01/07/2011

Meyrin soutient la formation de leaders Yanomami

TIYad+bc-2 Cours leaders 04-2011.jpgDu 20 au 27 avril 2010, près d'une quarantaine de leaders Yanomami de l'État d'Amazonas étaient réunis au xapono (village circulaire) de Komixiwë, dans le moyen rio Marauiá, dans la commune de Santa Isabel do Rio Negro. Ils venaient d'une dizaine de xapono proches du rio Marauiá, de deux xapono du rio Demini et de deux représentants du xapono de Momohiteri situé au Venezuela.

C'était le troisième volet d'une formation à la citoyenneté, un programme de la SECOYA qui reçoit l'appui de la commune genevoise de Meyrin.

Le cours a commencé par une phase préparatoire au cours de laquelle, l'animateur du cours, Silvio Cavuscens a visité les différents xapono afin que ceux-ci désignent leurs représentants. Le cours a eu lieu dans les deux langues, yanomami et portugais. Une majorité de participants étaient des hommes. Les femmes présentes étaient originaires de  la communauté de Komixiwë. Il y a eu quelques intervenants extérieurs liés aux entités qui agissent dans le territoire yanomami.

Une partie du programme a consisté à faire un diagnostic du vécu des communautés. D'abord les problèmes relevant de la responsabilité des Yanomami eux-mêmes. Il en a été relevé de trois sortes : les divisions susceptibles d'opposer des villages entre eux, mais aussi les tensions à l'intérieur des Secoya curso de liderança 04:2011 groupo:1 - copie.jpgcommunautés en raison de la multiplicité des leaders (pajés, professeurs, agents de santé, etc.); la lutte contre la prolifération des cafards et des moustiques; la dispersion des outils nécessaires pour cultiver la terre et le mauvais état du bateau servant à transporter les marchandises.

Les participants ont évoqué les problèmes relevant des napë (les non Yanomami) : les déficiences des services publics, comme le manque de médicaments et le mauvais fonctionnement du service de santé, mais aussi la fermeture des postes de la Fondation nationale de l'indien - FUNAI et l'absence de pistes d'atterrissage dans certaines communautés. Ils ont cité la mauvaise gestion des programmes sociaux (Bolsa familia) et l'interférence d'intermédiaires véreux et les manipulations de commerçants. Ils ont relevé les abus commis à l'endroit des femmes séjournant dans les "Maison de l'Indien" et ceux commis par les employeurs de main d'oeuvre Yanomami. Le non-respect par les napë de la législation en vigueur dans les Terres indigènes, par exemple l'introduction de boissons alcoolisées.

Secoya curso de liderança 04:2011:Tableau:3 - copie.jpgUne autre phase du cours a été consacrée à la législation brésilienne relative aux organisations de la société civile. Les implications de ces formes d'organisation, les dépenses que cela entraîne, etc. Enfin les participants ont élaboré un programme de travail qui reprend les problèmes identifiés, comment y répondre, quand et qui prend quelle responsabilité. La prochaine phase du cours est fixée pour septembre ou octobre de cette année.

Les associations AYA et SECOYA expriment leur très vive gratitude à la Commune de Meyrin qui apporte son appui à la réalisation de ce cours. Il est important que les Yanomami soient en mesure d'être les acteurs de leur propre destin.


***

Pour en savoir plus (en portugais) sur le cours + quelques photos : http://www.secoya.org.br/index.php?option=com_content&...

Tout en haut : Carte de la Terre indigène Yanomami, les xapono du rio Marauiá et la localisation du cours

Photos Secoya - Laucilene Lopes & Felipe Araujo - Cours pour leaders Yanomami - avril 2011 - Xapono de Komixiwë (Mission Marauiá). Photo du haut : les participants. Photo du bas :le tableau qui résume le diagnostic du vécu.

Pause estivale oblige : la publication des "brèves" est prévue pour reprendre dans le courant du mois d'août. Bon été aux lecteurs de ce blog !

Cette note (en version réduite) a été publiée dans "AYA Info" No 62, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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24/06/2011

Les indigènes du Brésil : une petite minorité, mais une grande richesse culturelle

Oscar_Pereira_da_Silva_-_Desembarque_de_Pedro_Álvares_Cabral_em_Porto_Seguro_em_1500.jpgL'Institut Brésilien de Géographie et de Statistique - IBGE a publié les premiers résultats du recensement de la population effectué entre le 1er août et le 31 0ctobre 2010. Le Brésil comptait 190'755'800 résidents au 1er août 2010. Ils étaient 169'799'200 en 2000, soit une augmentation de près de 21 millions d'habitants (+12,34%) au cours de cette période.

