10/08/2013

Rio Tapajós : Les Munduruku expulsent des enquêteurs

Le 22 juin, des chercheurs "étrangers" ont été expulsés de la Terre Indigène des indiens Munduruku*. Ils l'ont été par les Munduruku eux-mêmes. Ces techniciens étaient là pour collecter des échantillons de faune et de flore dans le cadre d'une étude environnementale préalable à la construction d'usines électriques sur le rio Tapajós. Constructions auxquelles les Munduruku sont hostiles en raison de l'impact qu'elles auront sur leur territoire.

Des représentants de la présidence de la république sont venus négocier la libération de trois biologistes; ce qu'ils ont obtenu après avoir annoncé la suspension de ces études. Au mois de mai dernier, des Munduruku, avec des représentants d'autres peuples, avaient occupé le chantier de Belo Monte**. Ils ont accepté de quitter les lieux pour aller à Brasilia rencontrer le Secrétaire Général de la Présidence de la république Gilberto Carvalho. Mais le dialogue a tourné court.

Pendant leur présence à Brasilia, ils ont occupé le siège de la FUNAI pendant trois jours. Ils ont manifesté devant le Ministère des Mines et de l'Énergie avant de retourner à Jacareacanga d'où ils sont originaires.

Plus récemment, le 24 juin, une centaine de Mundukuru a manifesté devant la mairie de cette commune pour protester contre les conseillers municipaux favorables au projet du gouvernement de construire des usines hydroélectriques sur le rio Tapajós.

Ces projets inquiètent également des habitants du magnifique site touristique d'Alter do Chão, sur les berges du rio Tapajós, une localité à moins de 40 kilomètres de Santarém. Ils craignent les effets indirects négatifs des ouvrages sur le site. Ils estiment que les études d'impact couvrent une aire trop restreinte, notamment en aval des ouvrages, ce qui serait le cas d'Alter do Chão. Cette préoccupation a été évoquée au sein du Conseil de gestion de l'Aire de Protection Environnementale – APA de la petite ville. Pour l'heure, ces habitants ont fait connaître publiquement leur opposition à la construction du barrage en plaçant des banderoles à divers emplacements : "Ce rio est notre vie, nous n'acceptons pas les [usines] hydroélectriques sur le Tapajós".

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* La Terre Indigène Munduruku a une superficie de 23'818 km2. Elle compte un peu plus de 6'500 habitants. Elle est située sur les deux communes d'Itaítuba et Jacareacanga dans l'État du Pará. En novembre 2012, un Munduruku avait trouvé la mort lors d'une intervention de la police dans le village Teles Pires dans la Terre Indigène de Kayabi (voir sur ce blog, la note du 16/11/2012 et "AYA Info" No 77)

** Voir sur ce blog, la note du 31/05/2013 et "AYA Info" No 83

PS 1 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

PS 2 : les événements qui ont marqué le Brésil ces dernières semaines ont eu quelques répercussions pour les peuples indigènes. Il en sera question dans le prochain "AYA Info".

Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans le dernier AYA Info (No 84) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

02/08/2013

Marta Azevedo quitte la présidence de la Funai qui inaugure un nouveau siège

Le 7 juin, un communiqué laconique de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI* a annoncé la démission de Marta Maria do Amaral Azevedo, la présidente de l'organe depuis avril 2012. "Elle a pris cette décision en raison de la "nécessité de réaliser un traitement médical qui est incompatible avec la charge de présidente".

L'intérim est assuré par Maria Augusta Boulitreau Assirati, jusque-là à la Direction de la Promotion du Développement Soutenable – DPDS de la Fondation. L'arrêté qui officialise la démission, publié le 10 juin au Journal Officiel de l'Union, est signé par la Ministre Cheffe de la Maison civile de la présidence de la république Gleisi Hoffmann**. Cette démission a lieu dans un contexte particulièrement difficile pour les peuples indigènes du Brésil.

Marta était en poste depuis avril 2012. Elle a été la première femme nommée à la tête de la Fondation créée en 1967. Elle avait succédé à Márcio Meira qui, lui, est resté en poste pendant cinq ans, une durée qui a largement dépassé la durée moyenne de longévité des présidences : en 46 ans, la FUNAI a connu 33 présidents ! Marta avait réuni par trois fois, en juin, août et décembre 2012, la Commission Nationale de Politique Indigéniste – CNPI qui avait cessé de fonctionner en juin 2011; alors qu'il s'agit-là de l'organe de dialogue du gouvernement avec les représentants indigènes de tout le pays.

