07/10/2013

Dilma ne veut pas confier au parlement le pouvoir de démarquer les terres indigènes

Brasil,Brésil,Amazonia,Amazonie,Autochtones,indigènes,indígenas,Brasilia,constitution,constituição,APIB,FUNAI,União,mobilização,bancada ruralista,PEC 215,Dilma Rousseff,Câmara dos Deputados,Conselho Indígena de Roraima,CIR,Terras indígenas, José Eduardo Cardozo, Henrique Eduardo Alves,Comissão Nacional de Política Indigenista,inconstitucionalidadePar le biais de son compte Twitter, la présidente brésilienne Dilma Rousseff, a fait savoir le 1er octobre, que son gouvernement était hostile à la Proposition d'Amendement Constitutionnel 215/2000 – PEC 215/00 qui transfère, du gouvernement au parlement, le pouvoir de démarquer les Terres indigènes. Une prérogative que la Constitution du 5 octobre 1988 attribue au gouvernement de l'Union. Une modification souhaitée par le lobby de l'agrobusiness, mais combattue par les organisations indigènes. Ces dernières avaient déjà manifesté leur hostilité à ce texte, en avril dernier, quand de nombreux leaders indigènes avaient envahi la Chambre des députés.

Dilma a publié cette annonce au début de la semaine de "Mobilisation nationale pour la défense de la Constitution" organisée par l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB*, entre le 30 septembre et le 5 octobre, à l'occasion du 25e anniversaire de l'adoption de la Constitution.

Alors qu'elle avait quasiment ignoré les représentants des peuples indigènes depuis son élection, après les importantes manifestations du mois de juin survenues dans de nombreuses villes du Brésil, le 10 juillet dernier, Dilma Rousseff avait reçu une délégation indigène au Palais présidentiel. Une rencontre attendue de longue date par les leaders indigènes. C'était la première depuis son élection à la tête du Brésil. "Un moment historique" a même affirmé le Conseil Indigène de Roraima – CIR.

Dans la "Lettre ouverte" remise alors à la Présidente, l'APIB demande la révocation de tous les textes, dont la PEC 215/00, qui menacent les droits territoriaux, la culture et la vie des peuples indigènes. Elle demande aussi la mise en œuvre effective de politiques publiques de qualité, en particulier dans les domaines de la santé et de l'éducation. L'Articulation y réaffirme sa détermination à défendre les territoires [indigènes] et sa disposition pour un dialogue ouvert, franc et sincère. La lettre se termine par un appel aux peuples indigènes, à leurs organisations et à leurs alliés pour "qu'ensemble nous évitions l'extinction programmée de nos peuples." Mais, selon "Agência brasil", le gouvernement maintient sa décision de revoir le processus de démarcation des Terres indigènes.

Cependant, pour donner une suite à cette rencontre avec la Présidente, il a été décidé de créer un "Groupe de dialogue", effectivement installé le 22 août, lors d'une réunion de la Commission Nationale de Politique Indigéniste - CNPI. Le 3 octobre, lors de la 21e rencontre ordinaire de cette Commission, le ministre de la justice, José Eduardo Cardozo, a annoncé l'envoi d'un note technique au président de la Chambre des députés, Henrique Eduardo Alves, dans laquelle il rappelle les différents points qui font de cette PEC une proposition anticonstitutionnelle.

Il semble maintenant que la position du gouvernement sur cette Proposition d'amendement soit plus claire. À voir quelle suite la Chambre des députés donnera à cet appel du gouvernement !

Et il reste bien d'autres menaces sur les droits des peuples indigènes du Brésil.

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*L'APIB regroupe les organisations régionales indigènes du Brésil. Voir, sur ce blog, les notes des 28/09/2013, 07/06/2013, 03/05/2013 et du 05/04/2012

Photo © CIMI - Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans le dernier AYA Info (No 86) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

28/09/2013

Mobilisation des indigènes brésiliens pour la défense de la Constitution fédérale

Brasil,Brésil,Amazonia,Amazonie,Autochtones,indigènes,indígenas,Brasilia,constitution,constituição,APIB,FUNAI,União,mobilização,bancada ruralistaJamais la mise en cause des droits reconnus aux peuples indigènes dans la Constitution* de 1988 n'a connu une telle ampleur. Ces attaques, conduites par les tenants de l'agrobusiness, se traduisent essentiellement par une série de propositions législatives déposées au parlement comme, par exemple, le transfert de la responsabilité de démarquer les terres indigènes du gouvernement au parlement. Ces propositions sont en opposition aux accords ou textes internationaux ratifiés par le Brésil, comme la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail – OIT ou la Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples autochtones.

