28/10/2016

Grand Genève : la société civile s'exprime

Le 17 octobre dernier, lors d'une assemblée plénière, le Forum d'agglomération du Grand Genève* a adopté à l'unanimité un "Avis" sur le Projet d'agglomération de troisième génération (PA3) et le Projet de territoire du Grand Genève 2016 – 2030. Le rapport a aussitôt été remis à M. François Longchamp, Président du Groupement Local de Coopération Transfrontalière (GLCT) qui assistait pour la première fois à une réunion du Forum. Il était accompagné par les trois délégués de cette instance auprès du Forum : MM. Gabriel Bariller, Gérald Cretegny et Gabriel Doublet. Une prochaine assemblée du GLCT doit valider ce texte.

Le Forum a voulu conclure son travail avant que les derniers arbitrages relatifs au PA3 soient rendus. Celui-ci doit être signé par les partenaires franco-valdo-genevois en décembre avant d'être envoyé aux autorités fédérales. Il s'agit d'obtenir un cofinancement de la Confédération pour la réalisation des infrastructures contenues dans le projet.

Le rapport qui vient d'être adopté est le résultat d'une année de travail bénévole réalisé par vingt-six membres d'une Commission ad hoc du Forum. À relever quelques paragraphes du communiqué de presse diffusé le 21 octobre :

"… Le Forum constate que le Grand Genève est à la croisée des chemins, que l’Agglomération franco-valdo-genevoise est une réalité vécue au quotidien par les habitants du territoire, et qu’il est nécessaire de donner un nouveau souffle à la métropole transfrontalière.

Pour cela, le Forum propose de promouvoir un pacte politique gagnant / gagnant, tenant compte – au-delà des aspects spatiaux de mobilité, d’environnement, d’urbanisme et de paysage – des domaines importants pour la vie des gens et la cohésion sociale comme l’économie, la formation, les solidarités, la culture, la santé et les "politiques de services".

Le Forum souhaite une croissance maîtrisée, refusant toute corrélation entre « forte attractivité et croissance » et « perte de la qualité de vie et de cohésion sociale » pour la ville centre comme pour les territoires périphériques. Il appelle à renforcer les moyens de régulation et de pilotage.

Le Forum approuve sans réserve la priorité affirmée aux transports en commun et souligne l’urgence à faciliter les mobilités dans le Grand Genève, dans le respect des populations, notamment des pendulaires, en portant également attention à un meilleur environnement.

Enfin, entre autres propositions, le Forum souhaite que la cohésion sociale devienne un enjeu stratégique, avec la mise en place de politiques de lutte contre la précarité et la pauvreté, en réinvestissant les « politiques de services ».

Pour la suite de ses travaux, le Forum souhaite poursuivre ses investigations sur les différents enjeux du Projet de territoire Grand Genève 2016 –2030, notamment sur les questions de solidarité, de cohésion sociale et sur des financements transfrontaliers utiles au Grand Genève."

Les membres du Forum sont conscients de la difficulté que représente la construction de cette agglomération transfrontalière. Mais le fait est là : les représentants d'organisations de la société civile, originaires des trois parties du territoire, sont capables de se mettre autour d'une table, d'aborder les réalités de l'agglomération et de proposer des solutions aux pouvoirs publics. Cela constitue un progrès notoire dans les relations transfrontalières.

Cette participation et cet appui de la société civile donnent un plus en faveur du projet envoyé à l'administration fédérale. Malgré l'ampleur du travail fourni par le Forum et, bien sûr, par l'équipe technique, l'élaboration de ce PA3 est la partie la plus facile de l'ouvrage. Après acceptation par Berne – ce que tous souhaitent - restera la mise en œuvre…

Le Forum a souligné l'importance de la "politique de services". Celle-ci n'a nul besoin d'attendre un financement ou l'assentiment de Berne. Elle relève essentiellement du Comité Régional Franco-Genevois - CRFG. Comment ses responsables politiques vont-ils répondre à cet appel du Forum ?

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* Le Forum d'agglomération du Grand Genève, rattaché au GLCT, a été créé en 2013. Il est constitué de 75 organisations françaises, genevoises, vaudoises et transfrontalières de la société civile.

17/10/2016

Brésil : la minorité indigène et les élections municipales

Le 2 octobre, les 144 millions de citoyens brésiliens ont été appelés à désigner les maires et les membres des conseils municipaux des 5'568 communes du pays. Un second tour est prévu le 30 octobre dans les municipalités de plus de 200'000 électeurs quand aucune des listes n'a atteint les 50 % des votes valides au 1er tour. Ce sera le cas dans une cinquantaine de villes.

Les médias ont largement fait état du scrutin dans les principales agglomérations du pays, les premières élections après la mise à l'écart de Dilma Rousseff. Ils ont peu ont abordé le vote de la minorité indigène (les indiens sont environ 900'000). Ils ne représentant qu'environ 0,5 % des 206,5 millions d'habitants du pays.

Au Brésil, le Tribunal Supérieur Électoral – TSE supervise le scrutin. Il publie les statistiques des candidats et des élus sur la base de la déclaration des postulants qui se rangent eux-mêmes dans l'une des cinq catégories utilisées par l'Institut Brésilien de Géographie et de Statistique - IBGE : jaune, blanc, indigène, mulâtre et noir.

Ainsi, selon le TSE sur les 496'898 candidats aptes à participer aux élections municipales, seulement 1'715 soit 0,35 % sont des indigènes. Parmi ceux-ci, 30 sont candidats à la fonction de maire, 62 à celle de maire-adjoint et 1'623 à celle de conseiller municipal.

Les résultats, toujours selon le TSE, sont les suivants : 6 indigènes ont été élus maires sous la bannière de cinq partis différents et 167 ont été élus conseillers municipaux sur les listes de vingt-quatre partis. Le Parti des travailleurs – PT a placé 19 des siens, et le Parti du Mouvement Démocratique Brésilien – PMDB occupe 17 sièges.

A relever quelques informations particulières puisées à diverses sources. Dans la municipalité de Barra do Garças, dans l'État du Mato Grosso, le Ministère Public Fédéral et la Fondation Nationale de l'Indien (Funai) ont édité une brochure bilingue portugais – xavante relative aux attributions des maires et des conseillers municipaux. Elle est également une mise en garde contre d'éventuelles irrégularités électorales. Ce document, tiré à 150 exemplaires, a été diffusé dans la Terre Indigène São Marcos habitée par près de 3'000 Xavante (prononcer "Chavante").

Dans l'État amazonien d'Acre, pour la première fois dans l'histoire de la municipalité de Marechal Thaumaturgo*, les citoyens ont choisi un maire indigène, Isaac Piyãko, professeur de l'enseignement fondamental, de l'ethnie Ashaninka. Il s'est présenté sur une liste du PMDB. Il affirme que dans les premiers jours de son mandat, en janvier 2017, il va appeler les leaders indigènes des autres communautés pour définir des objectifs spécifiques… "Je veux une bonne équipe pour obtenir de bons résultats… je veux casser les préjugés qui disent qu'un indien n'est pas capable… Ma plus grande préoccupation concerne l'éducation et la santé aussi bien pour le peuple blanc que pour les indigènes."

Dans le Mato Grosso do Sul où la violence à l'endroit des indigènes est très forte, l'élection de quatre Terena dans trois communes a été une surprise pour la population. C'est un fait inédit dans cet État. L'un d'entre eux, Otacir Terena souhaite que les indigènes élus conseillers municipaux s'unissent pour désigner un représentant indigène au niveau de l'État et au niveau fédéral.

Les élus indigènes minoritaires et partagés entre divers courants politiques auront de nombreux défis à relever en raison de la crise politique, économique et même éthique qui sévit au Brésil…

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* Commune créée en 1992. Sa superficie est de 8'191 km2, avec une population estimée à 16'895 (IBGE 2015). Corps électoral : 9'458 personnes (TSE) dont 2'561 analphabètes. C'est une commune frontalière avec le Pérou à laquelle on accède par voie fluviale (rio Juruá).

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 112, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2