La lettre d'AYA - Page 26

  • La IIe Assemblée Yanomami : un succès !

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    Secoya:assemblia Yano2.pngLa IIe Assemblée* des Yanomami de l'État d'Amazonas a eu lieu du 22 au 28 novembre au xapono** (un village circulaire) de Bicho-Açu, situé dans la partie inférieure du rio Marauiá, dans la commune de Santa Isabel do Rio Negro Elle a réuni plus d'une centaine de leaders représentant vingt-quatre communautés proches, ou riveraines des rios Cauaburis, Demini, Marauiá, Maya et Padauiri sur les trois communes de Barcelos, São Gabriel da Cachoeira et Santa Isabel do Rio Negro.

    Étaient également présents : Davi Kopenawa, président de l'Hutukara Associação Yanomami - HAY, des représentants de l'Association Yanomami du rio Cauaburis - AYRKA, de la Fédération des Organisations Indigènes du Rio Negro - FOIRN. Les principales entités et services publics qui agissent dans cette partie de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) avaient aussi envoyé des délégués.

    Tous ces visiteurs ont été accueillis selon les traditionnels rituels de bienvenue. Les débats ont porté sur cinq thèmes qui reflètent les principales préoccupations des leaders : le service de santé, l'éducation différenciée, l'environnement, la surveillance du territoire par la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, et la présence des forces armées.

    La santé est certainement le plus important des thèmes abordés par l'Assemblée. Les dirigeants ont souligné les graves déficiences du service de santé dans les communautés. Cela a pour conséquence une péjoration marquée de l'état de santé de la population. Ils ont formulé une dizaine de propositions visant à répondre aux besoins des communautés.

    L'Assemblée a également proposé une demi-douzaine de mesures en faveur de l'éducation différenciée devant être mise en œuvre par les institutions chargées de l'éducation dans les villages.

    Les leaders ont relevé l'état d'abandon dans lequel la FUNAI laisse les communautés. Ils ont souligné l'augmentation de l'insécurité due à l'invasion de pêcheurs et marchands de bois en particulier. Ils ont formulé six revendications à l'adresse de la Fondation, notamment de garantir la surveillance du territoire. En matière d'environnement, les leaders ont demandé le gel du processus de constitution du comité de gestion de la "Forêt nationale de l'Amazonas"*** qui se superpose avec la TI-Y. Cela en attendant que soit résolue l'incompatibilité des statuts réglementant les "Terres indigènes" et les "Forêts nationales".

    En raison de l'impact culturel causé par de la présence de militaires dans les communautés, ils refusent l'implantation de nouveaux pelotons de surveillance de la frontière. Ils demandent le déplacement de ceux qui existent vers des zones non habitées.

    Les délégués ont encore désigné les représentants des communautés dans les différentes instances de gestion participative.

    Cette Assemblée a été un succès à plus d'un titre, mais surtout en raison du fait que des leaders, souvent isolés, ont pu prendre conscience des mêmes problèmes qu'ils affrontent au quotidien.

    ***

    * La première a eu lieu en 2007

    ** En français, prononcer "chapono"

    *** Voir "AYA Info" Nos 63 & 64

    Photo © Secoya : une vue de l'Assemblée

    Pour en savoir plus (en portugais) : http://www.secoya.org.br/ > II Assembléia Yanomami do Amazonas...

    Cette note sera publiée  dans le prochain "AYA Info" No 67, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

  • Manifeste indigène contre la perversité et l'autoritarisme du gouvernement

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    Le 26 octobre, les quatre ministres brésiliens de la justice, de l'environnement, de la santé et de la culture ont signé un arrêté (No 419) visant à accélérer le processus par lequel l'Institut Brésilien de l'Environnement - IBAMA accorde son autorisation avant la mise en œuvre des grands projets économiques, usines hydroélectriques, barrages, ports et autres infrastructures.

    Ce texte fixe un délai impératif de trois mois aux organes fédéraux, notamment la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI et la Fondation Culturelle Palmares - FCP*, pour consulter les communautés et organisations indigènes ou quilombolas** quand les ouvrages sont susceptibles d'avoir un impact sur leur existence. Passé le délai, la procédure engagée par l'IBAMA poursuit son déroulement. L'arrêté fixe également, pour chaque type d'ouvrage, en Amazonie légale*** et dans les autres régions du pays, la distance, la zone, à l'intérieur de laquelle les consultations doivent avoir lieu.

    Les organisations indigènes contestent cet arrêté. Elles contestent le zonage et surtout le délai trop court imposé à la FUNAI et à la FCP pour consulter les communautés et les organisations potentiellement affectées par les ouvrages. Elles savent que ces entités n'ont pas suffisamment de personnel pour travailler dans les délais impartis par le nouvel arrêté. Le 9 novembre, près de 70 d'entre elles ont signé un manifeste reprochant au gouvernement de Dilma de faire preuve de perversité et d'autoritarisme. Elles accusent le gouvernement de vouloir réduire les droits territoriaux indigènes et quilombolas. Elles demandent la révocation de cet arrêté.

    Au terme de la première année du gouvernement Dilma, les relations de celui-ci avec les organisations et les peuples indigènes ne sont pas au mieux !

    ***

    Pour en savoir plus (en portugais)

    - L'arrêté interministériel publié au Journal Officiel de l'Union le 28 octobre :

    http://www.in.gov.br/visualiza/index.jsp?data=28/10/2011&jornal=1&pagina=81&totalArquivos=208

    - Le manifeste des organisations indigènes :

    http://blogapib.blogspot.com/2011/11/manifesto-publico-de-organizacoes.html

    * La "Fundação Cultural Palmares - FCP" a été créée en 1988. C'est une institution publique rattachée au Ministère de la Culture. Elle est chargée de promouvoir et préserver la culture afro-brésilienne. Site Internet : http://www.palmares.gov.br/

    ** Les Quilombolas est le nom donné aux esclaves noirs ayant fui les plantations, ou les entreprises de transformation de canne à sucre, qui se regroupaient dans des "quilombos", des lieux difficiles d'accès, éloignés des localités et des plantations, souvent en forêt ou en montagne. Il y a plusieurs milliers de communautés "quilombolas" au Brésil. Comme les peuples indigènes, ces communautés revendiquent le respect de leurs droits.

    *** L'Amazonie légale est constituée de neuf États : Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima, Tocantins et une partie du Maranhão,

     

    Une version plus réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 66, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

  • Controversé, le projet de code forestier a été adopté par le Sénat

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    Dans la nuit du 6 au 7 décembre, le controversé Code forestier a été adopté au Sénat brésilien (1) par 59 voix contre 7. Le texte avait été voté en première lecture par la Chambre des députés le 24 mai dernier. Il a été repris par plusieurs Commissions du Sénat dont celle de l'Environnement qui, après quelques améliorations, l'a approuvé le 24 novembre.

    Au Sénat (2) , les partis gouvernementaux et ceux liés aux producteurs ruraux ont approuvé un texte qu'ils jugent équilibré. La sénatrice Kátia Abreu, présidente de la Confédération de l'agriculture et de l'élevage du Brésil - CNA, estime que le texte met fin à la dictature environnementale par laquelle les organisations non gouvernementales contrôlaient le thème de l'environnement dans le pays et ne laissaient pas le Congrès national discuter le sujet.

    Pour l'un des deux rapporteurs du projet de loi, le sénateur Jorge Viana, si le texte approuvé par le Sénat devient une loi, il sera possible de transformer les forêts en l'un des plus importants actifs économiques du pays.

    Dans le camp des opposants, la sénatrice Marinor Brito reproche au nouveau texte d'ignorer les recommandations faites par des entités scientifiques comme la Société Brésilienne pour le Progrès de la Science ou l'Académie Brésilienne des Sciences. Pour elle, le texte démontre que le gouvernement a décidé de se mettre au côté de ceux qui commettent des crimes environnementaux, laissant de côté les intérêts du peuple brésilien.

    Plusieurs organisations et entités ont manifesté leur hostilité au texte proposé aux sénateurs. Le 29 novembre, 1'500 personnes étaient réunies à Brasilia devant le Palais présidentiel pour demander à la présidente Dilma Rousseff de tenir ses engagements de campagne électorale et qu'elle empêche l'amnistie des responsables de déforestation illégale et la réduction des aires protégées dans les propriétés rurales. Cette manifestation a été l'occasion de remettre à la Présidente de la république et au président du Sénat une pétition contre les altérations du code forestier munie de 1,5 million de signatures. Pour Greenpeace Brésil, le 6 décembre est un jour de honte !

    Le 2 décembre, à Durban, où se tient la 17e session de la Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur le changement climatique, le Brésil a été classé premier "Fossile du jour". Un prix symbolique délivré quotidiennement par le collectif "Climate Action Network - CAN". En cause le projet de code forestier en discussion devant le Sénat. Ce jour-là, la Nouvelle Zélande et le Canada étaient classés respectivement en deuxième et troisième position.

    Après son adoption par le Sénat, le projet retournera devant la Chambre des députés pour une deuxième lecture. Celle-ci ne devrait pas intervenir avant la fin de l'année. Ensuite, le projet sera soumis à la Présidente de la république. Celle-ci pourra, ou non, user de son droit de veto sur certains articles avant promulgation de la loi.

    ***

    (1) Au Sénat brésilien, chacun des 26 États de l'Union et le District fédéral a droit à trois représentants, soit 81 membres au total. C'est l'équivalent du Conseil des États du Parlement helvétique.

    Pour en savoir plus,

    - Les documents du Sénat liés au projet de loi:

    http://www.senado.gov.br/atividade/materia/detalhes.asp?p_cod_mate=100475 / pour le projet soumis aux sénateurs > ver imagem das assinaturas

    - Le projet adopté par le Sénat : http://www.senado.gov.br/atividade/materia/getPDF.asp?t=100772&tp=1

    - (2) Les interviews de membres du Sénat par "Agência Senado" :

    - Les partisans du nouveau texte : http://www.senado.gov.br/noticias/senadores-da-base-do-governo-e-ligados-ao-setor-rural-defendem-novo-codigo-florestal.aspx

    - L'avis de Jorge Viana, l'un des rapporteurs : http://www.senado.gov.br/noticias/para-jorge-viana-codigo-transforma-floresta-em-ativo-economico.aspx

    - Des voix de l'opposition : http://www.senado.gov.br/noticias/texto-do-novo-codigo-florestal-tambem-recebe-criticas-de-senadores.aspx

    - La manifestation du 29 novembre à Brasilia : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3468 et http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3464

    - L'avis de Greenpeace Brésil :

    http://www.greenpeace.org/brasil/pt/Noticias/Dia-de-vergonha/

    • En anglais :

    - Le Prix "Fossile du jour" de CAN : http://www.climatenetwork.org/fossil-of-the-day/brazil-takes-1st-new-zealand-earns-2nd-canada-comes-3rd

     

    Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 66, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

  • Deux nouveaux sites Internet relatifs aux Peuples autochtones

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    Genève semble avoir un lien particulier avec l'Amazonie et les Peuples indigènes. Et Dieu sait pourquoi ? Pas seulement au niveau des réunions et groupes de travail indigènes qui se tiennent au siège européen des Nation Unies, mais aussi au niveau plus local, parmi les habitants du Canton.

    Pour mémoire, et pour donner un exemple du passé, rappelons ici comment Paul Lambert, ce natif de Châtelaine/Genève décédé en 2004, a sensibilisé dès les années 60, l'opinion publique aux problèmes des peuples autochtones, notamment avec son film "Fraternelle Amazonie".

    Pour être dans le présent, il convient de citer le sociologue Silvio Cavuscens. Il a fait toute sa jeunesse à Avully/Genève. Il a un engagement très fort depuis plus de trente ans aux côtés des indigènes de l'Amazonie brésilienne. Il est maintenant coordinateur de l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami - SECOYA" dont le siège est à Manaus.

    Le lien avec les peuples autochtones, c'est aussi l'appui financier donné par les collectivités publiques, la Confédération, le Canton, la Ville de Genève et les Communes, aux projets soutenus par les associations genevoises qui travaillent avec des organisations et des peuples indigènes des différents continents. Un geste apprécié.

    Dans un autre registre, et pour rester dans l'actualité, signalons la récente initiative prise par José Parra et David Matthey-Doret, de convier les représentants de plusieurs ONGs genevoises, actives dans le domaine "Peuples autochtones", à une rencontre informelle qui a eu lieu le 17 novembre dernier.

    Les participants ont présenté l'action des organisations dans lesquelles ils sont engagés : l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie - AYA"; le "Centre de conseil et d'appui pour les jeunes en matière de droits de l'homme - CODAP/Genève"; le "Centre de Documentation, de Recherche et d'Information des Peuples Autochtones - DOCIP"; l'association "Jwawika"; le "Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI".

    Il s'agissait d'évaluer l'utilité de mettre en réseau ces organisations pour, dans un premier temps, s'informer mutuellement de l'activité propre à chaque entité, puis informer l'opinion publique sur la problématique "Peuples indigènes". Les initiateurs de cette plateforme ont présenté l'ébauche d'un site Internet (1). Au terme de la rencontre, il a été convenu de retourner vers les instances des organisations représentées afin qu'elles prennent la décision formelle d'intégrer ou non un tel réseau. D'autres associations sont intéressées par cette initiative.

    De son côté, depuis le Brésil, Pascal Angst, déjà gérant du site "Terra Brasilis", qui abrite la collection complète de "AYA Info", signe le mot de bienvenue à son réseau de connaissances sur un nouveau site Internet (2), encore en construction, dédié aux "Droits humains et Peuples indigènes". Un site prévu pour être multilingue. Pascal est membre de AYA - Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie/Genève. Il collabore au DOCIP. Il a été volontaire de "E-Changer" au Brésil pendant une dizaine d'années, dont une partie auprès de l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami - SECOYA" de Manaus.

    Bien qu'ils se connaissent, les initiateurs de ces deux nouveaux sites Internet ne se sont pas concertés avant de se lancer.

    Pour en savoir plus sur :

    (1) La nouvelle plateforme suisse : http://plateforme-autochtones.ifaway.net/

    (2) L'Observatoire de droits humains et peuples indigènes : http://www.observatorioindigena.org/

    - Le DOCIP : http://www.docip.org/

    - Le CODAP  : http://codap.ifaway.net/

    - L'association Jwawika : http://jwawika.wordpress.com/

    - Le MCI : http://mci.fgc.ch/mci/

    - La SECOYA (en portugais) : http://www.secoya.org.br/

    Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 66, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

  • Mato Grosso do Sul : Des "pistoleiros" ont encore tué

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    Nisio Gomes:DSC05513.JPGIl y a juste une semaine, au matin du 18 novembre, une quarantaine de "pistoleiros" ont attaqué le campement Tekoha Guaiviry d'indiens Kaiowá Guarani. Un campement situé dans la zone rurale de la municipalité d'Amambai, dans l'État du Mato Grosso do Sul, non loin de la frontière avec le Paraguay. L'aire occupée par ces indiens fait partie de la Terre Indigène Bacia Amambaipeguá dont le processus de démarcation a commencé en 2008. Une démarcation interrompue plusieurs fois par des décisions de justice suite à des actions engagées par des producteurs  ruraux de la région et des forces politiques.

    Selon les premiers témoignages, le cacique Nísio Gomes, 59 ans, a été exécuté d'une balle dans la tête et son corps emmené par ses assassins. La communauté serait sans nouvelles de plusieurs personnes, sans que l'on sache si elles ont été prises en otages par le groupe armé ou si elles ont pu se cacher dans la forêt. Jusqu'à ce jour, le Ministère Public Fédéral - MPF n'a pas donné de plus amples détails pour ne compromettre l'enquête en cours, mais il a rappelé les précédentes attaques d'hommes armés contre les campements d'indigènes qui réclament la démarcation de leurs terres traditionnelles. Il souligne comment la violence contre ce peuple indigène est plus forte que dans le reste du pays  en raison notamment de la lutte qu'il mène pour la défense de ses droits territoriaux.

    Plusieurs entités ont manifesté leur indignation au sujet de cet épisode de violence. Parmi celles-ci, la Conférence des Religieux du Brésil - CRB de la région de Campo Grande, la Commission Pastorale de la Terre - CPT, les élèves indigènes de l'Université d'État du Mato Grosso do Sul, la Foodfirst Information and Action Network - FIAN/Brésil. FIAN International a envoyé une lettre à Dilma Rousseff, la présidente de la république pour que des mesures soient prises d'urgence pour la résolution de la situation territoriale des Guarani Kaiowá. La Centrale Unique des Travailleurs - CUT demande également l'intervention des autorités fédérales pour empêcher la violation des droits de la personne humaine. L'Institut Socio - environnemental -ISA a mis en ligne une pétition* - qu'il appelle à signer - à l'attention du ministre de la justice. Le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI qualifie le pouvoir exécutif de négligent. Une attitude qui, selon lui, légitime les pratiques de violences.

    Deux dirigeants de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB sont allés sur les lieux pour apporter un appui aux familles. L'Articulation exige des mesures immédiates et la présence urgente au Mato Grosso do Sul de la présidente Dilma Rousseff, du Ministre de la Justice, du Secrétaire général de la Présidence de la république et de la Ministre du Secrétariat des Droits humains pour qu'ils puissent se rendre compte personnellement de la situation critique vécue par le peuple Kaiowá Guarani. Elle demande le règlement définitif de la question des terres, l'identification et la punition des coupables de cette véritable guerre contre les indigènes.

    Dès le 18 novembre, le Secrétariat des Droits humains de la présidence de la république a fait connaître sa volonté de faire cesser les pratiques inhumaines d'exécution sommaire et de ne pas ménager ses efforts pour l'identification des criminels. Il annonce son intention de se déplacer dans la région pour suivre la situation, donner un appui aux familles indigènes qui restent sur place et garantir l'intégrité physique et morale des communautés. Gilberto Carvalho, Secrétaire général de la présidence de la république a déclaré que le gouvernement considère que la résolution des problèmes auxquels sont confrontées les communautés indigènes du Mato Grosso do Sul est une question d'honneur. Deux représentants du gouvernement devraient participer aux manifestations d'appui aux Guarani Kaiowá qui sont prévues ce week-end dans cet État.

    Selon une information diffusée le 21 novembre par "Agência Brasil", les indigènes de la Tekoha Guaiviry ont manifesté leur intention de rester sur place. Par ailleurs, une indigène affirme que des pistoleiros menacent d'envahir la communauté Taquara dans la municipalité de Júti, toujours au Mato Grosso do Sul. Ils auraient l'intention de tuer le cacique. Selon elle, plusieurs leaders Guarani Kaiowá seraient menacés de mort.

    Au début novembre, le CIMI a rendu public un rapport sur les violences commises à l'encontre des peuples indigènes au Mato Grosso do Sul entre 2003 et 2010. Pour les huit années couvertes par le rapport, sur les 452 assassinats d'indigènes survenus au Brésil, 250 l'ont été dans cet État qui a aussi compté 190 des 301 tentatives d'assassinats d'indigènes dénombrées dans le pays. La violence a d'autres visages, par exemple, la malnutrition de nombreux enfants, les suicides de jeunes indigènes...

    Que de vies perdues ! Jusqu'à quand ?

    ***

    Voir la note publiée sur ce blog le 9 septembre 2011.

    Photo Eliseu Lopes (Indien Guarani - Kaiowá) - Nísio Gomes deux jours avant son assassinat

    Pour en savoir plus (en portugais) :

    - Le site du CIMI : http://www.cimi.org.br/site/pt-br/ > voir plusieurs "Notícias", photos et vidéos

    - Le rapport du CIMI sur la violence au Mato Grosso do Sul :

    http://www.cimi.org.br/pub/MS/Viol_MS_2003_2010.pdf

    - La note du Ministère Public Fédéral :

    http://noticias.pgr.mpf.gov.br/noticias/noticias-do-site/copy_of_indios-e-minorias/mpf-ms-indigena-desaparece-apos-ataque-a-comunidade-no-sul-do-estado

    - La prise de position du Secrétariat des Droits humains de la présidence de la république :

    http://www.direitoshumanos.gov.br/2011/11/nota-publica-sobre-o-asssasinato-do-lider-guarani-kaiowa-nisio-gomes-na-manha-desta-sexta-feira-18

    - La note de l'APIB :

    http://blogapib.blogspot.com/2011/11/massacre-pistoleiros-voltam-assassinar.html

    - Les menaces qui pèsent encore sur les Guarani Kaiowá :

    http://agenciabrasil.ebc.com.br/noticia/2011-11-21/indios-querem-permanecer-em-acampamento-em-ms-mesmo-sob-risco-de-novo-ataque-de-pistoleiros et

    http://agenciabrasil.ebc.com.br/noticia/2011-11-21/indios-de-mato-grosso-do-sul-continuam-sendo-ameacados-por-pistoleiros

    - Deux vidéos mise en ligne sur Youtube :

    - Le campement Tekoha Guaiviry (3' 22") :  http://youtu.be/BX9iEr1EvmU

    - Où fut assassiné Nísio  (1' 41") : http://youtu.be/BY3XZVteQ2Q

    - La revue de presse de l'Institut Socioambiental - ISA relative à la Terre Indigène Bacia Amambaipaguá :

    http://pib.socioambiental.org/caracterizacao.php?id_arp=4984 > Notícias

    *- La pétition lancée par ISA :

    http://www2.socioambiental.org/violencia-contra-os-guarani-kaiowa#abaixo

    - Voir aussi "AYA Info" No 63, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

  • Orpaillage illégal : les forces fédérales se bougent enfin !

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    Réclamée depuis longtemps par les Yanomami, la Police fédérale et l'armée ont déclenché, début novembre, une action d'envergure - plus de 840  hommes - pour faire cesser le "garimpagem" (l'orpaillage) illégal dans l'aire indigène Yanomami. La Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, était également impliquée dans cette opération appelée "Baixo Rio Branco". Le délégué de la Police fédérale a fait savoir que si l'essentiel de l'opération était bien de mettre un terme au "garimpagem ", elle visait également à mieux contrôler la zone frontalière du Brésil avec la Guyana et le Venezuela.

    Les forces fédérales ont concentré leur action dans la partie de la Terre Indigène Yanomami de l'État de Roraima. Plus particulièrement sur les rios Mucajaí et Couto Magalhães.

    Selon un premier bilan, treize garimpeiros (orpailleurs) ont été arrêtés. Onze "garimpos" (lieux d'orpaillage) ont été désactivés, six barques de dragage ont été coulées, des pompes, des générateurs, des tronçonneuses ont été détruits. Des denrées alimentaires ont été saisies rendant très difficile la vie des "garimpeiros" qui se sont enfuis dans la forêt à l'arrivée des forces fédérales. L'attente de la Police fédérale est de les voir se rendre. Le préjudice subi par les garimpeiros et les personnes qui financent cette activité est estimé à plus d'un million de Reais*.

    Cette opération est intervenue près d'un mois après la publication, le 9 octobre, par Rede Globo d'un reportage sur l'orpaillage illégal. Elle a été déclenchée quelques jours après l'audience publique qui a eu lieu le 27 octobre, sur le même sujet, à la Chambre des députés.

    L'histoire récente de cette région montre la faculté des garimpeiros et de ceux qui en financent l'activité à s'adapter aux circonstances. En d'autres termes, il s'agit de savoir si les autorités les laisseront reprendre ces pratiques illégales dans un avenir plus ou moins lointain ?

    Pour l'heure, sur son site Internet, l'Hutukara Aaaociação Yanomami - HAY, l'organisation du peuple Yanomami, n'a pas publié de prise de position particulière sur cette opération. Elle a simplement repris les articles - avec quelques photos - publiés par la "Folha de Boa Vista". Cette note est en grande partie tirée de ces informations.

    ***

    * 1'000'000 Reais =  516'726 CHF ou 417'224 Euros ou  563'085 US$ (au 17/11/2011)

    Pour en savoir plus (en portugais) :

    - Le site l'Hutukara Associação Yanomami - HAY : http://www.hutukara.org/garimpo-ilegal/

    - Voir les notes publiées les 7 et 21 octobre sur ce blog.

    - Voir aussi "AYA Info" No 65, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

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  • Belo Monte : batailles juridiques et autres protestations en cours

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    Les medias ont donné un large écho à la décision de la justice fédérale du 27 septembre, ordonnant de suspendre les travaux de construction de l'usine hydroélectrique de Belo Monte* sur le rio Xingu. Cette suspension ne concerne pas les travaux d'installation du chantier, ni la construction de logement des travailleurs. La justice interdit au consortium Norte Energie SA, tout ouvrage susceptible d'altérer le lit du rio Xingu comme l'implantation de port, de barrages, explosions, creusement de canaux et quelque ouvrage que soit qui puisse entraîner une altération de la piscifaune. La plainte émane de l'Association des éleveurs et exportateurs de poissons ornementaux d'Altamira - ACEPOAT.

    Une deuxième décision de justice était attendue le 17 octobre. Il s'agissait de traiter un recours du Ministère public fédéral - MPF qui conteste le décret autorisant la construction de l'ouvrage. Le MPF reproche aux autorités de n'avoir pas procédé à la "Consultation préalable, libre et informée" des communautés indigènes avant de donner l'autorisation de commencer les travaux. La juge chargée du rapport s'est déclarée favorable à l'annulation du décret. Un deuxième juge a fait usage de son "Droit de regard" ce qui a entraîné un ajournement du procès au 26 octobre. Ce jour-là, ce juge, a défendu la validité du décret. Lors de l'audience, une troisième juge, nouvellement nommée au tribunal, a fait, elle aussi, usage de son "Droit de regard", la décision avait été renvoyée à ce 9 novembre. Cette juge a, elle aussi, défendu la validité du décret. Par deux voix contre une, le tribunal a ainsi tranché dans ce sens. Le Ministère Public Fédéral a déjà annoncé son intention de faire recours devant le Tribunal Suprême Fédéral.

    Au plan international, le 27 octobre à Washington, la Commission Interaméricaine des Droits Humains - CIDH, de l'Organisation des États Américains - OEA a tenu audience pour traiter la plainte de plusieurs organisations brésiliennes relatives aux mesures de précaution devant être prises avant le début des travaux. Invité à faire valoir ses arguments, le gouvernement brésilien ne s'est pas présenté à l'audience. La présidence de la république a précisé que cette absence ne signifie pas une rupture avec la Commission. La décision de la Commission est attendue par les plaignants.

    Toujours au niveau international, pour faire connaître son opposition à la construction du barrage, Raoni Metuktire, le leader Kayapó, un peuple du Xingu était reçu le 30 septembre à Genève, au siège du Haut Commissariat aux Droits de l'homme.

    Sur le terrain de nombreuses manifestations ont eu lieu ces dernières semaines. Une des plus récentes étant l'occupation du chantier et d'une route d'accès, une partie de la journée du 27 octobre, par plusieurs centaines d'indigènes, de pêcheurs, de riverains et d'agriculteurs. Très vite une décision de justice a ordonné le départ des occupants.

    Le 25 octobre, de nombreuses organisations  de la société civile ont adressé une note aux banques  intéressées par le financement de l'ouvrage les alertant sur les risques qu'elles encourent.

    Le 31 octobre, Megaron Txucarramãe, un indien Kayapó, coordinateur régional de la FUNAI à Colider (Mato Grosso) a été démis de sa fonction, un poste qu'il occupait depuis 1995. Megaron affirme que son éviction est due à son opposition à la construction d'usines hydroélectriques programmées par le gouvernement, dont celle de Belo Monte. Questionné par la "Folha de São Paulo", le directeur de la FUNAI n'a pas souhaité commenter la décision qui, selon la Fondation, n'est pas liée à Belo Monte.

    L'ouvrage de Belo Monte n'a pas fini de faire parler de lui...

    ***

    * L'ouvrage est prévu pour avoir une puissance de 11'233 mégawatts ce qui en fera le 3e plus grand du monde après Itaipu, à la frontière du Brésil et du Paraguay, et celui des Trois Gorges en Chine.

    Pour en savoir plus (en portugais) :

    - Les actions en justice :

    Le jugement du 27 septembre : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3417 et http://www.jfpa.jus.br/noticias/ver.php?id=1008

    Le jugement du 26 octobre : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3442

    Le jugement du 9 novembre : http://www.trf1.jus.br/sitetrf1/conteudo/detalharConteudo.do?conteudo=96211&canal=2

    - Devant la CIDH : http://global.org.br/programas/belo-monte-apos-boicotar-audiencia-brasil-e-cobrado-na-cidhoea/ et http://correiodobrasil.com.br/apos-ausencia-do-brasil-na-oea-ativistas-esperam-nova-sentenca-sobre-belo-monte/320334/

    - Interview sous-titrée anglais de Raoni - par Rebecca Sommer - lors de son passage à Genève : http://www.youtube.com/watch?v=zGOEUhMo-r0

    - La note envoyée aux banques :

    http://www.xinguvivo.org.br/2011/11/07/bancos-recebem-notificacao-sobre-riscos-de-envolvimento-com-belo-monte/

    - Pour suivre ce qui se passe sur le terrain : http://www.xinguvivo.org.br/

     

    Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 65, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

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  • Un séminaire sur la "Consultation préalable" des peuples indigènes

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    Une vue du séminaire Photo Luis Donisete Benzi:RCA 6686963364e987e347d2de.jpgC'est un problème récurrent. À de multiples reprises, les organisations indigènes reprochent aux autorités brésiliennes de ne pas respecter la législation qui oblige à les consulter à propos des affaires touchant les peuples indigènes, par exemple : les infrastructures, la santé, l'éducation, les institutions, etc. Dans le but de progresser vers une solution, le Réseau de Coopération Alternative (RCA), qui comprend l'Institut Socio - environnemental (ISA), et plusieurs organisations indigénistes et indigènes, a organisé du 9 au 12 octobre, à l'Université de Brasilia, un séminaire sur la "Consultation préalable, libre et informée" des peuples indigènes.

    Il s'agit d'un droit découlant, notamment, de l'application de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail - OIT ratifiée par le Brésil. Les organisateurs avaient également convié des représentants d'organisations de plusieurs pays d'Amérique latine.

    Un document a été adopté au terme de la rencontre. Ce texte évoque d'abord les principes et règles générales de l'application de ce droit tels que : dialogue, bonne foi, transparence, mise à disposition des moyens nécessaires au dialogue, accord sur le mode de consultation. Une première série de recommandations concernent le processus de réglementation du droit de consultation. Une deuxième série a trait au contenu même de la réglementation : Qui doit être consulté ? À quel moment ? Qui doit consulter ? Comment doit être réalisée concrètement la consultation ? Et, enfin, les effets juridiques, en principe contraignants, de la consultation. Celle-ci est un processus de dialogue qui a pour objectif d'arriver à un accord ou d'obtenir le consentement des peuples indigènes. Ce document a été remis au gouvernement brésilien.

    Il semblerait utile que ce sujet soit traité par l'ensemble des organisations indigènes du pays, or plusieurs d'entre elles ne sont, ni sur la liste des participants, ni sur la liste des signataires. Enfin il faut rappeler que début septembre, la Fondation Nationale de l'Indien (FUNAI) avait organisé, à l'interne, un atelier sur le même sujet avec la présence de James Anaya, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme et des libertés fondamentales des populations autochtones. Le rapporteur avait participé à un débat public à Brasilia le 6 septembre*.

    ***

    * Voir "AYA Info" No 64.

    Pour en savoir plus (en portugais) :

    - Sur le séminaire : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3428

    - Sur le document final :

    http://www.socioambiental.org/banco_imagens/pdfs/Oficina_Seminario_Consulta_Previa.pdf

    Photo Luis Donisete Benzi /RCA : Une vue du séminaire

    Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 65, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

  • "Genève Ville Solidaire" des Yanomami

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    Marauiá nova2:version allègée:2.jpgLe 28 septembre dernier, le Conseil Administratif de la Ville de Genève a fait connaître son accord pour le financement du projet présenté par l'association genevoise "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie (AYA), pour le soutien d'un programme réalisé en Amazonie brésilienne par son partenaire de Manaus, l'association "Service et Coopération avec le peuple Yanomami - SECOYA".

    Il s'agit d'organiser, chaque semestre de 2012, un cours de formation de dix jours chacun, destiné à une vingtaine d'AIS - Agents Indigènes de Santé du DSEI - District Sanitaire Spécial Yanomami des villages du rio Marauiá. Cette rivière est un affluent du rio Negro, situé sur la commune de Santa Isabel do Rio Negro dans l'État d'Amazonas. Le programme des cours couvre plusieurs thèmes : la politique indigéniste et la politique de santé des autorités brésiliennes; la prévention des maladies, l'alimentation, l'hygiène du milieu et la lutte contre les vecteurs de maladies, mais aussi la capacité à représenter les communautés dans les instances publiques où ils sont appelés à siéger.

    L'association AYA tient à exprimer ici sa vive reconnaissance pour ce geste à l'égard du peuple Yanomami. Cet appui s'inscrit dans la politique de solidarité conduite par la Ville de Genève depuis de nombreuses années.

    En 2010*, la "Délégation Genève Ville Solidaire" a consacré 4'187'300 CHF à la solidarité internationale : 3'459'000 CHF pour la "Coopération au développement"; 259'500 CHF pour "l'Aide humanitaire"; 141'000 CHF pour la "Coopération décentralisée" et 327'800 CHF pour la "Sensibilisation" de l'opinion publique.

    Après les communes genevoises d'Onex en 2008, de Meyrin en 2010, la Ville de Genève est la troisième commune genevoise à soutenir l'action de la SECOYA par l'intermédiaire de AYA. Encore une fois : Merci !

    ***

    - La carte (cliquer pour agradir) montre la région concernée par le projet. Les "xapono" (prononcer chapono) sont les villages Yanomami.

    Pour en savoir plus (en français) sur la

    -  "Délégation Genève Ville Solidaire" :

    http://www.ville-geneve.ch/themes/geneve-ville-internationale/solidarite-internationale/

    - SECOYA (en portugais) : http://www.secoya.org.br/ > Saúde

    * Chiffres tirés de la brochure "Solidarité Genève Sud - statistique 2010" éditée par la Fédération Genevoise de Coopération - FGC.

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" (No 65), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

  • Rede Globo diffuse un reportage sur l'orpaillage illégal*

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    Le dimanche 9 octobre, "O Fantástico", une émission du réseau de télévision Globo, a diffusé un reportage consacré à l'orpaillage illégal dans la Terre Indigène Yanomami.

    En moins de quinze minutes(14' 27''), les reporters Marcelo Canellas et Lúcio Alves montrent les lieux d'orpaillage (les garimpos) du rio Couto de Magalhes (État de Roraima) et interviewent des divers acteurs, par exemple :

    - Les garimpeiros (orpailleurs) sont filmés à l'ouvrage, on y voit leur campement. La loi du silence leur interdit de révéler le nom du propriétaire de la "balsa" (le bateau utilisé pour rechercher l'or) à qui ils disent remettre 60% de leurs trouvailles et se partager les 40% restant. Les plongeurs font état de la dangerosité de leur travail.

    - La doctoresse du Centre du service de santé indigène de Boa Vista (la capitale de l'État de Roraima) parle des maladies, surtout la malaria, transmises aux indiens par les garimpeiros. Maladies anormalement fatales.

    - La Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI se dit préoccupée par la proximité des garimpos avec un groupe d'indiens isolés. Contact très dangereux pour la santé de ces indiens. La FUNAI a compté 110 pistes clandestines, dont 15 en fonction, pour l'atterrissage des avions transportant les garimpeiros et leur ravitaillement.

    - Un ancien propriétaire de garimpo déclare avoir investi 200'000 R$** (Reais) pour pratiquer son activité. Son campement a été détruit trois fois par la police. Parlant des pistes dynamitées par les autorités : "Elles sont réparées en 15 jours..."

    - Un pilote renommé affirme avoir transporté des milliers de garimpeiros dans les terres indigènes. Il dit avoir cessé cette activité très lucrative : le propriétaire d'un avion, d'une valeur de150'000 R$, qui vole dans cette région - un transport risqué - doit facturer ses services entre 60 et 70'000 R$ par mois.

    - Le Ministère public fédéral a dénoncé une trentaine de garimpeiros qui n'ont jamais été arrêtés.

    - La police fédérale, aidée par l'armée, mène de fréquentes opérations d'évacuation, mais les garimpeiros retournent rapidement sur les lieux.

    - Un retraité de la police fédérale, maintenant joaillier, affirme que lui, comme beaucoup d'autres de ses collègues achètent l'or tiré de la terre Yanomami. Il reconnaît l'illégalité de ce commerce, et sa crainte d'être arrêté. Mais il a un avocat qui le fera sortir de prison.

    - Le reportage se termine par l'interview de Davi Kopenawa, président de l'Hutukara Associação Yanomami - HAY. Il demande, une fois de plus, l'évacuation des garimpeiros de la terre Indigène Yanomami !

    En un quart d'heure, la vidéo présente une synthèse relativement complète de ce qui se passe dans cette zone éloignée du Brésil où le pouvoir central a bien de la peine à faire respecter le droit. Un reportage à voir ! C'est le travail de reporters réputés.

    Il est rare de voir les grands medias brésiliens publier des telles informations. Les observateurs s'interrogent. Est-ce l'approche de Rio+20 qui influence les comportements ?

    Une audience publique sur ce qui se passe dans la Terre Yanomami est prévue à la Chambre des députés le 27 octobre.

    ***

    * Cette note complète et illustre celle publiée sur ce blog le 7 octobre dernier.

    ** Reais est le pluriel de Real, nom de la monnaie brésilienne. Au taux du jour  : 1 Real brésilien (R$) = 0.51 Franc suisse, ou 0.41 Euro, ou 0.56 Dollar US

    Pour en savoir plus (en portugais) :

    - L'article (en portugais) contenant l'essentiel du reportage : http://fantastico.globo.com/Jornalismo/FANT/0,,MUI1675528-15605,00.html

    - Le reportage (en portugais et non sous-titré en français) :