11/11/2011

Belo Monte : batailles juridiques et autres protestations en cours

Les medias ont donné un large écho à la décision de la justice fédérale du 27 septembre, ordonnant de suspendre les travaux de construction de l'usine hydroélectrique de Belo Monte* sur le rio Xingu. Cette suspension ne concerne pas les travaux d'installation du chantier, ni la construction de logement des travailleurs. La justice interdit au consortium Norte Energie SA, tout ouvrage susceptible d'altérer le lit du rio Xingu comme l'implantation de port, de barrages, explosions, creusement de canaux et quelque ouvrage que soit qui puisse entraîner une altération de la piscifaune. La plainte émane de l'Association des éleveurs et exportateurs de poissons ornementaux d'Altamira - ACEPOAT.

Une deuxième décision de justice était attendue le 17 octobre. Il s'agissait de traiter un recours du Ministère public fédéral - MPF qui conteste le décret autorisant la construction de l'ouvrage. Le MPF reproche aux autorités de n'avoir pas procédé à la "Consultation préalable, libre et informée" des communautés indigènes avant de donner l'autorisation de commencer les travaux. La juge chargée du rapport s'est déclarée favorable à l'annulation du décret. Un deuxième juge a fait usage de son "Droit de regard" ce qui a entraîné un ajournement du procès au 26 octobre. Ce jour-là, ce juge, a défendu la validité du décret. Lors de l'audience, une troisième juge, nouvellement nommée au tribunal, a fait, elle aussi, usage de son "Droit de regard", la décision avait été renvoyée à ce 9 novembre. Cette juge a, elle aussi, défendu la validité du décret. Par deux voix contre une, le tribunal a ainsi tranché dans ce sens. Le Ministère Public Fédéral a déjà annoncé son intention de faire recours devant le Tribunal Suprême Fédéral.

Au plan international, le 27 octobre à Washington, la Commission Interaméricaine des Droits Humains - CIDH, de l'Organisation des États Américains - OEA a tenu audience pour traiter la plainte de plusieurs organisations brésiliennes relatives aux mesures de précaution devant être prises avant le début des travaux. Invité à faire valoir ses arguments, le gouvernement brésilien ne s'est pas présenté à l'audience. La présidence de la république a précisé que cette absence ne signifie pas une rupture avec la Commission. La décision de la Commission est attendue par les plaignants.

Toujours au niveau international, pour faire connaître son opposition à la construction du barrage, Raoni Metuktire, le leader Kayapó, un peuple du Xingu était reçu le 30 septembre à Genève, au siège du Haut Commissariat aux Droits de l'homme.

Sur le terrain de nombreuses manifestations ont eu lieu ces dernières semaines. Une des plus récentes étant l'occupation du chantier et d'une route d'accès, une partie de la journée du 27 octobre, par plusieurs centaines d'indigènes, de pêcheurs, de riverains et d'agriculteurs. Très vite une décision de justice a ordonné le départ des occupants.

Le 25 octobre, de nombreuses organisations  de la société civile ont adressé une note aux banques  intéressées par le financement de l'ouvrage les alertant sur les risques qu'elles encourent.

Le 31 octobre, Megaron Txucarramãe, un indien Kayapó, coordinateur régional de la FUNAI à Colider (Mato Grosso) a été démis de sa fonction, un poste qu'il occupait depuis 1995. Megaron affirme que son éviction est due à son opposition à la construction d'usines hydroélectriques programmées par le gouvernement, dont celle de Belo Monte. Questionné par la "Folha de São Paulo", le directeur de la FUNAI n'a pas souhaité commenter la décision qui, selon la Fondation, n'est pas liée à Belo Monte.

L'ouvrage de Belo Monte n'a pas fini de faire parler de lui...

***

* L'ouvrage est prévu pour avoir une puissance de 11'233 mégawatts ce qui en fera le 3e plus grand du monde après Itaipu, à la frontière du Brésil et du Paraguay, et celui des Trois Gorges en Chine.

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Les actions en justice :

Le jugement du 27 septembre : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3417 et http://www.jfpa.jus.br/noticias/ver.php?id=1008

Le jugement du 26 octobre : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3442

Le jugement du 9 novembre : http://www.trf1.jus.br/sitetrf1/conteudo/detalharConteudo...

