27/05/2011

Le 24 mai, la forêt brésilienne est attaquée sur deux fronts

Le mardi 24 mai restera marqué comme un jour néfaste pour la forêt brésilienne : deux de ses défenseurs ont été assassinés et la Chambre des députés a adopté un texte qui réduit sensiblement les mesures de protection dont elle est l'objet.

Un couple assassiné dans l'État du Pará

La journée du mardi 24 mai a commencé par un double assassinat, celui - vers huit heures du matin - de José Claudio Ribeiro da Silva et de son épouse, Maria do Espírito Santo. C'est la Commission Pastorale de la Terre - CPT de Marabá (État du Pará) qui a publié l'information. Le couple, alors qu'il circulait à moto sur une route secondaire de la municipalité de Nova Ipixuna (dans le sud-est de l'État), a été tué de plusieurs coups de fusils et de revolver par deux "pistoleiros" en embuscade près d'un pont.

L'un et l'autre avaient été les pionniers de la création de la réserve "extrativiste" de Praia Alta Piranheira, une aire forestière de 22'00 ha riche en divers produits : châtaigne, açaí, cupuaçu, etc. L'"extrativisme" est une forme d'exploitation des produits de la forêt sans destruction des arbres. Mais c'est aussi une zone qui, en raison de la richesse de ses bois nobles, est constamment envahie illégalement par des exploitants forestiers.

Le couple se savait menacé. Il rejoint la liste déjà longue des personnes, Chico Mendes, Dorothy Stang, et autres militants plus anonymes, qui ont payé de leur vie leur engagement pour la préservation de la forêt amazonienne.

À la Chambre des députés, l'annonce de l'assassinat a été accueillie dans l'indifférence, voire les moqueries. La police serait sur la piste des "pistoleiros" et de leurs mandants.

La vidéo ci-dessous (de 9'33'', sous-titrée en anglais) montre José Claudio Ribeiro intervenant lors de la rencontre TEDxAmazônia qui a eu lieu les 6 et 7 novembre 2010 près de Manaus. Il explique sa volonté de défendre la forêt. Il évoque les menaces dont il est l'objet et son éventuel assassinat.

La Chambre des députés réforme le code forestier

Foto Fabio Rodrigues Pozzabom: Aldo Rebelo félicité 24052011FRP0026.JPGLe soir du même jour, c'est par 410 voix pour, 63 contre et 1 abstention que la Chambre des députés a accepté la réforme du Code forestier de 1965. Seules deux formations politiques ont appelé à voter contre : le Parti Socialisme et Liberté - PSOL et le Parti Vert - PV. Il s'agit d'une réforme qui réduit sensiblement la protection de la forêt brésilienne. Par exemple, les "Aires de préservation permanentes - APP, comme les berges de rivières, le sommet des collines, les mangroves peuvent être déboisées. Des membres de la "Campagne SOS Florestas" ont analysé le projet de loi du rapporteur, le député Aldo Rebelo. Ils ont relevé près d'une vingtaine de points qui réduisent la protection de la forêt.

Des scientifiques, une dizaine d'anciens ministres dont Marina Silva et Rubens Ricupero, des juristes, de nombreuses associations de la société civile ont aussi exprimé leur hostilité au nouveau texte. La Présidente de la république, Dilma Rousseff a aussi fait connaître sa désapprobation à l'endroit de plusieurs articles du projet. Le texte doit passer maintenant au Sénat.

Le gouvernement compte sur les sénateurs pour modifier le projet adopté par la Chambre des députés. Reste également la possibilité, pour la Présidente de la république, d'user de son droit de veto en ne promulguant pas certains articles de la loi.

***

Photo Fabio Rodrigues Pozzabom / ABr : le rapporteur du nouveau Code forestier, le député Aldo Rebelo, au centre en veste claire, est félicité après l'approbation du texte.

Pour en savoir plus (en portugais),

- Sur l'assassinat du couple de leaders paysans :

  • L'information de la CPT : http://www.cptnacional.org.br/ > CPT Marabá... > Lider extrativista é executado... > Se nos calarmos... > Nova Ipixuna : polícia já tem...

- Sur le Code forestier :

 

Cette note sera reprise dans le bulletin à paraître "AYA Info" No 61, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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20/05/2011

Les conflits dans la campagne brésilienne

Le 15 avril, la Commission Pastorale de la Terre (CPT), un organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil a publié son rapport 2010 sur les conflits dans la campagne brésilienne. Le document aborde quatre types de conflits : Les conflits pour la terre, les conflits du travail, ceux pour l'eau et ceux qui concernent divers domaines. Au total, en 2010, il y a eu 1'186 conflits, impliquant 559'400 personnes. La CPT a dénombré 34 assassinats.

Les conflits de la terre sont les plus nombreux : 853, impliquant 351'935 personnes, avec 30 assassinats. Mais, pour la troisième année consécutive, ce chiffre est en dessous de la moyenne (1'010), des dix dernières années. Il y en a eu 452 (53%), dans les neuf États de l'Amazonie légale*. Au deuxième rang, les conflits du travail (travail esclave, surexploitation de la main d'œuvre et non respect de la législation). Ils sont au nombre de 242, impliquant 5'806 personnes, avec deux assassinats. Il y a eu 87 conflits pour l'eau, impliquant 197'210 personnes, et deux assassinats. Il y en avait eu 45 en 2009 et 46 en 2008. En 2007, il y en avait déjà eu 87, mais ils avaient touché "seulement" 163'735 personnes. En 2010, l'Amazonie légale a connu 28 de ces conflits, soit 32% de ceux comptés dans le pays. Le plus connu est celui relatif au barrage de Belo Monte, sur le rio Xingu, dans l'État du Pará.

Dans le rapport, l'un des commentateurs souligne que "La politique agressive de privatisation mercantile des eaux, promue par les transnationales du secteur, relayée par les organismes internationaux comme le FMI et la banque Mondiale, soutenue par les gouvernements nationaux, ne peuvent, évidemment qu'engendrer une augmentation de la tension". À propos des peuples indigènes : "Comme ces dernières années, la question indigène est loin d'être résolue..." "Les demandes des populations indigènes impliquent la mise en oeuvre des accords ou l'amélioration des politiques publiques de santé, d'éducation, d'infrastructures, de législation du travail, de démarcation des terres et les mobilisations pour la défense de l'eau et de l'environnement qui, en général, sont engendrés par l'exploitation minière ou la construction de barrages avec la perte de territoires".

Foto 17:04:1996 Eldorado dos Carajás.jpgCette année marque le quinzième anniversaire du massacre de Eldorado dos Carajás (État du Pará), survenu le 17 avril 1996 qui a coûté la vie à 19 paysans sans terre. Ils manifestaient pour l'attribution de terres. Selon une note publiée le 18 avril dernier par la CPT, deux seuls parmi les responsables du massacre - un colonel et un capitaine - ont été jugés en 2002. Ils ont fait appel de leur condamnation. Bénéficiant de l'habeas corpus accordé par la Cour suprême, ils sont en liberté en attendant ce jugement en appel dont la date n'a pas été fixée : "Le  triomphe de l'impunité" dit la CPT.

Le 17 avril est devenu la "Journée mondiale des luttes paysannes".

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Photo : Les paysans tués lors du massacre de Eldorado de Carajás, le 17 avril 1996

* L'Amazonie légale est composée de huit États : Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima et d'une partie du Maranhão. Dans ce rapport, ce dernier été pris dans sa globalité.

Une note de ce blog, publiée le 22 mai 2010, est consacrée au rapport 2009.

Pour en savoir plus (en portugais) :

Une version réduite de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 60, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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13/05/2011

Premier "Avril indigène" de l'ère Dilma

Foto 1:Elza Flúza:ABr:19:04:2011:EF1_8766.JPGAu Brésil, le 19 avril est le "Jour de l'Indien". Des manifestations ont lieu dans le pays et pas seulement le jour même, mais au cours du mois d'avril.

L'événement le plus marquant de ces célébrations est certainement la réunion du Forum National des Leaders Indigènes - FNLI, qui a eu lieu à Brasilia du 17 au 20 avril à l'initiative de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB. Les représentants des principales organisations indigènes ont rédigé une "Lettre ouverte" adressée à la présidente Dilma Rousseff, et remise au Ministre de la Justice, José Eduardo Cardozo, lors d'une audience accordée le 19 avril.

Ce document reprend les principales revendications des peuples indigènes : L'adoption du Statut des Peuples Indigènes et la création d'un Conseil National de Politique Indigéniste. La démarcation, la protection des terres indigènes. La participation des organisations indigènes dans le processus d'élaboration du Plan Pluriannuel (qui fixe les axes budgétaires) pour 2011-2014. L'attribution de ressources financières suffisantes au Secrétariat Spécial de Santé Indigène - SESAI, qui doit rapidement être en mesure d'assumer ses responsabilités. La participation des organisations indigènes dans le processus de restructuration de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI. L'application de la Convention 169 de l'OIT et de la Constitution fédérale en matière de  consultation sur les sujets qui affectent les peuples indigènes. Que le ministère de l'éducation mette en oeuvre les territoires ethno-éducationnels et les résolutions de la Conférence Nationale de l'Education Indigène de 2009. Que le ministère de la culture assure la participation des organisations indigènes dans la formulation des politiques relatives à la diversité culturelle. Les signataires demandent la participation des peuples et organisations indigènes dans un programme de protection et de sécurité dans les zones frontalières menacées par des pratiques illicites qui portent préjudice principalement aux jeunes et aux enfants. Que le gouvernement garantisse l'accès des peuples et communautés indigènes aux politiques de sécurité alimentaire.

C'est là tout un programme de gouvernent. Il reprend l'essentiel et précise les éléments de politique indigéniste souhaitée par les organisations indigènes déjà soumis aux candidats à l'élection présidentielle en octobre 2010*.

Le 19 avril également, un "Front parlementaire d'appui aux peuples indigènes" a été créé à la Chambre des Députés. Il est présidé par Ságuas Moraeis, député du Parti des Travailleurs de l'État du Mato Grosso. Le même jour, la présidente de la république a signé les décrets d'homologation de trois Terres indigènes situées en Amazonie.

***

Photo Elza Flúza / Agência Brasil - Un responsable de l'APIB remet au ministre de la justice la lettre destinée à la Présidente de la république.

* Voir "AYA Info" No 55 (12/11/2010).

Pour en savoir plus (en portugais) :

 

Une version restreinte de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 60, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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06/05/2011

Davi Kopenawa plaide pour un meilleur service de santé indigène : le "oui mais" du gouvernement

Davi et Levi avec le Ministre de la santé 30:03:11:DSC04441.JPGLe 30 mars, Davi Kopenawa et Levi Yanomami, deux leaders du peuple Yanomami étaient à Brasilia pour rencontrer le ministre de la santé, Alexandre Padilha et Antônio Alves, le responsable du nouveau Secrétariat Spécial de la Santé Indigène - SESAI. Ils étaient accompagnés par Ana Paula Souto Maior, l'avocate de l'Institut Socio-environnemental - ISA.

Les deux leaders venaient demander l'autonomie financière et administrative du "District Sanitaire Spécial Indigène - DSEI Yanomami", l'organisme chargé du service de santé dans les communautés Yanomami réparties sur les deux États de Roraima et d'Amazonas.

Davi a souligné l'importance de désigner, à la tête du DSEI-Y, un responsable qualifié, bon connaisseur de la culture Yanomami et jouissant de la confiance des indigènes. Il a demandé que ces critères l'emportent sur des choix politiques qui, dans un passé récent, ont été à l'origine de détournements de fonds, alors que les déficiences du service de santé avaient, et ont toujours, de graves conséquences sur l'état de santé de la population Yanomami.

Antônio Alves a confirmé que le DSEI-Y aura bien une autonomie financière et administrative et que le contrôle social par les usagers - les indigènes - va continuer. Pour un meilleur fonctionnement du District, le SESAI devrait engager du personnel. Or, le ministre de la planification n'autorise pas l'engagement des nouveaux fonctionnaires indispensables pour la bonne gestion du service de santé... Moins de trois semaines après l'entrevue, le 19 avril, le ministre a annoncé que le délai pour le transfert du service de santé indigène de la Fondation Nationale de la Santé (FUNASA) au SESAI, primitivement prévu pour ce mois d'avril, était repoussé au 31 décembre 2011. Ce transfert de responsabilité correspond à une demande des organisations indigènes. Il avait été décidé par le président Lula en octobre 2010*.

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Photo SESAI : de gauche à droite : Levi Yanomami, Alexandre Padilha, le Ministre de la Santé et Davi Kopenawa.

Pour en savoir plus,

 

Une version restreinte de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 60, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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29/04/2011

Davi Kopenawa avec les chamans de la Terre Yanomami

TI Y map_20072005 copie.jpgC'est une première chez les Yanomami : du 22 au 24 mars, dans sa communauté de Watoriki (la maison de la montagne du grand vent), Davi Kopenawa, le président de Hutukara Association Yanomami - HAY, et lui-même chaman, a réuni une quarantaine de ses "confrères" de la Terre Indigène Yanomami - TI Y.

Cette réunion avait plusieurs objectifs : Favoriser les échanges entre les plus grands "pajés" de la région. Valoriser les traditions chez les jeunes Yanomami très attirés par le mode de vie des Blancs. Réaffirmer la tradition chamanique en réponse à l'offensive croissante des missionnaires évangélistes présents dans la TI Y. Susciter une réflexion cosmologique des chamans sur la crise écologique mondiale et la nécessaire mobilisation pour la protection de l'Amazonie contre le développement prédateur des Blancs.

Questionné au sujet de la vidéo ci-dessous (2'02") enregistrée par Leandro Lima, Bruce Albert* en explique le sens : "Tour à tour, ces chamans s'avancent au centre de la place pour faire à la fois, la démonstration de leur savoir-faire et pour contribuer à protéger la forêt "détruite et salie" par les Blancs. Ainsi, ils "font descendre" (en imitant) leurs esprits auxiliaires xapiri pë qui soignent, réparent et défendent la forêt et ses limites. Les xapiri pë sont les images des ancêtres humains - animaux du temps des origines, les Yarori pë".

Un grand merci à Bruce Albert.

* Bruce Albert est co-auteur, avec Davi Kopenawa, du livre "La Chute du ciel - Paroles d'un chaman Yanomami" publié aux éditions Plon (Paris) dans la collection "Terre humaine" - Voir AYA Info No 54 pour les références.

Pour en savoir plus (en portugais) :

 

Une version restreinte de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 60, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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15/04/2011

Conseil Indigène de Roraima : Plus de 40 ans de luttes !

TI RSS Mapa localisation.jpgLe Conseil Indigène de Roraima - CIR, a tenu sa 40e Assemblée Générale du 11 au 15 mars dans la communauté du Barro, dans la région de Surumu, dans la Terre Indigène de Raposa Serra do Sol, dans l'État de Roraima, au nord du Brésil.

C'était en pleine période de la dictature militaire, en juillet 1970 que les indigènes de région se sont réunis pour la première fois. Les premières réunions étaient des "Conseils de village". Puis il y a eu une première coopérative indigène. La première assemblée des peuples indigènes du Roraima a été organisée en 1971, avec les différentes ethnies de la région (Macuxi, Wapichana, Taurepang, etc.

Les premières campagnes conduites par les indigènes l'ont été pour lutter contre l'alcoolisme. Un fléau dont on sait la dépendance qu'il entraîne non seulement pour les individus, mais aussi pour les communautés. Pour contrer l'accaparement de leurs terres traditionnelles par des fazendeiros, les indigènes ont lancé un programme d'élevage de bétail : "Une vache pour un indien". Cette Assemblée a été l'occasion de rappeler ces quarante années de mobilisation pour la défense des droits des peuples indigènes de la région. Une lutte qui a coûté la vie à 21 leaders.

L'engagement pour la démarcation - la protection -  de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol - TI RSS, a été long et difficile, lui aussi. Avec beaucoup de violences. En avril 2005, Lula a signé le décret CIR Nova coodenação eleita 40a AG marzo 2011:5534050303_40aef9386f - copie.jpgd'homologation de cette Terre indigène. Mais cette décision a fait l'objet de recours devant le Tribunal Suprême Fédéral - STF. Ce n'est que le 19 mars 2009, que celui-ci a reconnu la validité du décret présidentiel. Le STF a assorti sa décision de plusieurs conditions restrictives pour les futures démarcations de terres indigènes. Entre temps, à la fin mars 2008, la police fédérale avait organisé une opération d'évacuation des non indiens de la réserve. Elle s'est heurtée à la résistance de riziculteurs qui n'ont pas hésité à recourir à la violence. Le STF a suspendu l'opération.

C'est dans cette période de tension que, le 5 mai 2008, un groupe d'indigènes a installé un campement sur une des terres occupées illégalement par l'un des riziculteurs. Cela dans le but de faire pression pour la reconnaissance de leurs droits. Le riziculteur a envoyé ses "jagunços", ses gardes armés, pour déloger les indigènes. Il y a eu une dizaine de blessés par balles. La vidéo mise en ligne au bas de cette note est le reflet de cet événement. Ce fût l'un des derniers épisodes violents de l'histoire de cette lutte. Heureusement, depuis, le calme est revenu.

L'ordre du jour de cette 40e Assemblée témoigne des nouvelles préoccupations des peuples indigènes de cet État : restructuration de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI; gestion du territoire et ethnodéveloppement;  santé indigène; éducation scolaire différenciée et défense des droits des peuples indigènes.

Cette réunion a aussi été l'occasion de désigner, pour un mandat de deux ans, les nouveaux responsables du Conseil. Le nouveau coordinateur du CIR est Mário Nicácio, de l'ethnie Wapichana. Il est jeune, mais il a déjà des années d'engagement dans la cause indigène. Le vice coordinateur est un Macuxi, Ivaldo André. Thelma Marques da Silva, de l'ethnie Taurepang, a été  élue secrétaire du Mouvement des femmes.

Les participants ont adressé une longue lettre aux autorités dans laquelle ils font l'inventaire de leurs revendications.

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Pour en savoir plus  :

  • En français : "AYA Info" a consacré de nombreuses "brèves" relatives à la TI RSS, dont "AYA Info No 49"
  • En portugais:

- Un site indigène "Indios on line" : http://www.indiosonline.org.br/novo/assembleia-indigena-e...

- Un site indigéniste "Instituto Socioambiental", (avec l'ordre du jour, un compte-rendu, plusieurs photos de la rencontre et le document adressé aux autorités) : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3283

- Malheureusement le site Internet du Conseil Indigène de Roraima (http://www.cir.org.br/portal/) connaît quelques problèmes. Il devrait être mis à jour prochainement.

- Photo © CIMI : La nouvelle coordination

- Vidéo sur les événements du 5 mai 2008  :

Une première version de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 59, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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08/04/2011

Belo Monte : L'Organisation des Etats Américains demande la suspension du processus

Une partie de la pêche de mars 2011 :Cimi:45a61e0e3db834a8f9b56e04abfd7936.jpgAprès la controverse juridique intervenue entre la justice fédérale de Belém et le président du Tribunal Régional Fédéral 1 (TRF1), Olindo Menezes, les travaux de terrassement ont commencé le 7 mars, la veille du Carnaval, sur le chantier du complexe hydroélectrique de Belo Monte sur le rio Xingu(1).

La construction de cet ouvrage - le troisième plus grand barrage du monde après celui des Trois Gorges en Chine, et celui d'Itaipu, sur le Paraná, à la frontière entre le Brésil et le Paraguay - continue de susciter des réactions.

Les pêcheurs du rio Xingu ont organisé une grande "pescaria", une immense partie de pêche, qui s'est terminée le 14 mars par une manifestation de protestation devant l'immeuble d'Eletronorte sur les quais d'Altamira, la principale localité de la région.

Le 23 mars, le cinéaste James Cameron et l'ex-gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger étaient à Altamira pour s'informer des travaux. En 2010, le cinéaste avait déjà apporté son soutien aux mouvements sociaux qui s'opposent à l'ouvrage.

Le 25 mars, Dom Erwin Kräutler, évêque du Xingu et président du Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI, l'organe de la Conférence Nationale des évêques du Brésil - CNBB, chargé des questions indigènes, a publié une lettre ouverte qu'il a remise à la Vice-procureure Générale de la République, Déborah Duprat, dans laquelle il dénonce les irrégularités qui entachent le processus de décision de construction de l'ouvrage.

Le gouvernement veut construire Belo Monte. Gilberto Carvalho, principal interlocuteur de la présidence de la république avec les mouvements sociaux, l'a affirmé le 16 mars, durant le Forum sur les "Changements climatiques et justice sociale", organisé sous les auspices de la CNBB.

Le 1er avril, la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme - CIDH, de l'Organisation des États Américains - OEA, a demandé au gouvernement brésilien de suspendre le processus d'autorisation du projet et d'empêcher la réalisation de tout ouvrage jusqu'à ce que soient réalisées quatre mesures : La consultation préalable dans le but d'arriver à un accord avec les communautés affectées; l'accès de ces communautés aux études d'impact; la protection des groupes indigènes en situation d'isolement, et la mise en oeuvre de mesures sanitaires pourprévenir les maladies et épidémies pouvant toucher les communautés indigènes.

Au nom du gouvernement, l'Itaramaty, le Ministère brésilien des affaires étrangères, dans une note du 5 avril considère les sollicitations de la CIDH "précipitées et injustifiables". De son côté, le même jour, la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, a fait état des dispositions qu'elle a prises pour informer et protéger les communautés indigènes.

Le gouvernement brésilien doit répondre dans les meilleurs délais à la CIDH.

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Photo © CIMI : La "Pescaria"

(1) Voir la note du 5 mars 2011 de ce blog

La vidéo ci-dessous (2'30") montre le débu des travaux de terrassement

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Le site de la campagne "Xingu ..." : http://www.xinguvivo.org.br/ /

- La lettre de Dom Kräutler :  http://www.cimi.org.br/?system=news&action=read&i...

- La position de G. Carvalho : http://agenciabrasil.ebc.com.br/noticia/2011-03-16/apesar...

- Le document de la CIDH : http://www.xinguvivo.org.br/wp-content/uploads/2010/10/Ca...

- La réaction de l'Itaramaty : http://www.itamaraty.gov.br/sala-de-imprensa/notas-a-impr...

- La note de la FUNAI : http://www.funai.gov.br/ > 05 de abril > Nota sobre as medidas cautelares...

 

 

 

Cette note (modifiée) a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 59, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

 

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01/04/2011

Rio Madeira : Graves incidents sur le chantier du barrage de Jirau

Etat de Rondônia 250px-Brazil:2.jpgSelon les témoignages recueillis auprès d'ouvriers, c'est une dispute survenue le 15 mars, entre un travailleur et un chauffeur de bus qui est a l'origine de graves incidents qui ont entraîné la fermeture du chantier du barrage de Jirau, sur le rio Madeira, dans l'État de Rondônia. Le syndicat "Force Syndicale" parle de 70 logements, 43 autobus et 15 voitures incendiés. Des milliers de travailleurs sans abri ont quitté le chantier.

Plus généralement, ce sont les mauvaises conditions de travail, déjà dénoncées, qui sont à l'origine de ces manifestations. GDF Suez est le principal actionnaire de l'ouvrage. Le mécontentement s'est également exprimé sur le chantier de construction du barrage de Santo Antônio situé plus en aval, aussi sur le rio Madeira.

Amigos da Terra:170311: UHE_JIRAU020.jpgLe gouvernement doit réunir les deux principaux syndicats de la branche, la Centrale Unique des Travailleurs - CUT, et Force Syndicale afin de  trouver un accord sur les conditions de travail sur les chantiers des ouvrages du Programme d'Accélération de la Croissance - PAC. La CUT propose la création d'une commission tripartite composée de représentants des employeurs, des travailleurs et du gouvernement pour accompagner la réalisation des ouvrages prévus au PAC.

La Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne - COIAB, a publié, le 24 mars, un communiqué dans lequel elle se dit extrêmement préoccupée de la situation des groupes indigènes isolés vivant dans la région où sont construits les barrages  : "Les usines hydroélectriques de Santo Antônio et Jirau sont construites à proximité des territoires de quatre peuples indigènes qui sont en situation d'isolement et de risque."

Elle saisit l'occasion de ces événements pour rappeler que ceux-ci sont "la conséquence d'un modèle de développement que le gouvernement brésilien impose aux peuples amazoniens. Irrespect, illégalité, destruction, déforestation, sont les marques de la réalisation du PAC en Amazonie..."La politique du rouleau compresseur suit son chemin, dévorant les cours d'eau..."

Le rio Madeira est l'un des plus grands cours d'eau d'Amérique du sud, le plus long des affluents de l'Amazone avec 3'380 km. Il prend sa source en Bolivie. Le barrage de Jirau se situe dans l'État brésilien de Rondônia dont la capitale est Porto Velho.

 

Pour en savoir plus (en portugais) :

 

• Photos : Amis de la Terre

  • D'autres vidéos peuvent être visionnées sur YouTube

 

Cette note (modifiée) a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 59, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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18/03/2011

La SECOYA reçoit un prix à Rio de Janeiro

Secoya:Prêmio Cufa:070211:Silvio +:21.jpgLe 7 février dernier, au Théâtre municipal de Rio de Janeiro, en présence de personnalités du monde politique et de la vie culturelle brésilienne, la Centrale Unique des Favelas - CUFA, a décerné ses récompenses pour l'année 2010. Le partenaire de AYA, l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami" - SECOYA de Manaus, a reçu le "Prix ANU" pour l'État d'Amazonas - il y a un prix par État - en raison de son action dans le domaine de l'éducation dans les villages et communautés Yanomami. Le prix a été remis à Silvio Cavuscens par le Ministre de la santé, Alexandre Padilha.

Pour la SECOYA, ce prix est la reconnaissance d'années de travail pour une éducation bilingue yanomami/portugais dans les écoles indigènes des municipalités de Barcelos et de Santa Isabel du Rio Negro. Une école yanomami pour les Yanomami. Le programme "Éducation" de la SECOYA est soutenu par Terre des Hommes Genève/Suisse.

anu-preto-130506_web_.jpgL'Anu-Preto est un oiseau au plumage et au bec noirs. Il est répandu dans tout le Brésil. Une vieille croyance populaire le considère comme oiseau de mauvaise augure. "Anu-Preto" était aussi le nom utilisé comme insulte par les colons portugais et espagnols pour désigner les esclaves et les personnes à la peau très noire. Le nom du prix a été choisi par la CUFA pour lutter contre les préjugés et montrer que des actions, comme celles qui ont reçu un prix, animées par des noirs, indiens, favelados et autres exclus, sont de bonne augure pour la cohésion sociale du pays.

Le lieu choisi pour la cérémonie, le Théâtre municipal de Rio de Janeiro, est également un symbole fort voulu par la CUFA. Pour elle, des actions de terrain, conduites par de modestes habitants du pays, méritent une reconnaissance dans l'un des hauts lieux de la culture brésilienne.

Ce prochain dimanche 20 mars, c'est devant le Théâtre municipal de Rio que le président américain, Barack Obama, doit prononcer un discours à l'occasion de sa visite au Brésil. Il devrait également visiter une favela et divers points touristiques de la ville.

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Photo du haut : Silvio Cavuscens (1er à partir de la gauche) lors de la remise du prix par le Ministre de la Santé.

Photo du bas : un Anu-Preto

Pour en savoir plus (en portugais) :

• La vidéo de 2'18" préparée par la SECOYA pour présenter sa candidature : 

• Le site de la SECOYA : http://www.secoya.org.br

• Le site de la CUFA : http://www.cufa.org.br/

• Le site particulier du Prix ANU : http://www.premioanu.com.br/in.php?id=evento

• Le site de Terre des Hommes Suisse /Genève qui présente le projet :

http://www.terredeshommessuisse.ch/sites/default/files/br...

Cette note sera publiée dans le prochain bulletin "AYA Info", No 59, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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11/03/2011

Ecouter et entendre le Peuple Yanomami

Le 18 janvier dernier, à la Maison des Associations de Genève, l'association Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie - AYA, a organisé une réunion pour échanger avec l'indigéniste et sociologue Silvio Cavuscens, sur la situation des peuples indigènes brésiliens.

"Côtoyer les peuples indigènes et ne pas respecter leurs cultures, cela revient à toucher sans sentir, regarder sans voir et écouter sans entendre !" Tel est le titre général donné par Silvio à son exposé. Dans une première partie de son intervention, il a évoqué la situation des peuples indigènes du Brésil au moment du changement de présidence de la république (1).

Prise de yãkõana.jpgDans une deuxième partie, Silvio a parlé de l'action de l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami" - SECOYA, dont il est coordinateur. L'activité de SECOYA touche quatre domaines : la citoyenneté, l'éducation différenciée, le développement soutenable et la santé. Elle a commencé son action en 1991, mais l'association a été formellement fondée en 1997. Son siège est à Manaus. Elle travaille essentiellement avec les communautés Yanomami de l'État d'Amazonas.

Coopérer avec ce peuple suppose une bonne connaissance de sa culture et de son cadre de vie. La langue, le yanomami est une petite famille linguistique avec quatre dialectes. Le cadre de vie, c'est surtout "uhiri", la terre-forêt, entité vivante qui abrite les "xapono", les maisons collectives avec leurs coutumes, comme le "wayamu", le discours matinal échangé entre les habitants...

Au milieu des années 50, les Yanomami - le nom veut dire "être humain" - ont eu à connaître les "napë" : les étrangers, ennemis ou "blancs", dont ils ont à souffrir quand ils sont "fazendeiros" (exploitants agricoles), "madereiros" (exploitants forestiers), ou "garimpeiros" (orpailleurs), envahisseurs de leur territoire.

Une Pajelança -Silvio.jpgLe chamanisme et la cosmologie qui lui est liée, est un élément central de la culture yanomami. Les chamans utilisent la "yãkõana", une poudre hallucinogène pour  entrer en contact avec les "xapori", les esprits, afin de protéger les xapono des pouvoirs maléfices venant des humains ou des non - humains. Les chamans - les "pajés" - sont aussi les guérisseurs susceptibles de diagnostiquer de nombreux types de maladies, sans être en mesure de traiter toutes les pathologies. Ils pratiquent leur art au cours de "pajelanças", séances de traitement de diverses affections.

Dans le domaine de la santé, il y a des divergences entre Yanomami et "napë" sur le sens même de la maladie et des traitements. L'ignorance de ces divergences peut conduire à des situations conflictuelles. Pour réaliser l'interface entre la médecine traditionnelle et celle des "blancs", la Secoya veut des Agents Indigènes de Santé - AIS, compétents. Ils sont des auxiliaires précieux pour réduire l'impact de certaines maladies, notamment la tuberculose, l'hépatite et le paludisme.

Dans ses programmes de santé et de citoyenneté, la SECOYA organise des cours pour permettre aux leaders Yanomami d'être en mesure d'exercer un contrôle et de participer efficacement aux décisions prises au sein du Conseil du District Spécial de Santé Indigène Yanomami et dans les autres instances dans lesquelles ils sont appelés à siéger. Un de ces cours est mis en oeuvre actuellement avec l'appui de la Commune genevoise de Meyrin (2).

Silvio a encore fait état des revendications du mouvement indigène dans le domaine de la santé. De son point de vue, "... le service de santé indigène paraît satisfaire et servir davantage notre conscience que les Yanomami !" Une conclusion qui interpelle !

La SECOYA (3) veut écouter et entendre le peuple Yanomami.

***

Photos S. Cavuscens : Une prise de "yãkõana" et une "pajelança", une séance de traitement d'une affection.

(1) Voir sur ce blog, la note du 25 février dernier résumant cette première partie.

(2) Voir sur ce blog, la note du 2 avril 2010.

(3) Pour en savoir plus sur la SECOYA (en portugais) : http://www.secoya.org.br/

APPEL : Les personnes qui souhaitent appuyer l'action de la SECOYA peuvent le faire en versant un don par l'intermédiaire de AYA, CCP 17-55066-2, avec la mention "SECOYA", ou prendre contact avec le président de AYA, M. Jacques Rémund, par téléphone : No  00 41 (0)22 793 99 36, ou par courrier électronique : jackytax@gmail.com

 

Cette note (modifiée) a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 58, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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