21/03/2014

Grands barrages : le gouvernement brésilien dénoncé à l'ONU

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas,Belo Monte, rio Tapajós, Palais des Nations, Genève, France Libertés, Amazon Watch, International Rivers, Conseil des droits de l'homme, Sônia Guajajara, APIB, Alexandre Sampaio, Asociación Interamericana para la Defensa del Ambiente, Sophia Lakhdar, SherpaLe 10 mars, le gouvernement brésilien a été dénoncé à l'ONU pour son manque de consultation des peuples autochtones sur la construction des grands barrages comme Belo Monte sur le rio Xingu et maintenant sur les divers et nombreux ouvrages projetés sur le rio Tapajós et plusieurs de ses affluents. Ce jour-là, au Palais des Nations à Genève, France Libertés – Fondation Danielle Mitterrand, en partenariat avec Amazon Watch et International Rivers a donné la parole à des acteurs brésiliens engagés dans la lutte pour le respect des droits humains et pour la protection de l'environnement au moment où se tient la 25e session du Conseil des Droits de l'Homme.

Sônia Guajajara, représentante de l'Articulation des peuples Indigènes du Brésil – APIB, a rappelé comment le droit à la terre est la priorité des peuples indigènes alors que la priorité de l'État est celle du développement économique. Les nuisances causées par la construction des grands barrages sur les communautés indigènes sont connues. Même quand les projets sont contestés par le Ministère Public Fédéral brésilien, le pouvoir exécutif s'appuie sur une série de textes qui lui permettent de faire avancer ses projets. Sônia reproche au gouvernement de ne pas appliquer le droit à la consultation des peuples indigènes que lui imposent les textes qu'il a ratifiés, comme la Convention 169 de l'OIT.

Alexandre Sampaio, représentant de l'Association Interaméricaine de Défense de l'Environnement – AIDA a traité de cet instrument juridique – la suspension de sécurité – qui permet la poursuite de projets alors même qu'ils sont déclarés illégaux par les tribunaux et par là de ne respecter les droits humains.

Sophia Lakhdar, directrice de l'association Sherpa a évoqué la responsabilité des États face aux entreprises et leurs filiales qui réalisent de ces grands travaux en violations des droits humains. Son association espère la création d'une Cour pénale internationale pour juger les "crimes économiques".

France Libertés, avec une trentaine d'autres ONG, dotées ou non, du statut consultatif a déposé au Conseil des droits de l'homme deux "Exposés écrits". Le premier (A/HRC/25/NGO/43) intitulé "Les grands barrages et les violations des droits des peuples autochtones en Amazonie brésilienne". Les auteurs font deux demandes. La première est de réaliser une étude pour montrer comment, l'utilisation de la "suspension de sécurité" par le gouvernement brésilien et les juges, constitue une entrave au respect des accords internationaux concernant les droits humains, y compris le droit à la consultation des peuples autochtones… La deuxième est un appel à organiser une conférence spéciale pour discuter de cette question urgente avec la participation des différentes parties. Le deuxième "Exposé" a pour titre "Le droit à la consultation des peuples autochtones face aux grands projets" (A/HRC/25/NGO/30) concerne non seulement au Brésil, mais également en Equateur et en Bolivie. La Fondation formule quatre demandes dont "la mise en place de véritables mécanismes de consultation afin de chercher à instaurer des rapports plus équitables entre sociétés transnationales et les peuples autochtones, permettant à ces derniers, le cas échéant, d'empêcher la réalisation de ces projets".

Cette 25e session de Conseil des droits de l'homme aura été l'occasion de rappeler le droit des peuples autochtones à pouvoir se prononcer sur leur propre destin.

Voir AYA Info No 83, 84 et 85

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Photo : © B. Comoli – Cliquer sur l'image pour l'agrandir - Débat du 10 mars 2014 au Palais des Nations à Genève. De gauche à droite : Sônia Guajajara (APIB), Louisa Crispe (FRANCE LIBERTÉS), Alexandre Sampaio (AIDA) et Sophia Lakhdar (SHERPA)

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans AYA Info (No 91), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

12/03/2014

Chez les Xikrin* du Cateté, cinquante ans après

À Carouge /Genève une exposition(1) est consacrée à ce peuple de l'État brésilien du Pará qui a failli disparaître. En 1967, les Xikrin do Cateté étaient moins d'une centaine, 98 exactement. En 2010, la Fondation Nationale de la Santé – FUNASA en a dénombré 1'818, dont  plus de 1'056 sont dans la Terre Indigène Xikrin do Cateté. Une "renaissance" qui ne doit rien au hasard. Elle est due à la résistance des indigènes eux-mêmes et à l'appui de quelques personnes qui ont épousé leur cause.