L'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a appelé à une semaine de mobilisation nationale entre le 30 septembre et le 5 octobre "Pour la défense de la Constitution et du droit des peuples à la terre – Parce qu'il y a déjà beaucoup d'espace dans les mains de peu de "ruralistes**" et ils en veulent encore plus". Une manière de célébrer le 25e anniversaire de l'adoption de la Constitution. Il est utile de rappeler que les constituants de l'époque avaient donné un délai de 5 ans, soit jusqu'au 5 octobre 1993, pour protéger toutes les Terres Indigènes du pays. Un quart de siècle est passé et tous les peuples indigènes n'ont pas récupéré leurs territoires. Et maintenant, ceux-ci sont menacés. Les organisations indigènes ont maintes fois dénoncé la complicité de certaines administrations publiques face à ces menaces et la passivité du gouvernement.

Des manifestations sont annoncées dans différentes régions du pays, à Brasilia (au parlement), São Paulo, Belém, Rio Branco, etc. Cette mobilisation est soutenue par plusieurs organisations indigénistes et la Coordination Nationale des Communautés Quilombolas – CONAQ.

Le 27 septembre, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI , l'organe chargé de coordonner la politique indigéniste de l'État brésilien a publié une note à propos des revendications des organisations indigènes. Elle rappelle que la Constitution de 1988 "est la marque d'un projet politique destiné à consolider les principes d'un État démocratique de droit, consacrant la justice sociale, l'égalité, la liberté, et la diversité culturelle comme valeurs suprêmes d'une société fraternelle, pluraliste et sans préjugés". La Fondation note aussi que cette Constitution est le résultat de la lutte pour la re-démocratisation de l'État conduite par la société civile, et de nombreux segments sociaux comme les peuples indigènes. Jusqu'alors, ces derniers n'étaient pas considérés comme sujets politiques détenteurs de droits. Enfin, la FUNAI "reconnaît la légitimité de la mobilisation et des objectifs de cette action organisée par le mouvement indigène, surtout face aux récentes initiatives et propositions qui tendent à restreindre le noyau constitutionnel relatif aux droits des peuples indigènes, spécialement les droits territoriaux".

Reste à savoir comment les plus hautes autorités de l'État vont répondre aux préoccupations du mouvement indigène ?

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* Il s'agit surtout de l'article 231 : "Sont reconnus aux indiens leur organisation sociale, coutumes,langues,croyances et traditions et les droits originaires sur les terres qu'ils occupent traditionnellement. Il appartient à l'Union de les démarquer, protéger et faire respecter tous leurs biens". Suivent sept paragraphes. L'article 232 traite du droit pour les communautés et organisations indigènes d'ester en justice. C'est l'article 67 des "Dispositions transitoires" qui fixe le délai de cinq ans pour démarquer les Terres Indigènes

** Grands propriétaires terriens, les fazendeiros et ceux qui les soutiennent.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 86) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

20/09/2013

Brésil : la formation d'enseignants et d'agents de santé chez les Yanomami

Brasil,Brésil,Amazonia,Amazonie,Autochtones,indigènes,indígenas,Yanomami,secoya,Terre des hommes suisse,Genève,Luxembourg,Caldes,E-Changer,Santa Isabel do rio Negro,BarcelosLe Service et Coopération avec le Peuple Yanomami – SECOYA a réalisé la onzième étape (qui en compte douze) du cours de formation de professeursYanomami. Ce cours vise la certification des enseignants par le Ministère de l'Éducation. Il a eu lieu du 10 juin au 12 juillet à Rio Preto da Eva, une municipalité située à près de 80 km de Manaus.

Il y avait là dix-neuf professeurs et deux leaders traditionnels, originaires des communautés indigènes des rios Marauiá et Demini, localisés dans les communes de Santa Isabel do rio Negro et Barcelos. La très grande majorité d'entre – eux sont de fidèles participants à ces sessions de formation qui ont lieu une fois par année. La pratique et le rôle pédagogique de l'éducateur Yanomami étaient les thèmes centraux de cette étape. Les intervenants étaient venus du Secrétariat de l'Éducation et de l'Université de l'État d'Amazonas.

Ce programme d'éducation différenciée de la Secoya est en grande partie soutenu par Terre des Hommes Suisse/Genève - TdH. Des représentants de l'ONG helvétique ont eu l'occasion d'assister à une partie du cours. Le compte-rendu de leur voyage est consultable sur le site de l'organisation.

Le partenariat Secoya – Terre des Hommes Suisse et Luxembourg a permis de reprendre l'accompagnement des activités d'éducation différenciée dans les villages du rio Demini.

Du 13 au 22 juin, à Bicho-Açu - une communauté du rio Marauiá - la SECOYA a organisé le deuxième cours de formation d'Agents indigènes (Yanomami) de Santé. Dix-neuf agents de santé ont suivi le cours, ainsi que six leaders des communautés de Kona, Pohoroá, Komixiwe et Bicho-Açu et un chaman de Ixima. Ce dernier a traité de la médecine traditionnelle. Un premier cours avait eu lieu en décembre 2012*.

Le cours a été animé par Sylvie Petter et Judith Schnyder, toutes deux volontaires de E-Changer, une ONG suisse dont le siège est à Fribourg. Ce programme a pour objet de développer la prévention des maladies, la valorisation de la médecine traditionnelle et aussi le rôle des représentants indigènes dans les instances publiques liées à la santé. Le cours a particulièrement traité de la dénutrition qui affecte principalement les enfants jusqu'à 5 ans et les femmes. Il y a eu tout un débat sur l'importance de maintenir l'allaitement maternel alors que se développe l'usage du lait en poudre.

Ce programme reçoit l'appui de la Ville de Genève par l'intermédiaire de AYA et par Caldes Solidària, une ONG catalane.

* Voir sur ce blog, la note du 22/03/13

Photo © Secoya : dans l'école de Raita, un village Yanomami (cliquer sur la vignette pour agrandir l'image).

Voir "AYA Info" No 73 et No 80

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 85) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

13/09/2013

Palais Eynard : la Ville de Genève reçoit une importante délégation autochtone

Brasil,Brésil,Amazonia,Amazonie,Autochtones,indigènes,indígenas,Palais Eynard,Ville de Genève,Sandrine Salerno, Palais des Nations, Pierre Maudet, Conseil d'Etat, James Anaya,ONU, Conseil des droits de l'homme,Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones,Mécanisme d'experts,Conférence mondialeCe vendredi 13 septembre, la Ville de Genève reçoit les participants au symposium organisé à l'initiative du doCip*. Une rencontre au titre évocateur : "Peuples autochtones aux Nations Unies : de l'expérience des pionniers à l' ''empowerment" des jeunes générations". Ils sont près d'une cinquantaine de représentants à avoir travaillé depuis mardi dernier au Palais des Nations. La réception au Palais Eynard est en quelque sorte la cérémonie de clôture de la rencontre. Madame la Maire de Genève, Sandrine Salerno, doit y prendre la parole ainsi que d'anciens et jeunes délégués. Lors de la cérémonie d'ouverture, le 10 septembre, au Palais des Nations, Monsieur Pierre Maudet, Conseiller d'État de la République et Canton de Genève avait souhaité la bienvenue aux délégués.

Le but du symposium est de renforcer, au sein des peuples autochtones, et par le dialogue intergénérationnel, les capacités d'agir des jeunes générations, notamment féminines, pour la mise en œuvre, aux niveaux local et des nations, des droits reconnus maintenant au niveau international. Plusieurs de ceux qui étaient présents à Genève, en septembre 1977, à la "Conférence internationale contre la discrimination à l'encontre des populations autochtones des Amériques" sont venus témoigner de la lutte qu'ils ont menée ces trente-six dernières années pour faire progresser leur cause et pour présenter résultats obtenus. Il s'agit en particulier la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, adoptée en 2007 et la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail – OIT adoptée en 1989.

