30/11/2012

Brésil : Le nouveau et controversé code forestier est entré en vigueur

Le nouveau code forestier brésilien est entré en vigueur le 18 octobre*, le jour de sa parution au Journal Officiel de l'Union. La Chambre des Députés l'avait adopté le 18 septembre, et le Sénat quelques jours plus tard, le 25 septembre. Un texte encore controversé malgré huit paragraphes et un article sur lesquels la Présidente de la république, Dilma Roussef, a exercé son droit de veto. Un premier décretd'application relatif au cadastre environnemental rural et au programme de régularisation environnemental a également été publié la 18 octobre.

Selon la ministre de l'environnement, Izabella Teixeira, les veto de la présidente visent à ne pas stimuler la déforestation illégale et à assurer l'inclusion sociale des petits propriétaires et des paysans pratiquant l'agriculture familiale. C'est un équilibre entre la protection de l'environnement et l'inclusion sociale.

Le 19 octobre, l'Institut socio - environnemental – ISA a diffusé une analyse du nouveau texte signée de Raul de Valle, un avocat de l'Institut. Selon lui, la nouvelle loi est pleine de contradictions. Elle crée deux modèles de citoyens : ceux qui ont respecté la loi jusque-là en vigueur et les autres. Et sa mise en œuvre sera difficile. La protection de l'environnement qu'elle recherche s'applique différemment selon la taille des propriétés et en fonction de leur localisation dans le pays.

Plusieurs règlements d'application doivent encore être publiés; ils sont susceptibles de réduire les dégâts produits par la nouvelle loi. Les "ruralistes", partisans de l'agrobusiness, qui sont à l'origine de la nouvelle loi, font déjà pression sur le gouvernement pour obtenir des textes qui leur soient favorables.

Cette entrée en vigueur du code forestier a précédé de peu la présentation, le 27 novembre, par l'Institut National d'Enquêtes Spatiales – INPE, des données 2012 relatives à l'évolution estimée de la déforestation en Amazonie légale : 4'656 km2 de forêt détruite entre août 2011 et juillet 2012. C'est le niveau le plus bas enregistré depuis 1988, date à laquelle l'Institut a commencé ses observations. C'est une réduction de 27% par rapport à 2011 (6'418 km2 dévastés). La forêt de l'État du Pará a le plus souffert, elle a perdu 1'699 km2.

Depuis les années 90, la plus forte déforestation a été observée en 1995 : 29'059 km2. C'est le pic le plus élevé. Les deux années 2003 et 2004 ont aussi connu une forte poussée de déforestation avec, respectivement, 25'396 et 27'772 km2. Mais depuis 2005, les chiffres sont orientés à la baisse (voir AYA Info No 56).

Le nouveau code forestier permettra-t-il de mieux lutter contre la déforestation ?

* Voir sur ce blog, les notes des 26 et 4 mai 2012, 9 décembre, 23 septembre et 27 mai 2011

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie aux sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 76, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

23/11/2012

Les peuples autochtones, la dernière barrière à abattre !

Le modèle dominant de développement "met en cause l'existence même de nombreux peuples autochtones, particulièrement quand leurs territoires recèlent des matières premières ou des sources d'énergie présentant un intérêt économique. Pour ce modèle dominant, les peuples autochtones et les populations traditionnelles représentent la dernière barrière à abattre". C'est l'une des conclusions que des représentants de peuples et d'organisations autochtones d'Argentine, du Brésil, de Colombie et du Pérou ont tenu à rappeler lors du séminaire organisé à Genève, du 15 au 19 octobre, par le Mouvement pour la Coopération Internationale* (MCI). Une manifestation réalisée par cette ONG genevoise dans le cadre de son 50eanniversaire.

Le MCI a soutenu des projets en faveur des peuples autochtones dès les années 70. La présence de dirigeants d'organisations indigènes avec lesquelles il a travaillé, et travaille encore, allait de soi lors de cet anniversaire. Vivant dans des pays et contextes différents, les échanges qu'ont eus ces leaders pendant plusieurs demi-journées, ont très vite mis en évidence la similitude de leur lutte pour la survie de leurs peuples, de leurs cultures et de leurs modes de vie. Ensemble, et avec les autres participants à cette rencontre, ils ont tenu à dresser ce constat : "Dans leur grande majorité, les peuples autochtones ont une relation pleine de respect, d’harmonie et d’équilibre avec la terre­mère. Le renforcement des identités ethniques et culturelles est très important. Les territoires indigènes sont de véritables sanctuaires de vie dans leur diversité spirituelle et biologique. Mais les peuples autochtones sont touchés de plein fouet par le modèle dominant de développement. Ce modèle porte atteinte à leurs territoires ancestraux : les montagnes, les glaciers, les forêts, les fleuves et rivières. Pourtant l’existence de ces peuples constitue un signal fort pour l'humanité toute entière".

