07/06/2013

Une offensive gouvernementale et parlementaire pour compliquer la démarcation des Terres indigènes

Le 8 mai à Brasilia, la "Commission de l'agriculture, élevage, approvisionnement et développement rural" de la Chambre des députés, a invité la Ministre-cheffe de la Maison civile de la Présidence de la république, Gleisi Hoffmann, à donner, à l'occasion d'une audience publique, "des éclaircissements au sujet de l'identification et la délimitation des Terres indigènes au Brésil". Et la ministre d'annoncer que les études de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, en charge de la politique indigéniste et du processus de démarcation des Terres Indigènes, seront confrontées avec celles d'autres organes gouvernementaux comme le Ministère du développement agraire et l'Entreprise Brésilienne d'Enquête d'Agro-élevage – EMBRAPA.

Selon la ministre, cette proposition a pour objet d'éviter les conflits entre agriculteurs et indigènes comme il en existe dans plusieurs États du pays. De fait, elle souhaite donner plus de poids aux intérêts anti-indigènes, ceux de l'agrobusiness, dans le processus de démarcation. Elle met en cause le travail de la FUNAI*. Le débat qui a suivi son intervention a connu des moments de tension entre partisans et adversaires de cette proposition.

La controverse a gagné le pays tout entier. Les tenants de l'agrobusiness ont multiplié les critiques à l'égard de la FUNAI. Ils ont multiplié leurs interventions. Le 15 mai, des députés ont officialisé une demande de création d'une Commission Parlementaire d'enquête sur l'action de la FUNAI et de l'Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire – INCRA. Les membres du "Frente Parlamentar da Agropecuária" - les parlementaires du lobby de l'agrobusiness - se sont réunis par deux fois, les 16 et 28 mai, avec le vice-président de la république Michel Tremer. Ils lui ont demandé la suspension des processus de démarcation des Terres indigènes dans les deux États du Mato Grosso do Sul et du Rio Grande do Sul. Ceci à l'exemple de ce qu'avait demandé récemment Gleisi Hoffmann pour l'État du Paraná. Les parlementaires ont annoncé, pour le 14 juin, une mobilisation nationale des producteurs ruraux contre la désappropriation de terres productives pour des fins de démarcation.

L'Articulation des Peuples Indigènes de la Région Sud – ARPINSUL est la première organisation indigène à exprimer sa réprobation : …"tant que l'État brésilien ne traitera pas la question indigène avec le respect qu'elle mérite, les conflits seront constants, et la violation des droits humains s'intensifiera encore plus parce que nous ne nous tairons pas. Nous serons implacables dans la lutte pour les droits qui ont coûté de sang de nos ancêtres ! Jamais plus un Brésil sans les peuples indigènes !" La veille de la réunion de la Commission de la Chambre des députés, Mme Hoffmann avait demandé au ministre de la justice de suspendre les processus de démarcation dans l'Etat du Paraná.

 Le Conseil Indigène de Roraima – CIR a publié un manifeste  : "Nous voulons que la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, respecte et reconnaisse tous les peuples indigènes pour les conquêtes des droits acquis jusqu'aux jours actuels et qu'elle ne fasse pas des actes d'ignorance et de méconnaissance de la question indigène. Les terres brésiliennes sont des terres indigènes".

Le 3 juin, le Secrétaire général de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB, Dom Leonardo Steiner, a reçu Gleisi Hoffmann à qui il a expliqué la position de l'entité : "Nous espérons que la FUNAI ne soit pas vidée dans sa fonction et que les démarcations continuent".

Une coalition de 26 organisations, dont l'Association brésilienne des ONG – ABONG a rendu publique une note exigeant le respect de la Constitution : "En 1988, se terminaient les travaux de la Constituante et la Constitution citoyenne qui a suspendu les législation du régime autoritaire. Il a été affirmé solennellement une série de droits, parmi lesquels les droits des peuples indigènes. Les mesures qui viennent d'être prises et les propositions d'amendement constitutionnel en discussion signifient un recul dans la lutte pour les droits humains dans notre pays et le retour à une étape que nous ne pouvons pas accepter. Nous exigeons le respect de la Constitution fédérale ! Nous exigeons le respect des droits des peuples indigènes !"

Alors que cette offensive du gouvernement suscite une vague de protestations, dans le Mato Grosso do sul, un indigène, Terena, Oziel Gabriel, a été tué par les forces de l'ordre lors d'une opération d'évacuation d'une fazenda. Les Terena revendiquent cette terre comme étant leur territoire ancestral...

* La démarcation des Terres indigènes a fait l'objet d'un Décret de 1996 (No 1775/96) qui prévoit la possibilité pour les opposants à une démarcation de faire connaître leur point de vue.

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 PS : L'activation des liens hypertextes (en gris) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources permettent d'en "savoir plus".

Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 83), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

31/05/2013

Belo Monte : le chantier du barrage est occupé pour la deuxième fois en un mois

Le 2 mai, environ 200 indigènes ont occupé le chantier principal de construction de l'usine hydroélectrique de Belo Monte* à Vitória du Xingu. Les occupants sont de divers peuples, dont des Munduruku, touchés par la construction de barrages sur les rios Xingu, Tapajós et Teles Pires. Ils demandent l'organisation d'une véritable consultation préalable comme cela est prévu par la Convention 169 de l'OIT.

Le 7 mai, le ministre Gilberto Carvalho, chef du Secrétariat général de la présidence de la république, a adressé un courrier aux occupants leur proposant de les rencontrer à la condition qu'ils évacuent le chantier. Le 6 mai, son Secrétariat avait publié une note critiquant l'attitude des leaders Munduruku.

Pendant cette période d'occupation, les forces de l'ordre ont inquiété des journalistes qui couvraient l'événement. Elles ont également empêché le député fédéral Padre Ton de prendre contact avec les occupants.

La justice a ordonné leur évacuation après huit jours d'occupation. Ils ont quitté le chantier le 9 mai.

Le 27 mai à l'aube, les indigènes ont à nouveau occupé le chantier. Ils demandent la suspension des travaux et des études concernant les barrages prévus dans leurs territoires. Comme lors de la première occupation, ils veulent que la consultation préalable – avec droit de veto – soit réalisée. De plus, ils reprochent au gouvernement de ne pas être venu dialoguer avec eux alors qu'ils avaient quitté le chantier. Ils demandent que la présidente de la république, Dilma Rousseff, vienne les rencontrer. Le 28 mai, une nouvelle fois, la justice a autorisé les forces de l'ordre à procéder à l'évacuation du chantier.

Ce 30 mai, un représentant du Secrétariat de la présidence de la république est venu proposer aux occupants d'envoyer une petite délégation à Brasilia pour rencontrer Gilberto Carvalho le 4 juin. Cette rencontre est proposée à la condition que les indigènes évacuent le chantier et que les Munduruku retournent sur leur territoire. Cette proposition a été refusée. Les indigènes veulent que la rencontre ait lieu sur le chantier. À suivre…

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* Belo Monte sur le rio Xingu sera le troisième grand barrage au monde après celui d'Iguaçu, à la frontière entre le Brésil et le Paraguay et celui des Trois Gorges en Chine.

PS 1 : Cette note a été rédigée d'après les informations diffusées par les sites du "Movimento Xingu Vivo para Sempre" : http://www.xinguvivo.org.br/ , du Conseil Indigéniste Missionnaire http://www.cimi.org.br/site/pt-br/ et du Secrétariat de la présidence de la république : http://www.secretariageral.gov.br/noticias/ultimas_notici... (voir les notícias des 6, 7 et 29 mai)

PS 2 : Voir sur ce blog les notes des 27 et 31 août 2012.

Cette note sera publiée dans le prochain AYA Info (No 83), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

17/05/2013

Dans un contexte difficile, la SECOYA tient son Assemblée générale à Manaus

Amazonas,Amazonie,Brasil,Brésil,Brasilia,Manaus,SECOYA,Yanomami,rio Marauiá,Ministério Público Federal,Estado d'Amazonas,Julio José Araujo,DSEI,SESAI,Roraima,Boa Vista,Silvio CavuscensLe 31 mars, le Service et Coopération avec le Peuple Yanomami – SECOYA (le partenaire de AYA) a tenu sa XIVe Assemblée générale à son siège de Manaus. L'équipe exécutive a dressé le tableau d'une conjoncture défavorable aux peuples indigènes et les menaces qui pèsent sur leurs territoires. Il s'agit des projets de réduction des droits indigènes inscrits dans la Constitution fédérale, notamment dans le domaine de la reconnaissance et la protection des Terres Indigènes.

Au cours de l'assemblée, il a été rappelé l'évaluation du programme de formation de professeurs Yanomami de la SECOYA faite par le Conseil d'éducation scolaire indigène de l'Etat d'Amazonas. L'appréciation a été très favorable et laisse espérer un appui technique et financier de la part de cet État. Cela permettrait de garantir la continuité des actions dans ce domaine.

Était également à l'ordre du jour la mise en œuvre par la SECOYA, avec la participation du peuple Yanomami, des nouvelles procédures de recrutement du personnel appelé à travailler dans les communautés. Il s'agit de prendre en compte non seulement la qualification professionnelle des candidats, mais également leur capacité d'adaptation à un contexte très particulier.

Quatre leaders Yanomami, membres de la SECOYA, représentants des communautés du rio Marauiá, avaient fait le déplacement, un voyage de plusieurs jours. Ils ont exprimé leurs préoccupations en raison des dysfonctionnements du Service de santé indigène et du mauvais état des postes de santé et du matériel, le manque de médicaments et l'insuffisance dans la formation des professionnels de santé.

Ils ont aussi annoncé la décision de créer une association des Yanomami de l'État d'Amazonas.

L'assemblée a également évoqué les difficultés de l'association pour augmenter les ressources* des programmes de formation en santé, du développement soutenable, de soutien au processus organisationnel yanomami et d'appui institutionnel de la Secoya. Elle procédé aux élections statutaires.