- Devant la CIDH : http://global.org.br/programas/belo-monte-apos-boicotar-a... et http://correiodobrasil.com.br/apos-ausencia-do-brasil-na-...

- Interview sous-titrée anglais de Raoni - par Rebecca Sommer - lors de son passage à Genève : http://www.youtube.com/watch?v=zGOEUhMo-r0

- La note envoyée aux banques :

http://www.xinguvivo.org.br/2011/11/07/bancos-recebem-not...

- Pour suivre ce qui se passe sur le terrain : http://www.xinguvivo.org.br/

 

Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 65, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

08:27 Publié dans La lettre d'AYA | Tags : belo monte, raoni, megaron, xingu, cidh, oea | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

04/11/2011

Un séminaire sur la "Consultation préalable" des peuples indigènes

Une vue du séminaire Photo Luis Donisete Benzi:RCA 6686963364e987e347d2de.jpgC'est un problème récurrent. À de multiples reprises, les organisations indigènes reprochent aux autorités brésiliennes de ne pas respecter la législation qui oblige à les consulter à propos des affaires touchant les peuples indigènes, par exemple : les infrastructures, la santé, l'éducation, les institutions, etc. Dans le but de progresser vers une solution, le Réseau de Coopération Alternative (RCA), qui comprend l'Institut Socio - environnemental (ISA), et plusieurs organisations indigénistes et indigènes, a organisé du 9 au 12 octobre, à l'Université de Brasilia, un séminaire sur la "Consultation préalable, libre et informée" des peuples indigènes.

Il s'agit d'un droit découlant, notamment, de l'application de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail - OIT ratifiée par le Brésil. Les organisateurs avaient également convié des représentants d'organisations de plusieurs pays d'Amérique latine.

Un document a été adopté au terme de la rencontre. Ce texte évoque d'abord les principes et règles générales de l'application de ce droit tels que : dialogue, bonne foi, transparence, mise à disposition des moyens nécessaires au dialogue, accord sur le mode de consultation. Une première série de recommandations concernent le processus de réglementation du droit de consultation. Une deuxième série a trait au contenu même de la réglementation : Qui doit être consulté ? À quel moment ? Qui doit consulter ? Comment doit être réalisée concrètement la consultation ? Et, enfin, les effets juridiques, en principe contraignants, de la consultation. Celle-ci est un processus de dialogue qui a pour objectif d'arriver à un accord ou d'obtenir le consentement des peuples indigènes. Ce document a été remis au gouvernement brésilien.

Il semblerait utile que ce sujet soit traité par l'ensemble des organisations indigènes du pays, or plusieurs d'entre elles ne sont, ni sur la liste des participants, ni sur la liste des signataires. Enfin il faut rappeler que début septembre, la Fondation Nationale de l'Indien (FUNAI) avait organisé, à l'interne, un atelier sur le même sujet avec la présence de James Anaya, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme et des libertés fondamentales des populations autochtones. Le rapporteur avait participé à un débat public à Brasilia le 6 septembre*.

***

* Voir "AYA Info" No 64.

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Sur le séminaire : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3428

- Sur le document final :

http://www.socioambiental.org/banco_imagens/pdfs/Oficina_...

Photo Luis Donisete Benzi /RCA : Une vue du séminaire

Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 65, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

28/10/2011

"Genève Ville Solidaire" des Yanomami

Marauiá nova2:version allègée:2.jpgLe 28 septembre dernier, le Conseil Administratif de la Ville de Genève a fait connaître son accord pour le financement du projet présenté par l'association genevoise "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie (AYA), pour le soutien d'un programme réalisé en Amazonie brésilienne par son partenaire de Manaus, l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami - SECOYA".