Il n'y a pas eu de rencontre au cours du premier semestre de 2013. La nouvelle présidente en a convoqué la 20e session ordinaire de la Commission qui a eu lieu ces 25 et 26 juillet. À l'ordre du jour, une analyse de la conjoncture relative à l'actualité indigène et le processus de démarcation des terres indigènes.

Par ailleurs, le 24 juillet, la FUNAI a inauguré son nouveau siège national de Brasilia. À cette occasion, Maria Augusta, a rappelé la nécessité de restructurer et de renforcer la Fondation : "Nous sommes heureux avec cette inauguration, mais nous voulons plus. Nous voulons avoir les conditions de réaliser intégralement notre travail comme le détermine la Constitution fédérale. Ceci avec un budget suffisant et avec l'appui des autres organes du gouvernement fédéral". À cette inauguration était également présent Raoni Metuktire, le leader indigène Kayapó qui a rappelé l'importance de la FUNAI pour les indigènes : "La présidente doit être forte. Je suis avec vous et je veux vous appuyer comme c'est nécessaire".

Selon le communiqué de la Fondation, le nouveau siège a une superficie de 19'200 m2 sur 21 étages au total, où travaillent environ 800 fonctionnaires. Le loyer mensuel s'élève à 1,17 millions de reais (environ 512'000 US$). Il est prévu la construction d'un siège en propriété de la Fondation.

* L'organisme chargé de la protection des peuples indigènes du Brésil.

** Le même arrêté annonce également le départ de Paulo de Tarso Texeira, Directeur exécutif du Département de la Police Fédérale au Ministère de la Justice.

Voir sur ce blog, les notes des 21 et 28 avril 2012.

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PS  : L'activation des liens hypertextes (en gris) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans le dernier AYA Info (No 84) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

27/06/2013

Brésil : Un indien Terena tué lors d'une intervention policière

Au matin du 30 mai, un indien Terena, Oziel Gabriel, a été mortellement atteint par un tir de la Police Fédérale - PF qui intervenait pour faire cesser l'occupation, par les Terena, de la fazenda Buriti située sur la Terre Indigène Buriti. Il s'agit d'un territoire indigène de 172 km2, reconnu en 2010 comme traditionnellement occupé par une partie du Peuple Terena (environ 2'500 personnes). Elle est située dans la municipalité de Sidrolândia, dans l'État du Mato Grosso do Sul - MS. Une controverse juridique avait permis l'intervention de la police malgré un recours de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI.

Selon le Ministère Public Fédéral - MPF, le manque de volonté politique de la part du gouvernement est à l'origine des conflits de la terre dans cette partie du pays. Il s'agit de régler un problème né à la fin de la Guerre du Paraguay (1864 – 1870), quand les autorités brésiliennes ont incité des colons à s'installer dans la région. Elles leur ont donné des titres de propriété sur la Terre des Terena. Depuis, elles n'ont jamais réglé le problème. Le MPF reproche également aux forces de l'ordre d'avoir fait un excès de zèle et de ne pas l'avoir averti avant l'intervention. La FUNAI a exprimé le même reproche. Cette mort violente a suscité une vague d'indignation.

Comme cela avait été annoncé* par les parlementaires du lobby de l'agrobusiness, le 14 juin, la Confédération de l'Agriculture et de l'élevage – CNA a organisé diverses manifestations pour protester "contre l'invasion de terres productives pratiquées par des groupes d'indigènes". La sénatrice et présidente de la CNA, Katia Abreu, était présente à celle qui a eu lieu à Nova Alvorada do Sul, dans le Mato Grosso do Sul. Elle a attaqué le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI et la FUNAI qui, selon elle, inciteraient les indigènes à pratiquer ces invasions.

