05/03/2011

Belo Monte* : "Lâcheté, irresponsabilité, comportement dictatorial"

Le mouvement "Xingu Vivo para Sempre" ne mâche pas ses mots pour qualifier la décision, prise avant-hier 3 mars, par le président du Tribunal Régional Fédéral 1 (TRF1), Olindo Menezes, de donner une suite favorable à un recours formé par l'Avocat Général de l'Union - AGU. Ce dernier a demandé  (et donc obtenu) l'annulation de la décision du 25 février de la justice fédérale de Belém, suspendant "l'autorisation partielle", délivrée le 26 janvier, par l'Institut Brésilien du Milieu Ambiant - IBAMA. Cette autorisation permet l'installation du chantier nécessaire à la construction du complexe hydroélectrique de Belo Monte sur le rio Xingu.

Contrairement au tribunal de Belém, Olindo Menezes est d'avis qu'il n'est pas nécessaire que toutes les mesures préalables, listées par l'IBAMA lui-même, soient réalisées avant l'ouverture du chantier.

Le mouvement "Xingu Vivo para Sempre" reproche au président du TRF1 d'avoir utilisé un instrument juridique datant de la dictature militaire pour justifier sa décision. Il reproche à une partie du gouvernement d'aller à l'encontre des personnes qui, en février dernier, lors d'une audience à la Présidence de la république, avaient promis le dialogue avec les représentants des peuples indigènes et riverains du rio Xingu.

* Voir sur ce blog, la note de hier 4 mars

Pour en savoir plus (en portugais) :

  • La décision du président du TRF1 :

http://www.agu.gov.br/sistemas/site/TemplateImagemTextoTh... > Documentos Relacionados  > Decisão

  • La prise de position du mouvement "Xingu Vivo para Sempre" :

http://www.xinguvivo.org.br/2011/03/03/covardia-irrespons...

  • Sur le contenu de l'entretien du 8 février dernier à la Présidence de la république (avec ci-dessous, en portugais, la  vidéo enregistrée lors de l'entrevue avec Rogério Sotilli) :

http://www.xinguvivo.org.br/2011/03/05/nota-o-que-vale-pa...

 

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04/03/2011

Belo Monte : la justice suspend une première autorisation

Audiencia-3.jpgLe 26 janvier, l'Institut Brésilien du Milieu Ambiant - IBAMA, a délivré une première "autorisation partielle" pour l'installation du chantier nécessaire à la construction du complexe hydroélectrique de Belo Monte sur le rio Xingu. Et une deuxième pour la suppression de la végétation. Le lendemain, le Ministère public fédéral, MPF, a introduit un recours contre "l'autorisation partielle" qui, selon lui, n'est pas prévue dans la législation brésilienne. Le 25 février, la justice a décidé de la suspension de l'autorisation. L'ouvrage ne pourra pas  commencer sans la réalisation de 29 mesures préalables, établies par l'IBAMA lui-même.

Un collectif de mouvements sociaux et d'organisations indigènes étaient réunis à Brasilia, les 7 et 8 février, pour un séminaire et une manifestation publique au sujet de l'ouvrage. Une délégation a été reçue à la présidence de la république. Elle a remis un document, approuvé par près de 80 associations et entités qui demande, entre autres, d'annuler définitivement le complexe Belo Monte. La délégation a fait état des 604'000 signatures récoltées sur Internet, au Brésil et à l'étranger, en soutient à cette position.

Le 28 janvier, la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne - COIAB, a adressé une lettre à Dilma Roussef, la présidente de la république, dans laquelle elle réaffirme son opposition à la "construction du désastreux complexe hydroélectrique de Belo Monte". La Coordination questionne : "Pourquoi le gouvernement brésilien ne veut-il pas écouter notre voix ?" Parlant des injustices historiques, des exploitations, dévastations et autres misères qu'ont eu à subir les peuples indigènes, la COIAB affirme : "Nous ne voulons pas de ce progrès". Et encore de questionner : "Quel est ce progrès qui détruit ce qui devrait être préservé ?"

À suivre : voir la note du 5 mars

 

  • Photo Verena Glass : Audience au Secrétariat Général de la Présidence de la république

Pour en savoir plus (en portugais) :

http://www.prpa.mpf.gov.br/news/2011/justica-suspende-lic...

