07/03/2012

Belo Monte : le Brésil ne respecte pas la Convention 169 de l'OIT

"D'après la documentation et les informations transmises par le gouvernement (brésilien), la commission estime que, dans le cadre des procédures menées à ce jour, malgré leur caractère étendu, les conditions prévues aux articles 6 et 15 de la convention, telles qu'elles sont décrites plus haut, ne sont pas remplies, et que les peuples autochtones n'ont pas pu participer de manière effective à la détermination de leurs priorités, conformément à l'article 7 de la convention".

La commission prie le gouvernement de :

i) prendre les mesures nécessaires pour consulter les peuples autochtones concernés sur la construction de l'usine hydroélectrique de Belo Monte, celle-ci risquant d'avoir des effets irréversibles (articles 6 et 15 de la convention) :

ii) en consultation avec les peuples autochtones, prendre les mesures pour déterminer si les priorités de ces peuples ont été respectées et déterminer si et dans quelle mesure leurs intérêts seront menacés afin d'adopter les mesures d'atténuation nécessaires et de prévoir l'indemnisation voulue; et

iii) transmettre les informations sur les résultats des procédures en cours devant la Commission interaméricaine des droits de l'homme et devant le tribunal fédéral de Pará.

Telle est la conclusion du Rapport de la Commission d'experts pour l'application des conventions et recommandations de l'Organisation Internationale du Travail - OIT publié ce début mars.

Sur le terrain les travaux continuent !

La convention 169 de l'OIT relative aux peuples indigènes et tribaux a été adoptée en 1989 et ratifiée par le Brésil en 2002. Lula a promulgué la convention en avril 2004.

Les téléspectateurs de la RTS (TSR) qui regarderont le film de Daniel Schweizer "Indiens en sursis" diffusé, ce 8 mars, dans le cadre de "Temps Présent", pourront mesurer l'importance de la position des experts de l'OIT... "Indiens en sursis" a été présenté à Genève, dimanche 4 mars, dans le cadre du Festival et Forum International sur les Droits Humains - FIFDH. Il est encore à l'affiche du Festival samedi 10 mars.

***

Pour en savoir plus,

- En français :

- Le texte de la Convention 169 : http://www.ilo.org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl?C169

- Le rapport de la Commission d'experts de l'OIT : http://www.ilo.org/ilc/ILCSessions/101stSession/reports/r... Attention, c'est un "gros" document (13,9 Mo), voir les pages 1045 à 1050, mais numérotées de 1028 à 1033. La partie concernant Belo Monte est à la page numérotée 1030.

- Voir sur ce blog, les notes des 8 avril, 3 juin et 11 novembre 2011.

- Le site du FIFDH : http://www.fifdh.org/

- En portugais :

- La promulgation de la convention :

http://ccr6.pgr.mpf.gov.br/legislacao/legislacao-docs/con...

- Voir aussi le site du mouvement Xingu Vivo par Sempre :  http://www.xinguvivo.org.br/

 

Cette note sera reprise dans le prochain "AYA Info" No 70, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

 

08:47 Publié dans La lettre d'AYA | Tags : belo monte, temps présent, fifdh, indiens en sursis, oit, ilo, c169, daniel schweizer, xingu | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

02/03/2012

Davi Kopenawa Yanomami à Genève

 

Le leader Yanomami, Davi Kopenawa, a été invité par les organisateurs du Festival du film et forum International sur les Droits Humains - FIFDH, qui se tient à Genève  depuis aujourd'hui jusqu'au 11 mars. Le 4 mars, après la projection* du film de Daniel Schweizer "Indiens d'Amatonie en sursis", il est prévu qu'il participe à un débat intitulé "Les populations autochtones en sursis". Les autres intervenants prévus sont : Santiago Canton, Secrétaire exécutif de la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme - CIDH de l'Organisation des États Américains - OEA et Jean Ziegler, Vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

Davi profitera de son passage à Genève pour rencontrer les responsables des organisations internationales concernées par la défense des droits des peuples autochtones.

Il est également coauteur, avec l'ethnologue Bruce Albert, du livre "La chute du ciel - Paroles d'un chaman yanomami" paru en septembre 2010 aux éditions Plon (Voir plus bas).

Quelques repères

Davi Kopenawa Yanomami

Davi est né vers 1956 à Marakana, dans une grande maison collective située dans la forêt tropicale du piémont du haut rio Toototobi, à l'extrême nord-est de l'État d'Amazonas, près de la frontière vénézuélienne.

Il a été agent de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, notamment comme interprète. Au début des années 80, il s'établit à Watoriki, un site localisé lui aussi à l'extrême nord-est de l'État d'Amazonas, entre les bassins du rio Catrimani à l'est, et celui du rio Demini à l'ouest. Il vit là avec sa famille. Son beau-père l'a initié au chamanisme yanomami.

En 1988, il se voit attribuer le "Global 500 Award" des Nations Unies pour sa contribution à la défense de l'environnement. Il a effectué plusieurs voyages aux États-Unis et en Europe.