Il s'agit d'organiser, chaque semestre de 2012, un cours de formation de dix jours chacun, destiné à une vingtaine d'AIS - Agents Indigènes de Santé du DSEI - District Sanitaire Spécial Yanomami des villages du rio Marauiá. Cette rivière est un affluent du rio Negro, situé sur la commune de Santa Isabel do Rio Negro dans l'État d'Amazonas. Le programme des cours couvre plusieurs thèmes : la politique indigéniste et la politique de santé des autorités brésiliennes; la prévention des maladies, l'alimentation, l'hygiène du milieu et la lutte contre les vecteurs de maladies, mais aussi la capacité à représenter les communautés dans les instances publiques où ils sont appelés à siéger.

L'association AYA tient à exprimer ici sa vive reconnaissance pour ce geste à l'égard du peuple Yanomami. Cet appui s'inscrit dans la politique de solidarité conduite par la Ville de Genève depuis de nombreuses années.

En 2010*, la "Délégation Genève Ville Solidaire" a consacré 4'187'300 CHF à la solidarité internationale : 3'459'000 CHF pour la "Coopération au développement"; 259'500 CHF pour "l'Aide humanitaire"; 141'000 CHF pour la "Coopération décentralisée" et 327'800 CHF pour la "Sensibilisation" de l'opinion publique.

Après les communes genevoises d'Onex en 2008, de Meyrin en 2010, la Ville de Genève est la troisième commune genevoise à soutenir l'action de la SECOYA par l'intermédiaire de AYA. Encore une fois : Merci !

***

- La carte (cliquer pour agradir) montre la région concernée par le projet. Les "xapono" (prononcer chapono) sont les villages Yanomami.

Pour en savoir plus (en français) sur la

-  "Délégation Genève Ville Solidaire" :

http://www.ville-geneve.ch/themes/geneve-ville-internatio...

- SECOYA (en portugais) : http://www.secoya.org.br/ > Saúde

* Chiffres tirés de la brochure "Solidarité Genève Sud - statistique 2010" éditée par la Fédération Genevoise de Coopération - FGC.

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" (No 65), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

08:29 Publié dans La lettre d'AYA | Tags : genève ville solidaire, secoya, aya, yanomami | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

21/10/2011

Rede Globo diffuse un reportage sur l'orpaillage illégal*

Le dimanche 9 octobre, "O Fantástico", une émission du réseau de télévision Globo, a diffusé un reportage consacré à l'orpaillage illégal dans la Terre Indigène Yanomami.

En moins de quinze minutes(14' 27''), les reporters Marcelo Canellas et Lúcio Alves montrent les lieux d'orpaillage (les garimpos) du rio Couto de Magalhes (État de Roraima) et interviewent des divers acteurs, par exemple :

- Les garimpeiros (orpailleurs) sont filmés à l'ouvrage, on y voit leur campement. La loi du silence leur interdit de révéler le nom du propriétaire de la "balsa" (le bateau utilisé pour rechercher l'or) à qui ils disent remettre 60% de leurs trouvailles et se partager les 40% restant. Les plongeurs font état de la dangerosité de leur travail.

- La doctoresse du Centre du service de santé indigène de Boa Vista (la capitale de l'État de Roraima) parle des maladies, surtout la malaria, transmises aux indiens par les garimpeiros. Maladies anormalement fatales.

- La Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI se dit préoccupée par la proximité des garimpos avec un groupe d'indiens isolés. Contact très dangereux pour la santé de ces indiens. La FUNAI a compté 110 pistes clandestines, dont 15 en fonction, pour l'atterrissage des avions transportant les garimpeiros et leur ravitaillement.

- Un ancien propriétaire de garimpo déclare avoir investi 200'000 R$** (Reais) pour pratiquer son activité. Son campement a été détruit trois fois par la police. Parlant des pistes dynamitées par les autorités : "Elles sont réparées en 15 jours..."

- Un pilote renommé affirme avoir transporté des milliers de garimpeiros dans les terres indigènes. Il dit avoir cessé cette activité très lucrative : le propriétaire d'un avion, d'une valeur de150'000 R$, qui vole dans cette région - un transport risqué - doit facturer ses services entre 60 et 70'000 R$ par mois.

- Le Ministère public fédéral a dénoncé une trentaine de garimpeiros qui n'ont jamais été arrêtés.

- La police fédérale, aidée par l'armée, mène de fréquentes opérations d'évacuation, mais les garimpeiros retournent rapidement sur les lieux.