Le 5 juin, José Eduardo Cardozo, le Ministre de la justice s'est rendu à Campo Grande où il a rencontré les leaders Terena et les responsables des forces de police. Il a rappelé le rôle central de la FUNAI dans les processus de démarcation des Terres Indigènes. Le 6 juin, une délégation de leaders Terena était à Brasilia pour une nouvelle rencontre avec le ministre de la Justice et le Secrétaire Général de la présidence de la république, Gilberto Carvalho. Les autorités fédérales ont proposé la création d'un Forum pour régler pacifiquement les conflits entre indigènes et fazendeiros. Le 20 juin, lors de la première réunion de ce Forum, le gouvernement a fait connaître son intention d'acheter les terres aux propriétaires détenteurs de titres de propriété valides, ce qui permettra à ceux-là d'évacuer la Terre des Terena. Ces derniers ont annoncé qu'ils ne cesseraient pas leur occupation.

La Commission de l'agriculture, élevage, approvisionnement et développement rural de la Chambre des députés - le lobby de l'agrobusiness - ne relâche pas sa pression sur le gouvernement, le 12 juin, elle a approuvé la convocation du ministre Gilberto Carvalho, pour qu'il "donne des éclaircissements sur le processus de démarcation des Terres indigènes". L'audition devrait avoir lieu dans les 30 jours qui suivent la convocation.

Aura-t-il fallu la mort d'Oziel Gabriel – un mort de plus et de trop - pour voir enfin résolu un problème trop longtemps négligé ?

* Voir sur ce blog la note du 07/06/13

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PS  : L'activation des liens hypertextes (en gris) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 84) le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

21/06/2013

Les violences commises contre les indiens pendant la dictature militaire

Le 22 mai, sur  la proposition du sénateur Randolfe Rodrigues, la Commission des Droits Humains et de la législation participative – CDH du Sénat brésilien, a tenu une audience publique pour débattre des violences pratiquées, par des agents publics ou privés, contre des indigènes pendant les années 60, au moment de la dictature militaire. Cette demande fait suite à la découverte, en avril dernier, au Musée de l'Indien de Rio de Janeiro, du "Rapport Figueiredo". Il s'agit d'un document de plusieurs milliers de pages, rédigé à la fin des années 60, par le Procureur Jáder Figueiredo Correia à la demande du Ministre de l'intérieur de l'époque, le général Afonso Augusto de Albuquerque de Lima.

Il s'agissait d'évaluer les dénonciations formulées à l'encontre du Service de Protection de l'Indien – SPI auquel a succédé, en 1967, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI. Le SPI avait pour mission "d'intégrer" les indigènes à la société brésilienne !

Ce document que l'on croyait avoir été détruit dans un incendie a été retrouvé par des chercheurs, dont le vice-président de l'association "La torture jamais plus", Marcelo Zelic. Le rapport décrit les divers types de tortures infligés aux indiens : broyer les chevilles, chasse humaine à la mitrailleuse, distribution de sucre empoisonné et massacre de tribus entières, etc.

La Commission veut demander au Ministère de la justice et au Ministère public la punition des responsables. Elle veut aussi demander des mesures pour réparer les torts causés et indemniser les victimes.

Un consensus général s'est dégagé en son sein pour que ce rapport soit examiné en fonction de l'actualité, c'est-à-dire de barrer la route aux propositions actuellement en examen devant le Congrès dont le but est de faire obstacle à la démarcation des Terres Indigènes.

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PS 1 : Les manifestations qui agitent ces jours-ci les villes brésiliennes n'ont pas de lien direct avec la situation des peuples indigènes du pays si ce n'est que les manifestants reprochent au gouvernement de dépenser des sommes considérables pour le financement des événements sportifs, alors que les systèmes de santé et d'éducation sont insatisfaisants. Souvent, les organisations indigènes ont dénoncé les déficiences des services gouvernementaux, notamment celles du système de santé indigène.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en gris) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 83), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

14/06/2013

Le roi de Norvège en visite chez les Yanomami

Le roi de Norvège, Harald V, répondant à une invitation de Davi Kopenawa, a passé quatre jours, du 22 au 25 avril, dans la communauté Watoriki, un village yanomami du bassin du rio Demini situé à 150 km de Boa Vista, la capitale de l'État de Roraima. Initialement, Davi avait invité le souverain à participer, en octobre 2012, à la commémoration des 20 ans de la démarcation de la Terre Indigène Yanomami.