Les associations indigènes

Les organisations indigènes ont un rôle essentiel à jouer pour l'avenir de ces peuples. Davi est président de l'Hutukara Associação Yanomami - HAY, dont le siège est à Boa Vista, la capitale de l'État de Roraima. En novembre dernier, il a participé à la IIe Assemblée des Yanomami de l'État d'Amazonas qui a eu lieu à Bicho-Açu, un village situé dans la partie inférieure du rio Marauiá, dans la municipalité de Santa Isabel do Rio Negro. Cette réunion a marqué une étape importante pour le renforcement de la défense des droits des indigènes, par les indigènes eux-mêmes, face à un environnement politique plutôt hostile.

La défense des droits territoriaux

La Constitution brésilienne de 1988 a marqué un tournant pour la reconnaissance des droits culturels, économiques et territoriaux des peuples indigènes. Pour les Yanomami du Brésil, une étape importante a été franchie quand, après des années de lutte et beaucoup de souffrances, Fernando Collor, le président de la république a signé le décret d'homologation de la Terre Indigène Yanomami, le 25 mai 1992. C'est un territoire de 96'650 km2, soit 2,3 fois la superficie de la Suisse. Ce droit à la terre est violé par diverses sortes d'envahisseurs, en particulier les chercheurs d'or.

Le très fort impact de l'orpaillage

À la fin des années 80, la région est envahie par ses dizaines de milliers de chercheurs d'or (garimpeiros). Le corollaire de cette invasion est la mort de plus d'un millier de Yanomami victimes de maladies transmises par les envahisseurs et des violences qu'ils commettent. L'un de ces épisodes violents est certainement le "Massacre de Haximu" commis par des garimpeiros en 1993. Un acte qui s'est soldé par la mort de 16 indigènes, dont la majorité étaient des femmes, des enfants et des vieillards.

L'orpaillage n'a jamais vraiment cessé. Le 9 octobre dernier, le réseau de télévision Globo, dans son émission "O Fantástico", a diffusé un reportage** sur l'orpaillage illégal en Terre Yanomami. Le 27 octobre, une audience publique a eu lieu à la Chambre des députés au terme de laquelle des élus ont demandé au gouvernement de prendre des mesures pour mettre un terme à cette pratique, ainsi qu'à la commercialisation de l'or extrait illégalement. Une opération des forces fédérales a eu lieu au début novembre 2011. Selon les responsables de l'opération, le préjudice subi par les garimpeiros et les personnes qui financent cette activité a été estimé à 1,5 millions de Reais (environ 750'000 CHF au change de l'époque). À notre connaissance, il n'y a pas eu d'autre bilan de l'opération... L'histoire montre la capacité du "système orpaillage" à s'adapter aux événements... En d'autres termes, il s'agit de savoir si l'ensemble du réseau est hors d'état de nuire, ou bien s'il n'est qu'en veilleuse, en attendant le moment où il pourra reprendre ses activités ?

La défense du territoire n'est pas la seule préoccupation des Yanomami

En effet, les leaders Yanomami sont aussi préoccupés par la défense de leur culture au sens large, notamment par une éducation différenciée se traduisant par des programmes scolaires adaptés permettant l'apprentissage de la langue et de la culture yanomami. Les déficiences du service de santé indigène dans la Terre Indigène Yanomami sont régulièrement dénoncées...

Pour en savoir plus

À de nombreuses reprises, sur ce blog, il a été fait état des préoccupations des Yanomami. Ces notes sont reprises du bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" qui peut être consulté sur le site de Terra brasilis ( http://www.terrabrasilis.ch/ > Aya Info)

Deux ouvrages publiés en 2010 :

- "Les Yanomami du Brésil - Géographie d'un territoire amérindien" de François - Michel Le Tourneau. Collection "Mappemonde", Editions Belin (Paris) / ISSN 1275-2975 / ISBN 978-2-7011-5316-2 / 480 pages / 32 Euros.

- "La chute du Ciel - Paroles d'un chaman yanomami". Auteurs : Davi Kopenawa et Bruce Albert. Collection  "Terre Humaine" éditions Plon (Paris). 825 p. - 28 Euros - ISBN Plon : 978-2-259-21068-3 - ISSN : 0492-7915

* La projection et le débat auront lieu à 18h à la salle de l'Alhambra, 10 rue de la Rôtisserie à Genève. Le film sera également diffusé le 8 mars, dans le cadre de l'émission "Temps Présent" de la RTS (TSR)

** La vidéo est accessible sur Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=AlSmEbB2wXg

Une partie de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 69, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

24/02/2012

Les Amazones du XXIe siècle

Au début de ce mois, la chaîne Euronews, dans une première édition de la série "Women and War" (1), Valérie Gauriat (2) a présenté brièvement trois femmes qui mènent un combat pour la défense des peuples indigènes de l'Amazonie brésilienne.