Outre ces textes, dans le système onusien, les peuples autochtones** disposent maintenant de plusieurs entités pour faire connaître leurs problèmes revendications, notamment :

- L'"Instance permanente de l'ONU sur les questions autochtones" – UNPFII est le résultat de décennies de travail pour promouvoir la visibilité des questions autochtones au sein de la communauté internationale. Sa séance inaugurale a eu lieu en mai 2002. Elle est composée d'experts indépendants. Elle est appelée à faire part de ses conseils et recommandations sur les questions autochtones au système des Nations Unies.

- Le "Mécanisme d'Experts sur les droits des peuples autochtones" - MEDPA a été créé par une résolution du Conseil des droits de l'homme – CoDH en décembre 2007. Il a remplacé le Groupe de travail sur les populations autochtones – GTPA de l'ancienne Sous - Commission de promotion et de protection des droits de l'homme. C'est un organe subsidiaire du CoDH. Il a pour mandat de lui fournir une expertise thématique, notamment par la réalisation d'études et de recherche. Il peut lui présenter des propositions. Le MEDPA est composé de cinq experts indépendants nommés pour une période de trois ans, renouvelables une fois. Il se réunit une fois par an. Des personnalités, représentants d'États, divers organismes et des institutions, notamment des ONG, peuvent y participer en tant qu'observateurs.

- Le poste de "Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme et des libertés fondamentales des populations autochtones" a été  créé en 2001. Sa tâche principale est de formuler des recommandations et des propositions sur des mesures et des activités appropriées destinées à prévenir et réparer les violations des droits de l'homme et des libertés fondamentales des populations autochtones. Le titulaire actuel est le professeur James Anaya. Il est nommé par le Conseil des droits de l'homme.

- Par rapport à un proche avenir, les peuples autochtones préparent déjà la Conférence mondiale sur les populations autochtones qui se tiendra les 22 et 23 septembre 2014 au siège des Nations Unies à New York. En juin dernier, ils se sont réunis en Norvège pour se mettre d'accord sur les thèmes à faire figurer dans la déclaration finale de cette Conférence : terre des populations autochtones; territoires et ressources; action des Nations Unies pour la mise en oeuvre des droits des peuples autochtones; priorités des peuples autochtones pour le développement, y compris le droit à un consentement préalable libre et éclairé.

Ces textes, ces instances et ces rencontres sont le résultat du travail entrepris par les peuples et organisations autochtones de nombreux pays depuis plusieurs dizaines d'années. Mais il reste encore beaucoup à faire pour que les droits reconnus au niveau international trouvent leur pleine application dans les différents pays. Les notes publiées sur ce blog montrent bien la difficulté des peuples indigènes du Brésil à faire respecter leurs droits. Et ce pays n'est qu'un exemple parmi d'autres !

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* Le Centre de Documentation, de Recherche et d'Information des Peuples Autochtones – doCip est une fondation de droit suisse, créée en 1978, pour répondre a vœu des organisations autochtones présentes à la Conférence de 1977. Celles-ci souhaitaient pouvoir disposer d'un point d'appui lors de leur venue aux rencontres onusiennes. Pour l'organisation de ce symposium le doCip a reçu l'appui de plusieurs collectivités publiques : la Confédération, le Canton et la Ville de Genève.

** On compte près de 5'000 peuples autochtones dans le monde, représentant 370 millions de personnes, soit 5% de la population mondiale.

Photo : les délégués autochtones présents à la conférence de 1977 (publiée par le doCip et jointe à l'invitation pour la cérémonie d'ouverture du symposium).

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles permettent d'en "savoir plus".

Voir ci-dessous l'intervention (8'38'') de Mme Pierrette Birraux – ancienne directrice et actuelle Conseillère scientifique du doCip -  à l'occasion d'un débat, organisé le 21 mars 2012, par le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI. Mme Birraux traite de la place prise par les peuples autochtones au sein de l'ONU.

02/09/2013

Brésil : la violence contre les peuples indigènes a augmenté en 2012

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Ces assassinats ont des causes diverses, quelques-uns pour des conflits de la terre, d'autres pour des disputes interpersonnelles où la consommation ou l'abus d'alcool a été un élément facilitateur. En 2012, 37 d'entre eux l'ont été dans l'État du Mato Grosso do Sul. Une situation malheureusement habituelle. En effet, depuis 2003, soit ces dix dernières années, sur les 563 assassinats dénombrés dans le pays, 317 (55%) l'ont été dans cet État.