De son côté, le roi souhaitait connaître le quotidien d'une communauté indigène de la forêt. Il n'a pas hésité à dormir sur place, dans un hamac. Il était accompagné d'une délégation réduite. Les Yanomami lui ont fait part de leurs craintes devant l'ambition des "blancs" de pratiquer l'exploitation minière dans les Terres Indigènes. Ils ont réaffirmé que pour eux, la forêt n'a de sens que "sur pied". Le roi a fait part de ses impressions sur le vécu de ses hôtes : "J'ai l'impression qu'ils sont bien avec la vie qu'ils ont. Cela a été fascinant de les écouter imiter le cri des animaux qu'ils attirent pour les chasser et ainsi obtenir leur nourriture". L'interview peut être vue dans la vidéo ci-dessous.

Cette visite s'explique en raison de l'appui donné depuis plusieurs années par la Norvège au programme d'éducation des Yanomami.

Au début du mois de mai, la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI a commencé le retrait des six fazendeiros qui s'étaient installés illégalement sur la terre des Yanomami dans la région du rio Ajarani dans la municipalité de  Caracaraí, une commune de l'État de Roraima, aux abords de la route BR-210, appelée "Perimetral Norte". La Fondation a remis ces propriétés à Dário Vitório Kopenawa, membre de l'Hutukara Associação Yanomami – HAY. Voilà de nombreuses années que les Yanomami se plaignent de l'invasion des fazendeiros et en demandent l'évacuation*.

Plus récemment, les 25 et 26 mai, une piste clandestine d'atterrissage utilisée par les garimpeiros (orpailleurs) a été détruite dans la région de Surucucus, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière du Venezuela, à l'intérieur de la Terre Indigène Yanomami, dans l'État de Roraima. Cette action est le résultat d'une collaboration de la FUNAI, du Front de Protection Ethno - environnemental Yanomami et Ye`kuana – FPEYY et de l'armée. Cette dernière conduit une opération de contrôle – Ágata 7 – de l'ensemble de la frontière brésilienne. Son objectif est de combattre les crimes transfrontaliers comme le narcotrafic, la contrebande, le trafic d'armes, l'immigration et l'orpaillage illégal. Les opérations réalisées par l'armée dans les Terres Indigènes sont accompagnées par la FUNAI.

* Voir AYA Info No 77 et, sur ce blog, la note du 11 janvier 2013.

PS : L'activation des liens hypertextes (en gris) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources permettent d'en "savoir plus".

Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 83), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

07/06/2013

Une offensive gouvernementale et parlementaire pour compliquer la démarcation des Terres indigènes

Le 8 mai à Brasilia, la "Commission de l'agriculture, élevage, approvisionnement et développement rural" de la Chambre des députés, a invité la Ministre-cheffe de la Maison civile de la Présidence de la république, Gleisi Hoffmann, à donner, à l'occasion d'une audience publique, "des éclaircissements au sujet de l'identification et la délimitation des Terres indigènes au Brésil". Et la ministre d'annoncer que les études de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, en charge de la politique indigéniste et du processus de démarcation des Terres Indigènes, seront confrontées avec celles d'autres organes gouvernementaux comme le Ministère du développement agraire et l'Entreprise Brésilienne d'Enquête d'Agro-élevage – EMBRAPA.

Selon la ministre, cette proposition a pour objet d'éviter les conflits entre agriculteurs et indigènes comme il en existe dans plusieurs États du pays. De fait, elle souhaite donner plus de poids aux intérêts anti-indigènes, ceux de l'agrobusiness, dans le processus de démarcation. Elle met en cause le travail de la FUNAI*. Le débat qui a suivi son intervention a connu des moments de tension entre partisans et adversaires de cette proposition.

La controverse a gagné le pays tout entier. Les tenants de l'agrobusiness ont multiplié les critiques à l'égard de la FUNAI. Ils ont multiplié leurs interventions. Le 15 mai, des députés ont officialisé une demande de création d'une Commission Parlementaire d'enquête sur l'action de la FUNAI et de l'Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire – INCRA. Les membres du "Frente Parlamentar da Agropecuária" - les parlementaires du lobby de l'agrobusiness - se sont réunis par deux fois, les 16 et 28 mai, avec le vice-président de la république Michel Tremer. Ils lui ont demandé la suspension des processus de démarcation des Terres indigènes dans les deux États du Mato Grosso do Sul et du Rio Grande do Sul. Ceci à l'exemple de ce qu'avait demandé récemment Gleisi Hoffmann pour l'État du Paraná. Les parlementaires ont annoncé, pour le 14 juin, une mobilisation nationale des producteurs ruraux contre la désappropriation de terres productives pour des fins de démarcation.

L'Articulation des Peuples Indigènes de la Région Sud – ARPINSUL est la première organisation indigène à exprimer sa réprobation : …"tant que l'État brésilien ne traitera pas la question indigène avec le respect qu'elle mérite, les conflits seront constants, et la violation des droits humains s'intensifiera encore plus parce que nous ne nous tairons pas. Nous serons implacables dans la lutte pour les droits qui ont coûté de sang de nos ancêtres ! Jamais plus un Brésil sans les peuples indigènes !" La veille de la réunion de la Commission de la Chambre des députés, Mme Hoffmann avait demandé au ministre de la justice de suspendre les processus de démarcation dans l'Etat du Paraná.

 Le Conseil Indigène de Roraima – CIR a publié un manifeste  : "Nous voulons que la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, respecte et reconnaisse tous les peuples indigènes pour les conquêtes des droits acquis jusqu'aux jours actuels et qu'elle ne fasse pas des actes d'ignorance et de méconnaissance de la question indigène. Les terres brésiliennes sont des terres indigènes".

Le 3 juin, le Secrétaire général de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB, Dom Leonardo Steiner, a reçu Gleisi Hoffmann à qui il a expliqué la position de l'entité : "Nous espérons que la FUNAI ne soit pas vidée dans sa fonction et que les démarcations continuent".

Une coalition de 26 organisations, dont l'Association brésilienne des ONG – ABONG a rendu publique une note exigeant le respect de la Constitution : "En 1988, se terminaient les travaux de la Constituante et la Constitution citoyenne qui a suspendu les législation du régime autoritaire. Il a été affirmé solennellement une série de droits, parmi lesquels les droits des peuples indigènes. Les mesures qui viennent d'être prises et les propositions d'amendement constitutionnel en discussion signifient un recul dans la lutte pour les droits humains dans notre pays et le retour à une étape que nous ne pouvons pas accepter. Nous exigeons le respect de la Constitution fédérale ! Nous exigeons le respect des droits des peuples indigènes !"

Alors que cette offensive du gouvernement suscite une vague de protestations, dans le Mato Grosso do sul, un indigène, Terena, Oziel Gabriel, a été tué par les forces de l'ordre lors d'une opération d'évacuation d'une fazenda. Les Terena revendiquent cette terre comme étant leur territoire ancestral...

* La démarcation des Terres indigènes a fait l'objet d'un Décret de 1996 (No 1775/96) qui prévoit la possibilité pour les opposants à une démarcation de faire connaître leur point de vue.

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 PS : L'activation des liens hypertextes (en gris) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources permettent d'en "savoir plus".

Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 83), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

31/05/2013

Belo Monte : le chantier du barrage est occupé pour la deuxième fois en un mois

Le 2 mai, environ 200 indigènes ont occupé le chantier principal de construction de l'usine hydroélectrique de Belo Monte* à Vitória du Xingu. Les occupants sont de divers peuples, dont des Munduruku, touchés par la construction de barrages sur les rios Xingu, Tapajós et Teles Pires. Ils demandent l'organisation d'une véritable consultation préalable comme cela est prévu par la Convention 169 de l'OIT.

Le 7 mai, le ministre Gilberto Carvalho, chef du Secrétariat général de la présidence de la république, a adressé un courrier aux occupants leur proposant de les rencontrer à la condition qu'ils évacuent le chantier. Le 6 mai, son Secrétariat avait publié une note critiquant l'attitude des leaders Munduruku.

Pendant cette période d'occupation, les forces de l'ordre ont inquiété des journalistes qui couvraient l'événement. Elles ont également empêché le député fédéral Padre Ton de prendre contact avec les occupants.

La justice a ordonné leur évacuation après huit jours d'occupation. Ils ont quitté le chantier le 9 mai.

