23/01/2015

Terres Indigènes : la "Bancada ruralista" perd une bataille, mais…

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas,PEC 215/00,Bancada ruralista,Câmara dos depudos, Osmar Serraglio,CNA,Confederação nacional da agricultura e pecuária do Brasil,Katia Abreu,APIB,MST,Dilma Rousseff,demarcação,homologação,pronunciamento à nação,direitos indÍgenasPrévue pour être adoptée le 17 décembre, la Proposition d'Amendement Constitutionnel (PEC 215/00)* soutenue par la "Bancada ruralista", le lobby de l'agrobusiness de la Chambre des députés brésilienne n'a pas pu être votée. Ce texte visait notamment, à transférer, du pouvoir exécutif au pouvoir législatif, la décision finale relative à la démarcation des terres indigènes. La dernière version de proposition du député Osmar Serraglio réduisait encore les possibilités de faire reconnaître une terre comme étant d'occupation indigène, condition essentielle pour sa démarcation. Les organisations indigènes étaient opposées à ce transfert, convaincues que le Congrès serait hostile à toute nouvelle démarcation. En fait, le 17 décembre, c'est parce que la Commission spéciale chargée d'examiner la PEC n'a pas pu approuver le rapport du député Osmar Serraglio, qu'à son tour, la Chambre des députés n'a pas pu se prononcer. Le règlement interne de la Chambre prévoit qu'un texte n'ayant pas été adopté avant la fin de la législature (ce qui est le cas), doit être classé. Et la Commission spéciale dissoute.

Des organisations indigènes et indigénistes se sont mobilisées avant et pendant la réunion de la Commission chargée d'examiner le projet. Il y a eu des manifestations dans diverses régions du pays. À Brasilia même, des Indiens ont manifesté au siège de la Confédération Nationale de l'Agriculture et de l'élevage – CNA et à la Chambre des députés où il y a eu des bousculades. La police a arrêté plusieurs Indiens qui ont été assez vite libérés. Le 19 décembre, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a publié une note pour remercier tous les alliés de la cause indigène, au Brésil et dans le monde, qui se sont solidarisés pour la défense des droits indigènes gravement menacés à la fin de cette année 2014.

Si la "Bancada ruralista" a perdu une bataille, l'avenir n'est pas sans nuages pour les droits indigènes. Les dernières élections ont renforcé le lobby anti-indigène au Congrès. Il compte désormais 257 représentants parmi les 513 membres de la Chambre des députés. Il est vraisemblable que dans les prochains mois – la rentrée parlementaire aura lieu le 1er février - cette proposition d'amendement constitutionnel soit reprise sous une forme ou sous une autre.

La récente nomination de Katia Abreu, jusque-là Présidente de la Confédération Nationale de l'Agriculture et de l'élevage - CNA, au poste de Ministre de l'agriculture va certainement "donner des ailes" à ceux qui aspirent à réduire les droits, acquis par le mouvement indigène, inscrits dans la Constitution de 1988.

L'interview, donnée par la nouvelle ministre à la "Folha de São Paulo" le 5 janvier, a suscité des réactions. Elle y affirme que "Le Brésil a besoin d'une réforme agraire ponctuelle déjà que le latifundium n'existe plus dans le pays. Les conflits fonciers arrivent avec les indigènes parce qu'ils sortent de la forêt pour aller dans les aires de production." En réponse, le Mouvement des travailleurs ruraux Sans Terre – MST a repris un article de Tatiana Farah montrant qu'entre 2003 et 2010, la concentration de la propriété de la terre a augmenté. De son côté, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a diffusé une note dénonçant "le discours néocolonial, autoritaire et ethnocentrique de Katia Abreu qui tente de justifier l'inversion des droits, l'invasion, la spoliation des terres indigènes." Et l'APIB de demander à la Présidente de la République comment elle va honorer le contenu de son "Discours à la nation" prononcé le 1er janvier dernier au Palais présidentiel au terme duquel elle affirme : "Aucun droit en moins, aucun pas en arrière, seulement plus de droits… C'est là mon engagement sacré avant vous. C'est le serment que je fais ici."

Pour mémoire : de janvier 2011 à décembre 2014, Dilma Rousseff a battu un record, elle n'a homologué que 11 Terres indigènes. Depuis 1985, c'est le plus petit nombre de Terres Indigènes homologuées au cours d'un mandat présidentiel.

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* Voir sur ce blog les notes des 11 et 22 janvier, 19 et 30 mai 2014, 28 septembre et 07 octobre 2013. Cette dernière renvoie à d'autres notes sur le même sujet.

Photo Gabriela Korossy / Câmara dos Deputados – Le 16 décembre 2014, des indigènes tentent d'entrer dans les locaux de la Chambre des députés pour empêcher le vote de la PEC 215. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 99), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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