À parcourir les différents rapports du CIMI, l'évolution est inquiétante : sous la présidence de Fernando Henrique Cardoso, de 1995 à 2002, le Cimi a compté un total de 165 assassinats, soit une moyenne annuelle de l'ordre de 20,6. Sous la présidence de Lula, de 2003 à 2010, il en a dénombré 452, soit une moyenne annuelle de 56,5. Pour les deux premières années de la présidence de Dilma Rousseff, il y en a eu 111, soit une moyenne annuelle de 55,5.

Pour les auteurs du rapport**, cette violence trouve son origine dans plusieurs causes :

1.- Les conflits de la terre, accrus par l'indifférence du gouvernement vis-à-vis de ces conflits et sa position qui consiste à ne pas démarquer les terres indigènes, contribuant ainsi à l'augmentation des invasions et autres formes de violation des droits humains.

2.- Au confinement de peuples indigènes dans de petites réserves – notamment dans le Mato Grosso do Sul - qui sont de véritables camps de concentration.

3.- Aux campements sur les bords des routes où des dizaines de communautés indigènes sont abandonnées et exposées à d'innombrables dangers.

4.- La dégradation environnementale des Terres démarquées engendrée par l'exploitation du bois, des minerais, de l'énergie électrique.

5.- À la politique de développement du gouvernement qui transforme les droits indigènes en "obstacle au développement économique".

6.- À l'absence d'une politique indigéniste articulée avec les autres politiques [de l'État], ce qui fragilise les actions et services destinés aux communautés indigènes : santé, éducation, etc.

On retrouve là, les thèmes qui ont fait descendre de nombreux Brésiliens dans les rues ces dernières semaines.

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* Le CIMI est l'organisme de la Conférence nationale des évêques du Brésil  - CNBB chargé des questions indigènes.

** Lucia Helena Rangel, anthropologue à l'Université Pontificale Catholique – PUC de São Paulo et Roberto Antonio Liegbott, missionnaire laïc rattaché au CIMI Régional Sud.

- Voir sur ce blog, sur le même sujet, les notes des 14/09/2012, 09/09/11 et du 03/08/10 ou "AYA Info" No 74 pour le précédent rapport.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 85) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

27/08/2013

JMJ: des jeunes indigènes du Tocantins remettent une lettre au pape François

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L'un d'entre eux, Adriano Karajá, a remis une lettre au pape lui demandant, au nom des peuples indigènes de tout le pays, d'intervenir auprès du gouvernement brésilien pour que celui-ci arrête toutes les attaques à l'encontre des peuples indigènes… "Nos territoires sont constamment menacés par les grands projets, routes, usines hydroélectriques lignes ferroviaires. Ces projets sont des projets de mort pour notre Mère Terre… Nous demandons à l'ami et défenseur des pauvres qu'il demande au gouvernement brésilien qu'il arrête avec tous ces projets génocidaires…" Et de citer les différents projets de loi qui portent atteinte aux droits reconnus par la Constitution de 1988 et la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail. Le Pape s'est vu remettre, par un indien Pataxó, un "cocar" (une coiffure indigène) qu'il a porté quelques instants.

Ce jour-là, dans son discours à ceux qui ont une responsabilité dans une nation, le pape a souligné comment "Il est important de valoriser l'originalité dynamique qui caractérise la culture brésilienne avec son extraordinaire capacité à intégrer des éléments divers". Parlant de la responsabilité sociale : "Le futur exige de nous une vision humaniste de l'économie et une politique qui réalise chaque fois plus une meilleure participation des personnes évitant les élitismes et éradiquant la pauvreté". François est revenu à plusieurs reprises sur la nécessité du dialogue. Il en a quasiment fait la conclusion de son message : "Je tiens comme fondamental pour affronter le présent : le dialogue constructif. Entre indifférence et la protestation violente, il y a une option toujours possible : le dialogue…" "Quand des leaders me demandent un conseil, ma réponse est toujours la même : dialogue, dialogue, dialogue…"

Le pape François a manifestement contextualisé son discours.