L'ethnologue René Fuerst a connu ces Xikrin en 1963. Il leur a consacré un ouvrage(2). Et, en 2013, le photographe et vidéaste Aurélien Fontanet a passé quelques semaines dans leurs communautés. Il a remis aux Xikrin le livre de leur ancien visiteur. Il a évidemment rapporté de son séjour amazonien des photos et un court métrage. Les images prises à cinquante ans de distance illustrent les changements, mais aussi la continuité de la culture de ce peuple.

Le 5 mars, lors du vernissage de l'exposition, le cinéaste Daniel Schweizer connu pour son engagement, notamment en faveur des peuples indigènes, a présenté le contexte dans lequel vit ce peuple. Les intervenants ont rappelé le rôle joué dans les années soixante par le Père Raymond Caron, un dominicain français qui a apporté son soutien aux Xikrin décimés par les maladies contractées au contact des "blancs". À son retour en France, avant son décès en 1975 au Couvent des Dominicains de Toulouse, le religieux a relaté son vécu brésilien dans un ouvrage "Curé d'Indiens", publié en 1971(3). Dans la recension qu'il fait de ce livre, l'anthropologue et ethnologue Pierre Clastres, commence ainsi son commentaire : "Le livre ne répond en rien au titre. "Curé d'Indiens" ne décrit pas, comme on pourrait le craindre, l'expérience d'un missionnaire cherchant à christianiser des Sauvages. C'est tout le contraire, puisque l'auteur, le Père Caron, narre au jour le jour les années (1966 – 1970) passées à tenter le sauvetage d'une petite tribu Kayapó du Brésil central, les Xikrin, menacés de disparition. "C'est cette lutte pour la vie, ce combat pour la justice, que j'ai raconté dans ce journal [dit-il]." Les termes ne sont pas excessifs, car il a fallu au P. Caron des ressources inépuisables de générosité et d'obstination pour parvenir à imposer son action.  On s'indigne au fil des pages, du cynisme et de la bassesse que l'auteur a dû affronter…"

Rappel a aussi été fait d'une autre personnalité qui apporte son assistance aux Xikrin depuis plus de quarante ans. Il s'agit du docteur João Paulo Botelho Vieira Filho, professeur adjoint de l'École  de médecine de l'Université fédérale de São Paulo. Encore récemment, dans un rapport de juillet 2013, il affirme que "Les Indiens doivent être informés des très grands risques qui doivent être évités pour leur survie physique, psychique et culturelle : le diabète, l'alcoolisme, la contamination par le virus HIV. Un risque majeur, toujours présent, est la perte des terres traditionnelles qui conduit à la mort, par le manque de volonté de vivre en raison des mauvaises conditions de vie. Un risque qui peut être évité dès que le gouvernement collabore."

Au même lieu, Daniel Schweizer présente également le portrait d'une douzaine de personnalités – dont le Yanomami Davi Kopenawa et le Kayapó Raoni - engagées dans la défense des droits humains en lien avec l'industrie extractive; un secteur qui opère souvent dans des contextes déjà fragilisés. Il a également présenté un court métrage "Yanomami en sursis".

L'événement, en fait une double exposition, a lieu alors qu'à Genève se tient la 25e Session du Conseil des Droits de l'Homme - CDH et que se déroule le Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains – FIFDH. Parmi les partenaires officiels du festival on trouve l'Organisation Mondiale de lutte Contre la Torture – OMCT. Une ONG qui a un programme de défense des défenseurs des droits de l'homme. Flux Laboratory est également partenaire du Festival. L'exposition participe à ce temps fort de l'action pour le respect des droits humains.

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* Prononcer "Chikrine"

(1) L'exposition a lieu dans les locaux de Flux Laboratory, 10 rue Jacques-Dalphin, 1227 Carouge / Genève. Elle est ouverte jusqu'au 20 mars 2014, du lundi au vendredi de 10h à 17h, ou sur rendez-vous. Entrée libre.

(2) "Xikrin – Hommes oiseaux d'Amazonie" – Publié en 2006  - 5 Continents Editions -  ISBN 978-88-7439-317-6

(3) "Curé d'Indiens", publié à l'Union générale d'Éditions en 1971 dans la collection 10/18

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de cette note sera publiée dans le prochain AYA Info (No 91), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

24/02/2014

Les Yanomami obtiennent un changement à la tête du Service de santé de leur territoire

