30/05/2014

Droits territoriaux des indigènes : des heurts à Brasilia

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, Brasilia, Mobilização Nacional Indígena, APIB, Comitê popular da Copa, Copa do Mundo, Movimento dos Trabalhadores Sem Teto, MTST, Luiz Carlos Heinze, Alceu Moreira, FIFA, Taça, Coupe, José Eduardo Cadozo, Raoni Metuktire, mobilisationÀ Brasilia, dans l'après-midi du 27 mai, les forces de l'ordre ont violemment bloqué le cortège composé d'indigènes, de membres du "Mouvement des Travailleurs Sans Toit"- MTST  et du "Comité populaire de la Coupe" de Brasilia qui se dirigeait vers le stade de la capitale fédérale où, ce jour-là, était exposée la coupe du prochain mondial de football. Le Comité populaire avait organisé un "Tribunal" pour juger les violations et crimes de la Coupe commis par la FIFA, les gouvernements fédéral et du district fédéral.

À l'appel de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB, plusieurs centaines de leaders représentant les peuples et organisations indigènes de tout le Brésil, sont réunis à Brasilia entre le 26 et le 29 mai pour la défense de leurs droits territoriaux*.

Le 27 mai, une délégation s'est rendue au siège du Tribunal Suprême Fédéral – STF pour demander à celui-ci d'examiner le cas de deux députés fédéraux - Luiz Carlos Heinze et Alceu Moreira - auteurs de propos racistes. Le 29 mai au matin, les indigènes ont bloqué l'entrée du Ministère de la justice  pour protester contre la paralysie de toutes les procédures de démarcation des terres indigènes dans tout le pays. Ils ont demandé une audience au ministre José Eduardo Cadozo, rencontre qu'ils ont obtenue hier en fin d'après midi. Ils lui ont remis une lettre exposant leurs différentes demandes. Selon "Agência Brasil" les leaders indigènes sont sortis insatisfaits de la rencontre.

En fait, cette mobilisation a commencé en avril 2013 quand la Chambre des députés avait été occupée quelques instants. Il y a eu également les nombreuses manifestations qui ont marqué le 25e anniversaire de l'adoption de la Constitution de 1988 fin septembre – début octobre 2013.

Les indigènes veulent empêcher l'approbation d'une série de textes, projets de lois, arrêtés et projets d'amendements constitutionnels qui tendent à réduire leurs droits territoriaux. Ils protestent également contre la construction et projets de construction d'infrastructures (barrages, routes, etc.), et les nombreuses demandes de recherche et d'exploitation minière sur les Terres indigènes. Celles qui sont reconnues et celles qui devraient l'être.

Les peuples indigènes du Brésil font face à nouvelle vague de colonisation intérieure qui met en cause leur existence. La mobilisation a laquelle on assiste actuellement traduit leur volonté de résistance.

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* Voir sur ce blog, les notes des 3 mai, 28 septembre, 10 et 20 novembre 2013, des 11 et 22 janvier et 19 mai 2014

Photo © Maira Irigaray - Amazon Watch – Le leader Raoni Metuktire pendant la répression policière près du stade Mané Garrincha de Brasilia le 27 mai – Cliquer sur la vignette pour l'agrandir

PS : Cette note sera reprise dans AYA Info No 93, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

19/05/2014

Discrimination et politiques anti-indigènes : des artistes expriment leur ras le bol

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Pour sa part, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a lancé la campagne "Avril Indigène 2014" le 7 avril au Mémorial des Peuples indigènes de Brasilia sur le thème : "Les indiens sont la richesse du Brésil / Le Brésil de l'Urucum* – La différence est notre richesse". Une vidéo visible sur Youtube présente la campagne qui veut contribuer à la lutte contre la discrimination à l'égard des Indiens.

Le slogan affirmant que les indiens sont la richesse du Brésil est loin de faire l'unanimité. En novembre et décembre 2013, deux députés fédéraux, Alceu Moreira et Luis Carlos Heinze ont publiquement manifesté leur hostilité à l'égard des indiens. Le premier a incité les producteurs ruraux à engager des sociétés privées de sécurité pour lutter contre les invasions de terres revendiquées par les peuples indigènes. Le second s'en est pris aux indiens, quilombolas, lesbiennes et gays les qualifiant de "tudo o que não presta", qui se traduit poliment en français par : "tout ce qui ne vaut rien". Une dizaine d'organisations ont demandé au Procureur général de la république d'enquêter afin de déterminer si ces propos constituent une infraction. Le 21 mars dernier, Journée internationale pour l'élimination de la discrimination, Survival International a décerné le prix du "Raciste de l'année" à Luis Carlos Heinze.

Le 14 avril, Ministère public fédéral a présenté, en avant-première, un documentaire de Rodrigo Siqueira au titre évocateur : "Indien Citoyen ?" Le film retrace la situation des indigènes et leur mobilisation à la fin des années 80 au moment de l'adoption de la Constitution (1988) et la situation actuelle. L'auteur du film questionne : Combien de temps encore ce pays va nier son identité indigène ? La Sous-procureur général de la République, Deborah Duprat affirme que "le moment actuel est la période la plus dramatique de l'histoire indigène". Pour l'heure, seule la bande-annonce du film a été mis en ligne. Plusieurs leaders indigènes se sont exprimés à l'occasion de cette présentation.

Le 22 avril, pour marquer le 514e anniversaire de l'arrivée de Cabral sur les côtes brésiliennes, une vingtaine d'artistes brésiliens ont lancé la campagne "Tamuaté-Aki"** dont l'objectif est de demander aux politiciens et aux autorités plus de respect pour les droits acquis par les peuples les plus anciens du pays. Dans la vidéo (voir ci-dessous) de lancement, l'actrice Leticia Sabatella pose la question : Pour vous, le Brésil a-t-il été découvert ou a-t-il été envahi ? Toni Garrido : Comment un indien répondrait-il à cette question ?

Les artistes seront-ils entendus ?

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* L'Urucum est un arbre dont la graine est utilisée pour les peintures corporelles de couleur rouge.

** Néologisme dont l'origine est l'expression "Estamos até aqui" dont la traduction approchée en français signifie : "Nous en avons assez… ça suffit !"

Traduction de l'affichette (cliquer sur la vignette pour l'agrandir):

L'indien ne produit pas de richesse pour le Brésil / Les indiens sont la richesse du Brésil / Le Brésil de l'Urucum  -  La différence est notre richesse.

Au Brésil, aujourd'hui vivent plus de 890'000 indigènes. Quasi un million de Brésiliens appartiennent à 305 ethnies différentes, parlant plus de 270 langues. Des Brésiliens comme moi, comme toi. Dans le pays il existe approximativement 70 peuples indigènes qui vivent en isolement volontaire, sans aucun contact avec les non indiens. Les peuples indigènes luttent pour maintenir leur mode de vie traditionnel. Ils luttent pour reproduire leurs cultures. Ils luttent pour le droit de préserver leurs traditions. Respecter les différences, c'est vivre profondément un Brésil de diversité et de richesse.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de cette note a été publiée dans AYA Info No 92, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

09/05/2014

"Dom Tomás Balduino a fait sa Pâque"

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, ditadura, dictature, Dom Tomás Balduino, Dominicains, Dominicanos, Conceição do Araguaia, Pará, Xikrin, CIMI, Conselho Indigenista Missionário, Comissão Pastoral da Terra, CPT, CNBB, Comissão Nacional da Verdade, Multiwatch, COTMEC, FUNAI, Genève, Suisse, Goiás, Goiânia, Gercília Krahô, Antônio ApinajéC'est ainsi que la Commission Pastorale de la Terre – CPT* a annoncé le décès de son fondateur survenu dans la ville brésilienne de Goiânia au soir du 2 mai. Dom Tomás Balduino, souvent appelé l'évêque des Indiens et des Sans-terre était âgé de 91 ans. Il appartenait à l'Ordre des Dominicains. Il avait a été ordonné prêtre en 1948 et consacré évêque en 1967. Il a été à la tête du diocèse brésilien de Goiás pendant 31 ans jusqu'à sa retraite en 1999. Ayant fait une partie de ses études en France, il s'exprimait aisément en français.

Il a eu à connaître la difficile réalité vécue par les indigènes à partir de 1957 quand il a été nommé supérieur de la mission des Dominicains de la prélature de Conceição do Araguaia dans l'État du Pará. À cette époque, cette mission accompagnait sept groupes indigènes, parmi eux, les Xikrin dont il apprit la langue. Afin de mieux connaître les peuples indigènes, il a étudié l'anthropologie et linguistique. Pour faciliter la desserte de l'immense territoire dont il avait la charge, Dom Tomás a appris à piloter les avions.

En 1972, il était du groupe de religieux à l'origine de la création du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI.* Il en a été le deuxième président entre 1980 et 1984. En 1975, il a également été l'un des fondateurs de la CPT dont il a été le président entre 1999 et 2005. Les deux entités ont vu le jour pendant la dictature militaire. Elles publient régulièrement des rapports sur la violence faite aux peuples indigènes et sur celle qui sévit dans la campagne brésilienne contre les petits agriculteurs.

Encore récemment, le 12 mars dernier, Dom Tomás été auditionné par la Commission Nationale de Vérité qui enquête sur les exactions commises par les militaires pendant la dictature :"Le Coup [d'État] a été fait par des stratèges. Ils n'étaient pas des bouffons. Ils ont attaqué des points névralgiques. En premier ils ont attaqué des travailleurs, mais aussi des leaders dans les Églises..." C'est certainement la dernière fois que l'évêque s'est exprimé publiquement au sujet de la dictature.

Dom Tomás était aussi connu à l'extérieur du Brésil. Il était venu en Suisse en octobre 2005 à l'invitation de Multiwatch, un collectif d'associations helvétiques qui s'intéressait alors à la politique de Nestlé en Colombie. En mai 2008, il était à Genève pour parler de la transposition du rio São Francisco. Une rencontre organisée par la Commission Tiers-Monde de l'Eglise Catholique – COTMEC.

Plusieurs entités ont rendu hommage à cet évêque hors du commun. Ainsi, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a rappelé que Dom Balduino "S'est engagé fidèlement dans la lutte en faveur des Peuples Indigènes. Il a consacré sa vie à la construction d'une société juste et démocratique, militant sur le terrain des grandes causes humaines et sociales. Il a agi inlassablement pour la défense des doits des populations exclues, des pauvres, des travailleurs sans terre et des indigènes"… "La trajectoire de Dom Tomás laisse au pays un vaste héritage d'enseignements. Que son exemple de générosité et de ténacité reste vif en nous. Qu'il soit capable de conquérir beaucoup d'esprits et de cœurs. Qu'il puisse rallumer chaque jour notre courage de lutter et d'agir pour une société juste, fraternelle et solidaire".

Une partie des célébrations funèbres ont eu lieu à Goiânia, la capitale de l'État brésilien de Goiás. La sépulture a eu lieu le 5 mai à 140 km de là, dans la cathédrale de la cité de Goiás. Ce sont des indiens qui ont alors porté le cercueil dans l'édifice. Une quarantaine d'entre eux, représentant une demi-douzaine d'ethnies ont réalisé un rituel conforme à leurs coutumes. Ils ont décoré le visage de Dom Tomás avec de l'urucum et placé une coiffe indigène à la tête du cercueil. Deux d'entre eux ont rendu hommage à Dom Tomás. Gercília Krahô a souligné son caractère : "Il aimait les personnes, il les respectait. Non seulement il nous défendait, mais il défendait aussi les paysans, les riverains, les quilombolas et les pêcheurs…" Et Antônio Apinajé a rappelé sa fidélité à la cause indigène : "Nous lui serons éternellement reconnaissants parce qu'il a toujours été avec nous dans nos luttes pour la défense de nos territoires. Il était avec nous dans la joie et dans la tristesse, dans la santé et dans la maladie, dans nos fêtes et dans nos luttes".

L'une des caractéristiques de l'engagement de Dom Tomás Balduino est d'avoir contribué à la mise en place d'institutions comme la CPT et le CIMI qui donnent une dimension collective et pérenne à ses convictions profondes. Cet héritage est particulièrement précieux en ce moment où les Peuples indigènes du Brésil vivent une période difficile de leur histoire. Leurs droits constitutionnels sont remis en cause.

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* La CPT et le CIMI sont des entités liées à la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB

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Photos :CIMI et CPT

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain AYA Info No 93, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2