28/03/2014

Baselworld et l'orpaillage illégal en Amazonie, une liaison cachée ?

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Le 7 février, dans le nord du Brésil, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, en collaboration avec les polices militaire et fédérale, a organisé une opération – une de plus* - contre les garimpeiros (orpailleurs) qui agissent illégalement dans la Terre Indigène Yanomami. Est particulièrement visée la région du rio Uraricuera, un affluent du rio Branco, dans l'État de Roraima. C'est une région difficile d'accès, mais riche en or. Des Yanomami apportent leur aide comme guides ou pilotes de pirogues. Selon les informations diffusées à mi-mars par G1-Globo, l'opération a permis le retrait de 60 garimpeiros, la destruction d'une piste d'atterrissage et d'une trentaine de "balsas", ces radeaux sur lesquels est installé le matériel utilisé pour l'extraction de l'or.

La pollution des eaux par le mercure n'affecte pas seulement les indiens : avec le rio Tacutu, le rio Uraricuera forme le rio Branco qui, avec ses affluents, fournit en eau une bonne partie de la population du Roraima. Selon la "Folha de Boa Vista" il n'y a pas d'étude sur les effets de la pollution par le mercure dans cette région. Mais, l'Organisation Mondiale de la Santé – OMS le rappelle : "L’utilisation du mercure pour extraire l’or de manière artisanale ou à petite échelle est particulièrement dangereuse et l’impact sanitaire sur les populations vulnérables est important."

En août 2013, l'Hutukara Associação Yanomami – HAY a publié un rapport selon lequel 80% des garimpeiros expulsés à l'occasion de l'une ou l'autre opération retournent sur les lieux d'orpaillage un mois après en avoir été chassés. Effectivement, des opérations d'expulsion des garimpeiros de l'aire indigène Yanomami sont organisées plus ou moins régulièrement, sans jamais arriver à mettre un terme à cette activité illégale. Les réseaux continuent d'exister…

Selon l'Institut Brésilien d'exploitation Minière – IBRAM, le Brésil est le treizième producteur mondial d'or avec une production de 66 tonnes en 2011, dont 12% (env. 8 t) sont issus des "garimpos". Cette année-là, il en a exporté 44,6 t dont 32 %, soit un peu plus de 14 t, vers la Suisse qui est le deuxième pays importateur d'or brésilien. La première place est occupée par le Royaume-Uni : 45 % des exportations, soit environ 20 t.

La Suisse commence seulement à publier la statistique détaillée du commerce de l'or.

Pour les deux premiers mois de 2014, la Confédération helvétique a acheté 4'103 kg d'or au Brésil pour un montant de près de 112 millions de CHF.

Elle en importe davantage du Pérou. Selon les mêmes sources fédérales, et pour la même période, notre pays en a acheté 13'897 kg pour un montant de 250 millions de CHF. Au Pérou, comme au Brésil, des chercheurs d'or illégaux polluent les rivières de l'Amazonie péruvienne, y compris dans les terres indigènes. Invité par une organisation indigène péruvienne, le secrétaire du Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI (une ONG genevoise), a tout récemment pu constater l'action de nombreuses barges qui draguent et polluent le rio Santiago, mettant en danger la vie des populations riveraines et causant de graves dégâts à l'environnement. Les indigènes de la région ont décidé de lutter contre cette pratique. Dans le même temps, ils constatent l'opacité du commerce de l'or…

À l'autre extrémité de l'Amazonie, en Guyane française, l'orpaillage illégal fait également des ravages parmi les populations amérindiennes**. À l'occasion du Carnaval de Cayenne, les membres du collectif "Les Hurleurs de Guyane" ont exprimé leur hostilité à ce fléau. En février dernier, le WWF France a publié un dossier "Or illégal : le filon de la misère" consacré à l'or illégal en Guyane. Entre autres, l'organisation veut accompagner et promouvoir une meilleure traçabilité de l'or.

En Suisse, la "Société pour les peuples menacés" – SPM fait campagne pour que le commerce de l'or devienne propre.

Comment, à l'occasion de l'exposition bâloise, ne pas poser la question de la provenance de l'or utilisé pour la confection des montres et bijoux présentés par les 1'400 exposants ? Comment ne pas appeler clients et fabricants à se responsabiliser pour assainir le commerce de l'or ?

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*Voir "AYA Info" Nos 64, 65 et 66.

** Voir sur ce blog, la note du 30/12/2013

© Photo Aurélien Stoll – Cliquer sur l'image pour l'agrandir - Une barge d'orpaillage illégal sur le rio Santiago en Amazonie péruvienne / mars 2014.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de cette note a été publiée dans AYA Info (No 91), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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