Le 3 janvier, le Ministre de la santé, Alexandre Padilha* a mis un terme à l'activité de Joana Claudete Schuertz, la Coordinatrice du District Sanitaire Spécial Indigène Yanomami – DSEI-Y**. Cette mise à l'écart répond partiellement à une pétition du 2 octobre 2013, signée par Davi Kopenawa et 70 représentants des communautés Yanomami, essentiellement de l'État de Roraima. Ils demandent également la démission du Conseiller de planification du DSEI-Y, Antônio Gonçalves. Deux jours plus tard, le 4 octobre, l'Hutukara Associação Yanomami – HAY reprend cette demande. Elle fait état d'indices de liens et d'influence d'un politicien local et des gestionnaires du DSEI-Y visant au maintien de la Mission Évangélique Caiuá*** comme sous-traitante pour le service de santé dans l'aire indigène Yanomami. L'HAY dénonce les dysfonctionnements du service de santé dans les communautés, le manque de médicaments et le mauvais état des infrastructures. Elle met en question le fait que le service de santé ne s'est pas amélioré malgré une augmentation du budget. En cette fin d'année 2013, le ministère de la santé doit publier un appel d'offre en vue de sélectionner les entités auxquelles il sous-traitera le service de santé dans les communautés indigènes. L'appel de candidatures a effectivement été publié le 18 octobre au Journal Officiel de l'Union - DOU. Au terme de la procédure, c'est à nouveau la Mission Évangélique Caiuá qui aura en charge le service de santé dans l'aire indigène Yanomami. Le Conseil indigéniste missionnaire – CIMI signale que cette sélection s'est faite sans la consultation des indigènes.

Le 30 décembre 2013, de nombreux Yanomami ont occupé le siège du Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI de Boa Vista, la capitale de l'État de Roraima. Ils demandaient le départ de la coordinatrice. Le 3 janvier, après plusieurs heures de réunion avec les représentants du ministère de la santé, ils obtiennent gain de cause : la coordinatrice doit quitter sa fonction. Elle avait été nommée à ce poste en juin 2011 avec l'assentiment des leaders Yanomami. À l'époque, ils redoutaient déjà la nomination d'une personne sous influence de politiciens locaux hostiles aux indigènes.

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* Alexandre Padilha a quitté ses fonctions pour se présenter aux élections qui auront lieu les 5 et 26 octobre prochains. Il vise le poste de gouverneur de l'État de São Paulo. Le 31 janvier, Dilma Rousseff a nommé Arthur Chioro dos Reis au poste de Ministre de la santé. Jusque-là, il était Secrétaire municipal de la Santé de São Bernardo do Campo, une commune de l'État de São Paulo. Le 20 février, il a démissionné, le temps d'être nommé professeur à la faculté de médecine de l'Université fédérale de São Paulo – Unifesp. Il est revenu à la tête du Ministère le 21 février. Pour assurer un bref intérim, la présidence de la république avait nommé Mozart Júlio Tabosa Sales, Secrétaire de gestion du travail et de l'éducation en santé.

** Le DSEI-Y couvre également les communautés Yanomami de l'État d'Amazonas où intervient notre partenaire, le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA. Il existe 34 DSEI dans l'ensemble du Brésil.

*** La Mission Évangélique Caiuá a son siège à Dourados, dans le Mato Grosso do Sul. Elle est rattachée à l'Église presbytérienne du Brésil. Selon l'ONG "Contas Abertas", c'est l'une des Organisations de la Société Civile d'Intérêt Public – OSCIP qui reçoit le plus de subventions de l'État fédéral pour ses conventions de sous-traitance. Ces deux dernières années 2012 et 2013, ses diverses conventions – elle est présente dans près d'une vingtaine de DSEI - ont totalisé un montant supérieur à 200 millions de Réais (soit un peu plus de 61 millions d'Euros ou près de 75 millions de Francs suisses).

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note est une version actualisée de celle publiée dans le dernier AYA Info (No 90), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

15/02/2014

Flambée de violence anti-indigène à Humaitá (AM)

Dans l'après-midi du 25 décembre dernier, environ 3'000 personnes étaient dans les rues d'Humaitá, une localité située à plus de 600 km au sud de Manaus, dans l'État d'Amazonas, pour une manifestation anti-indigène. Les manifestants ont bouté le feu aux sièges locaux de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, de la Fondation Nationale de la Santé – FUNASA et à la Maison de santé indigène. Ils ont également incendié des véhicules. Le poste de péage* installé par les Tenharim sur le bord de la BR-230 - la "Transamazonienne" qui traverse la Terre Indigène (TI) Thenharim Marmelos - a également été détruit. Pendant quelques jours, environ 140 indigènes ont trouvé refuge auprès du 54e Bataillon d'Infanterie de Forêt.

En cause, la disparition, depuis le 16 décembre de trois hommes, des non-indiens, qui auraient été vus pour la dernière fois au kilomètre 85 de la BR-230. Les manifestants tiennent les indiens Tenharim pour responsables de cette triple disparition. Cet acte aurait été accompli pour venger la mort du cacique Ivan Tenharim, retrouvé inconscient près de sa moto, le 2 décembre, sur le bord de la même BR-230, et décédé le lendemain. Les circonstances de l'accident n'ont pas encore été éclaircies. Selon le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, le cacique était un infatigable opposant au pillage pratiqué par les madeireiros dans la TI. Tenharim. En collaboration avec des organes publics, il aurait contribué à la fermeture de plusieurs scieries illégales dans la région.

