28/09/2017

Compesières, Commune réunie, Commune démembrée.

Atlas historique, Pays de Genève, Communes réunies, communes démembrées, Claude Barbier, Pierre-François Schwarz, Genève, Bardonnex, Compesières, Saint-Julien-en-Genevois, Lathoy, Perly-Certoux, l'Arande, les Celtes, Grand Genève, Savoie, Traité de Paris, 1815, Traité de Turin, 1816, 22 septembre 1792, Napoléon, Canton de Genève, Pays de Gex, Genferei, Pictet de Rochemont, Forum d'agglomération, François Longchamp, zone francheUn hasard du calendrier! Vendredi dernier, le 22 septembre, était le 225e anniversaire de l'invasion de la Savoie par les troupes révolutionnaires françaises en 1792. Ce soir-là, l'Association des seniors de Bardonnex a invité, à Compesières, l'historien Claude Barbier à présenter "L'Atlas historique du Pays de Genève" qu'il a coécrit avec l'architecte-urbaniste Pierre-François Schwarz. Le sujet de la rencontre : "Communes réunies, Communes démembrées." Un intitulé tiré du sous-titre du deuxième volume* de l'atlas édité cette année.

L'ancienne commune de Compesières, actuellement Bardonnex** et Plan-les-Ouates, est bien l'une de ces communes savoyardes réunie au nouveau Canton de Genève en 1816. Elle l'a été non sans avoir été démembrée, puisqu'elle a perdu le village de Lathoy et les terres environnantes, situées sur la rive gauche de l'Arande, un ruisseau devenu frontière internationale sur une partie de son parcours. Ce village a été rattaché à Saint-Julien-en-Genevois à qui on a enlevé Perly-Certoux, remis - probablement en compensation - à Compesières. Une union qui n'a pas duré, ces deux villages "divorcent" de Compesières et créent leur propre commune en 1821.

Pour les habitants des anciennes communes sardes particulièrement, ce 22 septembre 1792 marque le début d'une période pour le moins mouvementée : ils passent sous domination française. Six ans plus tard, en 1798, Genève est envahie à son tour par la France et devient capitale du Département du Léman dont ils sont ressortissants. Après les défaites de Napoléon, ils redeviennent provisoirement Savoyards avant d'intégrer le nouveau Canton de Genève. Tout cela en moins d'un quart de siècle !

Le sous-titre du premier volume de l'atlas, déjà publié en 2014, annonce un ouvrage de portée plus générale: "Des Celtes au Grand Genève". Un travail élaboré pour commémorer le 200e anniversaire de deux Traités – celui de Paris de novembre 1815, et celui de Turin de mars 1816 – qui ont donné les frontières actuelles du Canton de Genève. Celui-ci est déjà entré dans la Confédération helvétique le 19 mai 1815 alors que ses limites n'étaient pas encore définitivement fixées… En effet, les communes françaises du Pays de Gex et les communes savoyardes, appelées "Communes réunies" ne sont effectivement rattachées à Genève que le 9 octobre pour les premières, et les 24 et 25 octobre 1816 pour les secondes. Peut-être déjà une "Genferei" ?

C'est surtout côté Savoie que les diplomates ont démembré des communes pour créer un "Petit Genève" où les protestants seraient encore majoritaires. Les partisans de cette solution l'ont emporté contre l'avis de Pictet de Rochemont favorable, lui, à un territoire beaucoup plus étendu. Il avait la vision d'une ville-centre dotée d'un arrière-pays plus important. Pour compenser cette taille minimale, les autorités genevoises lui ont demandé de négocier la création de deux zones franches, l'une en France, l'autre en Savoie pour assurer un approvisionnement minimum de la ville. Zones franches dont la superficie est de plus du double de celle du nouveau canton ! Aucun autre canton suisse n'est doté de tels "territoires extérieurs". Paradoxalement, les "minimalistes" de l'époque ont inscrit la "région voisine" dans l'acte de naissance du nouveau canton.

À Compesières, Claude Barbier a incité son auditoire à regarder, avec ce recul historique, ce que l'on appelle maintenant le Grand Genève : "Pour un historien, deux cents ans d'histoire ce n'est pas long !" dit-il.