Le 27 mai à l'aube, les indigènes ont à nouveau occupé le chantier. Ils demandent la suspension des travaux et des études concernant les barrages prévus dans leurs territoires. Comme lors de la première occupation, ils veulent que la consultation préalable – avec droit de veto – soit réalisée. De plus, ils reprochent au gouvernement de ne pas être venu dialoguer avec eux alors qu'ils avaient quitté le chantier. Ils demandent que la présidente de la république, Dilma Rousseff, vienne les rencontrer. Le 28 mai, une nouvelle fois, la justice a autorisé les forces de l'ordre à procéder à l'évacuation du chantier.

Ce 30 mai, un représentant du Secrétariat de la présidence de la république est venu proposer aux occupants d'envoyer une petite délégation à Brasilia pour rencontrer Gilberto Carvalho le 4 juin. Cette rencontre est proposée à la condition que les indigènes évacuent le chantier et que les Munduruku retournent sur leur territoire. Cette proposition a été refusée. Les indigènes veulent que la rencontre ait lieu sur le chantier. À suivre…

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* Belo Monte sur le rio Xingu sera le troisième grand barrage au monde après celui d'Iguaçu, à la frontière entre le Brésil et le Paraguay et celui des Trois Gorges en Chine.

PS 1 : Cette note a été rédigée d'après les informations diffusées par les sites du "Movimento Xingu Vivo para Sempre" : http://www.xinguvivo.org.br/ , du Conseil Indigéniste Missionnaire http://www.cimi.org.br/site/pt-br/ et du Secrétariat de la présidence de la république : http://www.secretariageral.gov.br/noticias/ultimas_notici... (voir les notícias des 6, 7 et 29 mai)

PS 2 : Voir sur ce blog les notes des 27 et 31 août 2012.

Cette note sera publiée dans le prochain AYA Info (No 83), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

17/05/2013

Dans un contexte difficile, la SECOYA tient son Assemblée générale à Manaus

Amazonas,Amazonie,Brasil,Brésil,Brasilia,Manaus,SECOYA,Yanomami,rio Marauiá,Ministério Público Federal,Estado d'Amazonas,Julio José Araujo,DSEI,SESAI,Roraima,Boa Vista,Silvio CavuscensLe 31 mars, le Service et Coopération avec le Peuple Yanomami – SECOYA (le partenaire de AYA) a tenu sa XIVe Assemblée générale à son siège de Manaus. L'équipe exécutive a dressé le tableau d'une conjoncture défavorable aux peuples indigènes et les menaces qui pèsent sur leurs territoires. Il s'agit des projets de réduction des droits indigènes inscrits dans la Constitution fédérale, notamment dans le domaine de la reconnaissance et la protection des Terres Indigènes.

Au cours de l'assemblée, il a été rappelé l'évaluation du programme de formation de professeurs Yanomami de la SECOYA faite par le Conseil d'éducation scolaire indigène de l'Etat d'Amazonas. L'appréciation a été très favorable et laisse espérer un appui technique et financier de la part de cet État. Cela permettrait de garantir la continuité des actions dans ce domaine.

Était également à l'ordre du jour la mise en œuvre par la SECOYA, avec la participation du peuple Yanomami, des nouvelles procédures de recrutement du personnel appelé à travailler dans les communautés. Il s'agit de prendre en compte non seulement la qualification professionnelle des candidats, mais également leur capacité d'adaptation à un contexte très particulier.

Quatre leaders Yanomami, membres de la SECOYA, représentants des communautés du rio Marauiá, avaient fait le déplacement, un voyage de plusieurs jours. Ils ont exprimé leurs préoccupations en raison des dysfonctionnements du Service de santé indigène et du mauvais état des postes de santé et du matériel, le manque de médicaments et l'insuffisance dans la formation des professionnels de santé.

Ils ont aussi annoncé la décision de créer une association des Yanomami de l'État d'Amazonas.

L'assemblée a également évoqué les difficultés de l'association pour augmenter les ressources* des programmes de formation en santé, du développement soutenable, de soutien au processus organisationnel yanomami et d'appui institutionnel de la Secoya. Elle procédé aux élections statutaires.

À l'occasion de leur présence à Manaus, les quatre leaders Yanomami, accompagnés du coordinateur de la Secoya, sont allés au siège du Ministère Public Fédéral pour rencontrer le Procureur de la République de l'État d'Amazonas Julio Araujo. Ils lui ont présenté les problèmes vécus par la population Yanomami de cet État. Ils ont évoqué des cas concrets où les déficiences du service de santé ont des conséquences graves. Ils ont rappelé la demande qu'ils avaient déjà formulée en novembre 2011 relative à la création d'un Sous-district de santé pour la population Yanomami de l'État d'Amazonas. En effet, le siège du District Sanitaire Indigène Yanomami – DSEI-Y est à Boa Vista, la capitale de l'État de Roraima, bien trop éloigné des communautés Yanomami de l'État d'Amazonas. Jusque-là leur demande est restée sans réponse. Ils attendent du Procureur qu'il fasse pression sur les administrations concernées afin qu'elles assurent les services dont elles ont la charge auprès des populations indigènes.

Après l'assemblée, trois de ces leaders sont partis à Brasilia pour participer à la manifestation nationale "Avril indigène". Leur déplacement s'est fait en avion, leur baptême de l'air ! C'était la première fois que des Yanomami de l'État d'Amazonas participaient à une telle rencontre. L'occasion pour eux de découvrir l'ampleur et la diversité du mouvement indigène au niveau national et de voir, physiquement, les lieux du pouvoir fédéral où se prennent bon nombre de décisions les concernant.

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* Les lecteurs de cette note désireux de soutenir l'action de la SECOYA peuvent le faire en versant leur don à "AYA - Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" 1200 Genève - CCP 17-55066-2 qui transmettra. Merci d'avance.

Photo © Secoya : Quelques membres de la SECOYA pendant la XIVe Assemblée générale

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note écrite en collaboration avec Silvio Cavuscens, le Coordinateur de la Secoya.

Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 82), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/05/2013

Amazonie péruvienne : le gouvernement décrète l'état d'urgence environnemental

Pérou,Peru,rio Pastaza,rio Tigre,Quechua, Manuel Pulgar-Vidal,Juan Jiménez Mayor, FEDIQUEP, FECONAT,Emergencia Ambiental,cuenca del río Pastaza,Andoas,rio Marañón,rio Corrientes,departamento de Loreto,état d'urgenceUne belle victoire pour les organisations indigènes ! Le 26 avril, le Ministre péruvien de l'environnement, Manuel Pulgar-Vidal, a décrété l'état d'urgence environnemental dans une partie de l'Amazonie péruvienne, dans le bassin du rio Pastaza. Durant plus de 40 ans, les compagnies pétrolières ont pollué le sol et les eaux.

L’État, quasiment absent de cette région isolée et difficile d’accès, ne reconnaissait pas l’existence de cette pollution. Mais à l’heure d’Internet et du tout digital, il est désormais possible pour les populations locales de documenter et de dénoncer publiquement l’existence de cette pollution. Face aux preuves fournies par les surveillants de la Fédération des Indigènes Quechua du Pastaza - FEDIQUEP, le gouvernement a chargé une Commission d’évaluer les sites pollués. Le rapport de cette Commission a montré la gravité du phénomène et le gouvernement a enfin déclaré l’état d’urgence environnemental dans ce bassin. Cela concerne près de trente communautés, soit environ 4'000 personnes.

Un travail identique de surveillance* a été entrepris par la Fédération des Communautés Natives du Haut Tigre – FECONAT, une organisation indigène appuyée par l'ONG genevoise, le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI. Prochainement, une Commission se rendra dans le bassin du rio Tigre pour évaluer les sites pollués identifiés par cette Fédération. Tout laisse à penser que les résultats de cette visite devraient amener le gouvernement à déclarer le même état d’urgence dans cette autre région.

L'État péruvien a récemment adopté des standards de qualité environnementale concernant les niveaux de concentration en polluants admis dans les sols. À terme, c’est la reconnaissance et le financement, par l'État, des programmes indépendants de surveillance environnementale que les fédérations autochtones recherchent.

Le 8 mai à Lima, à l'occasion d'une rencontre avec les organisations indigènes, le Premier ministre péruvien, Juan Jiménez Mayor, a présenté les excuses du Gouvernement pour les 40 années pendant lesquelles il a laissé les compagnies pétrolières sans contrôle. Une prochaine réunion est prévue avec les organisations indigènes en vue d'une intervention dans les bassins des rios Pastaza, Corrientes, Tigre et Marañón.

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Carte  : Partie de l'Amazonie péruvienne concernée.

*Voir aussi "AYA Info" Nos 67 et 72 et sur ce blog les notes des 20 janvier et 25 juin 2012

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note rédigée en collaboration avec Aurélien Stoll.

Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 82), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

03/05/2013

Avril indigène, les indiens occupent la Chambre des députés

Brasil,Brésil,Abril indígena,Dia do Indio,Brasilia,Câmara dos Deputados, Henrique Eduardo Alves, Congresso,Terras Indígenas,demarcação,Constituição federal,Proposta de Emenda à Constituição,PEC 215/2000 Le 16 avril à Brasilia, la Chambre des Députés a été envahie par plusieurs centaines d'indigènes. Ils ont mis un terme à leur occupation après que le président de la Chambre se soit engagé à suspendre la procédure d'examen de textes litigieux, notamment la Proposition d'amendement constitutionnel (PEC 215/2000)qui vise à transférer au Congrès l'approbation de la démarcation des Terres Indigènes – TI. Un pouvoir qui est dévolu à l'exécutif.

Ce geste fort de mécontentement des indigènes est une réponse aux attaques, répétées et diverses, contre leurs droits territoriaux. Elles sont menées par les tenants de l'agrobusiness et des entreprises qui convoitent les richesses minérales que recèlent les territoires indigènes. Ces attaques peuvent être vues par les indigènes comme une deuxième "colonisation" dont les effets pourraient être comparables à ceux qu'ils ont subis après l'arrivée des Portugais.

Dans une "Déclaration", les 600 représentants de 73 peuples et diverses organisations indigènes de toutes les régions du pays, présents à Brasilia ce jour-là, ont souligné les graves menaces qui pèsent sur les droits garantis aux peuples indigènes. Ceux reconnus par la Constitution fédérale de 1988 et les instruments internationaux approuvés par le Brésil, notamment la Convention 169 de l'OIT et la Déclaration de l'ONU sur les droits des peuples autochtones.

Ils dénoncent le modèle de développement économique d'exploitation et d'exportation des matières premières et les infrastructures qui lui sont nécessaires. Un modèle qui met en danger les peuples indigènes. Ils soulignent que pour exploiter les territoires indigènes, les pouvoirs économiques et politiques ont trois objectifs : 1.- Invalider et empêcher la reconnaissance et la démarcation des Terres Indigènes (TI) encore usurpées par des non - indiens. 2.- Réouvrir et revoir les processus de démarcation déjà finalisés. 3.- Envahir, exploiter et "mercantiliser" les TI démarquées et préservées jusque-là par les peuples indigènes. La déclaration énumère la liste des projets de loi, décrets et autres textes permettant d'atteindre ces objectifs. Les indigènes veulent l'abrogation de tous les textes qui menacent l'intégrité de leurs Territoires.

Ils demandent au Gouvernement de respecter les engagements qu'il a pris dans diverses instances de dialogue avec le mouvement indigène. Ils affirment leur détermination à défendre leurs territoires, et la mère nature, pour le bien des générations actuelles et futures. Enfin, ils appellent les autres indigènes, peuples et organisations et aussi les alliés de partout "pour qu'ensemble, nous évitions qu'arrive l'extinction programmée de nos peuples".

Les autorités prendront-elles au sérieux le mécontentement des peuples indigènes ? Le 17 avril, le président de la Chambre des députés, Henrique Eduardo Alves, a créé un Groupe de travail paritaire - Députés/Leaders indigènes des différentes parties du pays – pour discuter des sujets litigieux.

Le traditionnel rassemblement de Brasilia pour marquer le "Jour de l'Indien" (officiellement le 19 avril) a pris cette année un sens particulier !

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Photo : Gustavo Lima /Agência Câmara / 16/04/2013 Les manifestants à la Chambre des députés

Vidéo ci-dessous : Les indigènes entrent à la Chambre des députés...

 

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note.

Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 82), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2