15/04/2011

Conseil Indigène de Roraima : Plus de 40 ans de luttes !

TI RSS Mapa localisation.jpgLe Conseil Indigène de Roraima - CIR, a tenu sa 40e Assemblée Générale du 11 au 15 mars dans la communauté du Barro, dans la région de Surumu, dans la Terre Indigène de Raposa Serra do Sol, dans l'État de Roraima, au nord du Brésil.

C'était en pleine période de la dictature militaire, en juillet 1970 que les indigènes de région se sont réunis pour la première fois. Les premières réunions étaient des "Conseils de village". Puis il y a eu une première coopérative indigène. La première assemblée des peuples indigènes du Roraima a été organisée en 1971, avec les différentes ethnies de la région (Macuxi, Wapichana, Taurepang, etc.

Les premières campagnes conduites par les indigènes l'ont été pour lutter contre l'alcoolisme. Un fléau dont on sait la dépendance qu'il entraîne non seulement pour les individus, mais aussi pour les communautés. Pour contrer l'accaparement de leurs terres traditionnelles par des fazendeiros, les indigènes ont lancé un programme d'élevage de bétail : "Une vache pour un indien". Cette Assemblée a été l'occasion de rappeler ces quarante années de mobilisation pour la défense des droits des peuples indigènes de la région. Une lutte qui a coûté la vie à 21 leaders.

L'engagement pour la démarcation - la protection -  de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol - TI RSS, a été long et difficile, lui aussi. Avec beaucoup de violences. En avril 2005, Lula a signé le décret CIR Nova coodenação eleita 40a AG marzo 2011:5534050303_40aef9386f - copie.jpgd'homologation de cette Terre indigène. Mais cette décision a fait l'objet de recours devant le Tribunal Suprême Fédéral - STF. Ce n'est que le 19 mars 2009, que celui-ci a reconnu la validité du décret présidentiel. Le STF a assorti sa décision de plusieurs conditions restrictives pour les futures démarcations de terres indigènes. Entre temps, à la fin mars 2008, la police fédérale avait organisé une opération d'évacuation des non indiens de la réserve. Elle s'est heurtée à la résistance de riziculteurs qui n'ont pas hésité à recourir à la violence. Le STF a suspendu l'opération.

C'est dans cette période de tension que, le 5 mai 2008, un groupe d'indigènes a installé un campement sur une des terres occupées illégalement par l'un des riziculteurs. Cela dans le but de faire pression pour la reconnaissance de leurs droits. Le riziculteur a envoyé ses "jagunços", ses gardes armés, pour déloger les indigènes. Il y a eu une dizaine de blessés par balles. La vidéo mise en ligne au bas de cette note est le reflet de cet événement. Ce fût l'un des derniers épisodes violents de l'histoire de cette lutte. Heureusement, depuis, le calme est revenu.

L'ordre du jour de cette 40e Assemblée témoigne des nouvelles préoccupations des peuples indigènes de cet État : restructuration de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI; gestion du territoire et ethnodéveloppement;  santé indigène; éducation scolaire différenciée et défense des droits des peuples indigènes.

Cette réunion a aussi été l'occasion de désigner, pour un mandat de deux ans, les nouveaux responsables du Conseil. Le nouveau coordinateur du CIR est Mário Nicácio, de l'ethnie Wapichana. Il est jeune, mais il a déjà des années d'engagement dans la cause indigène. Le vice coordinateur est un Macuxi, Ivaldo André. Thelma Marques da Silva, de l'ethnie Taurepang, a été  élue secrétaire du Mouvement des femmes.

Les participants ont adressé une longue lettre aux autorités dans laquelle ils font l'inventaire de leurs revendications.

****

Pour en savoir plus  :

  • En français : "AYA Info" a consacré de nombreuses "brèves" relatives à la TI RSS, dont "AYA Info No 49"
  • En portugais:

- Un site indigène "Indios on line" : http://www.indiosonline.org.br/novo/assembleia-indigena-e...

- Un site indigéniste "Instituto Socioambiental", (avec l'ordre du jour, un compte-rendu, plusieurs photos de la rencontre et le document adressé aux autorités) : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3283

- Malheureusement le site Internet du Conseil Indigène de Roraima (http://www.cir.org.br/portal/) connaît quelques problèmes. Il devrait être mis à jour prochainement.

