15/02/2014

Flambée de violence anti-indigène à Humaitá (AM)

Dans l'après-midi du 25 décembre dernier, environ 3'000 personnes étaient dans les rues d'Humaitá, une localité située à plus de 600 km au sud de Manaus, dans l'État d'Amazonas, pour une manifestation anti-indigène. Les manifestants ont bouté le feu aux sièges locaux de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, de la Fondation Nationale de la Santé – FUNASA et à la Maison de santé indigène. Ils ont également incendié des véhicules. Le poste de péage* installé par les Tenharim sur le bord de la BR-230 - la "Transamazonienne" qui traverse la Terre Indigène (TI) Thenharim Marmelos - a également été détruit. Pendant quelques jours, environ 140 indigènes ont trouvé refuge auprès du 54e Bataillon d'Infanterie de Forêt.

En cause, la disparition, depuis le 16 décembre de trois hommes, des non-indiens, qui auraient été vus pour la dernière fois au kilomètre 85 de la BR-230. Les manifestants tiennent les indiens Tenharim pour responsables de cette triple disparition. Cet acte aurait été accompli pour venger la mort du cacique Ivan Tenharim, retrouvé inconscient près de sa moto, le 2 décembre, sur le bord de la même BR-230, et décédé le lendemain. Les circonstances de l'accident n'ont pas encore été éclaircies. Selon le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, le cacique était un infatigable opposant au pillage pratiqué par les madeireiros dans la TI. Tenharim. En collaboration avec des organes publics, il aurait contribué à la fermeture de plusieurs scieries illégales dans la région.

Le coordinateur régional de la FUNAI a été démis de ses fonctions. Il lui est reproché d'avoir contesté publiquement la thèse de l'accident à l'origine du décès d'Ivan Tenharim. Un collectif d'universitaires qui ont eu l'occasion de collaborer avec lui a publié une note de soutien à son endroit. Ils expliquent que ce fonctionnaire fait office de bouc émissaire dans une situation depuis longtemps conflictuelle. L'intéressé déclare avoir simplement demandé une enquête sur les circonstances le l'accident concernant Ivan Tenharim.

Le 30 janvier, la police fédérale a arrêté cinq indiens Tenharim qu'elle suspecte d'être impliqués dans la disparition des trois hommes le 16 décembre. Leur défense est assurée par la DPU, un service d'assistance juridique public qui va demander leur mise en liberté. Le 3 février, la police a trouvé les trois corps qui ont été identifiés comme étant ceux des disparus. Leur sépulture a eu lieu le 6 février.

Le climat de tension reste vif dans cette région. Le Ministère Public Fédéral a demandé aux organes concernés de protéger les villages indigènes, d'en assurer l'approvisionnement et de prendre des mesures pour permettre aux étudiants Tenharim de poursuivre leurs études. Il demande également au gouvernement fédéral et à la FUNAI de verser une indemnisation au peuple Tenharim.

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* Dans une note du 30 décembre la FUNAI explique que  "Depuis la construction de la Transamazonienne en 1972, il n'a jamais été créé d'alternatives pour minimiser les impacts occasionnés par la construction de cet axe routier qui traverse la TI. Les indigènes, de leur propre initiative, ont eu recours à un péage dont le produit bénéficie aux Tenharim". La Fondation rappelle qu'elle est à la recherche d'une autre solution permettant aux indigènes de subvenir à leurs besoins. Le péage, dont les autorités soulignent le caractère illégal, est l'une des sources de conflits avec les non indiens de la région.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 90), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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