dans la municipalité de Rio Preto da Eva, à environ 80 km au nord de Manaus.

Si les disciplines enseignées concernent des matières traditionnelles : mathématiques, art et expression culturelle, littérature, informatique de base, d'autres sont plus spécifiques comme, la citoyenneté et les droits indigènes. Tout en veillant à mettre en pratique la législation en vigueur, il s'agit d'une gestion participative où toutes les décisions (le calendrier, la charge horaire, les contenus...) sont prises collectivement.

L'objectif de SECOYA est d'élaborer une proposition d'éducation scolaire différenciée qui puisse être reconnue par les pouvoirs publics de l'État d'Amazonas et par le Ministère de l'éducation. L'une des caractéristiques de l'enseignement "différencié" consiste à avoir les premiers degrés d'enseignement en langue yanomami, le portugais étant enseigné dans un deuxième temps. Il s'agit également de proposer, par l'école, une alternative aux politiques publiques d'assistance.

Ces dernières sont susceptibles de répandre, chez les bénéficiaires, les Yanomami, l'idée que les solutions des problèmes auxquels ils sont confrontés vont être apportées par d'autres acteurs. Ils courent le risque de n'être que les spectateurs des changements qui les affectent, alors que leur intérêt est d'être les protagonistes de leur propre histoire. L'école différenciée peut contribuer au renforcement du pouvoir de ce peuple sur son propre devenir.

Plus généralement, l'éducation scolaire différenciée est une demande des organisations et communautés indigènes. Pour mémoire, et pour ne parler que d'un passé récent, plusieurs événements ou décisions gouvernementales ont marqué l'évolution de l'éducation scolaire indigène ces dernières années.

En juin 2007, la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne - COIAB avait publié un manifeste destiné au Ministère de l'Education nationale dans lequel elle donnait un contenu pour un "Programme de Développement de l'Education indigène". Ce document a été signé par plusieurs organisations indigènes, indigéniste et autres ONG. La dixième proposition de ce manifeste demande la réalisation d'une Conférence nationale de l'éducation scolaire indigène.

Cette Conférence - une première au Brésil - a eu lieu en novembre 2009 à Luziânia (État de Goias). Elle a  été organisée par le Ministère de l'Education nationale. Elle a réuni, six cents délégués représentant plus de 200 peuples indigènes qui ont formulé des suggestions sur cinq thèmes : territorialité et autonomie, pratiques pédagogiques indigènes, financement et diversité culturelle, participation et contrôle social, lignes directrices pour l'éducation scolaire indigène. Fernando Haddad, alors Ministre de l'Education, avait souhaité une démarche participative, conforme à la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail - OIT. Cette rencontre nationale avait été précédée, dès décembre 2008, de 1'800 de réunions préparatoires dans les communautés indigènes et 18 Conférences régionales. Le document final de la Conférence a été publié en avril 2010.

En parallèle à cette consultation, un décret présidentiel (No 6.861), signé par Lula le 27 mai 2009, a créé les "Teritoires ethno-éducationnels". Ce texte prévoit que l'éducation scolaire indigène sera organisée avec la participation des peuples indigènes. Il énumère les objectifs de cette éducation différenciée et les moyens techniques et financiers à mettre à sa disposition. Ce document, s'il est une réponse à la demande des organisations et communautés indigènes peine à être appliqué. Pour l'heure il existe une vingtaine de ces Territoires.

En 2007, le Brésil comptait près de 2'500 écoles indigènes qui accueillaient près de 177'000 élèves. Mais entre 30 à 40% de celles-ci ne disposaient pas d'un local approprié et le nombre de places était insuffisant.

Par son effort de formation des professeurs Yanomami, la SECOYA contribue à mettre en œuvre le droit à l'éducation différenciée dans son aire d'activité, essentiellement dans la partie de la Terre Indigène Yanomami qui se trouve dans l'État d'Amazonas, dans les deux municipalités de Santa Isabel do Rio Negro et Barcelos. On y compte neuf écoles indigènes : six sur les rives du rio Marauiá, deux sur les rives du rio Demini et une sur les rives du rio Preto, un affluent du rio Padauiri. Plus de 400 élèves reçoivent l'enseignement d'une vingtaine de professeurs.

* Le partenaire de AYA

Photo © SECOYA : Pendant le cours...

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Pour en savoir plus,

- En français,

- Voir AYA Info Nos 10, 19, 34, 44, 50 et 53 sur le site : http://www.terrabrasilis.ch/informations/ayainfo

- Sur ce blog, la note du 20 octobre 2010

- En portugais,

- Des informations relatives au cours sur le site de la SECOYA : http://www.secoya.org.br/index.php?option=com_content&... et http://www.secoya.org.br/index.php?option=com_content&...

- Le programme "Education* de SECOYA :

http://www.secoya.org.br/index.php?option=com_content&...

- Les documents relatifs à la Conférence nationale de l'éducation scolaire indigène de novembre 2009 :

http://coneei.mec.gov.br/index.php?option=com_content&...

- Le décret présidentiel instituant les Territoires ethno-éducationnels :

http://www.planalto.gov.br/ccivil_03/_Ato2007-2010/2009/D...

Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 73, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2