La précédente visite papale au Brésil, celle de Benoît XVI en mai 2007, avait provoqué des réactions au sein de la communauté amérindienne. Cela en raison d'un discours dans lequel ce pape avait affirmé qu'à "aucun moment l'annonce de Jésus et de son Evangile n'a supposé une aliénation des cultures précolombiennes, ni l'imposition d'une culture étrangère". Le pape, maintenant en retraite, avait reconnu quelques jours plus tard que les colonisateurs avaient causé des souffrances et des injustices aux populations indigènes.

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Photo  © Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI : la rencontre au Théâtre municipal de Rio

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 85) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

19/08/2013

Rio Tapajós : les études reprennent sous la protection des forces de sécurité

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Le Groupe d'études est coordonné par l'entreprise brésilienne Eletrobras. Il est constitué par neuf entreprises, dont : Eletronorte, GDF Suez et EDF. Il doit rassembler les données à soumettre à l'Institut Brésilien de l'Environnement – IBAMA chargé de délivrer l'autorisation de construction des ouvrages. Selon Electrobras, les études doivent être conduites en deux phases sur 22 zones différentes. Une première phase doit être réalisée entre le 12 août et le 10 septembre, et la deuxième entre le 15 septembre et le 20 novembre.

Selon des études préalables, l'usine de São Luiz do Tapajós aurait une puissance de 6'133 Megawatt - MW et celle de Jatobá 2'338 MW. Il est prévu qu'elles soient de type "usine-plateforme", une idée inspirée des plateformes pétrolières maritimes. Les installations nécessaires au chantier devraient être totalement démontées à la fin des travaux. Les espaces non utilisés par les usines devraient être rendus à la végétation.

Selon Eletrobras, aucune des 22 zones de recherche ne se situe en Terre indigène. Toujours selon l'entreprise, les études doivent permettre la consultation des peuples indigènes selon les dispositions de la Constitution et de la Convention 169 de l'organisation Internationale du Travail – OIT.

Pour les leaders Munduruku, "le gouvernement a rompu l'accord du 23 juin et veut imposer le projet contre notre volonté". Un avis partagé par le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI pour lequel, ce jour-là, le gouvernement fédéral avait renvoyé ces études après l'adoption de la réglementation du droit à la consultation préalable prévu par la Convention 169 de l'Organisation Internationale du travail - OIT.  Le Mouvement des Atteints par les Barrages – MAB, est aussi d'avis que la consultation doit être réalisée avant les études. Dans un manifeste, le peuple Kawaiwete (du Mato Grosso) soutient les Munduruku : "Nous réaffirmons notre appui à nos parents dans leur lutte contre l'implantation des ouvrages hydroélectriques qui affectent leurs communautés et nous désapprouvons les actions du gouvernement fédéral visant à faire pression sur [ce] peuple pour qu'il accepte ces projets".

À suivre…

* Voir sur ce blog la précédente note du 10/08/2013

Carte : cliquer sur l'image pour en agrandir le format.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera reprise dans le prochain AYA Info (No 85) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/08/2013

Rio Tapajós : Les Munduruku expulsent des enquêteurs

Le 22 juin, des chercheurs "étrangers" ont été expulsés de la Terre Indigène des indiens Munduruku*. Ils l'ont été par les Munduruku eux-mêmes. Ces techniciens étaient là pour collecter des échantillons de faune et de flore dans le cadre d'une étude environnementale préalable à la construction d'usines électriques sur le rio Tapajós. Constructions auxquelles les Munduruku sont hostiles en raison de l'impact qu'elles auront sur leur territoire.

Des représentants de la présidence de la république sont venus négocier la libération de trois biologistes; ce qu'ils ont obtenu après avoir annoncé la suspension de ces études. Au mois de mai dernier, des Munduruku, avec des représentants d'autres peuples, avaient occupé le chantier de Belo Monte**. Ils ont accepté de quitter les lieux pour aller à Brasilia rencontrer le Secrétaire Général de la Présidence de la république Gilberto Carvalho. Mais le dialogue a tourné court.

Pendant leur présence à Brasilia, ils ont occupé le siège de la FUNAI pendant trois jours. Ils ont manifesté devant le Ministère des Mines et de l'Énergie avant de retourner à Jacareacanga d'où ils sont originaires.