Les auteurs de l'atlas concluent leur ouvrage sur cette réflexion : "Les ruptures des années 1815 et 1816 nécessitaient bien une compensation : c'est le but de la construction régionale que de tenter de remettre aujourd'hui sur le tapis ce que les plus éclairés de nos prédécesseurs (Pictet de Rochemont) imaginaient déjà comme peu tenable, une ville séparée de son arrière-pays par une frontière internationale. La coopération transfrontalière, encore plus récente, a donc une histoire longue derrière elle…"

Le plus récent événement pour le Grand Genève a eu lieu ce lundi 25 septembre à la Maison Internationale des Associations de Genève : le "Forum d'agglomération", qui regroupe les représentants de plus de septante entités de ce bassin de vie transfrontalier, était réuni pour faire le bilan de sa première mandature (2013 – 2017) et élire la présidence collégiale qui dirigera ses travaux pour les quatre prochaines années. Une réunion tenue en présence du Président du Conseil d'Etat genevois, François Longchamp. L'histoire suit son cours…

                                                             ***

* "Atlas historique du pays de Genève – Volume 2 – Communes réunies, communes démembrées" - Claude Barbier et Pierre-François Schwarz. Editions La Salévienne - 2017-180 pages – Saint-Julien-en-Genevois – ISBN 978-2-905922-39-7 – Site Internet : la-salevienne.org

** En 1851, les villages géographiquement situés dans le bas de la commune de Compesières créent la commune de Plan-les-Ouates. La partie du haut devient Bardonnex.

- Gravure : Première de couverture du 2e volume de l'ouvrage. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

- Voir sur ce blog, les notes des 15 mars, 14 juin et 28 octobre 2016.

- A lire également, un autre ouvrage : '"Atlas du Grand Genève – Etat des lieux pour un progrès durable" - Charles Hüssy – Editions Slatkine - Genève -174 pages – ISBN 978-2-8321-0772-0 - En coédition avec La Salévienne – ISBN 978-02-905922-37-3 – voir adresse ci-dessus.

- De nombreux renseignements relatifs à l'Espace transfrontalier genevois sont également disponibles sur le site de l'Observatoire Statistique Transfrontalier - OST

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à d'autres sites permettant d'en "savoir plus".

 

17/09/2017

Genève : NON à la réduction du crédit pour la coopération internationale

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Yanomami, Ville de Genève, MCG, PDC, PLR, UDC, AYA, Secoya, MEG, Aguinilson, Ticuna, Conseil municipal, Croix-Rouge, Coopération internationaleLe 24 septembre, les habitants de la Ville de Genève ayant le droit de vote sont appelés à se prononcer sur une décision prise par la majorité du Conseil municipal, le 28 avril dernier, de réduire plusieurs postes du budget pour augmenter le bonus attendu de l'exercice 2017.

Une de ces décisions, venue de quatre partis MCG, PDC, PLR et UDC consiste à baisser de CHF 340'000.- le crédit destiné à la Coopération Internationale. En contrepartie de cette réduction, ces groupes politiques ont voté un crédit équivalent en faveur de la Croix-Rouge genevoise pour financer un programme d'aide au retour de personnes souhaitant volontairement rentrer dans leur pays d'origine. Un référendum a été lancé contre cette coupe budgétaire (et trois autres), d'où la prochaine consultation populaire.

Par deux fois, l'association genevoise "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie – AYA" a bénéficié d'un financement de la Ville de Genève pour ses activités en collaboration avec le Peuple Yanomami du Brésil. Un peuple qui vit dans une zone difficile d'accès, où la malnutrition et la mauvaise qualité de l'eau font des ravages, notamment chez les enfants. Un premier financement* a été accordé en 2011-2012 pour un projet de "Prévention et éducation en santé" pour un montant de CHF 32'970. Et une seconde fois, plus récemment, en 2016-2017, pour une action de "Promotion de la santé par des agents multiplicateurs Yanomami" pour un montant de CHF 40'000. Sur le terrain, ces projets sont mis en œuvre par l'association "Service et Coopération avec le Peuple Yanomami" – Secoya dont le siège est à Manaus. La Coordination générale de Secoya est assurée par Silvio Cavuscens, un helvético- brésilien qui est présent en Amazonie depuis près de 40 ans. Le programme "Santé" de cette ONG est animé par Sylvie Petter, une infirmière de nationalité suisse.

Concrètement, le crédit supprimé représente huit à neuf projets comme ceux mis en œuvre par AYA et son partenaire amazonien. Lors de sa dernière réunion, cette association a décidé d'appeler les votants à refuser cette réduction.

En 2016, le Musée d'Ethnographie a présenté une exposition sur l'Amazonie qui a rencontré un vif succès. Dans l'une des salles, le public a pu voir des vidéos qui donnaient la parole à des leaders indigènes. Ils demandaient l'appui de Genève pour la défense de leurs droits.

La vidéo ci-dessous (2'20", sous-titrée français) concerne l'appel lancé par Aguinilson Ticuna, Cacique du peuple du même nom.

                                                                          

* Voir sur ce blog, les notes du 28 octobre 2011 et du 10 juin 2016.

Photo : © Secoya. Le système de purification d'eau (Ecolágua) que Secoya a installé – à titre expérimental - dans plusieurs communautés Yanomami grâce au financement du dernier "projet" et dont elle voudrait généraliser l'usage. L'achat et l'installation d'un tel système coûtent environ 4'700 CHF. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

08/09/2017

À la rencontre des Yanomami

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Yanomami, Manaus, Bicho-Açu, Santa Isabel do Rio Negro, Amazonas, SECOYA, AYA, Rio Negro, Rio Marauiá, Terre des Hommes Suisse, TdH, Mouvement pour la Coopération Internationale, MCI, Silvio Cavuscens, AISCe mois de juillet, Luisa et Virginie, deux membres de AYA ont eu l'occasion de se rendre en Amazonie, à Bicho-Açu* (dans la commune de Santa Isabel do Rio Negro, une municipalité de l'État d'Amazonas). Elles ont pu assister au début d'un cours d'une dizaine de jours, organisé par le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA (le partenaire d'AYA) destiné à une quarantaine d'enseignants, Agents Indigènes de Santé, leaders des communautés des villages Yanomami du Rio Marauiá. Le sujet du cours : leur "capacitation" (formation) comme ""Multiplicateurs interculturels" afin que les communautés yanomami puissent se situer dans leur environnement social et avoir, ainsi, un peu plus de pouvoir sur leur propre destin. Le cours était animé par Silvio Cavuscens, coordinateur de Secoya et Paulo, un indigéniste engagé de longue date en faveur de la cause indigène.

Luisa et Virginie ont été marquées par plusieurs choses.

Tout d'abord les distances. Santa Isabel do Rio Negro est à près de 850 km de Manaus, la capitale de l'État, soit près de trois jours de navigation sur le Rio Negro. Ensuite, il faut remonter le Rio Marauiá jusqu'à Bicho-Açu le lieu du cours, la rivière heureusement, est en période de hautes eaux à ce moment de l'année.

Bicho-Açu est un village de 35 familles, soit environ 200 personnes. Il n'est pas question de pouvoir s'approvisionner sur place. Il est nécessaire d'apporter la totalité du matériel et de la nourriture pour le bon déroulement du cours. Une contrainte non négligeable, relèvent les deux visiteuses.

La réunion d'accueil de l'équipe de la Secoya par Daniel, un des leaders de la communauté de Bicho-Açu a aussi constitué, pour elles, un temps fort de cette visite.

Elles ont aussi relevé la démarche pédagogique utilisée pour le cours. Par exemple, les participants ont été appelés à expliquer ce que signifie, pour eux le terme "capacitation". Ils ont eu à placer dans trois cercles les institutions ou services avec lesquels les communautés sont en relation. Virginie et Luisa ont été impressionnées par la facilité avec laquelle les participants s'expriment oralement. Ils prennent le temps de s'expliquer et de s'écouter longuement.

En d'autres termes, elles ont découvert la richesse d'une autre culture. Pour les participants au stage, le partenaire "AYA", de la lointaine Suisse, est moins anonyme. Il a maintenant au moins deux visages…

Ce cours organisé par la SECOYA est financé par Terre des Hommes Suisse et le Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI (Genève). Le poste de santé de Bicho-Açu a été construit avec l'appui de la commune d'Onex.

                                                                          ***

* Voir la carte ci-dessous

Photo : © Le Jour se Lève – Un Yanomami tresse une corbeille. Cliquer sur la photo pour agrandir l'image.

                                                                

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 118, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2