Le coordinateur régional de la FUNAI a été démis de ses fonctions. Il lui est reproché d'avoir contesté publiquement la thèse de l'accident à l'origine du décès d'Ivan Tenharim. Un collectif d'universitaires qui ont eu l'occasion de collaborer avec lui a publié une note de soutien à son endroit. Ils expliquent que ce fonctionnaire fait office de bouc émissaire dans une situation depuis longtemps conflictuelle. L'intéressé déclare avoir simplement demandé une enquête sur les circonstances le l'accident concernant Ivan Tenharim.

Le 30 janvier, la police fédérale a arrêté cinq indiens Tenharim qu'elle suspecte d'être impliqués dans la disparition des trois hommes le 16 décembre. Leur défense est assurée par la DPU, un service d'assistance juridique public qui va demander leur mise en liberté. Le 3 février, la police a trouvé les trois corps qui ont été identifiés comme étant ceux des disparus. Leur sépulture a eu lieu le 6 février.

Le climat de tension reste vif dans cette région. Le Ministère Public Fédéral a demandé aux organes concernés de protéger les villages indigènes, d'en assurer l'approvisionnement et de prendre des mesures pour permettre aux étudiants Tenharim de poursuivre leurs études. Il demande également au gouvernement fédéral et à la FUNAI de verser une indemnisation au peuple Tenharim.

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* Dans une note du 30 décembre la FUNAI explique que  "Depuis la construction de la Transamazonienne en 1972, il n'a jamais été créé d'alternatives pour minimiser les impacts occasionnés par la construction de cet axe routier qui traverse la TI. Les indigènes, de leur propre initiative, ont eu recours à un péage dont le produit bénéficie aux Tenharim". La Fondation rappelle qu'elle est à la recherche d'une autre solution permettant aux indigènes de subvenir à leurs besoins. Le péage, dont les autorités soulignent le caractère illégal, est l'une des sources de conflits avec les non indiens de la région.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 90), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

30/01/2014

Enfin, le gouvernement évacue les envahisseurs de la Terre Indigène Awá-Guajá

En ce début 2014, le gouvernement brésilien a commencé les opérations d'évacuation des non-indiens présents sur la Terre Indigène (TI) des Awá – Guajá. Une TI de 1'165 km2 située dans l'État du Maranhão envahie par des fazendeiros et des madeireiros (exploitants forestiers). Ces derniers sont responsables d'une importante déforestation mettant en danger l'existence même du peuple Awá – Guajá composé de quelques centaines de personnes, en partie de contact récent et, en partie, encore isolé de la société environnante.

Cette TI a été déclarée d'occupation permanente par les Awá – Guajá en 1992 déjà. Le décret d'homologation (phase finale de la démarcation) a été signé par Lula en avril 2005. Ce décret a été contesté devant la justice. Cette dernière a reconnu la validité du décret présidentiel en mars 2012 et, en décembre 2013, elle a ordonné l'évacuation des envahisseurs. L'opération d'évacuation est coordonnée par le Secrétariat de la Présidence de la République en partenariat avec les forces de l'ordre et divers organes gouvernementaux dont la Fondation nationale de l'Indien – FUNAI. Après avoir reçu leur notification d'évacuation, les personnes concernées ont un délai de 40 jours pour quitter volontairement les lieux. Au début décembre 2013 déjà, l'Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire – INCRA a fait connaître son intention d'acheter des terres pour y installer les agriculteurs évacués remplissant les conditions pour bénéficier de la réforme agraire.

La pression exercée depuis plusieurs années par les organisations indigènes et indigénistes au Brésil et au niveau international, notamment par Survival international, a certainement contribué à cette décision gouvernementale. Selon des informations publiées à mi-janvier 2014, des madeireiros agissant précédemment dans la TI Awá-Guajá vont continuer leur activité dans une TI voisine, celle de Alto Turiaçu, occupée par le peuple indigène Ka'apor. L'association indigène Kaaportarupi fait état de violences exercées par des madeireiros à l'égard de jeunes et de leaders de la communauté.

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Ceux qui veulent en savoir plus, peuvent prendre le temps (52 mn) de regarder l'excellent documentaire – Indiens d'Amazonie, le dernier combat - réalisé par Laurent Richard, en étroite collaboration avec Survival, déjà diffusé par France 5 le 7 janvier dernier. Le film montre le quotidien des Awá – Guajá  et leur cadre de vie. Il analyse aussi l'importance du trafic de bois extrait de la forêt amazonienne. Il donne la parole aux principaux protagonistes de l'évacuation des non-indiens.

 

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera reprise dans le prochain AYA Info (No 90), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

22/01/2014

Démarcation des Terres Indigènes : les indiens hostiles au projet ministériel

Si, à diverses reprises, le gouvernement brésilien a manifesté son hostilité à la proposition d'Amendement Constitutionnel, la PEC No 215/00*, il n'a pas caché son intention de modifier la procédure de démarcation des Terres Indigènes. À la fin novembre, José Eduardo Cardozo, le Ministre de la justice a remis aux membres de la Commission Nationale de Politique Indigéniste – CNPI, un projet d'Arrêté portant sur l'application du Décret No 1775/96 sur lequel s'appuie la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, pour démarquer les Terres Indigènes. Selon le ministre, sa proposition permettra la participation d'organes intéressés par les démarcations et il augmentera la transparence du processus. Le ministre en attend une réduction de la judiciarisation permettant, finalement, une accélération de la démarcation des Terres indigènes dans tout le pays.

Dès le 2 décembre, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a pris position contre ce projet : "Contrairement aux allégations du gouvernement, cet arrêté éternise la non démarcation des terres indigènes, il fragilise la FUNAI. Il représente un cadre alarmant susceptible d'aiguiser des conflits… L'APIB appelle tous les peuples et leaders indigènes du Brésil à rester unis dans le refus de cette nouvelle tentative de réduire les droits indigènes assurés par la Constitution." La proposition du ministre a suscité l'hostilité des leaders indigènes réunis à Brasilia pour la 5e Conférence Nationale de Santé Indigène. Le 4 décembre, ils étaient plus d'un millier à manifester devant l'entrée du Palais présidentiel. Ils ont adressé une lettre ouverte à la Présidente de la république rappelant l'ensemble des mesures législatives, juridiques et politico-administratives qui tendent à réduire les droits originaires des indigènes reconnus par la Constitution et les accords internationaux en vigueur. "Dans le cas du projet d'Arrêté, nous avons compris qu'il a été élaboré pour rendre impossible, une fois pour toutes, la démarcation de nos terres pour favoriser les intérêts du latifundium, de l'agrobusiness et autres capitaux … intéressés  par nos territoires." De son côté, le ministre assure que les indigènes seront entendus sur le projet.

Lors de la XXIIe réunion ordinaire de la CNPI, qui a eu lieu à Brasilia du 9 au 12 décembre, le groupe des représentants indigènes a publié une lettre dans laquelle il réaffirme son opposition au projet du Ministre de la justice. Compte tenu de l'importance du sujet pour l'ensemble des peuples indigènes du pays, il propose l'organisation d'une ample consultation des communautés indigènes sur le modèle de ce qui avait été fait pour le Statut des Peuples indigènes ou pour les Conférences nationales de santé ou de l'éducation indigènes. Il espère, qu'au final du processus, le gouvernement respecte la décision des communautés dans les termes de la Convention 169 de l'OIT.

Pour rappel : après l'adoption de la Constitution de 1988, la démarcation des TI était réglementée par le Décret No 22 du 4 février 1991, signé de Fernando Collor et Jarbas Gonçalves Passarinho, respectivement Président de la république et Ministre de la Justice. C'est sur la base de ce texte qu'a été démarquée la Terre Indigène Yanomami en mai 1992, peu avant la Conférence de Rio sur l'environnement et le développement.

En janvier 1996, le Décret de F. Collor est remplacé par le Décret 1775/96, signé par le Président Fernando Henrique Cardoso et Nelson Jobim alors Ministre de la justice. Ce Décret est complété par un Arrêté (No 14 du 09/01/1996) établissant les règles pour l'élaboration du rapport d'identification et de délimitation des TI. Ce Décret permet aux entités et personnes touchées par une démarcation de manifester leur opposition. De l'avis du Ministre, la manifestation de ces oppositions au cours de la procédure éviterait des recours en justice une fois la TI homologuée. En mars 1996, N. Jobim était à Genève pour la 52e session de la Commission des droits de l'homme où il a défendu son texte. Force est de constater que ce Décret n'a pas empêché les recours en justice !

Les organisations indigènes et de nombreuses organisations de la société civile, au Brésil et à l'étranger, avaient fait campagne pour l'abrogation de ce Décret déjà jugé contraire aux droits constitutionnels des indigènes. En 1996, le Brésil n'avait pas souscrit à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones de 2007; il n'avait pas encore ratifié la Convention 169 de l'OIT de 1989 relative aux peules indigènes et tribaux.

Les leaders indigènes rappellent le gouvernement brésilien à ses obligations pour qu'il organise une véritable consultation… À suivre !