- Photo © CIMI : La nouvelle coordination

- Vidéo sur les événements du 5 mai 2008  :

Une première version de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 59, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

08:08 Publié dans La lettre d'AYA | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

08/04/2011

Belo Monte : L'Organisation des Etats Américains demande la suspension du processus

Une partie de la pêche de mars 2011 :Cimi:45a61e0e3db834a8f9b56e04abfd7936.jpgAprès la controverse juridique intervenue entre la justice fédérale de Belém et le président du Tribunal Régional Fédéral 1 (TRF1), Olindo Menezes, les travaux de terrassement ont commencé le 7 mars, la veille du Carnaval, sur le chantier du complexe hydroélectrique de Belo Monte sur le rio Xingu(1).

La construction de cet ouvrage - le troisième plus grand barrage du monde après celui des Trois Gorges en Chine, et celui d'Itaipu, sur le Paraná, à la frontière entre le Brésil et le Paraguay - continue de susciter des réactions.

Les pêcheurs du rio Xingu ont organisé une grande "pescaria", une immense partie de pêche, qui s'est terminée le 14 mars par une manifestation de protestation devant l'immeuble d'Eletronorte sur les quais d'Altamira, la principale localité de la région.

Le 23 mars, le cinéaste James Cameron et l'ex-gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger étaient à Altamira pour s'informer des travaux. En 2010, le cinéaste avait déjà apporté son soutien aux mouvements sociaux qui s'opposent à l'ouvrage.

Le 25 mars, Dom Erwin Kräutler, évêque du Xingu et président du Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI, l'organe de la Conférence Nationale des évêques du Brésil - CNBB, chargé des questions indigènes, a publié une lettre ouverte qu'il a remise à la Vice-procureure Générale de la République, Déborah Duprat, dans laquelle il dénonce les irrégularités qui entachent le processus de décision de construction de l'ouvrage.

Le gouvernement veut construire Belo Monte. Gilberto Carvalho, principal interlocuteur de la présidence de la république avec les mouvements sociaux, l'a affirmé le 16 mars, durant le Forum sur les "Changements climatiques et justice sociale", organisé sous les auspices de la CNBB.

Le 1er avril, la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme - CIDH, de l'Organisation des États Américains - OEA, a demandé au gouvernement brésilien de suspendre le processus d'autorisation du projet et d'empêcher la réalisation de tout ouvrage jusqu'à ce que soient réalisées quatre mesures : La consultation préalable dans le but d'arriver à un accord avec les communautés affectées; l'accès de ces communautés aux études d'impact; la protection des groupes indigènes en situation d'isolement, et la mise en oeuvre de mesures sanitaires pourprévenir les maladies et épidémies pouvant toucher les communautés indigènes.

Au nom du gouvernement, l'Itaramaty, le Ministère brésilien des affaires étrangères, dans une note du 5 avril considère les sollicitations de la CIDH "précipitées et injustifiables". De son côté, le même jour, la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, a fait état des dispositions qu'elle a prises pour informer et protéger les communautés indigènes.

Le gouvernement brésilien doit répondre dans les meilleurs délais à la CIDH.

*****

Photo © CIMI : La "Pescaria"

(1) Voir la note du 5 mars 2011 de ce blog

La vidéo ci-dessous (2'30") montre le débu des travaux de terrassement

Pour en savoir plus (en portugais) :

- Le site de la campagne "Xingu ..." : http://www.xinguvivo.org.br/ /

- La lettre de Dom Kräutler :  http://www.cimi.org.br/?system=news&action=read&i...

- La position de G. Carvalho : http://agenciabrasil.ebc.com.br/noticia/2011-03-16/apesar...

- Le document de la CIDH : http://www.xinguvivo.org.br/wp-content/uploads/2010/10/Ca...

- La réaction de l'Itaramaty : http://www.itamaraty.gov.br/sala-de-imprensa/notas-a-impr...

- La note de la FUNAI : http://www.funai.gov.br/ > 05 de abril > Nota sobre as medidas cautelares...

 

 

 

Cette note (modifiée) a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 59, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

 

08:43 Publié dans La lettre d'AYA | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

01/04/2011

Rio Madeira : Graves incidents sur le chantier du barrage de Jirau

Etat de Rondônia 250px-Brazil:2.jpgSelon les témoignages recueillis auprès d'ouvriers, c'est une dispute survenue le 15 mars, entre un travailleur et un chauffeur de bus qui est a l'origine de graves incidents qui ont entraîné la fermeture du chantier du barrage de Jirau, sur le rio Madeira, dans l'État de Rondônia. Le syndicat "Force Syndicale" parle de 70 logements, 43 autobus et 15 voitures incendiés. Des milliers de travailleurs sans abri ont quitté le chantier.

Plus généralement, ce sont les mauvaises conditions de travail, déjà dénoncées, qui sont à l'origine de ces manifestations. GDF Suez est le principal actionnaire de l'ouvrage. Le mécontentement s'est également exprimé sur le chantier de construction du barrage de Santo Antônio situé plus en aval, aussi sur le rio Madeira.

Amigos da Terra:170311: UHE_JIRAU020.jpgLe gouvernement doit réunir les deux principaux syndicats de la branche, la Centrale Unique des Travailleurs - CUT, et Force Syndicale afin de  trouver un accord sur les conditions de travail sur les chantiers des ouvrages du Programme d'Accélération de la Croissance - PAC. La CUT propose la création d'une commission tripartite composée de représentants des employeurs, des travailleurs et du gouvernement pour accompagner la réalisation des ouvrages prévus au PAC.

La Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne - COIAB, a publié, le 24 mars, un communiqué dans lequel elle se dit extrêmement préoccupée de la situation des groupes indigènes isolés vivant dans la région où sont construits les barrages  : "Les usines hydroélectriques de Santo Antônio et Jirau sont construites à proximité des territoires de quatre peuples indigènes qui sont en situation d'isolement et de risque."

Elle saisit l'occasion de ces événements pour rappeler que ceux-ci sont "la conséquence d'un modèle de développement que le gouvernement brésilien impose aux peuples amazoniens. Irrespect, illégalité, destruction, déforestation, sont les marques de la réalisation du PAC en Amazonie..."La politique du rouleau compresseur suit son chemin, dévorant les cours d'eau..."

Le rio Madeira est l'un des plus grands cours d'eau d'Amérique du sud, le plus long des affluents de l'Amazone avec 3'380 km. Il prend sa source en Bolivie. Le barrage de Jirau se situe dans l'État brésilien de Rondônia dont la capitale est Porto Velho.

 

Pour en savoir plus (en portugais) :

 

• Photos : Amis de la Terre

  • D'autres vidéos peuvent être visionnées sur YouTube

 

Cette note (modifiée) a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 59, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

08:52 Publié dans La lettre d'AYA | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

18/03/2011

La SECOYA reçoit un prix à Rio de Janeiro

Secoya:Prêmio Cufa:070211:Silvio +:21.jpgLe 7 février dernier, au Théâtre municipal de Rio de Janeiro, en présence de personnalités du monde politique et de la vie culturelle brésilienne, la Centrale Unique des Favelas - CUFA, a décerné ses récompenses pour l'année 2010. Le partenaire de AYA, l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami" - SECOYA de Manaus, a reçu le "Prix ANU" pour l'État d'Amazonas - il y a un prix par État - en raison de son action dans le domaine de l'éducation dans les villages et communautés Yanomami. Le prix a été remis à Silvio Cavuscens par le Ministre de la santé, Alexandre Padilha.

Pour la SECOYA, ce prix est la reconnaissance d'années de travail pour une éducation bilingue yanomami/portugais dans les écoles indigènes des municipalités de Barcelos et de Santa Isabel du Rio Negro. Une école yanomami pour les Yanomami. Le programme "Éducation" de la SECOYA est soutenu par Terre des Hommes Genève/Suisse.

anu-preto-130506_web_.jpgL'Anu-Preto est un oiseau au plumage et au bec noirs. Il est répandu dans tout le Brésil. Une vieille croyance populaire le considère comme oiseau de mauvaise augure. "Anu-Preto" était aussi le nom utilisé comme insulte par les colons portugais et espagnols pour désigner les esclaves et les personnes à la peau très noire. Le nom du prix a été choisi par la CUFA pour lutter contre les préjugés et montrer que des actions, comme celles qui ont reçu un prix, animées par des noirs, indiens, favelados et autres exclus, sont de bonne augure pour la cohésion sociale du pays.

Le lieu choisi pour la cérémonie, le Théâtre municipal de Rio de Janeiro, est également un symbole fort voulu par la CUFA. Pour elle, des actions de terrain, conduites par de modestes habitants du pays, méritent une reconnaissance dans l'un des hauts lieux de la culture brésilienne.

Ce prochain dimanche 20 mars, c'est devant le Théâtre municipal de Rio que le président américain, Barack Obama, doit prononcer un discours à l'occasion de sa visite au Brésil. Il devrait également visiter une favela et divers points touristiques de la ville.

***

Photo du haut : Silvio Cavuscens (1er à partir de la gauche) lors de la remise du prix par le Ministre de la Santé.

Photo du bas : un Anu-Preto

Pour en savoir plus (en portugais) :

• La vidéo de 2'18" préparée par la SECOYA pour présenter sa candidature : 

• Le site de la SECOYA : http://www.secoya.org.br

• Le site de la CUFA : http://www.cufa.org.br/

• Le site particulier du Prix ANU : http://www.premioanu.com.br/in.php?id=evento

• Le site de Terre des Hommes Suisse /Genève qui présente le projet :

http://www.terredeshommessuisse.ch/sites/default/files/br...

Cette note sera publiée dans le prochain bulletin "AYA Info", No 59, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

07:54 Publié dans La lettre d'AYA | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

11/03/2011

Ecouter et entendre le Peuple Yanomami

Le 18 janvier dernier, à la Maison des Associations de Genève, l'association Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie - AYA, a organisé une réunion pour échanger avec l'indigéniste et sociologue Silvio Cavuscens, sur la situation des peuples indigènes brésiliens.

"Côtoyer les peuples indigènes et ne pas respecter leurs cultures, cela revient à toucher sans sentir, regarder sans voir et écouter sans entendre !" Tel est le titre général donné par Silvio à son exposé. Dans une première partie de son intervention, il a évoqué la situation des peuples indigènes du Brésil au moment du changement de présidence de la république (1).

Prise de yãkõana.jpgDans une deuxième partie, Silvio a parlé de l'action de l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami" - SECOYA, dont il est coordinateur. L'activité de SECOYA touche quatre domaines : la citoyenneté, l'éducation différenciée, le développement soutenable et la santé. Elle a commencé son action en 1991, mais l'association a été formellement fondée en 1997. Son siège est à Manaus. Elle travaille essentiellement avec les communautés Yanomami de l'État d'Amazonas.

Coopérer avec ce peuple suppose une bonne connaissance de sa culture et de son cadre de vie. La langue, le yanomami est une petite famille linguistique avec quatre dialectes. Le cadre de vie, c'est surtout "uhiri", la terre-forêt, entité vivante qui abrite les "xapono", les maisons collectives avec leurs coutumes, comme le "wayamu", le discours matinal échangé entre les habitants...

Au milieu des années 50, les Yanomami - le nom veut dire "être humain" - ont eu à connaître les "napë" : les étrangers, ennemis ou "blancs", dont ils ont à souffrir quand ils sont "fazendeiros" (exploitants agricoles), "madereiros" (exploitants forestiers), ou "garimpeiros" (orpailleurs), envahisseurs de leur territoire.

Une Pajelança -Silvio.jpgLe chamanisme et la cosmologie qui lui est liée, est un élément central de la culture yanomami. Les chamans utilisent la "yãkõana", une poudre hallucinogène pour  entrer en contact avec les "xapori", les esprits, afin de protéger les xapono des pouvoirs maléfices venant des humains ou des non - humains. Les chamans - les "pajés" - sont aussi les guérisseurs susceptibles de diagnostiquer de nombreux types de maladies, sans être en mesure de traiter toutes les pathologies. Ils pratiquent leur art au cours de "pajelanças", séances de traitement de diverses affections.

Dans le domaine de la santé, il y a des divergences entre Yanomami et "napë" sur le sens même de la maladie et des traitements. L'ignorance de ces divergences peut conduire à des situations conflictuelles. Pour réaliser l'interface entre la médecine traditionnelle et celle des "blancs", la Secoya veut des Agents Indigènes de Santé - AIS, compétents. Ils sont des auxiliaires précieux pour réduire l'impact de certaines maladies, notamment la tuberculose, l'hépatite et le paludisme.

Dans ses programmes de santé et de citoyenneté, la SECOYA organise des cours pour permettre aux leaders Yanomami d'être en mesure d'exercer un contrôle et de participer efficacement aux décisions prises au sein du Conseil du District Spécial de Santé Indigène Yanomami et dans les autres instances dans lesquelles ils sont appelés à siéger. Un de ces cours est mis en oeuvre actuellement avec l'appui de la Commune genevoise de Meyrin (2).

Silvio a encore fait état des revendications du mouvement indigène dans le domaine de la santé. De son point de vue, "... le service de santé indigène paraît satisfaire et servir davantage notre conscience que les Yanomami !" Une conclusion qui interpelle !

La SECOYA (3) veut écouter et entendre le peuple Yanomami.

***

Photos S. Cavuscens : Une prise de "yãkõana" et une "pajelança", une séance de traitement d'une affection.

(1) Voir sur ce blog, la note du 25 février dernier résumant cette première partie.

(2) Voir sur ce blog, la note du 2 avril 2010.

(3) Pour en savoir plus sur la SECOYA (en portugais) : http://www.secoya.org.br/

APPEL : Les personnes qui souhaitent appuyer l'action de la SECOYA peuvent le faire en versant un don par l'intermédiaire de AYA, CCP 17-55066-2, avec la mention "SECOYA", ou prendre contact avec le président de AYA, M. Jacques Rémund, par téléphone : No  00 41 (0)22 793 99 36, ou par courrier électronique : jackytax@gmail.com

 

Cette note (modifiée) a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 58, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

08:42 Publié dans La lettre d'AYA | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

05/03/2011

Belo Monte* : "Lâcheté, irresponsabilité, comportement dictatorial"

Le mouvement "Xingu Vivo para Sempre" ne mâche pas ses mots pour qualifier la décision, prise avant-hier 3 mars, par le président du Tribunal Régional Fédéral 1 (TRF1), Olindo Menezes, de donner une suite favorable à un recours formé par l'Avocat Général de l'Union - AGU. Ce dernier a demandé  (et donc obtenu) l'annulation de la décision du 25 février de la justice fédérale de Belém, suspendant "l'autorisation partielle", délivrée le 26 janvier, par l'Institut Brésilien du Milieu Ambiant - IBAMA. Cette autorisation permet l'installation du chantier nécessaire à la construction du complexe hydroélectrique de Belo Monte sur le rio Xingu.

Contrairement au tribunal de Belém, Olindo Menezes est d'avis qu'il n'est pas nécessaire que toutes les mesures préalables, listées par l'IBAMA lui-même, soient réalisées avant l'ouverture du chantier.

Le mouvement "Xingu Vivo para Sempre" reproche au président du TRF1 d'avoir utilisé un instrument juridique datant de la dictature militaire pour justifier sa décision. Il reproche à une partie du gouvernement d'aller à l'encontre des personnes qui, en février dernier, lors d'une audience à la Présidence de la république, avaient promis le dialogue avec les représentants des peuples indigènes et riverains du rio Xingu.

* Voir sur ce blog, la note de hier 4 mars

Pour en savoir plus (en portugais) :

  • La décision du président du TRF1 :

http://www.agu.gov.br/sistemas/site/TemplateImagemTextoTh... > Documentos Relacionados  > Decisão

  • La prise de position du mouvement "Xingu Vivo para Sempre" :

http://www.xinguvivo.org.br/2011/03/03/covardia-irrespons...

  • Sur le contenu de l'entretien du 8 février dernier à la Présidence de la république (avec ci-dessous, en portugais, la  vidéo enregistrée lors de l'entrevue avec Rogério Sotilli) :

http://www.xinguvivo.org.br/2011/03/05/nota-o-que-vale-pa...

 

17:52 Publié dans La lettre d'AYA | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

04/03/2011

Belo Monte : la justice suspend une première autorisation

Audiencia-3.jpgLe 26 janvier, l'Institut Brésilien du Milieu Ambiant - IBAMA, a délivré une première "autorisation partielle" pour l'installation du chantier nécessaire à la construction du complexe hydroélectrique de Belo Monte sur le rio Xingu. Et une deuxième pour la suppression de la végétation. Le lendemain, le Ministère public fédéral, MPF, a introduit un recours contre "l'autorisation partielle" qui, selon lui, n'est pas prévue dans la législation brésilienne. Le 25 février, la justice a décidé de la suspension de l'autorisation. L'ouvrage ne pourra pas  commencer sans la réalisation de 29 mesures préalables, établies par l'IBAMA lui-même.