- Un retraité de la police fédérale, maintenant joaillier, affirme que lui, comme beaucoup d'autres de ses collègues achètent l'or tiré de la terre Yanomami. Il reconnaît l'illégalité de ce commerce, et sa crainte d'être arrêté. Mais il a un avocat qui le fera sortir de prison.

- Le reportage se termine par l'interview de Davi Kopenawa, président de l'Hutukara Associação Yanomami - HAY. Il demande, une fois de plus, l'évacuation des garimpeiros de la terre Indigène Yanomami !

En un quart d'heure, la vidéo présente une synthèse relativement complète de ce qui se passe dans cette zone éloignée du Brésil où le pouvoir central a bien de la peine à faire respecter le droit. Un reportage à voir ! C'est le travail de reporters réputés.

Il est rare de voir les grands medias brésiliens publier des telles informations. Les observateurs s'interrogent. Est-ce l'approche de Rio+20 qui influence les comportements ?

Une audience publique sur ce qui se passe dans la Terre Yanomami est prévue à la Chambre des députés le 27 octobre.

***

* Cette note complète et illustre celle publiée sur ce blog le 7 octobre dernier.

** Reais est le pluriel de Real, nom de la monnaie brésilienne. Au taux du jour  : 1 Real brésilien (R$) = 0.51 Franc suisse, ou 0.41 Euro, ou 0.56 Dollar US

Pour en savoir plus (en portugais) :

- L'article (en portugais) contenant l'essentiel du reportage : http://fantastico.globo.com/Jornalismo/FANT/0,,MUI1675528...

- Le reportage (en portugais et non sous-titré en français) :

14/10/2011

Guyane française : le magazine amérindien Oka.Mag’ se met en veille

Couv_OKA39_big.jpgDepuis une dizaine d'années, une poignée de courageux amérindiens de Guyane française ont fait le pari de donner une voix aux communautés amérindiennes en publiant "Oka.Mag'", un magazine, et en ouvrant un site Internet pour faire connaître les nombreux et graves problèmes auxquels sont confrontés les peuples premiers de cette terre d'Amérique du Sud.

Le 24 septembre dernier, un message de Philipppe Aquila, le fondateur du magazine annonce la mise en veille de la publication (300 abonnés et 200 points de vente en Guyane, Martinique, Guadeloupe et quelques uns en métropole) : "Plusieurs facteurs déterminent notre décision. Problèmes humains, logistique, financiers (comme toujours), mais le pire de tous est la lamentable que nous vivons au  sein des communautés amérindiennes de Guyane... la situation que nous vivons est totalement ingérable, incontrôlable et nous voyons et entendons tout et n'importe quoi... actuellement nous sommes pris dans une spirale de règlements de compte entre kali'na (amérindiens), de luttes acharnées pour le pouvoir... nous n'avons pas créé un média amérindien pour compter les points et lutter entre nous mêmes. En conséquence de cette triste et lamentable situation dans nos communautés, notre bureau exécutif a pris la sage décision de mettre Oka.Mag' en veille durant quelques mois en attendant que la sagesse atteigne enfin nos leaders politiques et chefs coutumiers. Si cela tarde trop et que les luttes internes persistent, nous enterrerons définitivement Oka.Mag' dans quelques mois." Le rédacteur fait allusion aux conflits qui divisent les organisations indigènes guyanaises, la Fédération des Organisations Autochtones de Guyane (FOAG) et l'Organisation des Nations Autochtones de Guyane (ONAG).

Sur le site, outre le fait que depuis trois ans, on trouve "AYA Info" dans la chronique "Nouvelles de nos frères d'ailleurs", les "Chroniques sur la question autochtone et les documents officiels" contiennent d'intéressantes analyses juridiques sur les droits collectifs des peuples autochtones en Guyane française. La disparition de ces textes serait une perte.

Il serait regrettable que cette voix amérindienne disparaisse définitivement. Il serait regrettable également que les organisations autochtones de Guyane française persistent dans leurs divisions.