Ces Amazones-là ne sont pas les cruelles guerrières de la mythologie grecque. Mais elles sont peut-être de la descendance des indigènes qui, en juin 1542, ont attaqué l'expédition de Francisco de Orellana sur le fleuve jusque-là appelé El Dorado. Le chroniqueur de l'équipée, le dominicain Gaspar de Carvajal, a rapporté que les Espagnols avaient été attaqués par de farouches guerrières... Le fleuve avait trouvé son nom et une légende !

Sônia Boné de Sousa Silva Santos, plus couramment appelée Sônia Guajajara (le nom du peuple auquel elle appartient) est vice - coordinatrice de la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne - COIAB, dont le siège est à Manaus. On la voit dans son village du Maranhão, mais aussi à Brasilia où elle défend les droits des peuples indigènes du Brésil : "Tous sont confrontés au grand problème de l'exploitation illégale des richesses naturelles... Aujourd'hui notre forêt est presque entièrement dévastée... Il n'y a plus autant de richesses naturelles qu'il y a une trentaine d'années".

Sheyla Yakarepi est Juruna, un peuple de la région du rio Xingu sur lequel se construit le barrage de Belo Monte. On la voit manifester, en mars 2011, devant le siège londonien de la très brésilienne Banque Nationale pour le Développement Economique et Social - BNDES. "Nous sommes ici pour réclamer la transparence et faire connaître le rôle que joue cette banque quand elle parle de développement durable et qu'en réalité, elle finance les grandes entreprises qui, en Amazonie, détruisent les populations sans respecter leurs droits !" Elle se bat contre la construction du barrage : "Le fleuve Xingu est notre maison. S'il meurt, notre culture et notre peuple mourront avec lui !"

Antônia Melo da Silva est coordinatrice du Mouvement Xingu Vivo Para Sempre - MXVPS, qui rassemble les riverains du Xingu, indigènes, pêcheurs et petits agriculteurs luttant, eux aussi contre la construction du barrage. "Je reçois des messages d'intimidation, comme "tu vas mourir" si tu te mêles de nos affaires, si tu nous déranges"... "Ce sont des messages qui me sont envoyés par des hommes de main". Des petits agriculteurs sont aussi l'objet de séduction des promoteurs. Une agricultrice témoigne : "Ils ont déjà acheté une parcelle 600 ou 1'000 (Reais). Leur combine est la suivante : ils me paient bien, mais ça ne signifie pas que le voisin sera payé. Dans la pratique, ils paient deux ou trois lots, et le reste, rien du tout !" Antônia conduit les reporters chez un agriculteur à qui l'on demande d'abandonner sa terre parce qu'elle va être inondée...

Antônia exprime ses raisons de lutter : "Je suis certaine que je contribue avant tout, par mon travail, au bien-être des générations futures, c'est pour elles que nous luttons !"

Le reportage (3) montre bien la puissance des intérêts auxquels elles sont confrontées.

Sônia, Sheyla et Antônia sont des battantes. Il est à espérer que l'histoire retiendra leur leçon de courage.

***

(1) En français "Les femmes et la guerre"

(2)  Pour voir les reportages sur le site d'Euronews :

- La présentation de Valérie Gauriat (40'') :

http://fr.euronews.net/2012/02/02/le-combat-de-trois-bres...

- Le portrait de Sônia Guajajara (5'27'') :

http://fr.euronews.net/2012/02/01/sonia-guajajara-les-peu... et le site Internet de la COIAB : http://www.coiab.com.br/

- Le portrait de Sheyla Juruna (5'23") :

http://fr.euronews.net/2012/02/01/sheyla-juruna-le-fleuve...

- Le portrait d'Antônia Melo (5'43'') :

http://fr.euronews.net/2012/02/01/antnia-melo-notre-comba... et le site Internet du Mouvement Xingu Vivo Para Sempre : http://www.xinguvivo.org.br/

(3) On retrouve ces trois portraits dans un film de 46' de Bernard Robert-Charrue, produit par Dev.tv, sous le titre "Trois femmes en colère" avec l'appui de la Direction du Développement et de la Coopération - DDC/Berne. Ce film a été présenté, le 11 octobre 2011, au 27e Forum international médias nord - sud (Genève) : http://www.dev.tv/index.php/productions/documentary/3_fem...

 

Cette note sera également publiée dans le prochain "AYA Info" (No 69), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

17/02/2012

Terres Indigènes : des sénateurs veulent avoir le dernier mot pour leur démarcation

Le Sénat fédéral devrait voter, en plénière, une proposition d'amendement de la Constitution fédérale de 1988 qui lui transférerait la compétence d'approuver les processus de démarcation des Terres Indigènes - TI. Jusque-là une tâche relevant de la compétence du Gouvernement. L'annonce en a été faite le 23 janvier par l'agence d'information du Sénat. La date de la votation n'est pas précisée.