À l'occasion de ce comptage, 817'900 personnes se sont déclarées "Indigènes". Elles étaient 734'000 lors du précédent recensement, soit une augmentation de 83'900 personnes, une progression de 11,43%. Les indigènes représentent maintenant 0,43% de la population brésilienne.

Ils sont les plus nombreux (168'680) dans l'État d'Amazonas, où ils représentent 4,8% de la population. Les 49'600 indigènes de l'État de Roraima représentent 11% de la population de cet État : c'est la plus forte proportion enregistrée dans le pays. 315'180 indigènes habitent dans des zones urbaines (38,5%) et 502'780 dans des zones rurales (61,5%).

L'Amazonie légale* compte près de 25,5 millions d'habitants, soit 13,35% de la population du pays. Les indigènes y sont près de 383'700, soit 1,5% de la population de cette partie du Brésil, mais près de 47% de tous les indigènes du Brésil. En Amazonie légale, 19% des indigènes habitent dans des zones urbaines et 81% dans des zones rurales.

Lors du recensement de 1991, il avait été dénombré 294'000 indigènes représentant 0,2% de la population brésilienne. L'augmentation de 150% constatée entre 1991 et 2000 est essentiellement due au nombre d'indigènes qui vivaient dans des zones urbaines, notamment dans le sud du Brésil qui, précédemment, avaient été classés dans d'autres catégories.

Ce recensement est à situer dans le contexte historique. En avril 1500, l'amiral portugais Pedro Álvares Cabral débarque sur le site de Porto Seguro, au sud de l'actuelle ville de Salvador. C'est le début de la colonisation du Brésil par les Portugais. Variable selon les sources, le nombre des "natifs" vivant alors sur l'actuel territoire brésilien est estimé entre 2,3 et 5 millions. La colonisation a failli entraîner l'extermination complète de ces "Peuples premiers". Les raisons de cette tragédie sont bien connues : asservissement, maladies, mauvais traitements, accaparement des terres, massacres**, etc.

On compte actuellement un peu plus de 230 peuples différents, parlant encore près de 180 langues. Une véritable richesse culturelle !

Si certains peuples sont en contact avec les Blancs depuis cinq siècles, d'autres n'ont eu ce contact que beaucoup plus tard. Il existe encore plusieurs dizaines de groupes isolés. Tout récemment, ce 21 juin, la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI a confirmé l'existence d'un nouveau groupe d'indiens isolés dans la Vallée du Javari à l'ouest de l'État d'Amazonas.

Dans sa dernière "Newletter", l'association Survival France a mis en ligne une vidéo (3'34") sous-titrée en français, enregistrée en 2010 montrant un groupe d'indiens isolés vivant dans la région du rio Envira, non loin de la frontière avec Pérou. Il est possible de visionner cette vidéo au bas de cette note.

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* L'Amazonie légale est constituée de neuf États : Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima et Tocantins et d'une partie du Maranhão,

** L'un des derniers massacres reconnu comme génocide par la justice brésilienne concerne les Yanomami. En juillet 1993, des garimpeiros (orpailleurs) ont massacré une douzaine de femmes, jeunes et enfants Yanomami, dans le village de Haximu (État de Roraima). Ces évènements sont décrits en détail par Bruce Albert dans le livre coécrit avec Davi Yanomami "La chute du ciel" (p. 627) aux éditions Plon - Paris.

Image : tableau du peintre brésilien Oscar Peraira da Silva représentant le débarquement de Cabral à Porto Seguro

Pour en savoir plus (en portugais) :

Pour visionner la vidéeo de Survival :  http://www.uncontactedtribes.org/videobresil

Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 61, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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17/06/2011

Appel aux amis de la Secoya et des Yanomami

Siège Secoya Manaus DSC04923 - copie.jpgLes pressions qu'exerce la société des Blancs sur de nombreux peuples indigènes du Brésil, les Yanomami en particulier, sont de plus en plus fortes. Elles mettent en cause leur mode de vie et leur culture. Les communautés Yanomami de l'État d'Amazonas ont commencé un processus d'organisation qui est fondamental. Elles l'ont fait avec le soutien de l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami" - SECOYA de Manaus, le partenaire de notre association AYA. La SECOYA veut relever un défi de taille : que les Yanomami de l'État d'Amazonas soient en mesure d'être les acteurs de leur propre destin. Dans ce domaine, elle se veut exemplaire : des Yanomami sont membres des instances de l'association.

Son programme de travail touche plusieurs domaines : la santé, l'éducation, le développement durable, la citoyenneté et la capacité organisationnelle. Elle exerce l'essentiel de son activité dans un immense territoire très difficile d'accès. Les communautés indigènes ne sont accessibles que par les rivières, parfois jalonnées de rapides dont le franchissement est périlleux.

Cachoeiras 3 - copie.jpgElle est également confrontée à un contexte politique, institutionnel et administratif particulièrement difficile. Depuis 2009 surtout, elle a commencé un intense travail de recherche de fonds pour garantir la continuité des actions sur le terrain, l'entretien de l'infrastructure minimale nécessaire à son activité, et bien sûr, le payement d'un minimum de personnel. Il est bien clair que les "bénéficiaires" de son action n'ont pas la possibilité de payer les services qui leur sont rendus.

Le 8 juin, elle a lancé un appel à ses propres membres, mais aussi à la solidarité de ses amis et de celles et ceux qui veulent soutenir la cause des Yanomami. Elle propose le versement d'un don unique ou le versement d'une cotisation mensuelle.

AYA a décidé de relayer cet appel à la solidarité. Elle transmettra les montants recueillis.

Les dons peuvent être versés sur le compte postal de

AYA - Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie - 1200 Genève

CCP No 17-55066-2  >  avec la mention "SECOYA".

Par avance AYA remercie celles et ceux qui manifesteront leur solidarité.

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Pour en savoir plus (en portugais), le site de la SECOYA : http://www.secoya.org.br/

Photos Secoya

En haut : Le siège de la Secoya à Manaus

En bas : ... Se rendre dans des zones difficiles d'accès, passer les cachoeiras (les rapides).

Cette note sera publiée dans "AYA Info" No 62, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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10/06/2011

700 indigènes participent au campement "Terre Libre" 2011

Photo CIMI :Cleymenne Cerqueira:d4d2491af6171d71c1e9ee3862780446.jpg"L'Acampamento Terra Livre", c'est un peu l'assemblée générale annuelle des représentants des peuples indigènes de tout le Brésil. Plus de 700 leaders étaient réunis à Brasilia, du 2 au 5 mai, pour la 7e édition de cette manifestation. Celle de 2010 avait eu lieu en août, à Campo Grande, la capitale de l'État du Mato Grosso do Sul, où la violence à l'endroit des indigènes est particulièrement forte. Et celle de 2009 avait déjà eu lieu à Brasilia. Elle avait permis aux leaders indigènes de finaliser le projet de "Statut des Peuples Indigènes" toujours dans les tiroirs du Congrès.

La manifestation a été organisée par les membres de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil (APIB) et le Forum de Défense des Droits Indigènes (FDDI) avec l'appui de l'ambassade de Norvège. L'objectif de la réunion de cette année était de débattre des violations des droits indigènes.

Le document final adopté par les participants a pour titre "Pour le droit à la vie et à la Mère Terre". Il traite d'abord du cadre dans lequel se trouvent les peuples indigènes: "Nous n'admettons pas que ce que nous préservons depuis des millénaires – la Mère Terre – en contribuant ainsi à la durabilité environnementale et sociale du territoire national et de la planète, soit arraché de nos mains ou détruit irrationnellement comme cela s'est passé il y a 511 ans par les colonisateurs européens au détriment de la vie de nos peuples et de leurs générations futures. Nous ne pouvons pas admettre de continuer à être les victimes de la voracité du capitalisme néolibéral, du modèle de développement déprédateur qui règne sur le monde, y compris dans notre pays. Cela de forme implacable, sous le regard négligent, de connivence et avec l'adhésion explicite du gouvernement actuel." Il énumère ensuite les revendications des leaders qui touchent plusieurs domaines : la démarcation et la protection des Terres indigènes; l'impact des infrastructures sur les terres indigènes; la criminalisation des dirigeants indigènes; la restructuration de la Fondation Nationale de l'Indien (FUNAI); la législation indigène et la réforme politique; l'éducation et la santé indigènes; le code forestier.