À propos de la situation qui est faite aux peuples autochtones, ils ont tenu à rappeler comment "On leur reproche d'empêcher le développement, on criminalise leur protestation, on militarise leurs territoires, on réduit leurs droits. Ces derniers, bien que reconnus par des lois et des instruments juridiques nationaux et internationaux, sont insuffisamment appliqués". Ils soulignent encore que "Le soutien à leurs revendications est d'importance capitale".

Lors de ce séminaire, qui comptait également avec la présence de représentants d'Haïti, du Timor-Leste et d'Uruguay, deux autres ateliers ont traité de la "Formation" et de "l'Économie solidaire" qui sont également des axes de travail du MCI. La déclaration finale adoptée par les participants appelle les ONG et les collectivités publiques du Nord à soutenir les associations du Sud, non seulement pour les aspects concrets de leurs programmes, mais aussi pour leur vie démocratique, leurs besoins en personnel et en matériel.

Le MCI est l'un des membres fondateurs de la Fédération Genevoise de Coopération - FGC.

***

* Mouvement pour la Coopération Internationale ; c/o Maison des Associations, 15, rue des Savoises CH – 1205 Genève; Tél.: 022 320 29 02; Courriel : mci.fgc@gmail.com

PS 1 : Ce dimanche 25 novembre est une journée particulièrement consacrée aux populations autochtones dans le cadre du Festival "Filmar en América Latina" qui se déroule à Genève et sa région. Voir le programme sur le site : http://www.filmaramlat.ch/

PS 2 : L'activation des liens hypertextes renvoie aux sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 76, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

16/11/2012

TI Kaiabi : Un mort et plusieurs blessés lors d'une opération contre l'orpaillage illégal

Munduruku,Teles Pires,Polícia Federal,Adenilson Crixi,Kirixi,Kaiabi,Terra indígena Kayabi,Pará,Mato Grosso,Jacareacanga,opération Eldorado,Operação Eldorado,garimpagem,orpaillage illégal,FUNAI,Ministério Público FederalUn mort - Adenilson Kirixi Munduruku - 32 ans, père de deux enfants -, plusieurs blessés et des arrestations chez les indiens Munduruku de Teles Pires, dans la Terre Indigène (TI) Kaiabi : tel est le bilan de la confrontation, survenue le 7 novembre dernier, entre un détachement de la Police Fédérale (PF) et des membres de cette communauté située sur la frontière des États du Pará et du Mato Grosso, dans la municipalité de Jacareacanga.

La PF intervenait pour combattre l'orpaillage illégal pratiqué sur le rio Teles Pires. Une action entrant dans le cadre de "l'Opération Eldorado" destinée à mettre un terme à l'activité d'un réseau d'extraction et de  commercialisation illégales d'or couvrant plusieurs États brésiliens.

Le jour même de l'incident, les membres de la communauté de Teles Pires ont publié un communiqué décrivant la violence de l'intervention. Ils demandent également la constitution d'une commission municipale d'enquête. Plus de cinquante organisations de la société civile ont signé un manifeste de solidarité à l'égard des indiens Munduruku : "… la confrontation répète ce qui est arrivé depuis le début de l'invasion européenne [la découverte du Brésil] : l'indien (Munduruku) défend son territoire avec des flèches et le blanc (la police fédérale) abattant avec une arme à feu ceux qu'il trouvait sur son chemin."

Le 9 novembre, la PF a diffusé un communiqué dans lequel elle explique les objectifs de l'opération Eldorado. Elle y donne sa version des faits au cours desquels trois policiers ont été blessés. Selon elle, la communauté indigène tirerait profit de la présence des garimpeiros. Elle dit avoir été victime d'une embuscade et avoir suspendu la suite de l'opération.

La relation des événements varie selon les sources. Le Ministère Public Fédéral du Pará a demandé des explications à la PF et à la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI. Le ministre de la justice veut une enquête approfondie. Ce 14 novembre, une centaine d'organisations de la société civile demandent au Ministère Public Fédéral du Pará d'ouvrir une enquête indépendante sur les événements survenus à Teles Pires pour rechercher les responsables d'abus commis lors de l'opération. À suivre…

Ci-dessous une vidéo montrant le début de l'intervention de la PF :

 

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie aux sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

Cette note devrait être reprise dans le prochain "AYA Info" No 77, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

09/11/2012

Les Yanomami s'opposent à l'exploitation minière sur leur territoire

Davi Kopenawa,Yanomami, Marta Maria Azevedo,Paulo Maldos,Antonio Alves de Souza,FUNAI,HAY,Hutukara Associação Yanomami,Watoriki,rio Demini,Ye'kuana,SESAI,demarcação,Terra Indígena,mineraçãoDepuis 20 ans, la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) est démarquée par un décret présidentiel du 25 mai 1992*. L'événement a été marqué à l'occasion de la VIIe Assemblée générale de l'association Hutukara Associação Yanomami – HAY présidée par Davi Kopenawa. Cette réunion, à laquelle ont participé plusieurs centaines d'indigènes a eu lieu du 15 au 20 octobre, dans la communauté de Watoriki, un village situé dans le bassin du Rio Demini.

À l'ordre du jour, les sujets d'ordre institutionnels : Davi a été reconduit à la présidence de l'association pour une période de quatre ans (2013 – 2016). L'assemblée a traité des principales préoccupations des Yanomami et  Ye'kuana : rôle des organisations indigènes, le retrait des orpailleurs et les fermiers qui envahissent le territoire; l'avenir des écoles indigènes; les déficiences du service de santé et surtout leur opposition aux projets d'exploitation minière dont on connaît les répercussions sur la vie des communautés indigènes, notamment dans le domaine de la santé.

Étaient également présents des membres de communautés Yanomami du Venezuela et des représentants des ONG qui appuient l'HAY. Le gouvernement était représenté par Marta Maria Azevedo, présidente de la Fondation Nationale de l'Indien (FUNAI), Paulo Maldos du Secrétariat de la présidence de la république et Antonio Alves de Souza, responsable du Secrétariat Spécial de Santé Indigène (SESAI).

Les sujets traités lors de cette assemblée montrent bien qu'à elle seule la signature d'un décret, même présidentiel, ne suffit pas à protéger définitivement une Terre Indigène. Une protection effective, durable dans le temps, appelle la vigilance de ses habitants.

Une telle réunion permet également aux membres des communautés Yanomami dispersées sur la TI-Y de faire connaissance et d'avoir une vision d'ensemble des problèmes auxquels ils sont confrontés. La vidéo ci-dessous retrace quelques séquences de l'assemblée.

* Voir AYA Info No 72

 

Photo : Marcos Wesley/ISA. De gauche à droite : Antonio Alves de Souza, Marta Maria Azevedo, et Davi Kopenawa.

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie aux sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 76, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

02/11/2012

Les Guarani Kaiowá de Pyelito Kue : mourir plutôt que quitter notre "tekoha" !

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Cette lettre répond à la décision rendue, le 17 septembre, par la Justice fédérale de Naviraí (MS), qui ordonne l'expulsion des indiens. Vivants, les Guarani ne veulent pas quitter leur terre.

La Fondation Nationale de l'Indien (FUNAI) considère légitime la volonté des Guarani de rester sur ce territoire. Elle indique encore qu'elle a déposé un recours contre cette décision de la justice de Naviraí. Elle a obtenu gain de cause. Le 30 octobre, le Tribunal Régional Fédéral de la 3e région (São Paulo) a décidé que les Guarani peuvent continuer d'occuper deux hectares à l'intérieur de la fazenda Cambará jusqu'à ce que soient conclus les travaux d'identification de la Terre Indigène, engagés par la FUNAI.

Habituellement peu sensible à la situation des peuples indigènes, mais face à ce drame, l'opinion publique brésilienne a manifesté son émotion sur les réseaux sociaux. Une récolte de signature a été lancée sur Avaaz pour demander à Dilma Roussef, la Présidente de la république, et à André Puccinelli, le Gouverneur de l'État du Mato Grosso do Sul, d'intervenir.

Plusieurs médias ont assimilé cette volonté de résister comme étant l'expression d'une intention de suicide collectif, ce que contestent les intéressés. Le leader de la communauté, Apykaa Rendy, décrit la situation de la communauté dans une vidéo diffusée sur Youtube : voir la vidéo ci-dessous. Le Secrétariat de la présidence de la république a publié un communiqué pour faire le point de la situation et mentionner les mesures prises, entre autres, pour assurer la sécurité des indigènes.

Le Mato Grosso do Sul est connu pour être un État où les violences à l'encontre des peuples indigènes sont nombreuses*. Il est bon de rappeler que lors de l'adoption de la Constitution en 1988, l'article 67 des "Dispositions constitutionnelles transitoires" donne un délai de cinq ans pour la démarcation des Terres indigènes du pays… C'était il y a 24 ans !

* Voir sur ce blog, la note du 14 septembre 2012.

 

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie aux sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 76, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2