À l'occasion de leur présence à Manaus, les quatre leaders Yanomami, accompagnés du coordinateur de la Secoya, sont allés au siège du Ministère Public Fédéral pour rencontrer le Procureur de la République de l'État d'Amazonas Julio Araujo. Ils lui ont présenté les problèmes vécus par la population Yanomami de cet État. Ils ont évoqué des cas concrets où les déficiences du service de santé ont des conséquences graves. Ils ont rappelé la demande qu'ils avaient déjà formulée en novembre 2011 relative à la création d'un Sous-district de santé pour la population Yanomami de l'État d'Amazonas. En effet, le siège du District Sanitaire Indigène Yanomami – DSEI-Y est à Boa Vista, la capitale de l'État de Roraima, bien trop éloigné des communautés Yanomami de l'État d'Amazonas. Jusque-là leur demande est restée sans réponse. Ils attendent du Procureur qu'il fasse pression sur les administrations concernées afin qu'elles assurent les services dont elles ont la charge auprès des populations indigènes.

Après l'assemblée, trois de ces leaders sont partis à Brasilia pour participer à la manifestation nationale "Avril indigène". Leur déplacement s'est fait en avion, leur baptême de l'air ! C'était la première fois que des Yanomami de l'État d'Amazonas participaient à une telle rencontre. L'occasion pour eux de découvrir l'ampleur et la diversité du mouvement indigène au niveau national et de voir, physiquement, les lieux du pouvoir fédéral où se prennent bon nombre de décisions les concernant.

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* Les lecteurs de cette note désireux de soutenir l'action de la SECOYA peuvent le faire en versant leur don à "AYA - Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" 1200 Genève - CCP 17-55066-2 qui transmettra. Merci d'avance.

Photo © Secoya : Quelques membres de la SECOYA pendant la XIVe Assemblée générale

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note écrite en collaboration avec Silvio Cavuscens, le Coordinateur de la Secoya.

Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 82), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/05/2013

Amazonie péruvienne : le gouvernement décrète l'état d'urgence environnemental

Pérou,Peru,rio Pastaza,rio Tigre,Quechua, Manuel Pulgar-Vidal,Juan Jiménez Mayor, FEDIQUEP, FECONAT,Emergencia Ambiental,cuenca del río Pastaza,Andoas,rio Marañón,rio Corrientes,departamento de Loreto,état d'urgenceUne belle victoire pour les organisations indigènes ! Le 26 avril, le Ministre péruvien de l'environnement, Manuel Pulgar-Vidal, a décrété l'état d'urgence environnemental dans une partie de l'Amazonie péruvienne, dans le bassin du rio Pastaza. Durant plus de 40 ans, les compagnies pétrolières ont pollué le sol et les eaux.

L’État, quasiment absent de cette région isolée et difficile d’accès, ne reconnaissait pas l’existence de cette pollution. Mais à l’heure d’Internet et du tout digital, il est désormais possible pour les populations locales de documenter et de dénoncer publiquement l’existence de cette pollution. Face aux preuves fournies par les surveillants de la Fédération des Indigènes Quechua du Pastaza - FEDIQUEP, le gouvernement a chargé une Commission d’évaluer les sites pollués. Le rapport de cette Commission a montré la gravité du phénomène et le gouvernement a enfin déclaré l’état d’urgence environnemental dans ce bassin. Cela concerne près de trente communautés, soit environ 4'000 personnes.

Un travail identique de surveillance* a été entrepris par la Fédération des Communautés Natives du Haut Tigre – FECONAT, une organisation indigène appuyée par l'ONG genevoise, le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI. Prochainement, une Commission se rendra dans le bassin du rio Tigre pour évaluer les sites pollués identifiés par cette Fédération. Tout laisse à penser que les résultats de cette visite devraient amener le gouvernement à déclarer le même état d’urgence dans cette autre région.

L'État péruvien a récemment adopté des standards de qualité environnementale concernant les niveaux de concentration en polluants admis dans les sols. À terme, c’est la reconnaissance et le financement, par l'État, des programmes indépendants de surveillance environnementale que les fédérations autochtones recherchent.

Le 8 mai à Lima, à l'occasion d'une rencontre avec les organisations indigènes, le Premier ministre péruvien, Juan Jiménez Mayor, a présenté les excuses du Gouvernement pour les 40 années pendant lesquelles il a laissé les compagnies pétrolières sans contrôle. Une prochaine réunion est prévue avec les organisations indigènes en vue d'une intervention dans les bassins des rios Pastaza, Corrientes, Tigre et Marañón.

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Carte  : Partie de l'Amazonie péruvienne concernée.

*Voir aussi "AYA Info" Nos 67 et 72 et sur ce blog les notes des 20 janvier et 25 juin 2012

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note rédigée en collaboration avec Aurélien Stoll.

Une version réduite de cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 82), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

03/05/2013

Avril indigène, les indiens occupent la Chambre des députés

Brasil,Brésil,Abril indígena,Dia do Indio,Brasilia,Câmara dos Deputados, Henrique Eduardo Alves, Congresso,Terras Indígenas,demarcação,Constituição federal,Proposta de Emenda à Constituição,PEC 215/2000 Le 16 avril à Brasilia, la Chambre des Députés a été envahie par plusieurs centaines d'indigènes. Ils ont mis un terme à leur occupation après que le président de la Chambre se soit engagé à suspendre la procédure d'examen de textes litigieux, notamment la Proposition d'amendement constitutionnel (PEC 215/2000)qui vise à transférer au Congrès l'approbation de la démarcation des Terres Indigènes – TI. Un pouvoir qui est dévolu à l'exécutif.

Ce geste fort de mécontentement des indigènes est une réponse aux attaques, répétées et diverses, contre leurs droits territoriaux. Elles sont menées par les tenants de l'agrobusiness et des entreprises qui convoitent les richesses minérales que recèlent les territoires indigènes. Ces attaques peuvent être vues par les indigènes comme une deuxième "colonisation" dont les effets pourraient être comparables à ceux qu'ils ont subis après l'arrivée des Portugais.

Dans une "Déclaration", les 600 représentants de 73 peuples et diverses organisations indigènes de toutes les régions du pays, présents à Brasilia ce jour-là, ont souligné les graves menaces qui pèsent sur les droits garantis aux peuples indigènes. Ceux reconnus par la Constitution fédérale de 1988 et les instruments internationaux approuvés par le Brésil, notamment la Convention 169 de l'OIT et la Déclaration de l'ONU sur les droits des peuples autochtones.

Ils dénoncent le modèle de développement économique d'exploitation et d'exportation des matières premières et les infrastructures qui lui sont nécessaires. Un modèle qui met en danger les peuples indigènes. Ils soulignent que pour exploiter les territoires indigènes, les pouvoirs économiques et politiques ont trois objectifs : 1.- Invalider et empêcher la reconnaissance et la démarcation des Terres Indigènes (TI) encore usurpées par des non - indiens. 2.- Réouvrir et revoir les processus de démarcation déjà finalisés. 3.- Envahir, exploiter et "mercantiliser" les TI démarquées et préservées jusque-là par les peuples indigènes. La déclaration énumère la liste des projets de loi, décrets et autres textes permettant d'atteindre ces objectifs. Les indigènes veulent l'abrogation de tous les textes qui menacent l'intégrité de leurs Territoires.

Ils demandent au Gouvernement de respecter les engagements qu'il a pris dans diverses instances de dialogue avec le mouvement indigène. Ils affirment leur détermination à défendre leurs territoires, et la mère nature, pour le bien des générations actuelles et futures. Enfin, ils appellent les autres indigènes, peuples et organisations et aussi les alliés de partout "pour qu'ensemble, nous évitions qu'arrive l'extinction programmée de nos peuples".

Les autorités prendront-elles au sérieux le mécontentement des peuples indigènes ? Le 17 avril, le président de la Chambre des députés, Henrique Eduardo Alves, a créé un Groupe de travail paritaire - Députés/Leaders indigènes des différentes parties du pays – pour discuter des sujets litigieux.

Le traditionnel rassemblement de Brasilia pour marquer le "Jour de l'Indien" (officiellement le 19 avril) a pris cette année un sens particulier !

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Photo : Gustavo Lima /Agência Câmara / 16/04/2013 Les manifestants à la Chambre des députés

Vidéo ci-dessous : Les indigènes entrent à la Chambre des députés...

 

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note.

Cette note a été publiée dans le dernier AYA Info (No 82), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

26/04/2013

La maladie de Chagas heureusement moins négligée

Être "chagastique" sans le savoir, en souffrir, voire en mourir, et peut-être transmettre l'affection, a été pendant longtemps un risque négligé, parce qu'elle-même, la maladie de Chagas était négligée. La vectrice est une punaise hématophage, la Triatomine quand elle-même est infectée par un parasite pathogène, le Trypanosome cruzi. Les habitats préférés de ces  insectes sont certaines variétés de palmiers, notamment les Piaçava, leurs fibres, et leurs feuilles quand ces dernières sont utilisées pour la couverture des habitations.

Généralement, la maladie se transmet à l'être humain d'abord par les piqûres de l'insecte ou par absorption de boissons ou d'aliments infectés. Elle se répand ensuite de différentes manières : par une mère infectée à son enfant pendant la grossesse ou l'accouchement, par transfusion de sang et transplantation d'organes de donneurs infectés. Dans sa phase aiguë, accompagnée de fièvre, elle peut provoquer des furoncles ou des œdèmes. Dans sa phase chronique, de durée variable, elle peut être à l'origine d'atteintes cardiaques, digestives ou neurologiques.

À l'origine, limitée à l'Amérique centrale et du sud, la maladie s'est progressivement mondialisée avec les voyages et les migrations. En particulier sous l'influence de l'Organisation Mondiale de la Santé – OMS et d'autres institutions, davantage de mesures sont prises maintenant pour dépister la pathologie, en limiter l'extension et soigner les personnes atteintes.

Par exemple, en Suisse, où les experts estiment entre 2'000 et 4'000 le nombre de porteurs potentiels de cette maladie, depuis le début de cette année, les centres de transfusion sanguine ont introduit une question supplémentaire (No 12) au questionnaire médical que doivent remplir les donneurs de sang.

En Amazonie brésilienne, la Fondation Oswaldo Cruz – Fiocruz est un acteur de longue date dans la lutte contre la maladie. En juin 2012, elle a édité un manuel de formation destiné aux techniciens – "microscopistes" et laborantins - chargés de la détection de la maladie de Chagas. L'objectif est de pouvoir détecter chaque année des dizaines de cas de phases aiguës de la maladie. La Fiocruz a également financé deux cours pour les Agents Indigènes de Santé présents dans les communautés Yanomami de l'État d'Amazonas.

Il y a là une population à risque. En effet, bon nombre de Yanomami récoltent la Piaçava dont les fibres sont utilisées pour la fabrication de balais, de brosses et autres objets. En 2012, un premier cours a été organisé à São Gabriel da Cachoeira. Un second a eu lieu en décembre 2012 à Barcelos, mais malheureusement avec peu de participants, ce qu'a vivement regretté la Fondation.

Ces deux exemples montrent que le front de lutte contre cette maladie s'est élargi. Elle est maintenant moins négligée.

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Voir aussi "AYA Info" No 49 du 30/04/2010 et sur ce blog, la note du 16/04/2010

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 81), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

19/04/2013

Un nouvel avenir pour la coopération à ne pas compromettre

Elles font la une des médias, les "Offshore Leaks", les "fuites extraterritoriales" révélées, dès le 4 avril, par le Consortium International pour le Journalisme d'Investigation – ICIJ. Ces informations décrivent l'ampleur du phénomène et les mécanismes par lesquels, les revenus et les fortunes de personnes physiques ou morales et les bénéfices d'entreprises, peuvent être soustraits aux administrations fiscales des pays de résidence ou d'activité pour aller s'abriter dans les paradis fiscaux. On y trouve également les noms de ceux qui ont collaboré à ces opérations.

Pour l'heure, à partir de ces révélations, il n'est pas possible de se faire une idée du préjudice causé par de telles opérations sur les pays en développement. Les journalistes qui étudient cette documentation seraient bien inspirés de mettre en lumière cet aspect du problème.

Les thèmes de la corruption, de l'évasion et de l'optimisation fiscales ont été abordés par Bernard Bertossa, l'ancien Procureur général du Canton de Genève, dans un débat organisé le 28 mars 2012 par le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI à l'occasion de son 50e anniversaire. Il a rappelé comment ces sujets sont essentiels : "Ils devraient être lourdement traités par les ONG de coopération pour que celles-ci ne soient pas seulement le service après vente du business qui continue à se faire… impunément au détriment des pays du sud".

Les débats organisés l'an dernier par le MCI avaient pour objet de porter un regard sur le cadre dans lequel s'est exercée et s'exerce encore son activité et surtout de mieux choisir les projets qu'il entend favoriser à l'avenir. Les projets à soutenir en priorité sont ceux portés par les partenaires du sud qui, à partir leur activité concrète sur le terrain, se mettent en réseau avec d'autres organisations pour proposer et s'assurer de la mise en oeuvre de politiques publiques pouvant profiter à une population beaucoup plus large que les bénéficiaires du projet initial. Par exemple, que les organisations qui interviennent dans le domaine de l'éducation et le soutien à des écoles s'organisent avec d'autres ONG impliquées sur le même terrain, pour la mise en place d'un Ministère de l'éducation capable d'assurer une scolarisation de qualité pour tous les enfants du pays. L'objectif final – peut-être encore utopique – étant de rendre l'appui financier devenir inutile tout en ouvrant plus largement la porte à des partenariats d'échanges intercontinentaux et interculturels enrichissants.

La proposition du MCI est résumée et argumentée à l'aide d'exemples dans la vidéo récemment mise en ligne sur YouTube et que l'on peut voir au bas de cette note. Sa durée (27' 23") facilite son utilisation en classe. Sur ce même support, ou sur le DVD "Un nouvel avenir pour la coopération" que l'on peut se procurer au MCI*. En guise de "Bonus", il est également possible de voir des extraits des débats qui ont eu lieu à Genève en mars - avril 2012 et du séminaire d'octobre.

Le premier débat (21 mars 2012) avait pour titre principal : "Nations Unies, Nations Désunies ?" Et pour sous-titre : "Apports et limites du "système" des Nations Unies". L'intervention de Mme Cécile Molinier a porté sur le rôle du Programme des Nations Unies pour le Développement – PNUD et ses relations avec les ONG. M. Yves Berthelot a retracé l'évolution des Nations Unies, l'apport de la société civile et le rôle des ONG de coopération internationale. Mme Pierrette Birraux a expliqué l'option originale choisie par les Peuples autochtones pour faire entendre leur voix aux Nations Unies.

Le deuxième débat (28 mars 2012) est celui qui a attiré le plus de public. Il avait pour titre : "La Suisse, Genève, leurs secrets et la coopération ? Et pour sous-titre : "Rôle de la Suisse et de Genève dans la Coopération Internationale". La parole a été donnée à M. Peter Niggli qui a rappelé de travail de la coalition "Alliance Sud" en rapport avec la politique étrangère de la Suisse. M. Olivier Berthoud a parlé de la Genève internationale, celle des organisations gouvernementales et aussi de la Genève internationale locale, celle la solidarité internationale des ONG et des collectivités publiques genevoises. Le troisième intervenant était M. Bernard Bertossa dont il est question au début de cette note. Il a parlé du rôle de la Suisse et de Genève dans l'économie et la finance internationales.

Le troisième débat (19 avril 2012) avait pour titre : Révolution, libération, coopération ? Et pour sous – titre  : L'actualité de Bandung. Il s'agissait de rappeler la conférence de 1955 qui a donné un essor à l'indépendance de nombreux États encore sous domination coloniale et au mouvement des "Non alignés" à l'un ou l'autre des deux blocs qui se partageaient la planète. En réponse à ce mouvement d'émancipation du Sud, de nombreuses ONG sont nées dans le Nord pour manifester leur solidarité avec ce "Tiers Monde". Le MCI est né à cette époque. Là encore trois intervenants. M. Darwis Khudori a rappelé ce qu'a été cette conférence organisée par des États et comment, maintenant, il s'agit de promouvoir un Bandung des peuples. Mme Lily Razafimbelo a montré, à l'aide d'exemples pris à Madagascar et en Inde quelles initiatives locales il faut soutenir de préférence. Dans son intervention, M. Cruz Melchor Eya Nchama a rappelé comment, une bonne information des élus des communes genevoises, peut faciliter l'appui à des projets de soutien aux initiatives de la société civile du sud qui veut des changements sociaux. En 2010, la commune genevoise du Grand-Saconnex, où il est conseiller municipal, a consacré 0,76% de son budget pour la coopération avec les pays du sud.

En octobre 2012, le MCI a invité ses partenaires à Genève pour un séminaire d'une semaine. Les participants ont travaillé dans trois ateliers. Ils ont aussi eu à mettre au point une "Déclaration", une sorte de "Feuille de route" pour les années à venir. Les résultats de ces travaux ont été rendus publics le 19 octobre lors d'une soirée ouverte à tous. Ils ont également mis en ligne (en espagnol) sur YouTube. Un groupe a travaillé sur l'économie solidaire. Un autre sur les Peuples autochtones et un troisième sur la formation. Enfin la "Déclaration" adoptée par tous les participants a été lue par un membre du MCI.

Un "Tiré à part" sur le MCI et son action a été publié le 6 avril 2013 dans le quotidien genevois "Le Courrier". Ce document contient la version écrite de la "Déclaration" dont il est question ci-dessus. Le MCI, en rendant public ce DVD et sa version Youtube, veut montrer l'importance de la coopération internationale des ONG et dans quel sens travailler pour la rendre plus efficace.

Le Canton de Genève n'a pas encore adopté son budget et l'on ne sait pas quel sort sera réservé au financement de la solidarité internationale. Cette note est donc aussi un appel aux membres du Grand Conseil genevois. C'est une manière de les inciter à ne pas réduire ces crédits déjà en dessous des engagements légaux. C'est à eux qu'il est demandé de ne pas compromettre ce nouvel avenir de la coopération.

 

* Le DVD peut être demandé à l'adresse suivante : Mouvement pour la Coopération Internationale / c/o Maison des Associations / Rue des Savoises, 15 / CH – 1205  Genève / Tél. : 00 41 (0)22 320 29 02 / Courriel : mci.fgc@gmail.com

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note.

Une version réduite de cette note sera publiée dans le prochain AYA Info (No 82), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

12/04/2013

Almir Suruí, Docteur "Honoris Causa" et "Héros de la forêt"

Brasil,Brésil,Rondônia,Amazônia,Amazonie,Almir Narayamoga, Suruí Paiter,Universidade federal de Rondônia, Maria Berenice Alho da Costa Tourinho,UNIR,Aquaverde,Société Internationale des Droits de l'Homme,SIDH,Sete de Setembro,Açaí,FNUF,Forum des Nations Unies sur les forêts,Istanbul,Jan McAlpine,Héros de la forêt,Herói da floresta,ONU,Docteur "Honoris Causa",Doutor "Honoris Causa"Almir Narayamoga Suruí, le leader du peuple Suruí Paiter a reçu, le 8 mars, le titre de Docteur "Honoris Causa" de l'UNIR, l'Université fédérale de Rondônia. La Rectrice de l'Université, Maria Berenice Alho da Costa Tourinho a rappelé l'importance de décerner ce titre à Almir : "L'Université publique doit prendre en compte l'engagement du récipiendaire, dans le passé et dans le présent, en faveur de causes qui ennoblissent l'humanité… Ce titre exprime aussi le désir de l'UNIR de rendre hommage et d'appuyer la lutte de tous les peuples indigènes de Rondônia".

Auparavant, Almir avait pris la parole pour remercier la professeure Bérénice et les autres professeurs du département de géographie : "Je  me sens honoré par cet hommage historique  en Rondônia [que] je dédie à ma mère et à toute ma famille qui m'ont éduqué et appuyé dans ma lutte pour le développement soutenable et pour les droits humains."

Almir est venu à diverses reprises à Genève où il est soutenu par l'association Aquaverde. En juin 2007, il était présent à la Fête du développement durable. À cette occasion, il avait planté un palmier Açaí dans la serre tropicale du Jardin botanique de la Ville.

Plusieurs fois menacé comme, par exemple, en 2009 quand il avait dû quitter sa région, Almir a déjà été honoré. Ainsi, à Genève en octobre 2008, il a reçu le prix "Droits de l'Homme" de la Société Internationale des Droits de l'Homme – SIDH.

Ce 10 avril, le Forum des Nations Unies sur les forêts - FNUF, réuni à Istanbul pour sa dixième session lui a décerné, ainsi qu'à quatre autres personnalités, le prix de "Héros de la forêt". Selon le directeur du Secrétariat du Forum, Jan McAlpine, les lauréats sont des personnes remarquables : "Grâce à eux, nous voyons qu'il existe des moyens créatifs de démontrer que nous faisons partie intégrante des forêts et que les forêts font partie de nous. Leurs histoires dont des sources d'inspiration et ils sont nos modèles".

Almir est connu pour avoir un partenariat avec Google, la société américaine qui, sur son logiciel Google Earth, a mentionné les dangers que les madereiros  - les exploitants forestiers - font courir à la Terre Indigène (TI) Sete de Setembro qui abrite près d'un millier de Suruí Paiter. La carte "hybrid", visible en actionnant ce dernier lien, montre l'ampleur de la déforestation dans les environs immédiats de cette Terre indigène.

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Photo Kaninde : Almir Narayamoga Suruí

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 81), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

05/04/2013

Plus de 4'000 projets d'exploitation minière menacent 152 Terres Indigènes d'Amazonie

Brasil, Brésil, Amazonie, Amazônia, mineração,exploitation minière,Terres Indigènes, Terras Indígenas,PL 1.610, Edio Lopes, Padre Ton,Comissão Nacional de Política Indígenista,Commission Nationale de Politique Indigéniste,Estatuto dos Povos Indígenas,Instituto Socioambiental, Marcos Apurinã, Sônia Guajajara,COIAB,Dia do Índio,Abril indígena, Dilma Rousseff, Marta AzevedoCe sont 4'220 projets d'exploitation minière dans 152 Terres Indigènes (TI) d'Amazonie brésilienne que l'Instituto Socioambiental – ISA a dénombré récemment. Pour 74 de ces TI c'est plus de 50% de leur territoire qui est concerné et pour 32 d'entre – elles, c'est même plus de 90% ! La TI Yanomami en compte 657, couvrant 54% de son territoire.

La recherche et l'exploitation de l'or entrent pour plus de la moitié – 2'260 - de ces projets. Cinq sociétés minières ont déposé 1'356 demandes, soit 32 %  du total. À elle seule, Mineração Silvana Industria e Comercio Ltda en compte 690 et, en deuxième position, Vale SA avec 210. La Constitution de 1988 prévoit qu'il appartient au Congrès d'autoriser cette exploitation dans les TI.

Un projet de loi (No 1.610) de 1996 est en discussion au Parlement. Ce texte a été présenté par deux députés, Padre Ton et Edio Lopes, aux délégués indigènes lors de la dernière réunion de la Commission Nationale de Politique Indigéniste - CNPI, le 5 décembre 2012. Ces derniers ont rappelé que ce thème a été amplement débattu dans toutes les régions du pays à l'occasion des discussions relatives au "Statut des Peuples Indigènes". Un chapitre entier de ce document est consacré à la recherche et à l'exploitation des ressources minières dans les TI. Ce Statut a été remis à la Chambre des Députés en août 2009 sans avoir encore été inscrit à son ordre du jour. Du point de vue des indigènes, le thème de l'exploitation minière ne doit pas être débattu séparément du Statut. D'une manière générale, ils sont opposés à l'ouverture des Terres indigènes à l'exploitation minière.

Récemment, les participants à la 42e Assemblée générale des peuples indigènes de Roraima ont adressé une lettre à la Présidente de la république, Dilma Rousseff. Ils reprochent au PL 1.610 de ne pas donner aux peuples indigènes le droit de refuser un projet minier et de ne prévoir aucune garantie de sauvegarde de leurs lieux sacrés et d'habitation : "cela génère un état de claire agression à la survie culturelle de nos peuples". Ils demandent de paralyser les travaux parlementaires sur le PL 1.610 et de donner la priorité à l'approbation du "Statut des Peuples indigènes" qui, lui, prévoit un droit de refus de la part des communautés indigènes (art. 88).

Un avis, allant dans le même sens, a été exprimé par des leaders indigènes d'Amazonie lors d'une rencontre organisée, sur le PL 1.610, par la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, les 25 et 26 mars à Manaus. Marcos Apurinã, le leader de la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne – COIAB, a adressé une lettre à Marta Azevedo, la présidente de la Fondation, pour demander l'acheminement du projet de Statut au Congrès. Il propose également la définition d'une stratégie commune entre mouvement indigène, mouvements sociaux, alliés au Congrès et au sein du Gouvernement pour en obtenir l'approbation. La COIAB a publié une "Lettre ouverte" aux dirigeants indigènes, à ses partenaires, aux autorités et à la société en général dans laquelle elle exprime sa préoccupation. Dans sa mission de défendre les droits des peuples indigènes, elle dit affronter aujourd'hui le pire moment où ces droits sont menacés, notamment, mais pas seulement, par les projets d'exploitation minière en Amazonie. Elle demande aux peuples indigènes, qui seront invités aux réunions d'information sur le PL 1.610 prévues dans le pays, de suivre le positionnement adopté par les leaders indigènes de la CNPI et de ceux qui ont participé à la réunion de Manaus.

Au Brésil, depuis 1943, l'existence des peuples indigènes est traditionnellement rappelée en avril, particulièrement le 19, qui est le "Jour de l'Indien". La COIAB veut saisir l'opportunité du prochain rassemblement – prévu à Brasilia - des leaders indigènes de tout le pays pour créer une dynamique en faveur de l'adoption du Statut par le Congrès.

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Photo © Secoya - De gauche à droite : Marcos Apurinã, leader de la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne – COIAB; Edio Lopes, Député fédéral (PMDB) et rapporteur du projet de loi 1.610; Sônia Guajajara, Vice - coordinatrice de la COIAB lors de la réunion de Manaus les 25 et 26 mars dernier.

PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 81), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

29/03/2013

L'OAB crée une Commission spéciale de Défense des Droits des Peuples Indigènes

Ordem dos Advogados do Brasil,OAB, Comissão Especial de Defesa dos Direitos dos Povos Indígenas, CNDDPI, Marcus Vinicius Furtado, Joênia Batista de Carvalho, STF, Wapixana, Mário Nicário, Raposa Serra do Sol, Lula, Boa Vista, Roraima, Supremo Tribunal Federal, doCip, Mécanisme d'Experts pour les Droits des Peuples Autochtones Le 23 février, à Boa Vista, la capitale de l'État de Roraima, Marcus Vinicius Furtado, le président national de l'Ordre des Avocats du Brésil  – OAB a annoncé la création, au sein de l'Ordre, d'une Commission Spéciale de Défense des Droits des Peuples Indigènes – CNDDPI. L'avocate Joênia Batista de Carvalho, une indigène Wapixana* a été désignée pour présider la Commission. Cette annonce a été faite au siège du Conseil Indigène de Roraima – CIR. L'objectif est de créer un instrument permanent susceptible de porter les préoccupations des peuples indigènes et de résoudre leurs problèmes. Mário Nicário, le Coordinateur du CIRa rappelé quelques préoccupations des peuples indigènes, par exemple : la proposition d'amendement constitutionnel qui veut conditionner la démarcation des terres indigènes, le vote du Statut de l'Indien, le suivi du service de santé…

Pour Joênia Wapixana (elle est plus connue sous ce nom-là), la création de  "cette Commission arrive à un moment opportun pour appuyer et orienter les actions de l'OAB pour garantir que nous soyons entendus. Aujourd'hui nous n'avons aucune voix au Congrès national".

Joênia est la première femme indigène avocate du Brésil. Elle a terminé ses études en 1997 à l'Université Fédérale de Roraima. Dans une récente interview donnée à l'agence EBC, elle a déclaré que "le droit  à la différence et la préservation de la culture indigène sont des principes présents dans la Constitution. Mais il y a encore un long chemin pour que le droit indigène soit pleinement garanti".

Le 27 août 2008, Joênia avait défendu devant le Tribunal Suprême Fédéral – STF le décret d'homologation de l'emblématique Terre Indigène Raposa Serra do Sol "en aire continue" tel que signé par Lula en avril 2005, mais mis en cause par des opposants favorables à une démarcation "en îles". Le 19 mars 2009, le STF a tranché dans le sens du décret présidentiel non sans avoir formulé des "conditions" restrictives qui font encore l'objet d'une controverse. Elle a défendu la cause des indigènes à de nombreuses reprises.

Le Centre de Documentation, de Recherche et d'Information des Peuples Autochtones – doCip (Genève) a annoncé que Joênia sera à Genève du 8 au 12 juillet pour la session du Mécanisme d'Experts pour les Droits des Peuples Autochtones – MEDPA.

* Prononcer "Wapichana"

Photo Eugênio Novaes : Joênia Wapixana et Marcus Vinicius Furtado au siège du CIR

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PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 80), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2