Photo Walter Campanato : Agência Brasil :05052011VAC8999.jpgPour initier un dialogue avec le gouvernement, une délégation de leaders a été reçue au Palais du Planalto, le palais présidentiel, par la Secrétaire général de la présidence de la république, Gilberto Carvalho, et les ministres de la justice, des mines et de l'énergie, de la santé, de l'environnement, le président de la FUNAI et le responsable du Secrétariat Spécial de santé Indigène (SESAI) à qui les indigènes ont remis le document adopté lors de la réunion.

Selon "Agência Brasil", Gilberto Carvalho a rappelé la volonté du gouvernement de poursuivre la construction des usines hydroélectriques de Belo Monte*, Jirau et Santo Antonio, ainsi que la transposition du rio São Francisco. Il a fait remarquer à ses interlocuteurs que la présence de plusieurs ministres à cette audience était un signe de profond respect de la part du gouvernement à l'égard des communautés indigènes.

***

* Voir la note publiée sur ce blog le 3 juin dernier

Pour en savoir plus en français :

Pour en savoir plus en portugais :

 

Photo du haut : Cleymenne Cerqueira / CIMI - Une des banderoles du Campement

Photo du bas : Walter Campanato / Agência Brasil - Un indigène remet à la délégation ministérielle le document adopté lors du campement 2011

 

Cette note, dans une version réduite, a été publiée dans "AYA Info" No 61, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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03/06/2011

L'IBAMA autorise la construction controversée de Belo Monte

Brasil-Belo-Monte-Barrage-Carte-1.gifLe 1er juin, l'Institut Brésilien du Milieu Ambiant (IBAMA) a accordé à Norte Energie SA - NESA, la licence qui permet la construction, sur le rio Xingu, de la très controversée usine hydroélectrique de Belo Monte et de son canal de dérivation.

L'ouvrage est prévu pour avoir une puissance maximale de 11'233 megawatts qui en fait le 3e plus grand du monde, après Itaipu à la frontière du Brésil et du Paraguay et celui des Trois Gorges en Chine. Le montant de l'investissement initialement prévu est de l'ordre de  19 milliards de Reais (environ 10 milliards de CHF ou 12 milliards de US$). Selon le gouvernement, la première turbine devrait entrer en fonction en 2015.

Dans un communiqué publié le même jour, Antonia Melo, la coordinatrice du "Mouvement Xingu Vivo Para Sempre" déclare : "Nous ne reculerons pas d'un centimètre. Chaque erreur, chaque mensonge augmentera notre indignation et notre force de lutter. Cette autorisation est l'antichambre d'un crime que nous empêcherons coûte que coûte."

Les organisations indigènes de la région ont manifesté leur opposition à la construction de cet ouvrage depuis 1989. La Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne (COIAB) confirme cette position. Le 1er juin, elle a fait connaître l'indignation que lui cause la décision de l'IBAMA..."Pareille décision fait honte à la nation brésilienne qui croit que la nature est un patrimoine qui doit être préservé... "Le gouvernement brésilien ne respecte pas nos droits..." "Il veut détruire les peuples indigènes et les communautés traditionnelles avec son modèle de développement au service de l'intérêt du capital international, une idéologie qui détruit ce qui devrait être cultivé..."

De nombreuses organisations de la société civile, des scientifiques ont également fait connaître leur opposition. Mais la détermination des autorités n'a pas été ébranlée.

Parmi les derniers épisodes des nombreuses controverses, il y a celle, provoquée par le Secrétaire général de l'Organisation des États Américains - OEA.

Au début du mois d'avril*, la Commission Interaméricaine des Droits Humains (CIDH) de l'Organisation des États Américains (OEA), dont le siège est à Washington, a demandé au gouvernement brésilien de suspendre les travaux de construction du barrage de Belo Monte sur le rio Xingu. La Commission demande la réalisation préalable d'auditions et d'information des peuples indigènes et la prise de mesures de précaution. Cette note a été reçue avec "perplexité" par les autorités brésiliennes qui ont considéré les sollicitations de l'OEA "précipitées et injustifiables". Le gouvernement brésilien a adressé sa réponse à la Commission le 26 avril. Il affirme respecter les droits humains.

