26/09/2014

Élections 2014 : La question indigène dans les programmes de gouvernement

Le 5 octobre prochain, les 143 millions de citoyens brésiliens sont appelés aux urnes pour le premier tour de l'élection présidentielle, mais aussi pour élire leurs représentants à la Chambre des Députés, un tiers des membres du Sénat, les Gouverneurs et les membres des Assemblées législatives des États. Le deuxième tour aura lieu le 26 octobre.

À ce jour, trois candidatures pour la présidence de la république arrivent en tête des sondages, celle de Dilma Rousseff, l'actuelle présidente qui se représente pour une coalition constituée autour du Parti des Travailleurs (PT). Celle de Marina Silva, ancienne ministre de l'Environnement – elle avait été membre du gouvernement de Lula entre 2003 et 2008 - qui se présente pour la coalition constituée autour du Parti Socialiste Brésilien (PSB). Et celle d'Aécio Neves, de la coalition constituée autour du Parti de la Sociale Démocratie Brésilienne (PSDB).

Malgré leur caractère relatif, les programmes de gouvernement des candidats permettent, à l'aide de quelques mots-clefs : "Indigènes", "Démarcation", et [Communautés] "Traditionnelles", de connaître leurs intentions à l'égard des peuples indigènes du pays.

Dans le programme de Dilma Rousseff, les termes "Indigènes" et "Démarcation" n'y figurent pas. Le terme de populations "traditionnelles" est mentionné dans la partie "Un nouveau cycle historique" où il est question de renforcer l'usage de procédés productifs faibles en émission de gaz à effets de serre. Présidente sortante, son bilan en matière de politique indigéniste est critiqué par les organisations indigènes. Par exemple, ces dernières lui reprochent de n'avoir démarqué que quelques Terres Indigènes au cours de ses années à la tête de la république.

Dans celui de Marina Silva, le terme "Indigènes" revient trois fois. Tout d'abord dans la description des axes de son action gouvernementale en faveur d'un nouveau cycle de développement soutenable… par la construction d'un État et d'une démocratie de haute intensité. Ensuite, en matière d'éducation, où est affirmé le droit à la diversité. Enfin, en matière de culture, d'activités artistiques, communautaires et entrepreneuriales : "Créer des formes adéquates pour le soutien (l'encouragement) des activités économiques des groupes indigènes et des populations traditionnelles".

Le terme "[communautés] traditionnelles" revient trois autres fois. Tout d'abord en rapport avec l'axe 2 de son programme : "Economie pour le développement durable" à propos des "Regroupements productifs locaux" : ... appui à l'organisation sociale des producteurs locaux et des communautés traditionnelles… Ensuite à propos du "Développement rural et agropastoral" : établir des synergies entre les universités rurales et écoles techniques agricoles pour répondre aux demandes des  communautés et populations traditionnelles. Le terme "démarcation" est cité une fois dans la partie "identités et reconnaissance des diversités culturelles" : garantir les processus de démarcation et d'homologation des terres indigènes et les possibilités de développement et d'autonomie des peuples indigènes.

Dans le programme d'Aécio Neves, le terme "indigènes" revient six fois au chapitre des Droits humains. Il est mentionné la volonté de donner une priorité aux politiques en relation avec les secteurs les plus vulnérables de notre société (dont les peuples indigènes). Le terme "démarcation" est cité une fois au chapitre du "Développement soutenable de l'agriculture familiale alimentaire" : "accélération de la régularisation foncière des territoires, accélération des processus de démarcation en garantissant leur protection physique… Au chapitre traitant de l'environnement et de la citoyenneté planétaire, est inscrite la "Reconnaissance du rôle des populations traditionnelles dans la conservation de la biodiversité" et "Valorisation des connaissances de ces populations moyennant une politique et une législation spécifiques."

Compte tenu du fait que plusieurs candidats indigènes se présentent sous l'étiquette du Parti Socialisme et Liberté – PSOL, il est intéressant d'examiner le programme de gouvernement de Luciana Genro, la candidate de ce parti, même si les sondages ne la placent qu'en 5e position avec environ 1% des intentions de vote. Les termes "[communautés] traditionnelles" et "démarcation" n'y figurent pas. Et "indigènes" est cité une fois pour rappeler la mobilisation des peuples indigènes de mai dernier à Brasilia. L'intérêt des indigènes pour ce parti vient probablement du fait que ce dernier veut un autre développement économique : …"Le Brésil a besoin de conquérir sa véritable souveraineté. Aujourd'hui la situation [du pays] est la soumission aux intérêts du capital  financier et monopolistique…"

Comme on peut le constater, la question indigène est relativement peu présente dans les programmes de gouvernement. Ce thème ne fait l'objet d'un chapitre spécifique dans aucun de ces documents.

Le 15 septembre, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a publié une lettre ouverte aux candidates et candidats à la présidence de la république. L'articulation dénonce d'abord les attaques contre les droits indigènes émanant des pouvoirs publics et des grands médias. Elle leur demande de s'engager à respecter les droits inscrits dans la Constitution fédérale, la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail et autres traités internationaux signés par le Brésil. L'APIB détaille en onze points l'essentiel de ses revendications. Les premières concernant les droits territoriaux : la démarcation et la protection de toutes les Terres Indigènes. Il y est aussi question de la représentation des peuples indigènes dans diverses instances, le service de santé et l'éducation indigène. "L'engagement des gouvernants à mettre en œuvre ce programme sera la manifestation d'une volonté de dépasser les plaies et atrocités commises contre nos peuples, jusqu'à aujourd'hui depuis les 514 ans de l'invasion européenne. L'application de ce programme donnera une réalité au modèle constitutionnel [de 1988] qui a mis fin à l'indigénisme "intégrationiste", ethnocentrique, autoritaire, paternaliste, tutélaire et "assistancialiste". Il permettra de restituer l'autonomie de nos peuples, sujets politiques, ethniquement et culturellement différenciés. Cela en faveur de la fin de l'État colonial et d'une société réellement démocratique, juste et plurielle."

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 96), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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