Il s'agit d'une proposition de 1999 (PEC 38/99) émanant de Mozarildo Cavalcanti, un sénateur de l'État de Roraima, bien connu pour sa lutte contre les droits indigènes. En 2005, il avait tenté de s'opposer à la démarcation, par le président Lula, de la TI Raposa Serra do Sol située dans l'État qu'il représente. En février 2011, le sénateur avait demandé que sa proposition soit remise à l'ordre du jour du Sénat.

Cette proposition d'amendement a déjà été approuvée par la Commission "Constitution, Justice et Citoyenneté - CCJ" du Sénat en avril 2009*. Outre le transfert de compétence, les auteurs de l'amendement prétendent que les peuples indigènes disposent de trop de terres en regard de leur nombre. Ils veulent limiter la surface des TI et des Unités de Conservation (les aires de protection environnementales comme les Forêts nationales) à 30% de la superficie de chaque État.

Les organisations indigènes ont demandé le rejet de cette proposition, en avril 2005 déjà, à Brasilia, lors de la "Mobilisation nationale Terre Libre". En avril 2009, c'est l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB qui avait demandé, en vain, à la CCJ de ne pas adopter cette proposition.

Le 4 mars 2009, un projet de loi (PL 4791/2009) avait aussi été déposé à la Chambre des députés visant à soumettre la démarcation des TI à l'approbation du Congrès national. À travers leurs propositions, ces sénateurs et députés veulent mettre une entrave supplémentaire à la démarcation des TI.

Les Constituants de 1988 avaient donné un délai de cinq au Gouvernement pour démarquer toutes les TI du pays, un processus loin d'être terminé.

Les travaux du Sénat ont repris le 2 février. À suivre...

***

Pour en savoir plus :

En français :

* Voir "AYA Info No 38" du 30 avril 2009

En portugais :

- Le texte de l'amendement constitutionnel : http://www.senado.gov.br/atividade/materia/getPDF.asp?t=3...

- L'information de l'Agence du Sénat : http://www.senado.gov.br/noticias/pec-que-condiciona-dema...

- Le projet de loi déposé à la Chambre des députés :

http://www.camara.gov.br/proposicoesWeb/fichadetramitacao... > Intero teor

- Le manifeste des organisations indigènes au sujet de la PEC 38/99, en 2005 :

http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=1986 et en 2009

http://www.coiab.com.br/coiab.php?dest=show&back=noti...

 

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10/02/2012

Sur l'Oyapock, un pont d'interrogations

 

Abr Wilson Dias:12:02:2008 maquette du pont Oiapoque:Lula:Srkozy1510WD1283:0.jpgLe pont sur l'Oyapock est terminé, mais pas encore ouvert à la circulation, c'est ce qu'a noté la presse lors de la récente visite de Nicolas Sarkozy en Guyane les 21 et 22 janvier*.

La proposition de construire un pont binational sur l'Oyapock date de 1997, lors d'une rencontre des présidents français et brésilien Jacques Chirac et Fernando Henrique Cardoso. Elle s'est concrétisée par la signature d'un accord en 2005, à l'occasion d'une visite de Lula en France.

Ce fleuve marque la frontière entre le Brésil et la Guyane française. Cette limite des deux pays est le résultat d'un arbitrage helvétique rendu le 1er décembre 1900. En effet, la France et le Brésil avaient conclu un traité, le 10 avril 1897, pour demander au Conseil fédéral d'arbitrer un  conflit frontalier né d'une interprétation différente du Traité d'Utrecht de 1713. Pour la France, la frontière de la Guyane suivait le cours du rio Araguary situé plus au sud que le rio Oyapock. Le Brésil estimant que ce dernier marquait la limite des deux États. Le Conseil fédéral a tranché en faveur du Brésil.

Le pont à haubans, d'une longueur de 378 mètres enjambe l'Oyapock à proximité des localités de Saint Georges de l'Oyapock en Guyane française, à 190 km de Cayenne, et celle d'Oiapoque, en territoire brésilien, à 600 km de Macapá, la capitale de l'État de l'Amapá. La construction de l'ouvrage est maintenant terminée, mais pas encore les infrastructures d'accès côté Brésil. De plus, une partie seulement de la route BR-156 Macapá - Oiapoque est asphaltée. L'inauguration du pont et de ses voies d'accès devrait avoir lieu au second semestre de 2012.

Côté brésilien, sur 40 kilomètres, la BR-156 traverse la Terre Indigène Uaçá, occupée par des indiens Karipuna, Galibi-Marworno et Palikur. Déjà en 2004, les associations indigènes de l'endroit ont demandé l'application de  mesures susceptibles de réduire l'impact prévisible de l'augmentation du trafic, une fois la "piste" transformée en route asphaltée. Ces mesures touchent à la protection de la forêt, de la faune et surtout des eaux. Elles veulent que les autorités prennent en charge le transfert, plus à l'intérieur des terres, des villages qui sont à proximité immédiate de la route. Elles demandent aussi l'évacuation des non-indiens qui se sont installés illégalement à l'intérieur de la Terre indigène. Elles souhaitent une limitation de la circulation. Récemment l'administration régionale de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, et le Secrétariat Extraordinaire des Peuples Indigènes - SEPI de l'État d'Amapá ont fait connaître leur volonté de répondre aux préoccupations indigènes. À suivre...