Plus récemment, le 24 juin, une centaine de Mundukuru a manifesté devant la mairie de cette commune pour protester contre les conseillers municipaux favorables au projet du gouvernement de construire des usines hydroélectriques sur le rio Tapajós.

Ces projets inquiètent également des habitants du magnifique site touristique d'Alter do Chão, sur les berges du rio Tapajós, une localité à moins de 40 kilomètres de Santarém. Ils craignent les effets indirects négatifs des ouvrages sur le site. Ils estiment que les études d'impact couvrent une aire trop restreinte, notamment en aval des ouvrages, ce qui serait le cas d'Alter do Chão. Cette préoccupation a été évoquée au sein du Conseil de gestion de l'Aire de Protection Environnementale – APA de la petite ville. Pour l'heure, ces habitants ont fait connaître publiquement leur opposition à la construction du barrage en plaçant des banderoles à divers emplacements : "Ce rio est notre vie, nous n'acceptons pas les [usines] hydroélectriques sur le Tapajós".

***

* La Terre Indigène Munduruku a une superficie de 23'818 km2. Elle compte un peu plus de 6'500 habitants. Elle est située sur les deux communes d'Itaítuba et Jacareacanga dans l'État du Pará. En novembre 2012, un Munduruku avait trouvé la mort lors d'une intervention de la police dans le village Teles Pires dans la Terre Indigène de Kayabi (voir sur ce blog, la note du 16/11/2012 et "AYA Info" No 77)

** Voir sur ce blog, la note du 31/05/2013 et "AYA Info" No 83

PS 1 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

PS 2 : les événements qui ont marqué le Brésil ces dernières semaines ont eu quelques répercussions pour les peuples indigènes. Il en sera question dans le prochain "AYA Info".

Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans le dernier AYA Info (No 84) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

02/08/2013

Marta Azevedo quitte la présidence de la Funai qui inaugure un nouveau siège

Le 7 juin, un communiqué laconique de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI* a annoncé la démission de Marta Maria do Amaral Azevedo, la présidente de l'organe depuis avril 2012. "Elle a pris cette décision en raison de la "nécessité de réaliser un traitement médical qui est incompatible avec la charge de présidente".

L'intérim est assuré par Maria Augusta Boulitreau Assirati, jusque-là à la Direction de la Promotion du Développement Soutenable – DPDS de la Fondation. L'arrêté qui officialise la démission, publié le 10 juin au Journal Officiel de l'Union, est signé par la Ministre Cheffe de la Maison civile de la présidence de la république Gleisi Hoffmann**. Cette démission a lieu dans un contexte particulièrement difficile pour les peuples indigènes du Brésil.

Marta était en poste depuis avril 2012. Elle a été la première femme nommée à la tête de la Fondation créée en 1967. Elle avait succédé à Márcio Meira qui, lui, est resté en poste pendant cinq ans, une durée qui a largement dépassé la durée moyenne de longévité des présidences : en 46 ans, la FUNAI a connu 33 présidents ! Marta avait réuni par trois fois, en juin, août et décembre 2012, la Commission Nationale de Politique Indigéniste – CNPI qui avait cessé de fonctionner en juin 2011; alors qu'il s'agit-là de l'organe de dialogue du gouvernement avec les représentants indigènes de tout le pays.

Il n'y a pas eu de rencontre au cours du premier semestre de 2013. La nouvelle présidente en a convoqué la 20e session ordinaire de la Commission qui a eu lieu ces 25 et 26 juillet. À l'ordre du jour, une analyse de la conjoncture relative à l'actualité indigène et le processus de démarcation des terres indigènes.

Par ailleurs, le 24 juillet, la FUNAI a inauguré son nouveau siège national de Brasilia. À cette occasion, Maria Augusta, a rappelé la nécessité de restructurer et de renforcer la Fondation : "Nous sommes heureux avec cette inauguration, mais nous voulons plus. Nous voulons avoir les conditions de réaliser intégralement notre travail comme le détermine la Constitution fédérale. Ceci avec un budget suffisant et avec l'appui des autres organes du gouvernement fédéral". À cette inauguration était également présent Raoni Metuktire, le leader indigène Kayapó qui a rappelé l'importance de la FUNAI pour les indigènes : "La présidente doit être forte. Je suis avec vous et je veux vous appuyer comme c'est nécessaire".

Selon le communiqué de la Fondation, le nouveau siège a une superficie de 19'200 m2 sur 21 étages au total, où travaillent environ 800 fonctionnaires. Le loyer mensuel s'élève à 1,17 millions de reais (environ 512'000 US$). Il est prévu la construction d'un siège en propriété de la Fondation.

* L'organisme chargé de la protection des peuples indigènes du Brésil.

** Le même arrêté annonce également le départ de Paulo de Tarso Texeira, Directeur exécutif du Département de la Police Fédérale au Ministère de la Justice.

Voir sur ce blog, les notes des 21 et 28 avril 2012.

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PS  : L'activation des liens hypertextes (en gris) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans le dernier AYA Info (No 84) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

27/06/2013

Brésil : Un indien Terena tué lors d'une intervention policière

Au matin du 30 mai, un indien Terena, Oziel Gabriel, a été mortellement atteint par un tir de la Police Fédérale - PF qui intervenait pour faire cesser l'occupation, par les Terena, de la fazenda Buriti située sur la Terre Indigène Buriti. Il s'agit d'un territoire indigène de 172 km2, reconnu en 2010 comme traditionnellement occupé par une partie du Peuple Terena (environ 2'500 personnes). Elle est située dans la municipalité de Sidrolândia, dans l'État du Mato Grosso do Sul - MS. Une controverse juridique avait permis l'intervention de la police malgré un recours de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI.

Selon le Ministère Public Fédéral - MPF, le manque de volonté politique de la part du gouvernement est à l'origine des conflits de la terre dans cette partie du pays. Il s'agit de régler un problème né à la fin de la Guerre du Paraguay (1864 – 1870), quand les autorités brésiliennes ont incité des colons à s'installer dans la région. Elles leur ont donné des titres de propriété sur la Terre des Terena. Depuis, elles n'ont jamais réglé le problème. Le MPF reproche également aux forces de l'ordre d'avoir fait un excès de zèle et de ne pas l'avoir averti avant l'intervention. La FUNAI a exprimé le même reproche. Cette mort violente a suscité une vague d'indignation.

Comme cela avait été annoncé* par les parlementaires du lobby de l'agrobusiness, le 14 juin, la Confédération de l'Agriculture et de l'élevage – CNA a organisé diverses manifestations pour protester "contre l'invasion de terres productives pratiquées par des groupes d'indigènes". La sénatrice et présidente de la CNA, Katia Abreu, était présente à celle qui a eu lieu à Nova Alvorada do Sul, dans le Mato Grosso do Sul. Elle a attaqué le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI et la FUNAI qui, selon elle, inciteraient les indigènes à pratiquer ces invasions.

Le 5 juin, José Eduardo Cardozo, le Ministre de la justice s'est rendu à Campo Grande où il a rencontré les leaders Terena et les responsables des forces de police. Il a rappelé le rôle central de la FUNAI dans les processus de démarcation des Terres Indigènes. Le 6 juin, une délégation de leaders Terena était à Brasilia pour une nouvelle rencontre avec le ministre de la Justice et le Secrétaire Général de la présidence de la république, Gilberto Carvalho. Les autorités fédérales ont proposé la création d'un Forum pour régler pacifiquement les conflits entre indigènes et fazendeiros. Le 20 juin, lors de la première réunion de ce Forum, le gouvernement a fait connaître son intention d'acheter les terres aux propriétaires détenteurs de titres de propriété valides, ce qui permettra à ceux-là d'évacuer la Terre des Terena. Ces derniers ont annoncé qu'ils ne cesseraient pas leur occupation.

La Commission de l'agriculture, élevage, approvisionnement et développement rural de la Chambre des députés - le lobby de l'agrobusiness - ne relâche pas sa pression sur le gouvernement, le 12 juin, elle a approuvé la convocation du ministre Gilberto Carvalho, pour qu'il "donne des éclaircissements sur le processus de démarcation des Terres indigènes". L'audition devrait avoir lieu dans les 30 jours qui suivent la convocation.

Aura-t-il fallu la mort d'Oziel Gabriel – un mort de plus et de trop - pour voir enfin résolu un problème trop longtemps négligé ?

* Voir sur ce blog la note du 07/06/13

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PS  : L'activation des liens hypertextes (en gris) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 84) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2