* Voir sur ce blog la note du 11 janvier dernier.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de cette note a été publiée dans AYA Info (No 89), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

11/01/2014

Démarcation des Terres Indigènes : la "Bancada ruralista" marque des points

Au soir du 10 décembre, la Chambre des Députés a installé la "Commission spéciale" qui va analyser la Proposition d'Amendement Constitutionnel No 215/00 – PEC 215/00 qui transfère, du Gouvernement fédéral au Congrès national, l'attribution d'approuver la démarcation des Terres Indigènes (TIs). Une opération conduite par le "Frente Parlamentar da Agropecuária", plus souvent appelé "Bancada ruralista", soit le lobby de l'agrobusiness. Ses représentants sont majoritaires au sein de la Commission. Dans la pratique, la proposition vise à paralyser la démarcation des TI. Les organisations indigènes ont mené campagne contre cette proposition.* Un groupe d'indigènes a protesté au moment de l'installation de la Commission.

Concrètement, la PEC 215/00 modifie deux articles de la Constitution de 1988. Elle ajoute un dix-huitième paragraphe à l'art. 49 qui énumère les compétences exclusives du Congrès National : "XVIII – Approuver la démarcation des terres traditionnellement occupées par les indiens et ratifier les démarcations déjà homologuées". Et l'article 231 qui traite "Des Indiens" est modifié au § 4 : "Les terres dont il s'agit dans cet article, après la démarcation approuvée ou ratifiée par le Congrès National, sont inaliénables et indisponibles et les droits sur elles imprescriptibles". Un huitième paragraphe y est ajouté : "§ 8  Les critères et la procédure de démarcation des Aires indigènes devront être réglementés par la loi".

Le caractère inconstitutionnel de cette proposition a été exposé à diverses reprises. Encore le 3 octobre dernier, le ministre de la Justice, José Eduardo Cardozo, a adressé un avis à ce sujet à Henrique Eduardo Alves, Président de la Chambre des Députés. Selon cette note, la proposition porte atteinte à plusieurs articles de la Constitution, notamment ceux traitant de la séparation des pouvoirs; des droits et garanties individuelles des peuples indigènes; du droit originaire des peuples indigènes à leurs territoires traditionnels et à l'obligation pour l'Union de les démarquer, protéger et de faire respecter tous leurs biens. Elle porte également atteinte aux objectifs fondamentaux de la république fédérative du Brésil pour la construction d'une société libre, juste et solidaire, et de promotion du bien de tous, sans préjugés d'origine, race, sexe couleur, âge et quelques autres formes de discrimination.

La PEC 215/00 a été présentée le 28 mars 2000 par Almir Morais Sá , alors député fédéral de l'État de Roraima. Elle a été publiée au Journal de la Chambre des Députés le 19 avril 2000, signée par 232 députés. Coïncidence, au Brésil, ce jour-là est la "Journée de l'Indien" ! Cette année-là, à cette époque, on était alors en pleine célébration du 500e anniversaire de l'arrivée de Pedro Álvares Cabral au Brésil. Une manifestation marquée par des incidents à Porto Seguro (État de Bahia). À relire la documentation de l'époque, le dépôt de la PEC 215 est quasiment passé inaperçu.

À suivre !

*Voir sur ce blog les notes des 03/05/2013, 07/10/2013, 10/11/2013 et 20/11/2013 et "AYA Info" Nos 87, 82 et 38

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans AYA Info (No 89), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

30/12/2013

François Hollande, le Brésil, la Guyane et l'orpaillage illégal

Resté quasiment cinq ans dans les tiroirs et devant les Commissions du parlement brésilien, l'accord, signé en décembre 2008, pour renforcer la coopération entre la France et le Brésil afin de prévenir et réprimer l'orpaillage illégal en Guyane a été approuvé par la Chambre des députés le 12 décembre dernier. Le président français était alors en visite officielle au Brésil. Le parlement français l'avait adopté en juillet 2011 déjà. Cet accord, voulu par les deux présidents Lula et Sarkozy en février 2008, concerne les zones protégées ou d'intérêt patrimonial. Il s'applique dans une bande de 150 km de part et d'autre de la frontière. Il énumère une série de mesures à mettre en œuvre dans différents domaines. Par exemple, parmi les mesures pénales, il est prévu la confiscation des produits des infractions, mais aussi la confiscation et la destruction des biens et matériels utilisés pour commettre les infractions. Il devra encore être mis en œuvre. La France aura-t-elle plus de poids pour le faire appliquer maintenant que Brésil a choisi le Gripen suédois, au détriment du Rafale français, pour renouveler sa chasse aérienne ?

Les forces de l'ordre ont également à contrôler la frontière avec le Suriname, pays avec lequel la France a un accord de coopération transfrontalière en matière policière, mais le président français souhaite un accord semblable à celui signé avec le Brésil.

Le 6 décembre, peu avant l'arrivée F. Hollande en Guyane, la Préfecture de région avait fait le point sur l'orpaillage illégal. Elle a fait état d'une aggravation de la situation. Après un net recul en 2008 – 2009, tous les indicateurs sont en hausse sensible. En 2009, il avait été relevé 535 chantiers actifs, il y en avait 771 en 2013.

La société civile guyanaise s'inquiète. Un collectif – Les Hurleurs de Guyane – composé d'une quarantaine d'associations a appelé à manifester le 13 décembre pour attirer l'attention de F. Hollande sur la gravité de la situation décrite dans un intéressant document d'une trentaine de pages. Ils y affirment que la production illégale de l'or est entre 3 et 20 fois la production d'or déclarée, comprise elle, entre 1 et 2 tonnes par an. Ce texte a été remis aux conseillers du président.

Les 13 et 14 décembre, dans plusieurs de ses discours, le président de la république a évoqué le problème de l'orpaillage illégal : "Nous irons jusqu'au bout de ce combat" a-t-il annoncé à sa descente d'avion.  Il a rappelé la mort de trois militaires et les graves blessures dont ont été victimes deux légionnaires dans les opérations de lutte contre l'orpaillage illégal. Devant les élus, puis devant les acteurs économiques de Guyane, il a repris une proposition qui lui a été faite de créer un opérateur public qui, "dans le respect de l'environnement, permettrait une exploitation de l'or guyanais au bénéfice de la seule Guyane".

Un contact avec les organisations amérindiennes de Guyane n'était pas prévu au programme de la visite. Et, apparemment, celles-ci ne se sont pas manifestées. Cependant, à l'occasion de ce voyage, Raymond Depardon, photographe et cinéaste; Michel Adam, anthropologue et professeur; ainsi que Jean-Patrick Razon, directeur de Survival International – France, ont signé une "Tribune" dans le quotidien "Le Monde" du 12 décembre : … "Si François Hollande aspire à faire de la France "la nation de l'excellence environnementale", il est temps qu'il reconnaisse les droits fondamentaux des peuples indigènes de la République, les meilleurs gardiens de la biodiversité, et qu'il envisage sérieusement la signature de la convention 169 de l'OIT". En Guyane ce sont certainement les populations amérindiennes qui souffrent le plus de l'orpaillage illégal comme l'a bien montré le film "Dirty Paradise" de Daniel Schweizer*.

Enfin, le Brésil n'ayant pas encore terminé les travaux d'accès au pont sur l'Oyapock et permettant une liaison routière avec la Guyane, l'inauguration n'a pas été programmée pour cette visite… La construction du pont avait été annoncée en février 2008. L'inauguration était souhaitée pour 2010.

* Le film a été présenté en mars 2010 au Festival du Film et Forum sur les droits humains –FIFDH de Genève où il a reçu le Grand Prix de l'État de Genève – voir AYA Info No 48

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À tous les lecteurs de ces notes, amis ou inconnus, réguliers ou occasionnels, je souhaite une année 2014 de "Bien vivre" et de progrès vers une "Terre sans mal", selon des expressions utilisées par les peuples indigènes.

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans AYA Info (No 89), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

21/12/2013

"La Terre des hommes rouges" est en deuil : Ambrósio Vilhalva (Nádio) a été assassiné

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, La terre des hommes rouges, Terra Vermelha, Birdwatchers, Ambrósio Vilhalva Nádio, Guarani Kaiowá, Caarapó, Mato Grosso do Sul, Guyraroká, Marco Bechis, FUNAI, Ministério da Justiça, Festival de Venise, Mostra internazionale d'arte cinematografica, Venezia, Filmar en America Latina, Genève, Survival, CIMIAmbrósio Vilhalva, le plus connu des leaders Guarani Kaiowá a été assassiné à coups de couteau au soir du 1er décembre sur le chemin de sa maison, dans le campement Guyraroká, sur la municipalité de Caarapó (État du Mato Grosso do Sul). Il avait tenu le rôle de Nádio dans le film* "Terra Vermelha" que Marco Bechis a consacré à la lutte des Guarani pour la récupération de leurs terres. Dans le film, Nádio est abattu par un "pistoleiro". Hélas, la réalité a rejoint la fiction !

Les circonstances de l'agression d'Ambrósio ne sont pas encore éclaircies. Un membre de sa famille, un moment soupçonné, a été relaxé. Les leaders Guarani de l'Aty Guasu contre le génocide ont enquêté auprès de la famille du défunt. Selon la note qui a été publiée, les assassins ne sont pas des indigènes. Ils demandent que l'enquête soit confiée à la Police fédérale plutôt qu'à la Police civile.