Un collectif de mouvements sociaux et d'organisations indigènes étaient réunis à Brasilia, les 7 et 8 février, pour un séminaire et une manifestation publique au sujet de l'ouvrage. Une délégation a été reçue à la présidence de la république. Elle a remis un document, approuvé par près de 80 associations et entités qui demande, entre autres, d'annuler définitivement le complexe Belo Monte. La délégation a fait état des 604'000 signatures récoltées sur Internet, au Brésil et à l'étranger, en soutient à cette position.

Le 28 janvier, la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne - COIAB, a adressé une lettre à Dilma Roussef, la présidente de la république, dans laquelle elle réaffirme son opposition à la "construction du désastreux complexe hydroélectrique de Belo Monte". La Coordination questionne : "Pourquoi le gouvernement brésilien ne veut-il pas écouter notre voix ?" Parlant des injustices historiques, des exploitations, dévastations et autres misères qu'ont eu à subir les peuples indigènes, la COIAB affirme : "Nous ne voulons pas de ce progrès". Et encore de questionner : "Quel est ce progrès qui détruit ce qui devrait être préservé ?"

À suivre : voir la note du 5 mars

 

  • Photo Verena Glass : Audience au Secrétariat Général de la Présidence de la république

Pour en savoir plus (en portugais) :

http://www.prpa.mpf.gov.br/news/2011/justica-suspende-lic...

  • Le séminaire de Brasilia :

http://www.xinguvivo.org.br/2011/02/09/belo-monte-governo...

  • Le document remis à la présidence de la république :

http://www.xinguvivo.org.br/wp-content/uploads/2010/10/ca...

Cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 58, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

 

07:41 Publié dans La lettre d'AYA | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

25/02/2011

Transition Lula – Dilma : Perspectives pour les peuples indigènes

S Cavuscens 10:01:2011 Photo B Comoli:2 P1101088.jpgLe 18 janvier, invitées par AYA, une quarantaine de personnes étaient réunies à la salle "Chico Mendes" de la Maison des Associations de Genève, pour échanger avec l'indigéniste et sociologue Silvio Cavuscens, sur la situation des peuples indigènes brésiliens au moment du changement de présidence de la république. Il y avait-là des membres des organisations de coopération qui ont, ou ont eu, Silvio comme partenaire : E-Changer, Terre des Hommes Genève/Suisse, Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI, mais aussi les membres du collectif qui avait organisé la campagne "Démarcation des Terres indigènes" entre 2003 et 2006. Et, bien sûr, plusieurs de ses amis de jeunesse.

"Côtoyer les peuples indigènes et ne pas respecter leurs cultures, cela revient à toucher sans sentir, regarder sans voir et écouter sans entendre !" Tel est le titre que Silvio a donné à sa présentation. Il a rappelé comment la diversité est l'une des caractéristiques des peuples indigènes du Brésil : plus de 700'00 indiens appartenant à 235 peuples, utilisant 172 langues différentes.

Au niveau institutionnel, il a souligné l'importance de la Constitution de 1988 qui a rompu avec la vision intégrationniste au profit de la reconnaissance de la spécificité des peuples indigènes et de l'importance de leurs organisations. Il a d'abord rappelé les priorités du gouvernement Lula, notamment : l'amélioration des conditions économiques de la nation, réduire le taux de pauvreté, valoriser le Brésil au niveau international et les alliances internes nécessaires à la gouvernance du pays.

En 2002, la coalition qui a soutenu la candidature de Lula à la présidence de la république a publié un programme de gouvernement concernant les peuples indigènes. Y figurent notamment, la volonté de dialogue, la démarcation des terres indigènes, la restructuration de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI. Au terme de huit ans de gouvernement Lula, le bilan est mitigé : désarticulation de la politique indigéniste entre divers ministères, manque de dialogue, méconnaissance de la réalité indigène entraînant l'application de mesures inadaptées. Le Programme d'Accélération de la Croissance - PAC, mis en oeuvre par le gouvernement, a des impacts négatifs sur l'Amazonie et les peuples indigènes de la région en raison de nombreux ouvrages inscrits au programme : routes, usines hydroélectriques (Belo Monte, Jirau), gazoducs, etc. Par ailleurs, la violence à l'égard des peuples indigènes reste bien réelle.