Pour en savoir plus (en français),voir le site encore ouvert : http://www.okamag.fr

***

Une première version de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 64, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

07:55 Publié dans La lettre d'AYA | Tags : oka.mag', guyane française, amérindiens | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

07/10/2011

Le prix de l'or met en danger les Yanomami

Au début du mois de septembre, l'Hutukara Associação Yanomami - HAY a dénoncé la présence illégale de nombreux garimpeiros (orpailleurs) dans la Terre Indigène Yanomami (TI Y). Plus précisément dans les environs de la communauté indigène de Homoxi (État de Roraima). Ils seraient entre 1'000 et 1'500 dans sept lieux différents. L'information a été donnée à l'occasion de la réunion régionale de l'HAY qui s'est tenue les 6 et 7 septembre dans la communauté indigène Kori Yaupë dans la région de Surucucu.

La recrudescence de l'orpaillage est attribuée à l'augmentation du prix de l'or sur le marché international. La recherche de l'or pollue les rivières. Une pollution à l'origine de l'augmentation des maladies au sein des populations riveraines. La sécurité alimentaire est compromise. L'HAY a également signalé la destruction de cultures dans certains villages et le vol de médicaments commis par des garimpeiros dans un poste de santé de la région de Papiú.

L'HAY s'inquiète encore de constater que certains Yanomami de la région de Parafuri commencent s'allier aux garimpeiros facilitant ainsi leur progression à l'intérieur de la Terre Indigène Yanomami - TI-Y.

L'HAY demande l'intervention des autorités. Le Conseil Indigène de Roraima - CIR a adressé une lettre à la présidente de la république, Dilma Roussef demandant le retrait des garimpeiros et de tous les envahisseurs de la TI-Y. À la Chambre des députés, la députée fédérale Janete Capiberibe a dénoncé cette violation des droits des peuples indigènes.

Par ailleurs, le 14 juillet dernier, lors d'un vol de reconnaissance effectué par l'HAY et le Front de protection ethno - environnemental Yanomami et Ye'kuana de la FUNAI, un groupe d'environ 70 Yanomami ayant très peu de contacts avec ses voisins a été localisé dans la région de rio Uxiú. Il s'agirait d'un groupe "disparu" depuis la seconde moitié des années 90. Le rôle du Front de protection est d'empêcher un contact improvisé, notamment avec les garimpeiros qui sont dans la région.

Une raison de plus pour les autorités de procéder à leur évacuation.

Pour en savoir plus (en portugais);

- La présence de garimpeiros : http://www.hutukara.org/folha-de-boa-vista-indios-denunci...

- Des Yanomami qui sont aux côtés des garimpeiros :

http://www.hutukara.org/indios-da-regiao-do-parafuri-ader...

- La lettre du CIR à Dilma Roussef :  http://www.coiab.com.br/coiab.php?dest=show&back=noti... /

- L'argumentation de la députée Janete Capiberibe : http://www.hutukara.org/images/stories/REQ_84_2011_CAINDR...

- Un groupe de Yanomami "isolé" :  http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3416

Cette note (modifiée) a été publiée dans "AYA Info" No 64, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

08:22 Publié dans La lettre d'AYA | Tags : orpaillage, garimpeiros, yanomami | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

30/09/2011

À Brasilia, James Anaya parle de l'obligation de consulter les Peuples indigènes

Les 5 et 6 septembre à Brasilia, la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI a organisé une réunion de travail sur l'obligation pour les États de procéder à une consultation libre, informée et préalable des peuples indigènes sur les sujets les concernant. Cela en raison notamment de l'application de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail - OIT, ratifiée par le Brésil.

La Fondation avait invité James Anaya, le Rapporteur spécial (du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU) sur la situation des droits de l'homme et des libertés fondamentales des populations autochtones à participer à cet atelier. Étaient également présents les représentants d'autres administrations fédérales : Ministère des affaires étrangères, Secrétariat général de la présidence de la république, Institut brésilien de l'environnement et des ressources naturelles renouvelables - IBAMA, etc. La FUNAI a annoncé la réunion de travail sans en publier un compte-rendu.

Cette rencontre a été organisée alors que les organisations indigènes brésiliennes se plaignent souvent de ne pas être consultées quand le gouvernement engage des réformes, ou met en œuvre des ouvrages qui ont un impact sur les peuples indigènes et leurs terres.

Le soir du 6 septembre, à l'Université de Brasilia, à l'invitation de plusieurs ONG, M. Anaya a donné une conférence publique sur le même sujet. Selon le compte-rendu publié par l'Instituto Socioambiental - ISA, l'orateur a souligné la nécessité de comprendre les processus de consultation comme de véritables dialogues où les réponses ne se limitent pas à un oui ou à un non. Ce sont des processus de construction d'accords où les États et les peuples indigènes doivent agir de bonne foi et être disposés à céder une partie de leurs prétentions pour arriver à une entente viable et durable. L'Institut d'études socioéconomiques - INESC, de Brasilia, a rappelé l'intervention du Rapporteur, le 4 juillet dernier, devant la Cour Interaméricaine des droits humains - CIDH sur cette consultation préalable.

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Le compte-rendu de ISA : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3409

- Le compte-rendu de l'INESC http://www.inesc.org.br/noticias/instituicoes-promovem-pa...

- L'intervention (en espagnol) de James Anaya devant la Cour interaméricaine des droits humains - CIDH sur Youtube :

Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 64, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

07:12 Publié dans La lettre d'AYA | Tags : james anaya, consentimiento, consulta | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

16/09/2011

Les changements climatiques préoccupent les leaders indigènes amazoniens

Les représentants des organisations indigènes des neuf pays amazoniens (Bolivie, Brésil, Colombie, Equateur, Guyana, Guyane française, Pérou, Venezuela et Suriname) se sont réunis, à Manaus du 15 au 18 août, pour un 1er sommet sur les "Savoirs ancestraux, peuples et vie pleine en harmonie avec la forêt".

Les 150 leaders présents ont débattu des changements climatiques et des propositions communes à formuler à la veille d'importantes réunions internationales sur l'environnement qui doivent se tenir à la fin de cette année et en 2012; par exemple la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement - Rio+20 prévue à Rio de Janeiro en juin 2012.

Le document final appelé "Mandat de Manaus" aborde quatre points :

1.- Les territoires de pleine vie pour le refroidissement planétaire.

Les forêts et les terres des peuples amazoniens sont des refuges de vie, des barrières effectives à la déprédation. Elles doivent être protégées...

2.- Réduction des Emissions de gaz à effets de serre pour cause de Déforestation et de Dégradation des forêts - REDD.

Ce processus onusien controversé a pour objectif d'aider - en leur versant des indemnités - les pays en développement à conserver leurs forêts. Les organisations indigènes demandent des garanties avant à la mise en place du processus. Elles recommandent aux communautés indigène de ne pas s'engager dans le système avant que les accords internationaux soient totalement clairs et appliqués.

3.- Unité entre les savoirs ancestraux et la survivance de la biodiversité.

Les savoirs ancestraux sont profondément liés à la conservation productive de la nature. Pour les organisations indigènes, ils constituent un patrimoine naturel et intellectuel collectif conservé depuis des millénaires et transmis de génération en génération. Elles en refusent la commercialisation. Elles demandent notamment la protection des territoires indigènes qui sont le support de ces savoirs.

4.- Rio+20. Les organisations indigènes veulent faire entendre leur voix lors de cette importante conférence.

Entre autres, elles proposent la création d'une Cour internationale environnementale indépendante, avec des espaces de participation des peuples indigènes, eux qui sont les plus affectés par les crimes environnementaux.

***

Pour en savoir plus,

- la déclaration finale de la rencontre (en français) : http://www.coica.org.ec/cumbre2011/cumbreForm/Frances-Man...

- sur la convocation, les débats, le texte final (en portugais) :

http://www.coiab.com.br/coiab.php?dest=show&back=noti...

http://www.coiab.com.br/coiab.php?dest=show&back=noti...

http://www.coiab.com.br/coiab.php?dest=show&back=noti...

Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 63, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

07:59 Publié dans La lettre d'AYA | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

09/09/2011

En 2010, la violence contre les peuples indigènes du Brésil n'a pas faibli

CIMI Relatório 2010 p1.jpg"En 2010, le gouvernement [brésilien] a ignoré constamment les peuples indigènes, leurs appels, leurs protestations, leurs projets de vie. Il a foulé aux pieds leurs droits et a failli dans la protection de leurs communautés. Belo Monte*, établi dans l'illégalité, la force et la négation du dialogue avec les peuples atteints, est peut-être le plus emblématique, mais il est seulement un parmi tant d'autres cas". C'est ainsi qu'est présenté le rapport 2010 sur la "Violence contre les peuples indigènes au Brésil" publié par le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI, l'organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil - CNBB chargé des questions indigènes. Le rapport a été présenté le 30 juin, à Brasilia, au siège de la CNBB.

Dans le domaine de la "violence contre la personne", les enquêteurs ont relevé 60 assassinats d'indigènes, soit le même nombre qu'en 2009 et 2008. Dans celui de la "violence par omission des pouvoirs publics", il y a eu 92 cas de mortalité infantile (16 cas en 2009). Ils ont noté également 92 cas de "violence contre le patrimoine" : invasions, l'exploitation illégale de ressources de Terres indigènes (87 cas en 2009).

Les deux États du Mato Grosso et Mato Grosso do Sul concentrent une part importante de la violence : 25% des cas de "violence contre le patrimoine"; 95 % des 1'705 cas de "violence contre la personne" et 35% des 42'958 victimes de la "violence par omission des pouvoirs publics".

L'enquête a été coordonnée par Lúcia Helena Rangel, anthropologue à la Faculté des sciences sociales de l'Université Pontificale Catholique de São Paulo.

Le président du CIMI, Dom Erwin Kräutler, a signé la préface du document. Pour lui, la situation faite aux peuples indigènes "... Est l'institution d'un nouvel "apartheid", une violation préméditée de la Constitution du Brésil". Le vice-président, Roberto Antonio Liebgott fait un bilan des années Lula en matière de politique indigéniste : "Le gouvernement a choisi comme alliés les secteurs de la politique et de l'économie qui, historiquement, se sont positionnés comme ennemis des peuples indigènes...".

Trois articles abordent des aspects particuliers de la situation des peuples indigènes :

  • Rosane Lacerda, professeure de Droit public, s'en prend au mythe très répandu selon lequel les indigènes seraient pénalement irresponsables. Elle démontre, textes légaux et statistiques à l'appui, qu'il n'en est rien. En décembre 2010, il y avait 748 indigènes (dont 56 femmes) internés dans le système pénitentiaire brésilien. Un système reconnu cruel.
  • Ricardo Verdum, conseiller en politiques publiques, évoque l'application en 2010 du PPA -Plan (budgétaire) Pluriannuel - 2008 - 2010 fédéral, spécialement les programmes et les actions des différentes institutions en charge des peuples indigènes, les ministères de la santé, de la justice, de l'environnement et des sports. Par exemple, il relève que seulement 47,5 % des 25 millions de Réais inscrits au budget 2010 pour la démarcation des terres indigènes ont été dépensés. Il regrette l'insuffisance de l'implication du mouvement indigène dans la préparation des PPA.
  • Guilherme Carvalho, éducateur, traite de l'impact de l'Initiative pour l'intégration de l'Infrastructure Régionale Sud-Américaine - IIRSA, et son volet brésilien, le Programme d'Accélération de la Croissance - PAC, sur les Terres Indigènes en Amazonie brésilienne. L'IIRSA a été créée à Brasilia en août 2000, lors de la réunion d'une douzaine de pays d'Amérique du Sud. Le Programme d'Accélération de la Croissance ne concerne que le Brésil. Le PAC 1 a été lancé en janvier 2007, le PAC 2 en mars 2010. Il s'agit essentiellement d'importants travaux d'infrastructure. Il est estimé que 182 Terres Indigènes et 108 peuples sont concernés par les ouvrages prévus dans le PAC. Pour l'auteur, "une part considérable des ouvrages prévus par L'IIRSA et le PAC sera construite dans des Terres Indigènes, ou leur causera des impacts énormes".

Le rapport du CIMI a le mérite de mettre en perspective les violences contre les peuples indigènes observées en 2010.

***

* L'ouvrage hydroélectrique sur le rio Xingu.

Pour en savoir plus (en portugais), les rapports du CIMI depuis 2003 : http://www.cimi.org.br/site/pt-br/?system=publicacoes&... > Relatório de Violência

 

La page de couverture du rapport présentée ci-dessus est un photomontage de deux photos d'Egon Heck (archives du CIMI) : un enfant Guarani Kaiowa durant la manifestation de reprise de la Terre Indigène Kursu Ambá dans le Mato Grosso do Sul -MS et enfant de la communauté Ita'y Ka'Aguyrusu (MS). Communauté qui attend la démarcation de sa terre traditionnelle en campant sur le bord d'une route.

 

La première partie de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 63, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

07:28 Publié dans La lettre d'AYA | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

02/09/2011

Les Yanomami ne veulent pas de la "Flona Amazonas"

Mapa da Flona Amazonas completa.jpgEn 1989, un décret du président Sarney a créé la "Floresta nacional do Amazonas" - Flona Amazonas, d'une superficie de 15'731 km2. Une "Forêt nationale" - il en existe plus de 70 dans le pays - jouit d'une protection particulière. Elles sont sous la surveillance de l'Institut Chico Mendes de Conservation de la Biodiversité - ICMBio. La Flona Amazonas se situe dans la Terre Indigène Yanomami (TIY) démarquée en 1992. Le décret d'homologation de la TIY n'a pas annulé ce décret de 1989.

Il y a donc superposition, jamais corrigée et oubliée de beaucoup, de deux aires protégées de statuts différents. Le statut de "Terre indigène" accorde aux seuls peuples indigènes qui l'occupent le droit de gérer leur terre. Le statut de "Forêt nationale" permet l'exploitation des ressources par des tiers. Ainsi, à la superposition, s'ajoute une incompatibilité entre les deux statuts.

La réglementation en vigueur prévoit, pour chaque Flona, la constitution d'un "Conseil consultatif" dans lequel sont représentés les acteurs intéressés, en particulier les peuples indigènes vivant dans cette forêt. Depuis la fin de 2010, l'ICMBio veut constituer un tel Conseil pour la Flona Amazonas. Des réunions d'information ont déjà eu lieu en février dernier à Santa Isabel do Rio Negro et à Barcelos.

Récemment, l'Institut a invité les entités concernées à participer à une rencontre prévue à Barcelos ce 30 août. Le 12 août, l'Hutukara Associação Yanomami - HAY a adressé un courrier à la cheffe de la Flona Amazonas. Manifestement, compte tenu du contexte, les responsables de l'HAY ont assimilé la constitution de cet organe avec la création de la Flona Amazonas dont ils ne veulent pas, en particulier pour les nouvelles invasions que cela peut entraîner : "Nous réaffirmons que la TIY n'a pas besoin de superposition, de création de Flona. Elle a besoin que le Gouvernement fédéral la défende des envahisseurs du passé et du présent et garantisse la protection territoriale permettant ainsi que les Yanomami et les Ye'kuna survivent avec leur mode de vie et de culture."

L'HAY a reçu l'appui de deux organisations indigénistes. En effet, le 16 août, l'association Service et Coopération avec le peuple Yanomami - SECOYA a, elle aussi, adressé un courrier à la cheffe de cette Flona dans laquelle elle décline l'invitation à la réunion du 30 août. Elle estime que cette "Forêt nationale" va à l'encontre des droits reconnus aux Yanomami sur leur terre. La SECOYA est favorable à la désaffectation de la Flona Amazonas. De son côté, le 22 août, l'Institut Socioambiental - ISA a également annoncé son refus de participer à cette rencontre. Pour ISA, le Conseil consultatif ne doit pas être créé. Il propose, lui aussi, la suppression de cette Flona.

Il sera intéressant de connaître la suite que l'ICMBio entend donner à la demande des Yanomami !

Pour en savoir plus (en portugais) :

 

Cette note, complétée et mise à jour, a été publiée dans "AYA Info" No 63, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

08:22 Publié dans La lettre d'AYA | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |