27/06/2013

Brésil : Un indien Terena tué lors d'une intervention policière

Au matin du 30 mai, un indien Terena, Oziel Gabriel, a été mortellement atteint par un tir de la Police Fédérale - PF qui intervenait pour faire cesser l'occupation, par les Terena, de la fazenda Buriti située sur la Terre Indigène Buriti. Il s'agit d'un territoire indigène de 172 km2, reconnu en 2010 comme traditionnellement occupé par une partie du Peuple Terena (environ 2'500 personnes). Elle est située dans la municipalité de Sidrolândia, dans l'État du Mato Grosso do Sul - MS. Une controverse juridique avait permis l'intervention de la police malgré un recours de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI.

Selon le Ministère Public Fédéral - MPF, le manque de volonté politique de la part du gouvernement est à l'origine des conflits de la terre dans cette partie du pays. Il s'agit de régler un problème né à la fin de la Guerre du Paraguay (1864 – 1870), quand les autorités brésiliennes ont incité des colons à s'installer dans la région. Elles leur ont donné des titres de propriété sur la Terre des Terena. Depuis, elles n'ont jamais réglé le problème. Le MPF reproche également aux forces de l'ordre d'avoir fait un excès de zèle et de ne pas l'avoir averti avant l'intervention. La FUNAI a exprimé le même reproche. Cette mort violente a suscité une vague d'indignation.

Comme cela avait été annoncé* par les parlementaires du lobby de l'agrobusiness, le 14 juin, la Confédération de l'Agriculture et de l'élevage – CNA a organisé diverses manifestations pour protester "contre l'invasion de terres productives pratiquées par des groupes d'indigènes". La sénatrice et présidente de la CNA, Katia Abreu, était présente à celle qui a eu lieu à Nova Alvorada do Sul, dans le Mato Grosso do Sul. Elle a attaqué le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI et la FUNAI qui, selon elle, inciteraient les indigènes à pratiquer ces invasions.

Le 5 juin, José Eduardo Cardozo, le Ministre de la justice s'est rendu à Campo Grande où il a rencontré les leaders Terena et les responsables des forces de police. Il a rappelé le rôle central de la FUNAI dans les processus de démarcation des Terres Indigènes. Le 6 juin, une délégation de leaders Terena était à Brasilia pour une nouvelle rencontre avec le ministre de la Justice et le Secrétaire Général de la présidence de la république, Gilberto Carvalho. Les autorités fédérales ont proposé la création d'un Forum pour régler pacifiquement les conflits entre indigènes et fazendeiros. Le 20 juin, lors de la première réunion de ce Forum, le gouvernement a fait connaître son intention d'acheter les terres aux propriétaires détenteurs de titres de propriété valides, ce qui permettra à ceux-là d'évacuer la Terre des Terena. Ces derniers ont annoncé qu'ils ne cesseraient pas leur occupation.

La Commission de l'agriculture, élevage, approvisionnement et développement rural de la Chambre des députés - le lobby de l'agrobusiness - ne relâche pas sa pression sur le gouvernement, le 12 juin, elle a approuvé la convocation du ministre Gilberto Carvalho, pour qu'il "donne des éclaircissements sur le processus de démarcation des Terres indigènes". L'audition devrait avoir lieu dans les 30 jours qui suivent la convocation.

Aura-t-il fallu la mort d'Oziel Gabriel – un mort de plus et de trop - pour voir enfin résolu un problème trop longtemps négligé ?

* Voir sur ce blog la note du 07/06/13

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PS  : L'activation des liens hypertextes (en gris) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 84) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

21/06/2013

Les violences commises contre les indiens pendant la dictature militaire

Le 22 mai, sur  la proposition du sénateur Randolfe Rodrigues, la Commission des Droits Humains et de la législation participative – CDH du Sénat brésilien, a tenu une audience publique pour débattre des violences pratiquées, par des agents publics ou privés, contre des indigènes pendant les années 60, au moment de la dictature militaire. Cette demande fait suite à la découverte, en avril dernier, au Musée de l'Indien de Rio de Janeiro, du "Rapport Figueiredo". Il s'agit d'un document de plusieurs milliers de pages, rédigé à la fin des années 60, par le Procureur Jáder Figueiredo Correia à la demande du Ministre de l'intérieur de l'époque, le général Afonso Augusto de Albuquerque de Lima.

Il s'agissait d'évaluer les dénonciations formulées à l'encontre du Service de Protection de l'Indien – SPI auquel a succédé, en 1967, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI. Le SPI avait pour mission "d'intégrer" les indigènes à la société brésilienne !

Ce document que l'on croyait avoir été détruit dans un incendie a été retrouvé par des chercheurs, dont le vice-président de l'association "La torture jamais plus", Marcelo Zelic. Le rapport décrit les divers types de tortures infligés aux indiens : broyer les chevilles, chasse humaine à la mitrailleuse, distribution de sucre empoisonné et massacre de tribus entières, etc.

La Commission veut demander au Ministère de la justice et au Ministère public la punition des responsables. Elle veut aussi demander des mesures pour réparer les torts causés et indemniser les victimes.

Un consensus général s'est dégagé en son sein pour que ce rapport soit examiné en fonction de l'actualité, c'est-à-dire de barrer la route aux propositions actuellement en examen devant le Congrès dont le but est de faire obstacle à la démarcation des Terres Indigènes.

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PS 1 : Les manifestations qui agitent ces jours-ci les villes brésiliennes n'ont pas de lien direct avec la situation des peuples indigènes du pays si ce n'est que les manifestants reprochent au gouvernement de dépenser des sommes considérables pour le financement des événements sportifs, alors que les systèmes de santé et d'éducation sont insatisfaisants. Souvent, les organisations indigènes ont dénoncé les déficiences des services gouvernementaux, notamment celles du système de santé indigène.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en gris) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 83), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

14/06/2013

Le roi de Norvège en visite chez les Yanomami

Le roi de Norvège, Harald V, répondant à une invitation de Davi Kopenawa, a passé quatre jours, du 22 au 25 avril, dans la communauté Watoriki, un village yanomami du bassin du rio Demini situé à 150 km de Boa Vista, la capitale de l'État de Roraima. Initialement, Davi avait invité le souverain à participer, en octobre 2012, à la commémoration des 20 ans de la démarcation de la Terre Indigène Yanomami.

De son côté, le roi souhaitait connaître le quotidien d'une communauté indigène de la forêt. Il n'a pas hésité à dormir sur place, dans un hamac. Il était accompagné d'une délégation réduite. Les Yanomami lui ont fait part de leurs craintes devant l'ambition des "blancs" de pratiquer l'exploitation minière dans les Terres Indigènes. Ils ont réaffirmé que pour eux, la forêt n'a de sens que "sur pied". Le roi a fait part de ses impressions sur le vécu de ses hôtes : "J'ai l'impression qu'ils sont bien avec la vie qu'ils ont. Cela a été fascinant de les écouter imiter le cri des animaux qu'ils attirent pour les chasser et ainsi obtenir leur nourriture". L'interview peut être vue dans la vidéo ci-dessous.

Cette visite s'explique en raison de l'appui donné depuis plusieurs années par la Norvège au programme d'éducation des Yanomami.

Au début du mois de mai, la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI a commencé le retrait des six fazendeiros qui s'étaient installés illégalement sur la terre des Yanomami dans la région du rio Ajarani dans la municipalité de  Caracaraí, une commune de l'État de Roraima, aux abords de la route BR-210, appelée "Perimetral Norte". La Fondation a remis ces propriétés à Dário Vitório Kopenawa, membre de l'Hutukara Associação Yanomami – HAY. Voilà de nombreuses années que les Yanomami se plaignent de l'invasion des fazendeiros et en demandent l'évacuation*.

Plus récemment, les 25 et 26 mai, une piste clandestine d'atterrissage utilisée par les garimpeiros (orpailleurs) a été détruite dans la région de Surucucus, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière du Venezuela, à l'intérieur de la Terre Indigène Yanomami, dans l'État de Roraima. Cette action est le résultat d'une collaboration de la FUNAI, du Front de Protection Ethno - environnemental Yanomami et Ye`kuana – FPEYY et de l'armée. Cette dernière conduit une opération de contrôle – Ágata 7 – de l'ensemble de la frontière brésilienne. Son objectif est de combattre les crimes transfrontaliers comme le narcotrafic, la contrebande, le trafic d'armes, l'immigration et l'orpaillage illégal. Les opérations réalisées par l'armée dans les Terres Indigènes sont accompagnées par la FUNAI.

* Voir AYA Info No 77 et, sur ce blog, la note du 11 janvier 2013.

PS : L'activation des liens hypertextes (en gris) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources permettent d'en "savoir plus".

Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 83), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

07/06/2013

Une offensive gouvernementale et parlementaire pour compliquer la démarcation des Terres indigènes

Le 8 mai à Brasilia, la "Commission de l'agriculture, élevage, approvisionnement et développement rural" de la Chambre des députés, a invité la Ministre-cheffe de la Maison civile de la Présidence de la république, Gleisi Hoffmann, à donner, à l'occasion d'une audience publique, "des éclaircissements au sujet de l'identification et la délimitation des Terres indigènes au Brésil". Et la ministre d'annoncer que les études de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, en charge de la politique indigéniste et du processus de démarcation des Terres Indigènes, seront confrontées avec celles d'autres organes gouvernementaux comme le Ministère du développement agraire et l'Entreprise Brésilienne d'Enquête d'Agro-élevage – EMBRAPA.

Selon la ministre, cette proposition a pour objet d'éviter les conflits entre agriculteurs et indigènes comme il en existe dans plusieurs États du pays. De fait, elle souhaite donner plus de poids aux intérêts anti-indigènes, ceux de l'agrobusiness, dans le processus de démarcation. Elle met en cause le travail de la FUNAI*. Le débat qui a suivi son intervention a connu des moments de tension entre partisans et adversaires de cette proposition.

La controverse a gagné le pays tout entier. Les tenants de l'agrobusiness ont multiplié les critiques à l'égard de la FUNAI. Ils ont multiplié leurs interventions. Le 15 mai, des députés ont officialisé une demande de création d'une Commission Parlementaire d'enquête sur l'action de la FUNAI et de l'Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire – INCRA. Les membres du "Frente Parlamentar da Agropecuária" - les parlementaires du lobby de l'agrobusiness - se sont réunis par deux fois, les 16 et 28 mai, avec le vice-président de la république Michel Tremer. Ils lui ont demandé la suspension des processus de démarcation des Terres indigènes dans les deux États du Mato Grosso do Sul et du Rio Grande do Sul. Ceci à l'exemple de ce qu'avait demandé récemment Gleisi Hoffmann pour l'État du Paraná. Les parlementaires ont annoncé, pour le 14 juin, une mobilisation nationale des producteurs ruraux contre la désappropriation de terres productives pour des fins de démarcation.

L'Articulation des Peuples Indigènes de la Région Sud – ARPINSUL est la première organisation indigène à exprimer sa réprobation : …"tant que l'État brésilien ne traitera pas la question indigène avec le respect qu'elle mérite, les conflits seront constants, et la violation des droits humains s'intensifiera encore plus parce que nous ne nous tairons pas. Nous serons implacables dans la lutte pour les droits qui ont coûté de sang de nos ancêtres ! Jamais plus un Brésil sans les peuples indigènes !" La veille de la réunion de la Commission de la Chambre des députés, Mme Hoffmann avait demandé au ministre de la justice de suspendre les processus de démarcation dans l'Etat du Paraná.

 Le Conseil Indigène de Roraima – CIR a publié un manifeste  : "Nous voulons que la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, respecte et reconnaisse tous les peuples indigènes pour les conquêtes des droits acquis jusqu'aux jours actuels et qu'elle ne fasse pas des actes d'ignorance et de méconnaissance de la question indigène. Les terres brésiliennes sont des terres indigènes".

Le 3 juin, le Secrétaire général de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB, Dom Leonardo Steiner, a reçu Gleisi Hoffmann à qui il a expliqué la position de l'entité : "Nous espérons que la FUNAI ne soit pas vidée dans sa fonction et que les démarcations continuent".

Une coalition de 26 organisations, dont l'Association brésilienne des ONG – ABONG a rendu publique une note exigeant le respect de la Constitution : "En 1988, se terminaient les travaux de la Constituante et la Constitution citoyenne qui a suspendu les législation du régime autoritaire. Il a été affirmé solennellement une série de droits, parmi lesquels les droits des peuples indigènes. Les mesures qui viennent d'être prises et les propositions d'amendement constitutionnel en discussion signifient un recul dans la lutte pour les droits humains dans notre pays et le retour à une étape que nous ne pouvons pas accepter. Nous exigeons le respect de la Constitution fédérale ! Nous exigeons le respect des droits des peuples indigènes !"

Alors que cette offensive du gouvernement suscite une vague de protestations, dans le Mato Grosso do sul, un indigène, Terena, Oziel Gabriel, a été tué par les forces de l'ordre lors d'une opération d'évacuation d'une fazenda. Les Terena revendiquent cette terre comme étant leur territoire ancestral...

* La démarcation des Terres indigènes a fait l'objet d'un Décret de 1996 (No 1775/96) qui prévoit la possibilité pour les opposants à une démarcation de faire connaître leur point de vue.

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 PS : L'activation des liens hypertextes (en gris) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources permettent d'en "savoir plus".

Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 83), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2