Côté Guyane, le renforcement récent des contrôles effectués par la Police de l'Air et des Frontières a suscité le mécontentement des piroguiers qui assurent le passage du fleuve entre St Georges et Oiapoque. Ils se sont mis en grève le 9 janvier pour protester contre les tracasseries policières françaises. L'intervention des autorités locales a très vite permis de débloquer la situation. Les passages ont repris. Un statut de "Transfrontalier" devrait être institué pour les populations riveraines.

L'ouverture de cette liaison routière va modifier les relations socio-économiques entre les deux rives du fleuve. Jusque-là, les deux municipalités guyanaise et brésilienne se situaient aux confins des deux territoires, chacune étant davantage tournée vers sa métropole. Leurs liens de voisinage, à travers le fleuve, relevant surtout de l'économie informelle. Cet axe routier aura probablement d'autres répercussions humaines, économiques et environnementales. Le Centre National (français) de la Recherche Scientifique - CNRS, a décidé de suivre cette évolution avec son "Observatoire Hommes/Milieux Oyapock" de Cayenne. Pour l'un des chercheurs du CNRS, "le pont va affirmer une frontière qui n'existait pas".

Pour beaucoup d'observateurs, cette nouvelle liaison terrestre suscite beaucoup d'interrogations.

***

* Voir sur ce blog, la note précédente du 3 février.

Photo : Wilson Dias, Agência Brasil /12 février 2008. Les deux présidents Lula et Sarkozy devant la maquette du pont sur l'Oyapock.

Pour en savoir plus (en français) :

- La genèse du projet : http://www.guyane.developpement-durable.gouv.fr/pont-sur-...

- La sentence rendue par le Conseil fédéral :  http://untreaty.un.org/cod/riaa/cases/vol_XXVIII/349-378....

- Site du CNRS - Guyane : http://www.guyane.cnrs.fr/projoyapock.html et http://www.cnrs.fr/inee/communication/actus/docs/Presenta...

En portugais,

- La demande des organisations indigènes de l'Amapá en 2004  : http://www.povosindigenasdooiapoque.com.br/downloads/prop...

- Les prochaines rencontres pour répondre à la demande des indigènes : http://www.amapadigital.net/noticia_view.php?ID=8074

 

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03/02/2012

Guyane française : Nicolas Sarkozy chez les Wayana

C'est en Guyane française que le Président Sarkozy a présenté ses vœux à la France d'Outre-mer les 21 et 22 janvier. À son arrivée à Cayenne, le président a rendu hommage (1) à un célèbre enfant de Guyane, Félix Éboué (2), petit-fils d'esclave, né en 1884 d'un père orpailleur et d'une mère épicière. Après des études en France, il entre dans l'administration coloniale. Il est Gouverneur au Tchad en 1940 quand il rallie le camp du général De Gaulle qui le nomme Gouverneur de l'Afrique Equatoriale Françaises - AEF (3). Il a fait de cette colonie le premier territoire de la France Libre. Décédé en Egypte en 1944, ses cendres ont été transférées au Panthéon en 1949. En 1937, à l'occasion de la remise des prix aux élèves du lycée Carnot, de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), Félix Éboué avait prononcé un discours intitulé "Jouez le Jeu" (4). Ce 21 janvier, Nicolas Sarkozy en a cité quelques extraits dans son allocution, quand il a donné le nouveau nom de l'aéroport de Cayenne : jusque-là appelé Rochambeau, il portera désormais le nom de Félix Éboué.

Après cette cérémonie, le Président, accompagné de Mme Kosciusko-Morizet, Ministre de l'écologie et du développement durable, s'est rendu à Taluen, un village amérindien Wayana du Haut Maroni, dans le Parc Amazonien de Guyane - PAG. Le directeur du Parc a évoqué la question de l'orpaillage illégal dans la région, un problème majeur pour les populations amérindiennes. Nicolas Sarkozy a annoncé aux villageois que le montant de la vente de l'or saisi sera investi pour créer des infrastructures dont ils ont besoin. Il s'agit donc d'un financement aléatoire. Le kilo d'or vaut ces jours-ci environ 42'570 Euros, soit près de 51'300 CHF.

Le 11 janvier, la préfecture de Guyane avait présenté le bilan 2011 de l'opération "Harpie", le nom de l'action contre l'orpaillage illégal :  4'127 missions de la gendarmerie et de l'armée, 11 kg d'or et 136 kg de mercure saisis, ainsi que des armes, des moteurs hors-bord, des pirogues et autre matériel et 60 personnes écrouées. La préfecture a présenté l'orpaillage comme "contenu". "On est très loin de l'éradication totale" affirme un journaliste de France-Guyane. Selon lui la quantité d'or saisi est dérisoire. À la veille de l'arrivée du président, une fusillade avait éclaté sur un site d'orpaillage qui aurait fait 9 morts et 2 blessés graves.

