28/06/2016

Mato Grosso do Sul : nouvel acte de violence contre les Guarani

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Caarapó, Mato Grosso do Sul, Guarani Kaiowá, Clodiodi Rodrigues Souza, CIMI, Conselho Indigenista Missionário, FUNAI, Brasilia, Tekoha Te'iy Jusu, APIB, Ambrósio Vilhalva, Marco Bechis, La Terre des hommes rouges", Allemagne, Spensy PiementelLa municipalité de Caarapó, dans l'État brésilien du Mato Grosso do Sul a été le théâtre de violences à l'endroit d'une communauté Guarani Kaiowá. Au matin du 14 juin, un groupe d'environ 70 fazendeiros a attaqué, pendant plusieurs heures, les Guarani Kaiowa qui occupaient depuis deux jours la Fazenda Yvu sur la Terre Indigène (TI) Dourados-Amambaipeguá I. C'est une TI d'une surface d'environ 560 km2, identifiée comme telle par la Funai le 11 mai dernier, après que les leaders aient occupé le siège de la Fondation à Brasilia.

Un jeune agent indigène de santé de 23 ans, Clodiodi Rodrigues Souza a été tué, et, selon les témoignages recueillis par le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, six indigènes ont été acheminés vers un hôpital. Les Guararni revendiquent cette terre, leur "Tekoha Te'iy Jusu" depuis une trentaine d'années.

L'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB "exige du gouvernement intérimaire de Michel Temer l'immédiate éclaircissement de ce crime et la punition des responsables, propriétaires ou hommes de mains de l'agrobusiness organisés en véritables milices".

C'est déjà dans un conflit de la terre qu'a été assassiné, le 1er décembre 2013 dans la même région, Ambrósio Vilhalva, le leader Guarani, acteur du film de Marco Bechis "La Terre des hommes rouges".

Cet acte de violence est un épisode de plus dans la guerre que livrent les fazendeiros à ce "Peuple premier" de cette partie du territoire brésilien, et cela depuis de nombreuses années. Entre 2003 et 2014 le CIMI a recensé 377 assassinats commis contre des indigènes de cet État, soit 55% des 686 commis contre cette partie de la population dans tout le pays.

Le Mato Grosso do Sul a une superficie de 357'000 km2, soit autant que l'Allemagne. Il compte maintenant environ 2,6 millions d'habitants. En 2010, il comptait un peu plus de 73'000 indigènes occupant, selon l'Institut Socioambiental, 53 TI, dont une dizaine sont en phase "d'identification". Dans une interview, l'anthropologue Spensy Pimentel, souligne que les Guarani Kaiowá revendiquent seulement 2% des terres de cet État…

De nombreuses entités, tant au niveau brésilien qu'au niveau international ont manifesté leur indignation en rapport avec cette violence.

Photo : © CIMI Ana Mendes – Les proches de Clodiodi entourent son cercueil.

Ci-dessous une vidéo relatant cet événement mise en ligne par le CIMI :

                                                                        

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 110, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

14/06/2016

Traité de Turin de 1816 : Les bornes-frontière ont leurs limites !

Traité de Turin, Traité de Paris, 1816, 1815, Louis Provona de Collegno, Charles Pictet de Rochemont, Roi de Sardaigne, Duché de Savoie, Genève, Canton, zone franche, Savoie, Savoyards, Confédération, Suisse, Second Empire, Napoléon III, Fonds frontaliers, Comité Régional Franco-Genevois, CRFG, Grand Genève, Bardonnex, Communes réunies, Compesières, Archamps, Collonges-sous-Salève, Bossey, Saint-Julien-en-Genevois, Lullier, Banque Cantonale, calcaire, granit, laiton, cuivre, zinc, l'Arande, Ruisseau d'Archamps, Ruisseau des Fins, La Drize, frontière-coupure, frontière-coutureVoilà deux siècles, le 15 juin 1816, à Lancy, Louis Provona de Collegno, Conseiller de Sa Majesté le Roi de Sardaigne, Commissaire Général des confins de ses États, pour le Duché de Savoie; et le Conseiller d'État Charles Pictet de Rochemont pour la Confédération Suisse et le Canton de Genève, ont signé le "Procès verbal de limites" entre le Duché de Savoie et la Canton de Genève. Cela en exécution du Traité de Turin signé trois mois plus tôt, le 16 mars.

L'objet de la réunion – commencée dix jours auparavant - est de fixer l'emplacement des bornes qui marqueront précisément la frontière entre Genève et la Savoie. Celles-ci resteront en place quand, en 1860, les Savoyards ont décidé de rejoindre le Second Empire de Napoléon III. Dès lors, Genève n'a plus eu que la France pour voisine.

Les bornes sont bien la limite matérielle entre deux États, deux nations de culture politique, d'institutions, de législations, de monnaies différentes. Et, surtout depuis la guerre de 1939-1945, les deux territoires ont connu une évolution économique différenciée, ce qui a eu pour conséquence d'accentuer l'effet-frontière.

Le Traité de Turin a divisé un bassin de vie. Mais pas tout à fait quand même : dans son article trois, il prévoit la création d'une zone franche (le pendant à la zone franche gessienne créée par le Traité de Paris de 1815). Une première manière de réduire les répercussions économiques des nouvelles limites du nouveau canton de Genève et d'inscrire dans son ADN le caractère transfrontalier de la région dans laquelle il se situe.

Il y a d'autres accords qui passent "par dessus" les bornes. Par exemple, celui de 1973 qui a institué les "Fonds frontaliers" et le Comité Régional Franco-Genevois. Plus récemment, la création du "Grand Genève", une institution transfrontalière pour faciliter le mieux vivre ensemble qui touche de nombreux domaines dans cette agglomération franco-valdo-genevoise, est aussi une réduction de l'effet-frontière.

Les bornes elles-mêmes, donnent une leçon de choses. L'exercice consistant à approcher la trentaine de celles qui jalonnent la frontière* de la commune de Bardonnex - l'une des "Communes réunies" qui célèbre, en plusieurs fois, le bicentenaire de son rattachement à Genève - est révélateur de leur caractère relatif.

Premier constat : elles ne sont pas inamovibles. Une partie des bornes posées en 1816 ont été enlevées en raison de deux modifications du tracé de la frontière. Une première fois pour aménager les abords de la route départementale D1206 à la frontière avec Archamps, Collonges-sous-Salève et Bossey. Une deuxième fois pour la construction de la plateforme autoroutière de la douane de Bardonnex à la frontière avec Saint-Julien-en-Genevois. Elles ont été remplacées par d'autres, dont la plus récente porte la date de 2015. Elles sont donc de générations différentes.

En raison de cette deuxième rectification de frontière, la numérotation des bornes a sauté quelques chiffres : la borne No 65 est suivie de la borne No 70. Il n'y a pas de borne 66, 67, 68 et 69. Une anomalie qu'apparente, la frontière ayant été réduite à cet endroit.

Les bornes devenues inutiles ont été mises "à la retraite" dans différents lieux : à l'entrée de la cour de l'école, du château et de l'église de Compesières. Mais aussi dans le parc de la Sous-préfecture de Saint-Julien, au Centre de formation horticole de Lullier et dans le hall d'entrée du siège principal de la Banque Cantonale de Genève en l'Ile, en ville de Genève. Leur retraite les fait vivre autrement.

Les bornes sont de formes et de tailles différentes. Les unes sont en calcaire du Jura, d'autres sont en granit, une pierre pas vraiment locale. Les chevilles No 62 et 63 qui remplacent deux bornes sur la plateforme douanière sont en laiton. Un alliage de cuivre et de zinc apprécié en raison de sa résistance à la corrosion et sa facilité d'entretien, une matière d'origine étrangère…

Par deux fois, pour marquer la frontière, les bornes laissent ce rôle à des cours d'eau, l'Arande, le ruisseau d'Archamps et à la Drize. Ces cours d'eau sont générateurs de biodiversité.

Selon leur emplacement, il est parfois plus facile de les joindre par la France, parfois par la Suisse. Certaines sont à l'intérieur de propriétés privées. D'autres sont difficiles d'accès. Ainsi, il vaut mieux être prudent pour approcher celles qui sont sur la plateforme douanière. Quelques unes sont entourées de broussailles, voire protégées par les épines des ronces qui en interdisent l'approche. Cela rappelle quelques-uns des épineux problèmes transfrontaliers à résoudre.

À leur sommet, les bornes ont un trou de quelques millimètres qui symbolise la borne elle-même d'où partent deux traits qui indiquent la direction du tracé de la frontière, comme les aiguilles indiquent l'heure sur le cadran d'une horloge. Sur un de leur côté, un numéro propre à chacune d'elles, et, pas toujours, une date. D'ailleurs, deux d'entre elles portent deux dates, signe d'un remplacement.

Sur deux côtés opposés un "G" pour Genève et un "S" pour Savoie pour les anciennes bornes. Et un "F" pour le côté français et un "S" pour le côté suisse pour les bornes récentes. Le même "S", utilisé pour "Savoie" et plus tard pour "Suisse" est, bien sûr, une pure coïncidence alphabétique. Marquées des initiales de deux nations, les bornes ont, de fait, une double nationalité, un statut parfois contesté pour les humains.

Les bornes sont aussi les témoins d'une réalité évidemment des plus banales, mais significative : sur leur tête tombe la même pluie, brille le même soleil. Que cela soit de leur côté "F" ou "S", il y souffle le même air. On y respire la même atmosphère !

Quand il s'agit de donner un avenir à ce bassin de vie transfrontalier, de par ce qu'elles sont, de l'histoire qu'elles représentent, de leur approche plus ou moins facile, les bornes-frontière donnent une "leçon de choses" à ceux qui veulent en être les artisans.

Les bornes, qui sont la marque d'une "frontière-coupure", sont également autant de points de "frontière-couture" pour reprendre des notions utilisées par des géographes. Elles sont "couture" quand la frontière suscite des accords transfrontaliers pour régler des problèmes de voisinage. Ce double rôle leur enlève leur caractère absolu. Elles y trouvent là leurs limites !

* Voir la carte ci-dessous.

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Photos : © Bernard Comoli. À gauche en haut, la borne-frontière 62A sur la plateforme douanière de Bardonnex. Ci-dessus, les quatre bornes "à la retraite" à Compesières. Cliquer sur les photos pour agrandir l'image.

Carte : Bernard Comoli à partir du Système d'information du territoire de Genève - SITG

10/06/2016

La Ville de Genève solidaire des Yanomami

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Musée d'ethnographie, Totem, Genève, Couleurs d'Amazonie, Chamane, la pensée de la forêt, xapono, AYA, Ville de Genève, SECOYA, Manaus, Santa Isabel do Rio Negro, AIS, Agentes Indígenas de Saúde, Ecolágua, Délégation Genève Ville SolidaireEn mars déjà, le Conseil Administratif de la Ville de Genève a décidé de soutenir un projet - présenté par AYA - de promotion de la santé par des agents multiplicateurs Yanomami. Un projet élaboré par l'Association Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA de Manaus (Brésil), prévu pour un an à partir d'avril 2016.

Le groupe cible bénéficiaire du projet est composé des habitants de onze villages (xapono*) regroupant les 2'000 Yanomami établis le long du rio Marauiá, dans la Terre Indigène Yanomami – TIY. Il s'agit de réduire de 50% la dénutrition susceptible de toucher les 350 enfants de 0 à 5 ans de cette région de la municipalité de Santa Isabel do Rio Negro.

La Secoya compte atteindre son objectif de diverses façons. En formant la trentaine d'Agents Indigènes de Santé – AIS déjà sur le terrain pour qu'ils soient capables de suivre la population infantile. En impliquant un réseau de femmes "multiplicatrices", formées en matière d'équilibre nutritionnel et aux conditions d'hygiène nécessaires à la bonne croissance des enfants. En rendant l'accès à l'eau potable à une partie plus importante de la population, notamment par l'utilisation du système de purificateur d'eau** "Ecolágua". En formant la population à des pratiques d'hygiène sûres (hygiène du milieu, domestique et personnelle). En sensibilisant cette population à l'importance d'un apport quotidien en protéines, particulièrement en valorisant les ressources traditionnelles.

La participation de la Ville de Genève ne couvre pas l'entier du budget du projet. AYA recherche un complément de financement auprès d'autres collectivités publique et de particuliers. Les dons**** sont donc les bienvenus.

En 2011, la Ville de Genève*** a déjà soutenu le programme de santé de la Secoya, également présenté par AYA, en finançant des cours de formation pour les Agents Indigènes de Santé. Au nom de ses partenaires, AYA tient à exprimer sa vive gratitude à la Délégation Genève Ville Solidaire pour l'appui qu'elle apporte à ce programme de santé.

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* Prononcer "Chapono" / ** Voir sur ce blog la note du 19 octobre 2015 / *** Voir la note du 28 octobre 2011 / **** AYA CCP No 17-55066-2

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Rappel : Le Musée d'Ethnographie de Genève présente jusqu'au 8 janvier 2017 l'exposition "Le Chamane et la pensée de la forêt". Dans ce cadre, le musée organise des rencontres et des visites commentées. Le programme de ces animations peut être consulté sur son bulletin "Totem" No 71. Voir également sur ce blog les notes du 29 avril et du 20 mai derniers.

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Carte : La Terre Indigène Yanomami et les xapono du rio Marauiá. Cliquer sur la vignette pour grandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 110, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2