25/11/2018

Brésil : Les médecins cubains rentrent chez eux

Huit mille trois cent trente-deux médecins cubains engagés au Brésil dans le programme « Mais Médicos » (Plus de médecins) vont retourner sur leur île. En effet, le 14 novembre, le Ministère de la Santé Publique cubain a fait connaître sa volonté de cesser sa participation* à ce programme de coopération avec le Brésil. La Havane explique son geste par le fait que « Le président élu du Brésil, Jair Bolsonaro, à travers des commentaires directs, désobligeants et menaçants concernant la présence de nos médecins, a déclaré à plusieurs reprises qu’il allait modifier les termes et conditions du Programme « Plus de Médecins » au mépris de l’Organisation panaméricaine de la santé et ce qui avait été convenu avec Cuba. En remettant en question la formation de nos médecins et en conditionnant leur maintien dans le programme à l’homologation de leur diplôme et, comme seule modalité, le recrutement individuel. »

Le programme « Plus de médecins » est le fruit d’un accord à trois : le Brésil, l’Organisation Panaméricaine de Santé – OPS et Cuba. Il a été créé en 2013 pour lutter contre les nombreux déserts médicaux existant dans les zones rurales, les quartiers pauvres des agglomérations et les aires indigènes du pays.

Pour les autochtones, au niveau national, le service de santé est chapeauté par le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI qui comprend trente-quatre « Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes – DSEI » où exerçaient 301 médecins cubains. Une grande partie d’entre eux – 223 - pratiquait dans les vingt-cinq DSEI de l’Amazonie, dont le District Sanitaire Yanomami qui a son siège à Boa Vista, la capitale de l’État de Roraima. Selon plusieurs témoignages, dans leur pratique, les médecins cubains mettent l’accent sur la prévention et sont très à l’écoute de leurs patients.

La contestation de ce programme est ancienne. En juillet 2013, la Chambre des députés débattait de la « Mesure provisoire » présentée par Dilma Rousseff. Jair Bolsonaro, député de Rio de Janeiro, alors membre du Parti Progressiste, y est intervenu pour exprimer son opposition à ce dispositif : « Cette mesure provisoire qui traite des médecins, MP 651, est une chose typique des pays dictatoriaux… ». La loi du 22 octobre 2013 qui a remplacé la « Mesure provisoire » a été contestée en justice par une association de médecins peu après son adoption. Mais le Tribunal Suprême Fédéral – STF l’a jugée constitutionnelle en 2017.

Pour remplacer les partants, le Ministère brésilien de la santé a lancé un appel à candidature qu’il annonce avoir été entendu. Reste à savoir si cette transition ne va pas encore fragiliser le Système Unique de Santé déjà affaibli par des restrictions budgétaires. Quelles en seront les conséquences pour le service de santé dans les communautés indigènes ? À suivre…

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*Longue note en français.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 124, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

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