19/05/2014

Discrimination et politiques anti-indigènes : des artistes expriment leur ras le bol

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Pour sa part, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a lancé la campagne "Avril Indigène 2014" le 7 avril au Mémorial des Peuples indigènes de Brasilia sur le thème : "Les indiens sont la richesse du Brésil / Le Brésil de l'Urucum* – La différence est notre richesse". Une vidéo visible sur Youtube présente la campagne qui veut contribuer à la lutte contre la discrimination à l'égard des Indiens.

Le slogan affirmant que les indiens sont la richesse du Brésil est loin de faire l'unanimité. En novembre et décembre 2013, deux députés fédéraux, Alceu Moreira et Luis Carlos Heinze ont publiquement manifesté leur hostilité à l'égard des indiens. Le premier a incité les producteurs ruraux à engager des sociétés privées de sécurité pour lutter contre les invasions de terres revendiquées par les peuples indigènes. Le second s'en est pris aux indiens, quilombolas, lesbiennes et gays les qualifiant de "tudo o que não presta", qui se traduit poliment en français par : "tout ce qui ne vaut rien". Une dizaine d'organisations ont demandé au Procureur général de la république d'enquêter afin de déterminer si ces propos constituent une infraction. Le 21 mars dernier, Journée internationale pour l'élimination de la discrimination, Survival International a décerné le prix du "Raciste de l'année" à Luis Carlos Heinze.

Le 14 avril, Ministère public fédéral a présenté, en avant-première, un documentaire de Rodrigo Siqueira au titre évocateur : "Indien Citoyen ?" Le film retrace la situation des indigènes et leur mobilisation à la fin des années 80 au moment de l'adoption de la Constitution (1988) et la situation actuelle. L'auteur du film questionne : Combien de temps encore ce pays va nier son identité indigène ? La Sous-procureur général de la République, Deborah Duprat affirme que "le moment actuel est la période la plus dramatique de l'histoire indigène". Pour l'heure, seule la bande-annonce du film a été mis en ligne. Plusieurs leaders indigènes se sont exprimés à l'occasion de cette présentation.

Le 22 avril, pour marquer le 514e anniversaire de l'arrivée de Cabral sur les côtes brésiliennes, une vingtaine d'artistes brésiliens ont lancé la campagne "Tamuaté-Aki"** dont l'objectif est de demander aux politiciens et aux autorités plus de respect pour les droits acquis par les peuples les plus anciens du pays. Dans la vidéo (voir ci-dessous) de lancement, l'actrice Leticia Sabatella pose la question : Pour vous, le Brésil a-t-il été découvert ou a-t-il été envahi ? Toni Garrido : Comment un indien répondrait-il à cette question ?

Les artistes seront-ils entendus ?

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* L'Urucum est un arbre dont la graine est utilisée pour les peintures corporelles de couleur rouge.

** Néologisme dont l'origine est l'expression "Estamos até aqui" dont la traduction approchée en français signifie : "Nous en avons assez… ça suffit !"

Traduction de l'affichette (cliquer sur la vignette pour l'agrandir):

L'indien ne produit pas de richesse pour le Brésil / Les indiens sont la richesse du Brésil / Le Brésil de l'Urucum  -  La différence est notre richesse.

Au Brésil, aujourd'hui vivent plus de 890'000 indigènes. Quasi un million de Brésiliens appartiennent à 305 ethnies différentes, parlant plus de 270 langues. Des Brésiliens comme moi, comme toi. Dans le pays il existe approximativement 70 peuples indigènes qui vivent en isolement volontaire, sans aucun contact avec les non indiens. Les peuples indigènes luttent pour maintenir leur mode de vie traditionnel. Ils luttent pour reproduire leurs cultures. Ils luttent pour le droit de préserver leurs traditions. Respecter les différences, c'est vivre profondément un Brésil de diversité et de richesse.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de cette note a été publiée dans AYA Info No 92, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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