Selon "France - Guyane", les organisations représentatives des autochtones n'étaient pas présentes lors de cette visite dans le Haut Maroni. En effet, un contact avec les organisations amérindiennes ne figure pas au programme du voyage présidentiel. Pourtant, il existe un "Conseil Consultatif des Populations Amérindiennes et Bushinenge (5) de Guyane" qui a été installé le 4 juin 2010. La France n'a pas ratifié la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail qui protège les peuples indigènes et tribaux. La situation des amérindiens de Guyane est décrite sur le site Internet de Survival France (6).

Primitivement envisagée à l'occasion de cette visite, l'inauguration du pont binational (France/Brésil) sur l'Oyapock a été remise à une date ultérieure. Ce report s'explique notamment par le retard pris, côté brésilien, dans l'aménagement des voies d'accès et dans la consolidation de la route qui conduit à Macapá, la capitale de l'État de l'Amapá, voisin de la Guyane. Il s'agit d'un ouvrage qui fait débat. Il en sera question dans une prochaine note.

***

(1) L'hommage de Nicolas Sarkozy à Félix Éboué peut être visionné sur Youtube :

http://www.youtube.com/watch?v=R7A70U4eP6I&feature=re...

(2) Une biographie de Félix Éboué : http://fr.wikipedia.org/wiki/Félix_Éboué

(3) L'AEF est une ancienne colonie qui réunissait les actuels États de la République du Congo, la République Centrafricaine, le Gabon et le Tchad.

(4) Félix Eboué : "Jouez le jeu"

http://halleyjc.blog.lemonde.fr/2008/12/28/jouer-le-jeu-f...

(5) "Bushinenge" est le nom donné aux communautés composées de descendants d'esclaves marrons, ainsi qu'à leurs membres. Au Brésil ce sont les populations appelées "Quilombolas".

(6) Le site de Survival : http://www.survivalfrance.org/peuples/guyane

- Pour en savoir plus (en français) :

- Le site de France - Guyane : http://www.franceguyane.fr/regions/guyane/taluen-s-appret... et  http://www.franceguyane.fr/regions/guyane/orpaillage-clan...

- Le site de Guyane - La 1ère :  http://guyane.la1ere.fr/infos/actualites/nicolas-sarkozy-... et

- "Le Monde" :  http://www.lemonde.fr/idees/chronique/2012/01/23/la-prome...

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27/01/2012

Un an de gouvernement Dilma : la politique indigéniste est laissée "pour après"

À fin décembre 2011, le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI, l'organe de Conférence Nationale des Evêques du Brésil - CNBB, chargée des questions indigènes, a publié une note dressant le bilan de la première année d'activité du gouvernement de Dilma Rousseff en matière de politique indigéniste : une politique "laissée pour après".

L'entité a pointé plusieurs sujets pour justifier la sévérité de son jugement. Seulement 62% du budget fédéral affecté aux actions et services destinés aux peuples indigènes ont été dépensés. La Commission de Politique Indigéniste - CNPI, l'instance de dialogue avec les organisations indigènes a cessé de se réunir. Toujours selon le CIMI, la direction de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, ignore les peuples qui luttent contre les ouvrages de tous ordres, spécialement les barrages et usines hydroélectriques. Seules trois Terres Indigènes ont été démarquées au cours de l'année. Le Secrétariat Spécial de Santé Indigène - SESAI créé par Lula en octobre 2010*, ne remplit pas encore sa mission. Enfin, la note relève que la violence contre les peuples indigènes n'a pas cessé, notamment dans l'État du Mato Grosso do Sul et que les droits constitutionnels des peuples indigènes sont attaqués au Congrès national.

Le CIMI rappelle comment, même dans un contexte difficile, les peuples indigènes n'abandonnent pas la lutte pour la défense de leurs droits.

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*Voir la note du 26/11/2010 dans ce blog

Pour en savoir plus (en portugais) :

http://www.cimi.org.br/site/pt-br/?system=news&conteu...

 

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" (No 68), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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20/01/2012

Amazonie péruvienne : Genève soutient la surveillance des compagnies pétrolières

Manuel Feconaco:p,36:un moniteurphotographie un site pollué:Cliché 2012-01-02 11-55-08:2.jpgEntre 2006 et 2010, la Fédération des Communautés Natives du Rio Corrientes - FECONACO a répertorié 92 fuites de pétrole dont 69 importantes. Ces fuites proviennent des installations de la compagnie pétrolière argentine "Pluspetrol", dans le bassin du rio Corrientes, une rivière de la province de Loreto, dans le département du même nom, au nord-est du Pérou, dans le bassin amazonien.

Depuis 40 ans, les activités pétrolières dans cette région ont causé la pollution des sols et des eaux. Elles affectent le territoire et la santé des peuples Achuar, Urarina et Kichwa. Le 22 octobre 2006, un accord appelé "Dorissa", du nom d'un lieu de production pétrolière, a été conclu entre la Feconaco, le Gouvernement péruvien et l'entreprise "Pluspetrol". Cet  accord prévoit, entre autres, l'exercice d'un contrôle indépendant des activités de la compagnie par les communautés, à travers leur Fédération.

Pour rendre possible cette surveillance, la Feconaco a travaillé en partenariat avec l'ONG péruvienne "Shinai". Elle a mis sur pied un programme de contrôle territorial communautaire. Une quinzaine de gardes territoriaux indigènes ont été formés dans les domaines du droit des peuples autochtones et de l'environnement. Ils ont été équipés de GPS, d'appareils de photos et de vidéo. Leur fonction consiste à surveiller les 4'000 km2 de terres indigènes habitées par 42 communautés et à rapporter tous les incidents à la Feconaco. Celle-ci se charge d'exiger que des mesures de protection de l'environnement soient prises par le Gouvernement et les entreprises.

Les observations des gardes ont fait l'objet d'un rapport rendu public au début de 2011. Un résumé de ce document avait déjà été remis au Comité des Nations Unies pour l'Élimination des Discriminations Raciales - CERD qui tenait sa 76e session, à Genève, en février - mars 2010. Shinai et la Feconaco ont souhaité que cette expérience soit répétée dans d'autres régions victimes de situations identiques.

Pour cela, elles ont chargé un membre de leur équipe, Aurélien Stoll, un coopérant suisse, de rédiger un manuel expliquant ce processus de contrôle. Ce document a été publié en août dernier.

Manuel Feconaco:p367inf:un moniteur visite un site pollué à la suite d'une rupture d'oléoduc:Cliché 2012-01-02 11-55-59:2.jpgEn cette fin d'année 2011, un projet semblable de contrôle territorial débute avec la Fédération des Communautés Natives (Quechua) du rio Tigre - FECONAT. Celle-ci veut contrôler les activités des compagnies "Pluspetrol", "ConocoPhillips" et "Perenco". Ce projet doit être réalisé en partenariat avec l'organisation péruvienne "Solsticio" et le Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI, une ONG genevoise, membre fondateur de la Fédération Genevoise de Coopération - FGC. Cette dernière soutient cette action avec un appui du Canton de Genève.

Le 16 novembre, dans la ville d'Iquitos, six organisations indigènes de la province de Loreto ont dénoncé les dommages causés par les compagnies pétrolières. Elles demandent au président péruvien, Ollanta Humala, de prendre des mesures pour mettre un terme à ces graves atteintes à l'environnement.

 

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Photos © Feconaco : un moniteur indigène chargé de la surveillance territoriale constate la pollution...

Pour en savoir plus, en français et accéder au manuel très bien documenté (cartes, photos),

- Sur le site du MCI : http://mci.fgc.ch/mci/ > 26/11/2011 - Mise en place... > Lire manuel (en espagnol)...

- Le site de "Solsticio", la dénonciation de l'activité des compagnies pétrolières (en espagnol) : http://www.defensaindigena.org.pe/index.php?option=com_co...

- L'accord "Dorissa" :  http://www.feconaco.org/pdf/acta_dorissa.pdf

- La dénonciation au CERD (en anglais) : http://www.forestpeoples.org/documents/s_c_america/peru_c...

 

 

08:04 Publié dans La lettre d'AYA | Tags : pluspetrol, feconaco, genève, fgc, pétrole, cerd, mci | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

06/01/2012

Les peuples indigènes à la COP-17 de Durban

Au niveau international, les organisations indigènes sont bien conscientes des enjeux et des menaces que les changements climatiques font peser sur leur existence. Pour l'organisation Survival International, "Les peuples indigènes sont les premiers experts en changement climatique".

De nombreuses organisations indigènes étaient présentes à la 17e Conférence des parties à la Convention de l'ONU sur les changements climatiques qui a eu lieu à Durban, en Afrique du Sud, du 28 novembre au 9 décembre 2011. Une réunion plus généralement désignée par le sigle COP-17.

En prévision de cette rencontre, les organisations indigènes des neuf pays du bassin amazonien, groupées au sein de la Coordination des  Organisations Indigènes du Bassin Amazonien - COICA, avaient déjà fixé leur position lors d'une rencontre tenue à Manaus en août dernier*. La COICA recommandait la prudence vis-à-vis du mécanisme onusien de Réduction des Emissions de gaz à effets de serre en raison de la Déforestation et la Dégradation des forêts - REDD +. L'Alliance Globale des Peuples indigènes et Communautés locales a demandé l'instauration d'un moratoire sur ce mécanisme.