  • Le séminaire de Brasilia :

http://www.xinguvivo.org.br/2011/02/09/belo-monte-governo...

  • Le document remis à la présidence de la république :

http://www.xinguvivo.org.br/wp-content/uploads/2010/10/ca...

Cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 58, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

 

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25/02/2011

Transition Lula – Dilma : Perspectives pour les peuples indigènes

S Cavuscens 10:01:2011 Photo B Comoli:2 P1101088.jpgLe 18 janvier, invitées par AYA, une quarantaine de personnes étaient réunies à la salle "Chico Mendes" de la Maison des Associations de Genève, pour échanger avec l'indigéniste et sociologue Silvio Cavuscens, sur la situation des peuples indigènes brésiliens au moment du changement de présidence de la république. Il y avait-là des membres des organisations de coopération qui ont, ou ont eu, Silvio comme partenaire : E-Changer, Terre des Hommes Genève/Suisse, Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI, mais aussi les membres du collectif qui avait organisé la campagne "Démarcation des Terres indigènes" entre 2003 et 2006. Et, bien sûr, plusieurs de ses amis de jeunesse.

"Côtoyer les peuples indigènes et ne pas respecter leurs cultures, cela revient à toucher sans sentir, regarder sans voir et écouter sans entendre !" Tel est le titre que Silvio a donné à sa présentation. Il a rappelé comment la diversité est l'une des caractéristiques des peuples indigènes du Brésil : plus de 700'00 indiens appartenant à 235 peuples, utilisant 172 langues différentes.

Au niveau institutionnel, il a souligné l'importance de la Constitution de 1988 qui a rompu avec la vision intégrationniste au profit de la reconnaissance de la spécificité des peuples indigènes et de l'importance de leurs organisations. Il a d'abord rappelé les priorités du gouvernement Lula, notamment : l'amélioration des conditions économiques de la nation, réduire le taux de pauvreté, valoriser le Brésil au niveau international et les alliances internes nécessaires à la gouvernance du pays.

En 2002, la coalition qui a soutenu la candidature de Lula à la présidence de la république a publié un programme de gouvernement concernant les peuples indigènes. Y figurent notamment, la volonté de dialogue, la démarcation des terres indigènes, la restructuration de la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI. Au terme de huit ans de gouvernement Lula, le bilan est mitigé : désarticulation de la politique indigéniste entre divers ministères, manque de dialogue, méconnaissance de la réalité indigène entraînant l'application de mesures inadaptées. Le Programme d'Accélération de la Croissance - PAC, mis en oeuvre par le gouvernement, a des impacts négatifs sur l'Amazonie et les peuples indigènes de la région en raison de nombreux ouvrages inscrits au programme : routes, usines hydroélectriques (Belo Monte, Jirau), gazoducs, etc. Par ailleurs, la violence à l'égard des peuples indigènes reste bien réelle.

Silvio a évoqué ce que les peuples indigènes attendent du nouveau gouvernement, par exemple, l'adoption du Statut des peuples indigènes, la consolidation du Secrétariat spécial de santé indigène - SESAI, l'arrêt des travaux d'infrastructures qui ont un impact direct ou indirect sur les Terres indigènes, la création d'un Conseil national de politique indigéniste...

Dans une deuxième partie de son exposé, Silvio a décrit le travail de l'association "Service et Coopération avec la Peuple Yanomami" - SECOYA, dont il est coordinateur. Ce sera l'objet d'une prochaine note.

*****

Photo © B. Comoli : Silvio Cavuscens lors de son dernier passage à Genève

Cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 58, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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18/02/2011

Une grave surmortalité parmi les indigènes du Javari

Foto SC:Vale do Javari A Padilha.jpgPeu avant Noël, le 23 décembre 2010, le Ministère public fédéral brésilien a signalé un rapport, publié par le Centre de Travail Indigéniste (CTI) de Brasilia, sur la gravité de la situation de la santé des peuples indigènes de la Vallée du Javari (1), une région située à l'ouest de l'État d'Amazonas. Selon le document (2), dans les onze dernières années (de 2000 à 2010), 325 décès ont été constatés en raison des déficiences du service de santé.

Ces décès représentent environ 8% d'une population déjà  peu nombreuse, estimée à près de 4'000 personnes, appartenant à plusieurs ethnies. Certains peuples sont davantage touchés que d'autres. Ainsi les Kanamary, les plus atteints, ont perdu 16% de leur population au cours de cette période.

En regard de l'âge, les victimes les plus nombreuses se comptent parmi les enfants de moins d'un an (46%), chez ceux  de 1 à 10 ans (18%) et parmi les jeunes de 11 à 25 ans (13%).

Plusieurs affections sont à l'origine de cette surmortalité; parmi elles, la tuberculose, les hépatites B et D, la gastroentérite, mais aussi la sous-nutrition.

Pour les auteurs du rapport, "Cette grave situation n'est pas la conséquence d'un manque de ressources financières. Elle découle de l'absence d'une équipe compétente pour travailler dans une aire de 80'000 km2, avec une extrême difficulté logistique et la pression d'intérêts locaux et régionaux". Maintes fois, les organisations indigènes ont attiré l'attention des autorités sur les déficiences du service de santé dans cette région (3).

Encore récemment, du 13 au 28 décembre, plusieurs dizaines d'indigènes ont occupé le siège du District Sanitaire Spécial  Indigène - DSEI, du Javari à Atalaia do Norte. Ils manifestaient ainsi leur mécontentement suite à la nomination de responsables du District qui n'avaient pas leur agrément, mais également en raison de la mauvaise gestion du service de santé dans les communautés indigènes (4). La nomination d'un coordinateur accepté par les leaders indigènes et l'envoi, par Brasilia, d'une délégation du nouveau Secrétariat Spécial de Santé Indigène - SESAI, ont débloqué la situation. Le 7 janvier, par la voix de son président, Jorge Oliveira Duarte, le Conseil de District de Santé Indigène - CONDISI (5), a fait connaître sa satisfaction au Secrétaire National du SESAI, M. Antônio Alves.

Le ministère de la santé a réagi, le 25 janvier, il a envoyé deux équipes médicales pour renforcer le personnel local (6). Le 31 janvier, une vingtaine de membres de l'Union des Peuples Indigènes de la Vallée du Javari - UNIVAJA, ont signé un manifeste (7) adressé au ministre de la santé, Alexandre Padilha. Dans ce document, ils expriment les désirs des peuples indigènes de la région en matière de santé : "Ce que nous voulons, c'est que le SESAI soit opérationnel pour un service de santé qui réponde aux réels besoins des peuples indigènes".

Il serait heureux que cette fois-ci, l'appel des organisations indigènes soit suivi d'effets.

*******

(1) La Terre Indigène de la Vallée du Javari a été démarquée en 2001, suite à une campagne dans laquelle Silvio Cavuscens a joué un rôle central. Elle a une superficie de 85'445 km2. Elle est située sur la rive droite du rio Javari, qui, sur une partie de son cours, fait frontière avec le Pérou. C'est le territoire de plusieurs peuples : Kanamary, Kulina, Marubo, Matis, Matsé (Mayoruna), de divers groupes encore isolés et ceux de récent contact comme les Korubo. Voir la carte ci-dessous.

(2) Pour accéder au rapport (en portugais) :

http://ccr6.pgr.mpf.gov.br/institucional/institucional/cl... > 04 Nos últimos 11 anos... > disponivel para download

(3) Voir "AYA Info" No 24

(4) Sur l'occupation du DSEI (en portugais) :  http://www.amazonia.org.br/noticias/noticia.cfm?id=374695

(5) Le CONDISI est un organe dit de "contrôle social", composé notamment des représentants des communautés et organisations indigènes. Il est chargé de fixer les tâches du DSEI et d'en contrôler la réalisation.

(6) L'envoi de personnel (en portugais) : http://portal.saude.gov.br/portal/saude/Gestor/visualizar...

(7) Pour accéder au Manifeste (en portugais) :

http://uniaocampocidadeefloresta.wordpress.com/2011/01/31...

• Photo © Silvio Cavuscens. Lors d'une précédente occupation du siège du DSEI d'Atalaia do Norte, en avril 2006, l'envoyé du Département de Santé Indigène à Brasilia, Alexandre Padilha (tout à droite), maintenant devenu Ministre de la Santé, est en discussion avec les leaders indigènes.

Une version réduite de cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 57, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

Une carte pour situer la Terre Indigène Vale do Javari :

TI Vale do Javari:4.jpg

 

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11/02/2011

Un livre pour mieux comprendre les Yanomami du Brésil

Les Yanomami couv Ed Belin Le Tourneau 005316.jpgLes éditions Belin (Paris) ont publié en juillet 2010 un ouvrage intitulé "Les Yanomami du Brésil - Géographie d'un territoire amérindien". L'auteur, François - Michel Le Tourneau, est géographe, chargé de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique - CNRS (France). Il est aussi membre du Centre de Recherche et de Documentation sur l'Amérique Latine - CREDAL /Paris. Il a été chercheur invité du "Centre de Développement Soutenable" - CDS, de l'Université de Brasilia. La rédaction de son ouvrage a été terminée en 2009.

Dans son introduction, l'auteur situe le territoire Yanomami, le cadre géographique, le cadre culturel et les relation intercommunautaires. La première partie, "La découverte d'un peuple", concerne les premiers contacts avec les "napë" (les non - Yanomami), l'installation des missions religieuses, des orpailleurs et les projets des militaires. La deuxième partie, "Quel territoire pour les Yanomami ?", est consacrée aux projets de définition du territoire Yanomami et les diverses attaques dont il est l'objet. La troisième partie, "Nouveaux défis", évoque le rôle structurant de l'assistance sanitaire et de l'organisation des Yanomami eux-mêmes. La dernière partie, "Anatomie du territoire Yanomami" , traite de son organisation intérieure, de ses ressorts, de son pourtour et de l'impact de l'étranger.

Le livre de F-M Le Tourneau contient une bibliographie, trente-sept cartes, quinze photos, trois graphiques et vingt-trois tableaux.  Il complète celui publié en septembre 2010 par Davi Kopenawa et Bruce Albert* : "La chute du ciel". Il est très utile pour mieux connaître le peuple Yanomami.

Références : "Les Yanomami du Brésil - Géographie d'un territoire amérindien" de François - Michel Le Tourneau. Collection "Mappemonde", Editions Belin (Paris) / ISSN 1275-2975 / ISBN 978-2-7011-5316-2 / 480 pages / 32 Euros.

* Voir la note du 11 novembre de ce blog et "AYA Info" No 54 du 24 octobre 2009

Cette note sera publiée dans le prochain bulletin "AYA Info" No 58, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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04/02/2011

Le premier séjour de Sylvie dans l'aire Yanomami

Cachoeira 2.jpgSylvie*, la volontaire d'E-Changer engagée comme infirmière dans le projet "santé" de l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami - SECOYA" a fait son premier voyage dans la Terre Indigène Yanomami (TIY) entre le 19 novembre et le 20 décembre. Plus précisément, elle a visité les communautés du Rio Marauiá, un affluent du Rio Negro. Elle a accompagné Socorro, la coordinatrice du département "éducation" de la Secoya. Trois jours de bateau pour aller de Manaus à Santa Isabel do Rio Negro. Puis la pirogue à moteur pour remonter le rio Marauiá, passer les "cachoeiras" (les rapides) pour atteindre les communautés Yanomami.

La SECOYA s'est donné des règles de conduite en matière de provisions alimentaires à emmener, les cadeaux à offrir. Il faut en tenir compte lors des derniers achats à Santa Isabel. Socorro et Sylvie ont visité cinq communautés : Bicho Açu, Ixima, Pukima Beira, Raita et Pukima Cachoeira. Pour Sylvie, cette première incursion en TIY a été l'occasion de découvrir le quotidien des Yanomami : la préparation de la nourriture, de participer à un rituel de deuil, de voir l'importance du chamanisme, les écoles villageoises...

Infirmière, elle a pu constater l'état du service de santé : les postes de santé souvent vides, les agents de santé sans formation adéquate, le manque de médicaments et de matériel, la gestion des situations d'urgence extrêmement compliquée.

Au terme de son premier trimestre d'activité, elle a eu l'opportunité de faire le point avec un bon connaisseur de cette région du Brésil, le docteur Pedro Albajar, membre de AYA et de SECOYA. Pedro lui a indiqué une série de contacts locaux susceptibles de lui faciliter la tâche.

Sylvie a fait le récit de son voyage sur son blog (en français) :

http://sylvie-petter.blogspot.com/2010/12/premiere-incurs...

* Voir note du 10 décembre 2010 et la carte ci-dessous qui situe les communautés du rio Marauiá

Photo © Silvio Cavuscens : Franchir les "cachoeiras" (les rapides) du rio Marauiá n'est pas toujours chose facile, notamment dans les périodes de basses eaux.

Cette note a été publiée dans le bulletin "AYA Info" No 57, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

TI Y + xapono rio Marauiá-3 map_20072005 - copie copie.jpg

 

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28/01/2011

Protection des Terres Indigènes : Lula, dernier de la classe

Panneau Funai TI :Guarani Mbya Angra IMG.jpgD'une manière générale, pour les peuples indigènes, la terre n'est pas un simple outil de production. Ils ont avec leur terre un lien culturel très étroit : une quasi filiation. Ils en demandent la protection. Depuis de nombreuses années, le Brésil a un dispositif de protection - la démarcation - des Terres Indigènes (TI), du pays.

Le nombre de Terres démarquées au cours d'un mandat présidentiel est certainement l'un des indicateurs de l'intérêt porté à la politique indigéniste. À ce sujet, il est utile de rappeler la volonté des constituants de 1988 - année d'adoption de l'actuelle Constitution - de voir toutes les TI être protégées dans un délai de cinq ans. Ainsi, le processus aurait dû être conduit à son terme en octobre 1993.

Selon les sources*, le nombre de TI du Brésil est différent, mais l'unanimité se fait pour affirmer qu'en janvier 2011, il reste encore de nombreuses Terres sans protection. À la fin décembre 2010, à prendre les chiffres de l'Instituto Socioambiental - ISA, de São Paulo, sur les 672 TI du pays, 135 sont seulement en voie d'identification (la première étape vers la démarcation), et il y en a 396 pour lesquelles le processus de démarcation est complètement terminé.

Pour apprécier l'action du gouvernement Lula dans ce domaine, il est possible de la comparer avec celle des gouvernements précédents. Pour cette comparaison, seul le nombre de TI "homologuées", c'est à dire en phase terminale de démarcation a été retenu ici. Ainsi, selon ISA, Le président José Sarney (avril 85 - mars 90), a homologué 67 TI d'une surface totale de 143'704 km2. À eux deux, les présidents Fernando Collor** et Itamar Franco (mars 90 - décembre 94), en ont homologué 97 (dont la TI Yanomami), d'une surface totale de 318'376 km2. Fernando Henrique Cardoso (janvier 95 - décembre 2002), en a homologué 145 d'une surface totale de 412'269 km2. Enfin, Luiz Inácio Lula da Silva (janvier 2003 - décembre 2010), en a homologué 87, d'une surface totale de 187'857 km2.

L'objectif, exprimé en 2002, dans le programme électoral des partis qui ont soutenu la candidature de Lula, de réduire tout le passif des TI non démarquées n'a pas été atteint. Lula n'a pas été le champion de la démarcation. Dans ce domaine, il est même le dernier au classement des présidents. Cependant il a à son actif l'homologation, en avril 2005***, de l'emblématique Terre Indigène Raposa Serra do Sol, située dans l'État de Roraima, au nord du Brésil. C'est l'une des dernières grandes TI à avoir été homologuée malgré l'hostilité de la majorité de la classe politique de la région, et de riziculteurs particulièrement agressifs. Le décret d'homologation a été contesté devant le Tribunal Suprême Fédéral - STF, qui l'a déclaré valide le 19 mars 2009. À cette occasion, le STF a édicté une série de conditions pour les futures démarcations de Terres Indigènes.

Pour en savoir plus (en portugais ) : http://pib.socioambiental.org/caracterizacao.php > Terras indígenas > Demarcações

* Voir d'autres chiffes et manières de compter :

** Destitué en 1992

*** Voir AYA Info No 49

Photo B. Comoli : La FUNAI place des panneaux semblables aux entrées de Terres Indigènes protégées pour en interdire l'accès.

L'essentiel de cette note a été publié dans le bulletin "AYA Info" No 57, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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21/01/2011

L'Hutukara Yanomami veut un service de santé efficace

AG Hutukara nov 2010 IMG_4498 - copie.JPGDu 1er au 7 novembre plusieurs centaines de Yanomami et Ye'kuana étaient réunis dans la région de Toototobi, dans la Terre Indigène Yanomami - TIY (Etat de Roraima), pour la IVe Assemblée Générale de l'Hutukara* Associação Yanomami - HAY. Ils ont mis à l'ordre du jour de cette réunion l'essentiel de leurs préoccupations : les changements climatiques, les nouveaux espaces d'occupation de la Terre Indigène, l'éducation, la lutte contre les envahisseurs et le service de santé. Ils ont évidemment procédé à une évaluation de l'activité déployée par l'association au cours de ces trois dernières années alors qu'elle est confrontée au manque de ressources financières.

Les leaders ont tracé les lignes d'action pour les trois années à venir. Ils ont encore procédé à l'élection des responsables de l'association. Davi Kopenawa a été reconduit à la présidence de l'HAY. Le fait marquant de la réunion a été la visite d'Antonio Alves, le responsable du nouveau Secrétariat Spécial de la Santé Indigène - SESAI, créé le 19 octobre. Le Secrétaire a été décoré d'un brassard décoré de plumes d'Arara, ornement caractéristique du peuple Yanomami. Un présent qui symbolise une alliance passée entre le récipiendaire et ses hôtes qui attendent un service de santé de qualité. L'Assemblée a été informée de l'épidémie de paludisme qui a frappé des communautés Yanomami du Venezuela tout proche. Elle a causé la mort de plusieurs indiens, entre 17 et 54 selon les sources.

Pour en savoir plus (en portugais) : http://www.hutukara.org / L'accès aux informations n'est pas tout simple, il est nécessaire de rechercher les divers documents, textes et photos :

  • Le compte-rendu de l'Assemblée : > Ata IV Assembleia Hutukara - Toototobi 2010
  • Des photos de l'Assemblée : > GALERIA > Foto > IV Assembleia Hutukara 2010
  • Les reflets de l'AG dans la presse : > SITEMAP > SAÚDE INDÍGENA Secretário... / Uma Pajelança... / Surto ameaça... / Mudança Climática... / PAJÉS YANOMAMI-Índios fazem rituais... / Democracia xamânica

* Hutukara est le nom de la nouvelle forêt créée par Omama (le créateur des Yanomami). C'est aussi le nom de l'ancien ciel qui est tombé autrefois. Voir "La chute du ciel " p. 56 > AYA Info No 54 et note du 11 novembre de ce blog

Photo (SESAI) : Antonio Alves, le responsable du Secrétariat Spécial de Santé Indigène - SESAI en discussion avec deux membres de l'Assemblée.

Cette note a été publiée dans le bulletin AYA Info No  56  de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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13/01/2011

Rencontre avec Silvio Casvuscens : Les perspectives pour les peuples indigènes au Brésil

AYA Rencontre Silvio 180111 flyer.jpgMardi 18 janvier, l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA propose une rencontre avec Silvio Cavuscens, le coordinateur de l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami" - SECOYA, dont le siège est à Manaus.

Silvio est engagé aux côtés des indiens de l'Amazonie brésilienne depuis 35 ans. Il évoquera les perspectives pour les peuples indigènes du Brésil à ce moment de changement de gouvernement. Il parlera également du travail de son association avec les Yanomami de l'État d'Amazonas.

Les lecteurs de ce blog, dont les notes portent essentiellement sur la problématique indigène au Brésil, sont invités à participer à cette rencontre. C'est une occasion de faire plus ample connaissance avec un acteur de terrain particulièrement expérimenté.

La rencontre aura lieu à 20h, à la salle Chico Mendes de la Maison des Associations au 15 de la rue des Savoises, 1205 Genève. L'entrée est libre.

 

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07/01/2011

Dilma Rousseff au Planalto

Planalto.jpgLe 1er janvier à Brasilia, Dilma Roussef, une économiste, est devenue la première femme, Présidente de l'histoire du Brésil. Elle occupe pour quatre ans le Planalto, le palais présidentiel. Ce jour-là, devant les membres du Congrès, elle a prononcé un discours dans lequel elle a formulé les grandes lignes de l'action qu'elle entend conduire à la tête du pays. À plusieurs reprises elle a parlé de la pauvreté : "La lutte la plus obstinée de mon gouvernement sera celle de l'éradication de l'extrême pauvreté... La misère existe encore et fait honte à notre pays..." Les services de la présidence ont déjà publié le programme du gouvernement qui se décline en treize lignes directrices : le renforcement de la démocratie, la croissance, le système unique de santé, l'éducation, la sécurité, etc.

Peu avant Noël, avec le Vice-président Michel Temer, un spécialiste de droit constitutionnel, Dilma a présenté le nouveau gouvernement composé de trente-sept ministres, neuf femmes et vingt-huit hommes. Quatorze sont des "sortants" de l'équipe gouvernementale de Lula et vingt-trois sont des nouveaux. Toutes ces personnalités ne sont pas à la tête d'un Ministère, comme par exemple, le président de la Banque centrale, l'Avocat général de l'Union ou les responsables de divers Secrétariats. Le responsable de la "Maison civile" de la présidente est souvent considéré comme un Premier ministre. Cette tâche a été confiée à Antonio Palocci.

Dix-sept membres du gouvernement appartiennent au Parti des Travailleurs (PT), le parti de Dilma. Six au Parti du Mouvement Démocratique du Brésil (PMDB), le parti du Vice-président. Deux sont du Parti Socialiste Brésilien (PSB). Et trois autres partis de la coalition qui a soutenu la candidature de Dilma, ont chacun un ministre. Le chargé des Relations institutionnelles, Luiz Sérgio, est un ancien syndicaliste de la métallurgie, un dessinateur à l'ancien chantier naval Verolme d'Angra dos Reis, ville côtière de l'État de Rio de Janeiro dont il a été maire. Après Lula, le syndicat de la métallurgie de la Centrale Unique des travailleurs (CUT), continue de fournir du personnel dans les hautes sphères politiques du Brésil !

En relation avec les questions indigènes, plusieurs ministères ont une importance particulière. Le Ministère de la justice, dont dépend la Fondation Nationale de l'Indien (FUNAI), a changé de titulaire : il est maintenant dirigé par José Eduardo Cardozo, un avocat, jusque-là député fédéral de São Paulo. Le président de la FUNAI, Márcio Meira, a été reconduit à son poste. Alexandre Padilha, un médecin, est le nouveau Ministre de la santé, il est à la tête du ministère de tutelle du nouveau Secrétariat Spécial de Santé Indigène - SESAI, en charge du service de santé auprès des peuples indigènes. Le Ministère de l'éducation n'a pas changé de titulaire depuis 2005, il est dirigé par Fernando Haddad, un docteur en philosophie et professeur en sciences politiques. On sait l'importance de la mise en oeuvre d'une éducation différenciée pour les peuples indigènes. Depuis avril 2010, Izabella Teixeira, une biologiste, est confirmée à la tête du Ministère de l'environnement. Edison Lobão, un avocat et journaliste, assume à nouveau le Ministère des mines et de l'énergie, poste  qu'il avait quitté quelques mois en 2010 pour être candidat - il a été élu - Sénateur de l'État du Maranhão. Il a en charge le dossier du barrage contesté de Belo Monte sur le rio Xingu.

Tout récemment, ce mardi 3 janvier, le Ministre des finances, Guido Mantega, a confirmé la nécessité de réaliser des coupes dans le budget fédéral de 2011 pour faire face aux conséquences de la baisse du dollar américain.

Pour en savoir plus :

• Le discours de Dilma devant le Congrès (en français) : http://www.info.planalto.gov.br/ > Discursos e Entrevistas > Janeiro 2011 > 01/01/2011 > Discours prononcé

• Les lignes directices du gouvernement (en portugais) :  http://www.presidencia.gov.br/diretrizes-de-governo/view

• La liste des ministres :  http://www.presidencia.gov.br/ministros

 

"AYA Info" souhaite une bonne et heureuse année 2011 à ses lectrices et lecteurs. Il souhaite également que la nouvelle Présidente du Brésil et son gouvernement soient à l'écoute des Peuples indigènes du pays.

 

Cette note sera publiée dans le prochain bulletin "AYA Info" No 57, de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

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