Ambrósio se savait menacé en raison de son combat pour la démarcation de la Terre Indigène (TI)  Guyraroká, la terre de ses ancêtres. C'est une TI de 114 km2, reconnue par le Ministère de la Justice depuis octobre 2009 comme étant traditionnellement occupée par les Guarani Kaiowá. Mais le processus de démarcation n'a pas été conduit à son terme. La communauté n'occupe que quelques dizaines d'hectares, la plus grande partie étant cultivée par des fazendeiros. Le conflit avec ces derniers a pris une tournure plus aigüe depuis 2004 après la publication des études de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI qui sont à la base de la reconnaissance du Ministère de la Justice.

Comme beaucoup de Guarani, Ambrósio vivait mal la situation dans laquelle il se trouvait. Le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI fait une analyse de cette situation dans une note publiée le 2 décembre. Récemment, Survival - l'organisation indigéniste - a rendu hommage à ce leader de 53 ans.

* "Terra Vermelha" en portugais ou "Birdwatchers" en anglais. Le film a été présenté au Festival de Venise en 2008, et à Genève, en novembre 2009 en ouverture du festival Filmar en America Latina. Ci-dessous une séquence du film (9:08) :

 

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain AYA Info (No 89), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/12/2013

Les Yanomami des rios Marauiá et Preto créent l'association Kurikama

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Yanomami, Ye'kuana, Santa Isabel do Rio Negro, Rio Marauiá, Rio Preto, xapono, Komixiwe, Rios Profundos, SECOYA, Kurikama, FUNAI, IMCbio, DSY, Pró Amazônia, Missão Salesiana, urucum, genipapoC'est par la fête traditionnelle du "Hearu" qu'a commencé la IIIe Assemblée générale des Yanomami des rios Marauiá et Preto. C'est une fête pour laquelle les Yanomami se peignent le corps avec de l'urucum et du genipapo, s'affrontent et dansent dans une forte démonstration culturelle. Cette rencontre a eu lieu entre le 1er et le 7 octobre dans le "xapono*" (le village) de Komixiwe**. Ils étaient 250 représentants de treize villages de la municipalité de Santa Isabel do Rio Negro, dans l'État d'Amazonas.

L'objet central de cette réunion était la constitution d'une association susceptible de renforcer les liens entre les différents villages et de définir des stratégies collectives pour faire face aux politiques publiques inefficaces qui ne prennent pas en compte la réalité Yanomami de cet État. Les statuts de l'association ont été discutés de manière approfondie pour que tous en comprennent le fonctionnement. Il faut souligner l'institution du "Conseil Yanomami" formé par les leaders traditionnels de chaque village. Ce Conseil représente la plus haute instance de décision après l'Assemblée générale qui a encore élu une "Coordination générale" et un "Conseil de surveillance" après la présentation des candidats de chaque village.

Quatre ONG étaient également représentées : le Service et Coopération avec le peuples Yanomami – SECOYA, Rios Profundos, la Mission salésienne et Pró Amazônia. Plusieurs administrations publiques avaient envoyé des représentants : le District Sanitaire spécial Yanomami et Ye'kuana - DSY, le Front ethno - environnemental Yanomami de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, l'Institut Chico Mendes de Conservation de la biodiversité – IMCbio et le Secrétariat de l'Education de Santa Isabel do Rio Negro.

Le représentant de la FUNAI a eu à entendre les innombrables plaintes et revendications des Yanomami qui se sentent abandonnés depuis que la Fondation a supprimé les postes de surveillance en 2010. La délégation du DSY n'a pas échappé aux reproches. Selon les Yanomami, la population est en permanence dans une situation d'insécurité avec l'augmentation de la malaria et des maladies infectieuses, la précarité des infrastructures, le défaut d'équipements. Tout cela associé au manque de médecin dans la région et l'impréparation des professionnels de santé.

Le nom de l'association - "Kurikama" - n'a pas été choisi au hasard. Il est celui d'un mythe et aussi celui d'une jeune Yanomami. Pour se protéger d'un déluge qui menaçait tout le peuple Yanomami, une jeune fille a été décorée avant d'être jetée dans les eaux. Son sacrifice a permis de sauver le peuple. Kurikama s'est alors transformée en esprit. Les Yanomami sont d'avis que le mythe est lié à leur vécu actuel. Le logo de l'association – une jeune fille au bord d'une rivière - est un hommage à cet esprit.

La création de cette association marque la volonté des communautés yanomami de ces régions difficiles d'accès de mieux défendre leurs intérêts. Un progrès dans l'exercice de la citoyenneté. Il est utile de s'en réjouir ce 10 décembre qui est la Journée internationale des droits de l'homme.

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* Prononcer "Chapono" et ** "Komichiwe"

Photo © Associação Kurikama. C'est le logo de l'association. Il représente Kurikama qui a sauvé le peuple Yanomami / Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans AYA Info (No 88) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2