De leur côté, les organisations indigènes du Brésil ont envoyé cinq représentants à Durban. Pendant la conférence, la délégation a tenu à rappeler ses préoccupations en rapport avec la politique indigéniste du gouvernement brésilien :

1.- Les retards pris pour la démarcation des Terres Indigènes, en particulier celles des Guarani dans l'État du Mato Grosso do Sul; la mauvaise protection contre les envahisseurs, notamment dans la Vallée du Javari ou l'aire indigène Yanomami;  la volonté du Congrès de politiser le processus même de démarcation.

2.- La construction programmée de nombreux ouvrages hydroélectriques dans la région amazonienne. 3.- La réduction de l'émission des gaz à effet de serre compromise par la réforme du Code forestier en cours de discussion devant le Congrès.

La délégation a souligné le nécessaire respect des Conventions et Traités internationaux, la nécessité d'un plan de gestion des Terres Indigènes et le soutien aux initiatives des peuples indigènes pour la protection de leur environnement.

 

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* AYA Info No 63

Pour en savoir plus (en français),

- Le rapport de Survival International (2009) : http://www.survivalfrance.org/actu/7911 > Télécharger le rapport

- L'appel au moratoire publié par Attac International :  http://www.france.attac.org/articles/les-indigenes-contre...

- L'appel de l'Alliance Globale des Peuples indigènes et Communautés locales (en anglais):

http://climate-connections.org/2011/12/06/indigenous-peop...

- La position de la délégation indigène brésilienne (n portugais) :

http://blogapib.blogspot.com/2011/12/movimento-indigena-p...

 

Cette note a été publiée  dans "AYA Info" No 67, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

08:31 Publié dans La lettre d'AYA | Tags : cop-17, peuples indigènes, redd+, coica, manaus, déforestation, durban | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

23/12/2011

La IIe Assemblée Yanomami : un succès !

Secoya:assemblia Yano2.pngLa IIe Assemblée* des Yanomami de l'État d'Amazonas a eu lieu du 22 au 28 novembre au xapono** (un village circulaire) de Bicho-Açu, situé dans la partie inférieure du rio Marauiá, dans la commune de Santa Isabel do Rio Negro Elle a réuni plus d'une centaine de leaders représentant vingt-quatre communautés proches, ou riveraines des rios Cauaburis, Demini, Marauiá, Maya et Padauiri sur les trois communes de Barcelos, São Gabriel da Cachoeira et Santa Isabel do Rio Negro.

Étaient également présents : Davi Kopenawa, président de l'Hutukara Associação Yanomami - HAY, des représentants de l'Association Yanomami du rio Cauaburis - AYRKA, de la Fédération des Organisations Indigènes du Rio Negro - FOIRN. Les principales entités et services publics qui agissent dans cette partie de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) avaient aussi envoyé des délégués.

Tous ces visiteurs ont été accueillis selon les traditionnels rituels de bienvenue. Les débats ont porté sur cinq thèmes qui reflètent les principales préoccupations des leaders : le service de santé, l'éducation différenciée, l'environnement, la surveillance du territoire par la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, et la présence des forces armées.

La santé est certainement le plus important des thèmes abordés par l'Assemblée. Les dirigeants ont souligné les graves déficiences du service de santé dans les communautés. Cela a pour conséquence une péjoration marquée de l'état de santé de la population. Ils ont formulé une dizaine de propositions visant à répondre aux besoins des communautés.

L'Assemblée a également proposé une demi-douzaine de mesures en faveur de l'éducation différenciée devant être mise en œuvre par les institutions chargées de l'éducation dans les villages.

Les leaders ont relevé l'état d'abandon dans lequel la FUNAI laisse les communautés. Ils ont souligné l'augmentation de l'insécurité due à l'invasion de pêcheurs et marchands de bois en particulier. Ils ont formulé six revendications à l'adresse de la Fondation, notamment de garantir la surveillance du territoire. En matière d'environnement, les leaders ont demandé le gel du processus de constitution du comité de gestion de la "Forêt nationale de l'Amazonas"*** qui se superpose avec la TI-Y. Cela en attendant que soit résolue l'incompatibilité des statuts réglementant les "Terres indigènes" et les "Forêts nationales".

En raison de l'impact culturel causé par de la présence de militaires dans les communautés, ils refusent l'implantation de nouveaux pelotons de surveillance de la frontière. Ils demandent le déplacement de ceux qui existent vers des zones non habitées.

Les délégués ont encore désigné les représentants des communautés dans les différentes instances de gestion participative.

Cette Assemblée a été un succès à plus d'un titre, mais surtout en raison du fait que des leaders, souvent isolés, ont pu prendre conscience des mêmes problèmes qu'ils affrontent au quotidien.

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* La première a eu lieu en 2007

** En français, prononcer "chapono"

*** Voir "AYA Info" Nos 63 & 64

Photo © Secoya : une vue de l'Assemblée

Pour en savoir plus (en portugais) : http://www.secoya.org.br/ > II Assembléia Yanomami do Amazonas...

Cette note sera publiée  dans le prochain "AYA Info" No 67, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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