Silvio a évoqué ce que les peuples indigènes attendent du nouveau gouvernement, par exemple, l'adoption du Statut des peuples indigènes, la consolidation du Secrétariat spécial de santé indigène - SESAI, l'arrêt des travaux d'infrastructures qui ont un impact direct ou indirect sur les Terres indigènes, la création d'un Conseil national de politique indigéniste...

Dans une deuxième partie de son exposé, Silvio a décrit le travail de l'association "Service et Coopération avec la Peuple Yanomami" - SECOYA, dont il est coordinateur. Ce sera l'objet d'une prochaine note.

*****

Photo © B. Comoli : Silvio Cavuscens lors de son dernier passage à Genève

Cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 58, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

07:47 Publié dans La lettre d'AYA | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

18/02/2011

Une grave surmortalité parmi les indigènes du Javari

Foto SC:Vale do Javari A Padilha.jpgPeu avant Noël, le 23 décembre 2010, le Ministère public fédéral brésilien a signalé un rapport, publié par le Centre de Travail Indigéniste (CTI) de Brasilia, sur la gravité de la situation de la santé des peuples indigènes de la Vallée du Javari (1), une région située à l'ouest de l'État d'Amazonas. Selon le document (2), dans les onze dernières années (de 2000 à 2010), 325 décès ont été constatés en raison des déficiences du service de santé.

Ces décès représentent environ 8% d'une population déjà  peu nombreuse, estimée à près de 4'000 personnes, appartenant à plusieurs ethnies. Certains peuples sont davantage touchés que d'autres. Ainsi les Kanamary, les plus atteints, ont perdu 16% de leur population au cours de cette période.

En regard de l'âge, les victimes les plus nombreuses se comptent parmi les enfants de moins d'un an (46%), chez ceux  de 1 à 10 ans (18%) et parmi les jeunes de 11 à 25 ans (13%).

Plusieurs affections sont à l'origine de cette surmortalité; parmi elles, la tuberculose, les hépatites B et D, la gastroentérite, mais aussi la sous-nutrition.

Pour les auteurs du rapport, "Cette grave situation n'est pas la conséquence d'un manque de ressources financières. Elle découle de l'absence d'une équipe compétente pour travailler dans une aire de 80'000 km2, avec une extrême difficulté logistique et la pression d'intérêts locaux et régionaux". Maintes fois, les organisations indigènes ont attiré l'attention des autorités sur les déficiences du service de santé dans cette région (3).

Encore récemment, du 13 au 28 décembre, plusieurs dizaines d'indigènes ont occupé le siège du District Sanitaire Spécial  Indigène - DSEI, du Javari à Atalaia do Norte. Ils manifestaient ainsi leur mécontentement suite à la nomination de responsables du District qui n'avaient pas leur agrément, mais également en raison de la mauvaise gestion du service de santé dans les communautés indigènes (4). La nomination d'un coordinateur accepté par les leaders indigènes et l'envoi, par Brasilia, d'une délégation du nouveau Secrétariat Spécial de Santé Indigène - SESAI, ont débloqué la situation. Le 7 janvier, par la voix de son président, Jorge Oliveira Duarte, le Conseil de District de Santé Indigène - CONDISI (5), a fait connaître sa satisfaction au Secrétaire National du SESAI, M. Antônio Alves.

Le ministère de la santé a réagi, le 25 janvier, il a envoyé deux équipes médicales pour renforcer le personnel local (6). Le 31 janvier, une vingtaine de membres de l'Union des Peuples Indigènes de la Vallée du Javari - UNIVAJA, ont signé un manifeste (7) adressé au ministre de la santé, Alexandre Padilha. Dans ce document, ils expriment les désirs des peuples indigènes de la région en matière de santé : "Ce que nous voulons, c'est que le SESAI soit opérationnel pour un service de santé qui réponde aux réels besoins des peuples indigènes".

Il serait heureux que cette fois-ci, l'appel des organisations indigènes soit suivi d'effets.

*******

(1) La Terre Indigène de la Vallée du Javari a été démarquée en 2001, suite à une campagne dans laquelle Silvio Cavuscens a joué un rôle central. Elle a une superficie de 85'445 km2. Elle est située sur la rive droite du rio Javari, qui, sur une partie de son cours, fait frontière avec le Pérou. C'est le territoire de plusieurs peuples : Kanamary, Kulina, Marubo, Matis, Matsé (Mayoruna), de divers groupes encore isolés et ceux de récent contact comme les Korubo. Voir la carte ci-dessous.

(2) Pour accéder au rapport (en portugais) :

http://ccr6.pgr.mpf.gov.br/institucional/institucional/cl... > 04 Nos últimos 11 anos... > disponivel para download

(3) Voir "AYA Info" No 24

(4) Sur l'occupation du DSEI (en portugais) :  http://www.amazonia.org.br/noticias/noticia.cfm?id=374695

(5) Le CONDISI est un organe dit de "contrôle social", composé notamment des représentants des communautés et organisations indigènes. Il est chargé de fixer les tâches du DSEI et d'en contrôler la réalisation.

(6) L'envoi de personnel (en portugais) : http://portal.saude.gov.br/portal/saude/Gestor/visualizar...

(7) Pour accéder au Manifeste (en portugais) :

http://uniaocampocidadeefloresta.wordpress.com/2011/01/31...

• Photo © Silvio Cavuscens. Lors d'une précédente occupation du siège du DSEI d'Atalaia do Norte, en avril 2006, l'envoyé du Département de Santé Indigène à Brasilia, Alexandre Padilha (tout à droite), maintenant devenu Ministre de la Santé, est en discussion avec les leaders indigènes.

Une version réduite de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 57, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

Une carte pour situer la Terre Indigène Vale do Javari :

TI Vale do Javari:4.jpg

 

08:06 Publié dans La lettre d'AYA | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

11/02/2011

Un livre pour mieux comprendre les Yanomami du Brésil

Les Yanomami couv Ed Belin Le Tourneau 005316.jpgLes éditions Belin (Paris) ont publié en juillet 2010 un ouvrage intitulé "Les Yanomami du Brésil - Géographie d'un territoire amérindien". L'auteur, François - Michel Le Tourneau, est géographe, chargé de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique - CNRS (France). Il est aussi membre du Centre de Recherche et de Documentation sur l'Amérique Latine - CREDAL /Paris. Il a été chercheur invité du "Centre de Développement Soutenable" - CDS, de l'Université de Brasilia. La rédaction de son ouvrage a été terminée en 2009.

Dans son introduction, l'auteur situe le territoire Yanomami, le cadre géographique, le cadre culturel et les relation intercommunautaires. La première partie, "La découverte d'un peuple", concerne les premiers contacts avec les "napë" (les non - Yanomami), l'installation des missions religieuses, des orpailleurs et les projets des militaires. La deuxième partie, "Quel territoire pour les Yanomami ?", est consacrée aux projets de définition du territoire Yanomami et les diverses attaques dont il est l'objet. La troisième partie, "Nouveaux défis", évoque le rôle structurant de l'assistance sanitaire et de l'organisation des Yanomami eux-mêmes. La dernière partie, "Anatomie du territoire Yanomami" , traite de son organisation intérieure, de ses ressorts, de son pourtour et de l'impact de l'étranger.

Le livre de F-M Le Tourneau contient une bibliographie, trente-sept cartes, quinze photos, trois graphiques et vingt-trois tableaux.  Il complète celui publié en septembre 2010 par Davi Kopenawa et Bruce Albert* : "La chute du ciel". Il est très utile pour mieux connaître le peuple Yanomami.

Références : "Les Yanomami du Brésil - Géographie d'un territoire amérindien" de François - Michel Le Tourneau. Collection "Mappemonde", Editions Belin (Paris) / ISSN 1275-2975 / ISBN 978-2-7011-5316-2 / 480 pages / 32 Euros.

* Voir la note du 11 novembre de ce blog et "AYA Info" No 54 du 24 octobre 2009

Cette note sera publiée dans le prochain bulletin "AYA Info" No 58, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

07:43 Publié dans La lettre d'AYA | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |