24/03/2015

Les barrages sur le Rio Tapajós, les Munduruku veulent être consultés

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Munduruku, Miguel Rossetto, rio Tapajós, complexe hydroélectrique, complexo hidrelétrico, convenção 169, OIT, Convention 169, terra indígena, Sawre Muybu, FUNAI, Belo Monte, Xingu, Pedro Martins, Terra de direitos, ONU, a públicaLe 30 janvier dernier, des représentants du peuple Munduruku ont remis un "protocole" à Miguel Rossetto, le  nouveau Secrétaire Général de la présidence de la république. Ce document expose comment ils entendent être consultés à propos de la construction du complexe hydroélectrique prévu sur le rio Tapajós. Un ouvrage susceptible d'inonder leur territoire et qui les obligerait à le quitter. Ils ont préparé ce document au cours de trois réunions qui ont eu lieu en septembre et décembre 2014 dans leurs communautés. Ils ont été conseillés par le collectif "Consulta préavia, livre e informada" et par le Ministère public fédéral. Il s'agit pour eux d'appliquer les dispositions de l'article 6 de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail – OIT.

Dans le premier paragraphe, en guise de condition préalable à la consultation, ils exigent du gouvernement la démarcation de Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Munduruku, Miguel Rossetto, rio Tapajós, complexe hydroélectrique, complexo hidrelétrico, convenção 169, OIT, Convention 169, terra indígena, Sawre Muybu, FUNAI, Belo Monte, Xingu, Pedro Martins, Terra de direitos, ONU, a públicala Terre Indigène Sawré Muybu (reconnue comme telle par la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI) dont ils affirment que le processus n'avance pas à cause de ce projet de barrage. Ils expriment leur refus d'être déplacés. Ils demandent la protection des groupes isolés présents sur leur territoire. Ils veulent que les autres communautés riveraines soient aussi consultées.

Une deuxième partie du document traite d'abord de l'espace géographique sur lequel doit porter la consultation : tous les villages du Haut, Moyen et Bas Tapajós. Et les groupes de personnes à être consultés : les caciques, les leaders et guerriers, les femmes, les étudiants et enseignants. Les organisations indigènes doivent participer à la consultation, "mais jamais seules"… "Les décisions du peuple Munduruku sont collectives".

Une troisième partie décrit la manière de réaliser la consultation. Celle-ci doit avoir lieu dans les villages en tenant compte du calendrier des activités économiques et culturelles. Elles doivent se dérouler en langue Munduruku. Les indiens se réservent le choix des traducteurs. Ils souhaitent la présence du Ministère Public Fédéral et de partenaires non indiens choisis par eux. Pour que la consultation soit réellement libre, ils refusent la présence des corps armés de l'Etat : Police militaire, Police fédérale, armée… Pour leur sécurité, ils veulent filmer les réunions. Ils mettent des conditions aux partenaires et agents du gouvernement qui souhaitent prendre des photos ou filmer les rencontres : être autorisés par eux et leur remettre des copies. Ils refusent de voir leurs lieux sacrés filmés ou photographiés. Ils n'acceptent pas la divulgation et l'usage indu de leurs images.

Dans une quatrième partie, ils définissent les étapes de la consultation : 1.- Arriver à un accord avec le gouvernement sur les étapes de la consultation. 2.- Organiser des réunions d'information où le gouvernement explique ses intentions. 3.- Tenir, autant que nécessaire, des réunions internes au peuple Munduruku pour que tous soient informés de manière complète et définir une position. 4.- Avoir une réunion de négociation avec le gouvernement sur le territoire Munduruku : "Le gouvernement doit entendre et répondre à notre proposition, même si elle est différente de la sienne"… "Nous espérons que le gouvernement respecte notre décision. Nous avons un droit de veto!"

En décembre 2014, pour marquer leur détermination, les Munduruku ont symboliquement procédé à une auto-démarcation de leur territoire en faisant une trouée dans la forêt à la frontière de leur terre indigène.

Comme le barrage de Belo Monte sur le rio Xingu, le complexe hydroélectrique sur le rio Tapajós est controversé. En 2012 et 2013 ce projet a été la cause d'incidents (1). En mars 2014, le gouvernement brésilien a été dénoncé à l'ONU (2) pour le non respect de ses obligations envers les peuples indigènes du pays dans le dossier des grands barrages en construction ou en projets.

Selon Pedro Martins, conseiller juridique de l'ONG "Terra de Direitos" (Terre de Droits), "Un nouveau "cycle" [de développement] qui a comme "abre-alas" (3) le complexe hydroélectrique de Tapajos – est marqué par une série d'ouvrages d'infrastructures dont l'objectif est de viabiliser l'avancée de la culture de soja et l'accélération de l'exploitation de minerai... La "Sortie Nord" (4) devra diminuer de moitié le coût d'écoulement des grains, spécialement le soja…"

Les Munduruku sont confrontés à d'énormes intérêts…

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(1) Voir, sur ce blog, les notes des 16 novembre 2012, 31 mai, 10 et 19 août 2013,

(2) Voir, sur ce blog, la note du 21 mars 2014

(3) "abre-alas" se traduit en français par panneau, étiquette; mais c'est aussi le nom donné à un char allégorique qui ouvre le défilé d'une entité carnavalesque.