Le 4 mai, questionné par la BBC au sujet du risque de voir les ouvrages, liés au développement économique du Brésil, être réalisés sans respecter les droits humains, le Secrétaire général de l'OEA, José Miguel Insulza, a déclaré ne pas connaître ces cas spécifiques : "l'arrivée de thèmes environnementaux et des peuples natifs ouvre un espace qui doit être traité avec beaucoup d'attention..." Parlant de Belo Monte, le Secrétaire est d'avis que "... la Commission peut parfaitement donner des conseils aux gouvernements, mais ne pas  traiter ces sujets en termes juridiques". Selon M. Insulza, la Commission pourrait réviser la position adoptée le 1er avril.

Cette interview a suscité des réactions notamment d'Amnesty International et de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH). Avec d'autres, ces organisations apportent leur soutien à la position initiale de la CIDH. Elles reprochent au Secrétaire de considérer que les droits des peuples autochtones ont moins d'importance que les autres droits humains, par exemple la protection contre la torture ou les disparitions forcées. Hier 2 juin, Amnesty International a renouvelé sa demande de suspension des travaux.

Le 11 mai, le  Ministère Public Fédéral (MPF) du Pará a adressé une recommandation au président de l'IBAMA, lui demandant de s'abstenir  d'émettre l'autorisation de commencer l'ouvrage tant que les mesures préalables prévues en 2010 n'ont pas été réalisées. À plusieurs reprises, les membres du MPF ont fait l'objet d'intimidations et de pressions exercées par les services gouvernementaux. Le 19 mai, quatorze organisation brésiliennes ont dénoncé ces agissements aux instances compétentes du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits humains à Genève

Visiblement, ni la recommandation du Ministère Public, ni la demande de la CIDH de l'OEA n'ont été suivies d'effets.

***

* Voir les notes des 8 avril et 5 mars de ce blog et  "AYA Info" Nos 61, 59, 58 et d'autres bulletins antérieurs.

Pour en savoir plus (en portugais),

- Sur l'autorisation :

- Sur la position du Ministère Public Fédéral,

- Sur la controverse CIDH / Gouvernement brésilien - voir la note du 8 avril et :

- Sur la dénonciation au Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme :

 

Cette note est une version mise à jour de celle publiée dans "AYA Info" No 61, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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27/05/2011

Le 24 mai, la forêt brésilienne est attaquée sur deux fronts

Le mardi 24 mai restera marqué comme un jour néfaste pour la forêt brésilienne : deux de ses défenseurs ont été assassinés et la Chambre des députés a adopté un texte qui réduit sensiblement les mesures de protection dont elle est l'objet.

Un couple assassiné dans l'État du Pará

La journée du mardi 24 mai a commencé par un double assassinat, celui - vers huit heures du matin - de José Claudio Ribeiro da Silva et de son épouse, Maria do Espírito Santo. C'est la Commission Pastorale de la Terre - CPT de Marabá (État du Pará) qui a publié l'information. Le couple, alors qu'il circulait à moto sur une route secondaire de la municipalité de Nova Ipixuna (dans le sud-est de l'État), a été tué de plusieurs coups de fusils et de revolver par deux "pistoleiros" en embuscade près d'un pont.

L'un et l'autre avaient été les pionniers de la création de la réserve "extrativiste" de Praia Alta Piranheira, une aire forestière de 22'00 ha riche en divers produits : châtaigne, açaí, cupuaçu, etc. L'"extrativisme" est une forme d'exploitation des produits de la forêt sans destruction des arbres. Mais c'est aussi une zone qui, en raison de la richesse de ses bois nobles, est constamment envahie illégalement par des exploitants forestiers.

Le couple se savait menacé. Il rejoint la liste déjà longue des personnes, Chico Mendes, Dorothy Stang, et autres militants plus anonymes, qui ont payé de leur vie leur engagement pour la préservation de la forêt amazonienne.

À la Chambre des députés, l'annonce de l'assassinat a été accueillie dans l'indifférence, voire les moqueries. La police serait sur la piste des "pistoleiros" et de leurs mandants.

La vidéo ci-dessous (de 9'33'', sous-titrée en anglais) montre José Claudio Ribeiro intervenant lors de la rencontre TEDxAmazônia qui a eu lieu les 6 et 7 novembre 2010 près de Manaus. Il explique sa volonté de défendre la forêt. Il évoque les menaces dont il est l'objet et son éventuel assassinat.

La Chambre des députés réforme le code forestier

Foto Fabio Rodrigues Pozzabom: Aldo Rebelo félicité 24052011FRP0026.JPGLe soir du même jour, c'est par 410 voix pour, 63 contre et 1 abstention que la Chambre des députés a accepté la réforme du Code forestier de 1965. Seules deux formations politiques ont appelé à voter contre : le Parti Socialisme et Liberté - PSOL et le Parti Vert - PV. Il s'agit d'une réforme qui réduit sensiblement la protection de la forêt brésilienne. Par exemple, les "Aires de préservation permanentes - APP, comme les berges de rivières, le sommet des collines, les mangroves peuvent être déboisées. Des membres de la "Campagne SOS Florestas" ont analysé le projet de loi du rapporteur, le député Aldo Rebelo. Ils ont relevé près d'une vingtaine de points qui réduisent la protection de la forêt.

Des scientifiques, une dizaine d'anciens ministres dont Marina Silva et Rubens Ricupero, des juristes, de nombreuses associations de la société civile ont aussi exprimé leur hostilité au nouveau texte. La Présidente de la république, Dilma Rousseff a aussi fait connaître sa désapprobation à l'endroit de plusieurs articles du projet. Le texte doit passer maintenant au Sénat.

Le gouvernement compte sur les sénateurs pour modifier le projet adopté par la Chambre des députés. Reste également la possibilité, pour la Présidente de la république, d'user de son droit de veto en ne promulguant pas certains articles de la loi.

***

Photo Fabio Rodrigues Pozzabom / ABr : le rapporteur du nouveau Code forestier, le député Aldo Rebelo, au centre en veste claire, est félicité après l'approbation du texte.

Pour en savoir plus (en portugais),

- Sur l'assassinat du couple de leaders paysans :

  • L'information de la CPT : http://www.cptnacional.org.br/ > CPT Marabá... > Lider extrativista é executado... > Se nos calarmos... > Nova Ipixuna : polícia já tem...

- Sur le Code forestier :

 

Cette note sera reprise dans le bulletin à paraître "AYA Info" No 61, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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20/05/2011

Les conflits dans la campagne brésilienne

Le 15 avril, la Commission Pastorale de la Terre (CPT), un organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil a publié son rapport 2010 sur les conflits dans la campagne brésilienne. Le document aborde quatre types de conflits : Les conflits pour la terre, les conflits du travail, ceux pour l'eau et ceux qui concernent divers domaines. Au total, en 2010, il y a eu 1'186 conflits, impliquant 559'400 personnes. La CPT a dénombré 34 assassinats.

Les conflits de la terre sont les plus nombreux : 853, impliquant 351'935 personnes, avec 30 assassinats. Mais, pour la troisième année consécutive, ce chiffre est en dessous de la moyenne (1'010), des dix dernières années. Il y en a eu 452 (53%), dans les neuf États de l'Amazonie légale*. Au deuxième rang, les conflits du travail (travail esclave, surexploitation de la main d'œuvre et non respect de la législation). Ils sont au nombre de 242, impliquant 5'806 personnes, avec deux assassinats. Il y a eu 87 conflits pour l'eau, impliquant 197'210 personnes, et deux assassinats. Il y en avait eu 45 en 2009 et 46 en 2008. En 2007, il y en avait déjà eu 87, mais ils avaient touché "seulement" 163'735 personnes. En 2010, l'Amazonie légale a connu 28 de ces conflits, soit 32% de ceux comptés dans le pays. Le plus connu est celui relatif au barrage de Belo Monte, sur le rio Xingu, dans l'État du Pará.

Dans le rapport, l'un des commentateurs souligne que "La politique agressive de privatisation mercantile des eaux, promue par les transnationales du secteur, relayée par les organismes internationaux comme le FMI et la banque Mondiale, soutenue par les gouvernements nationaux, ne peuvent, évidemment qu'engendrer une augmentation de la tension". À propos des peuples indigènes : "Comme ces dernières années, la question indigène est loin d'être résolue..." "Les demandes des populations indigènes impliquent la mise en oeuvre des accords ou l'amélioration des politiques publiques de santé, d'éducation, d'infrastructures, de législation du travail, de démarcation des terres et les mobilisations pour la défense de l'eau et de l'environnement qui, en général, sont engendrés par l'exploitation minière ou la construction de barrages avec la perte de territoires".

Foto 17:04:1996 Eldorado dos Carajás.jpgCette année marque le quinzième anniversaire du massacre de Eldorado dos Carajás (État du Pará), survenu le 17 avril 1996 qui a coûté la vie à 19 paysans sans terre. Ils manifestaient pour l'attribution de terres. Selon une note publiée le 18 avril dernier par la CPT, deux seuls parmi les responsables du massacre - un colonel et un capitaine - ont été jugés en 2002. Ils ont fait appel de leur condamnation. Bénéficiant de l'habeas corpus accordé par la Cour suprême, ils sont en liberté en attendant ce jugement en appel dont la date n'a pas été fixée : "Le  triomphe de l'impunité" dit la CPT.

Le 17 avril est devenu la "Journée mondiale des luttes paysannes".

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Photo : Les paysans tués lors du massacre de Eldorado de Carajás, le 17 avril 1996

* L'Amazonie légale est composée de huit États : Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima et d'une partie du Maranhão. Dans ce rapport, ce dernier été pris dans sa globalité.

Une note de ce blog, publiée le 22 mai 2010, est consacrée au rapport 2009.

Pour en savoir plus (en portugais) :

Une version réduite de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 60, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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13/05/2011

Premier "Avril indigène" de l'ère Dilma

Foto 1:Elza Flúza:ABr:19:04:2011:EF1_8766.JPGAu Brésil, le 19 avril est le "Jour de l'Indien". Des manifestations ont lieu dans le pays et pas seulement le jour même, mais au cours du mois d'avril.

L'événement le plus marquant de ces célébrations est certainement la réunion du Forum National des Leaders Indigènes - FNLI, qui a eu lieu à Brasilia du 17 au 20 avril à l'initiative de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB. Les représentants des principales organisations indigènes ont rédigé une "Lettre ouverte" adressée à la présidente Dilma Rousseff, et remise au Ministre de la Justice, José Eduardo Cardozo, lors d'une audience accordée le 19 avril.

Ce document reprend les principales revendications des peuples indigènes : L'adoption du Statut des Peuples Indigènes et la création d'un Conseil National de Politique Indigéniste. La démarcation, la protection des terres indigènes. La participation des organisations indigènes dans le processus d'élaboration du Plan Pluriannuel (qui fixe les axes budgétaires) pour 2011-2014. L'attribution de ressources financières suffisantes au Secrétariat Spécial de Santé Indigène - SESAI, qui doit rapidement être en mesure d'assumer ses responsabilités. La participation des organisations indigènes dans le processus de restructuration de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI. L'application de la Convention 169 de l'OIT et de la Constitution fédérale en matière de  consultation sur les sujets qui affectent les peuples indigènes. Que le ministère de l'éducation mette en oeuvre les territoires ethno-éducationnels et les résolutions de la Conférence Nationale de l'Education Indigène de 2009. Que le ministère de la culture assure la participation des organisations indigènes dans la formulation des politiques relatives à la diversité culturelle. Les signataires demandent la participation des peuples et organisations indigènes dans un programme de protection et de sécurité dans les zones frontalières menacées par des pratiques illicites qui portent préjudice principalement aux jeunes et aux enfants. Que le gouvernement garantisse l'accès des peuples et communautés indigènes aux politiques de sécurité alimentaire.

C'est là tout un programme de gouvernent. Il reprend l'essentiel et précise les éléments de politique indigéniste souhaitée par les organisations indigènes déjà soumis aux candidats à l'élection présidentielle en octobre 2010*.

Le 19 avril également, un "Front parlementaire d'appui aux peuples indigènes" a été créé à la Chambre des Députés. Il est présidé par Ságuas Moraeis, député du Parti des Travailleurs de l'État du Mato Grosso. Le même jour, la présidente de la république a signé les décrets d'homologation de trois Terres indigènes situées en Amazonie.

***

Photo Elza Flúza / Agência Brasil - Un responsable de l'APIB remet au ministre de la justice la lettre destinée à la Présidente de la république.

* Voir "AYA Info" No 55 (12/11/2010).

Pour en savoir plus (en portugais) :

 

Une version restreinte de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 60, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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06/05/2011

Davi Kopenawa plaide pour un meilleur service de santé indigène : le "oui mais" du gouvernement

Davi et Levi avec le Ministre de la santé 30:03:11:DSC04441.JPGLe 30 mars, Davi Kopenawa et Levi Yanomami, deux leaders du peuple Yanomami étaient à Brasilia pour rencontrer le ministre de la santé, Alexandre Padilha et Antônio Alves, le responsable du nouveau Secrétariat Spécial de la Santé Indigène - SESAI. Ils étaient accompagnés par Ana Paula Souto Maior, l'avocate de l'Institut Socio-environnemental - ISA.

Les deux leaders venaient demander l'autonomie financière et administrative du "District Sanitaire Spécial Indigène - DSEI Yanomami", l'organisme chargé du service de santé dans les communautés Yanomami réparties sur les deux États de Roraima et d'Amazonas.

Davi a souligné l'importance de désigner, à la tête du DSEI-Y, un responsable qualifié, bon connaisseur de la culture Yanomami et jouissant de la confiance des indigènes. Il a demandé que ces critères l'emportent sur des choix politiques qui, dans un passé récent, ont été à l'origine de détournements de fonds, alors que les déficiences du service de santé avaient, et ont toujours, de graves conséquences sur l'état de santé de la population Yanomami.

Antônio Alves a confirmé que le DSEI-Y aura bien une autonomie financière et administrative et que le contrôle social par les usagers - les indigènes - va continuer. Pour un meilleur fonctionnement du District, le SESAI devrait engager du personnel. Or, le ministre de la planification n'autorise pas l'engagement des nouveaux fonctionnaires indispensables pour la bonne gestion du service de santé... Moins de trois semaines après l'entrevue, le 19 avril, le ministre a annoncé que le délai pour le transfert du service de santé indigène de la Fondation Nationale de la Santé (FUNASA) au SESAI, primitivement prévu pour ce mois d'avril, était repoussé au 31 décembre 2011. Ce transfert de responsabilité correspond à une demande des organisations indigènes. Il avait été décidé par le président Lula en octobre 2010*.

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Photo SESAI : de gauche à droite : Levi Yanomami, Alexandre Padilha, le Ministre de la Santé et Davi Kopenawa.

Pour en savoir plus,

 

Une version restreinte de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 60, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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29/04/2011

Davi Kopenawa avec les chamans de la Terre Yanomami

TI Y map_20072005 copie.jpgC'est une première chez les Yanomami : du 22 au 24 mars, dans sa communauté de Watoriki (la maison de la montagne du grand vent), Davi Kopenawa, le président de Hutukara Association Yanomami - HAY, et lui-même chaman, a réuni une quarantaine de ses "confrères" de la Terre Indigène Yanomami - TI Y.

Cette réunion avait plusieurs objectifs : Favoriser les échanges entre les plus grands "pajés" de la région. Valoriser les traditions chez les jeunes Yanomami très attirés par le mode de vie des Blancs. Réaffirmer la tradition chamanique en réponse à l'offensive croissante des missionnaires évangélistes présents dans la TI Y. Susciter une réflexion cosmologique des chamans sur la crise écologique mondiale et la nécessaire mobilisation pour la protection de l'Amazonie contre le développement prédateur des Blancs.

Questionné au sujet de la vidéo ci-dessous (2'02") enregistrée par Leandro Lima, Bruce Albert* en explique le sens : "Tour à tour, ces chamans s'avancent au centre de la place pour faire à la fois, la démonstration de leur savoir-faire et pour contribuer à protéger la forêt "détruite et salie" par les Blancs. Ainsi, ils "font descendre" (en imitant) leurs esprits auxiliaires xapiri pë qui soignent, réparent et défendent la forêt et ses limites. Les xapiri pë sont les images des ancêtres humains - animaux du temps des origines, les Yarori pë".

Un grand merci à Bruce Albert.

* Bruce Albert est co-auteur, avec Davi Kopenawa, du livre "La Chute du ciel - Paroles d'un chaman Yanomami" publié aux éditions Plon (Paris) dans la collection "Terre humaine" - Voir AYA Info No 54 pour les références.

Pour en savoir plus (en portugais) :

 

Une version restreinte de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 60, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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