(4) La "Sortie Nord", c'est le rio Tapajós et ses infrastructures portuaires notamment.

Cartes : Infographie de l'agence "A Pública". Image supérieure : les différents ouvrages prévus. Image inférieure : simulation des surfaces inondées. Cliquer sur les vignettes pour agrandir les images.

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans  "AYA Info" No 100, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

16/03/2015

Service de santé : des Yanomami manifestent leur mécontentement

Le 19 janvier, une cinquantaine d'Indiens Yanomami, Xirixana et Xiriana ont occupé l'immeuble du Secrétariat spécial de santé indigène – SESAI dans le centre de Boa Vista, la capitale de l'Etat de Roraima. Les Indiens se plaignent du manque de médicaments et plus généralement des lacunes du service de santé dans la Terre Indigène Yanomami. Ils demandent le départ de Maria de Nascimento, la coordinatrice du District Sanitaire Yanomami – DSEI-Y. Selon le leader Júnior Yanomami, "… l'état de santé dans l'aire Yanomami a empiré ces quatre dernières années. Nous sommes ici pour revendiquer des améliorations pour nos enfants". Le 27 janvier, les premiers manifestants ont été rejoints par d'autres Yanomami. Ils ont quitté les lieux onze jours plus tard sans avoir obtenu satisfaction.

Selon Davi Kopenawa, le président de l'Hutukara Associação Yanomami, cette occupation n'a pas fait l'objet d'une concertation préalable avec les leaders des autres régions couvertes par le DSEI-Y : "Nous sommes en faveur du maintien de Maria Nascimento parce qu'elle n'a pas terminé son travail". Davi reproche aux leaders qui ont initié la protestation d'avoir agi pour des motifs personnels. Selon la "Folha de Boa Vista", l'association Kurikama qui rassemble les Yanomami de l'État d'Amazonas, elle aussi, n'est pas favorable au départ de la responsable. Elle regrette également de ne pas avoir été consultée au sujet de cette opération. Pour ces organisations indigènes, le problème de la santé dans les communautés indigènes est davantage lié au manque de moyens mis à disposition qu'à la personnalité des responsables du service de santé.

Les déficiences du service de santé ont maintes fois été dénoncées. La "Folha de Boa Vista" a eu connaissance d'un rapport interne au Sesai faisant état, pour les huit derniers mois de 2014, de la mort de 117 Yanomami dans les unités de soins coordonnées par le Dsei-Y.

En décembre 2013*, une manifestation organisée par les associations indigènes avait eu lieu pour demander le départ de Claudete Schuertz, qui était la titulaire du poste. Les manifestants avaient obtenu gain de cause en janvier 2014.

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* Voir sur ce blog, la note du 24 février 2014

 - PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note est une version mise à jour de la brève a été publiée dans  "AYA Info" No 100, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

05/03/2015

À voir : Dirty Gold War

"La guerre de l'or sale", c'est le titre que Daniel Schweizer a donné au film qu'il présentera*, le 7 mars, en première mondiale, à l'occasion du Festival du film et forum International sur les Droits Humains – FIFDH qui se déroule à Genève du 27 février au 8 mars.

Il s'agit d'un documentaire sur la filière de l'or, de son exploitation en Amérique du sud, son lot de miséreux, les dégâts causés à la santé des populations indigènes et à l'environnement, jusqu'aux vitrines des commerces de luxe en Europe. Il évoque le combat des organisations indigènes, indigénistes et écologistes qui refusent de baisser les bras devant les réseaux souvent puissants et illégaux.

Ce n'est pas la première fois que Daniel Schweizer aborde le problème de l'or sale. Son film** "Dirty Paradise" dont le cadre se situe en Guyane française abordait le même sujet. Ce documentaire avait également été présenté au FIFDH en 2010. Il avait reçu le Grand Prix de l'État de Genève. La pollution par le mercure de la population amérindienne de Guyane continue. Comme elle continue dans bien d'autres régions. C'est l'Amazonie, d'Est en Ouest qui est touchée…

Notre pays doit s'interroger sur l'origine de ses importations d'or et prendre des mesures pour éviter que le métal précieux commercialisé sous forme de montres et de bijoux ne soit d'origine douteuse.

Le problème de l'orpaillage illégal a maintes fois été évoqué sur ce blog…

Daniel Schweizer rappelle notre responsabilité !

* Samedi 7 mars à 20h30 – Salle du Théâtre Pitoëff, 52 rue de Carouge, 1205 Genève

** Voir sur ce blog la note du 4 mai 2010

Pour voir la bande annonce de "Dirty Gold War", cliquer > ICI