09/10/2015

Mondial 2014 : une troisième "mi-temps" en différé du match Suisse - Honduras

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Yanomami, Manaus, Embaixada, Suiça, Brasilia, Manaus, ASF, Association Suisse de Football, Nati, Secoya, André Regli, Mundial, Mondial, Copa 2014, Coupe 2014, Marauiá, Demini, Xherdan Shaqiri, Salvador, Os rios profundos, SESAIOn se le rappelle, la "Nati" – l'équipe suisse de football - a participé au Mondial de 2014. À cette occasion l'Association Suisse de Football – ASF a tenu à manifester sa solidarité à l'égard du peuple brésilien en soutenant un projet social dans chacune des villes du Brésil où elle a disputé un match du premier tour : Brasilia, Salvador et Manaus*. L'ASF a chargé l'ambassade de Suisse à Brasilia de suivre ces projets.

À Manaus, la représentation helvétique a proposé de soutenir le programme de promotion de la santé chez les Yanomami de l'État d'Amazonas mis en œuvre par le "Service et Coopération avec le peuple Yanomami"- Secoya , le partenaire de l'ONG genevoise AYA.

Trois cours ont été organisés dans le cadre de ce projet. Un module "santé" a été proposé dans un cours destiné à des enseignants Yanomami. Cours qui a eu lieu du 22 au 26 septembre 2014. Il réunissait 27 professeurs originaires de neuf xapono** des rios Marauiá et Demini. Deux autres cours destinés aux Agents Indigènes de Santé – AIS de la même région ont eu lieu du 2 au 12 décembre 2014 et du 19 avril au 7 mai 2015.

Seize AIS ont participé à ce dernier cours. Ils venaient de sept villages différents. Trois thématiques étaient au programme : les signes vitaux, la dénutrition infantile et les mathématiques appliquées.

La thématique "Signes vitaux" a été l'occasion de revoir ce qui concerne la température, la fréquence respiratoire, les pulsations cardiaques, la pression artérielle. Pour chacun de ces signes vitaux, les intervenants ont abordé les aspects théoriques et les apprenants ont eu l'occasion de pratiquer les mesures. Les stagiaires ont également revu ou appris la manière de remplir une fiche individuelle de consultation. Les AIS sont également appelés à transmettre par radio l'état de santé d'un patient. Certains ont de la difficulté à expliquer ces signes vitaux en portugais, d'où la nécessité pour les intervenants de rédiger un glossaire portugais – yanomami.

Quatre jours ont été consacrés au thème de la dénutrition infantile, notamment les connaissances nécessaires pour réaliser une courbe de poids des enfants et être en mesure de déceler les cas à risque, la recherche des causes de la dénutrition et les mesures à prendre pour améliorer la situation.

Chez les Yanomami, le système de numération est élémentaire : un, deux et beaucoup. Les heures sont déterminées par la position du soleil et de la lune, par les ombres sur le terrain. Mais le travail des AIS, lui, fait appel à des notions mathématiques du système décimal et un mélange complexe de plusieurs autres systèmes (duodécimal, sexagésimal…) notamment pour la mesure du temps. Cela représente une difficulté pour nombre d'agents quand ils doivent calculer l'âge des enfants ou des patients, la durée des traitements, mesurer les pulsations cardiaques par minute, la tension artérielle, etc. Pendant plusieurs jours, les participants ont bénéficié d'un cours de mathématiques appliquées avec de nombreux exercices pratiques.

Ces cours ont été réalisés par la SECOYA en collaboration avec l'association "Os Rios Profundos" et le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI. Les cours ont été appréciés des participants. La mise en pratique des notions apprises doit contribuer à améliorer l'état de santé des communautés villageoises.

Le match joué le 25 juin 2014 à Manaus a porté chance à la Nati. Elle a gagné 3 à 0 contre le Honduras (trois buts marqués par Xherdan Shaqiri). Cela lui a permis d'aller en 8e de finale du Mondial. Son passage à Manaus a encore des effets bénéfiques, loin de cette ville, dans une zone reculée d'Amazonie, au profit du peuple Yanomami. Une heureuse et singulière troisième "mi-temps" en différé du match !

AYA tient à remercier vivement l'ASF pour son geste de solidarité en faveur de la promotion de la santé dans ces communautés indigènes souvent négligées.

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* Voir sur ce Blog, la note du 23 juin 2014 / ** Prononcer "Chapono" (village)

Photo © Secoya : quelques participants au cours d'agents indigènes de santé. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 105, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

18/09/2015

Deux Guarani Kaiowá présents au "Sommet des Consciences pour le climat"

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Guarani, Kaiowá, Sommet des consciences pour le climat, Paris, Mato Grosso do Sul, Valdelice Veron, Marcos Veron, Natanael Violharva Caceres, Nations Unies, Corruption, Raoni, COP 21, Commission Mondiale des barrages, Convention 169, OIT, Cour pénale internationale, Genève, Victoria Tauli-Corpuz, Nicolas Hulot, François HollandeInvités par les organisateurs du "Sommet des Consciences pour le climat" qui a eu lieu a Paris le 21 juillet*, deux représentants du peuple Guarani Kaiowá de l'État brésilien du Mato Grosso do Sul, Valdelice Veron et Natanael Violharva Caceres ont eu l'occasion de s'exprimer devant les participants de ce Sommet.

Après s'être présentée (menacée, elle est la fille du cacique Marcos Veron assassiné en 2003), Valdelice a mentionné le mode de vie des Guarani qui respecte la terre, la faune et la flore. Elle a rappelé que leurs territoires sont en train d'être détruits par des hommes avides, dont le seul but est de s'enrichir en approvisionnant le marché international du soja, de la viande et de la canne à sucre. Elle a qualifié l'éthanol de fléau "fait du sang qui jaillit de nos veines". Elle a réclamé l'application de la Convention des Nations Unies contre la corruption qui, selon elle, est à la base de l'exploitation illégale de bois. Elle a rappelé le lancement, en avril dernier à Brasilia par Raoni et plusieurs leaders indigènes, de "L'Alliance des gardiens de la mère nature" en vue de la COP 21. Elle a également abordé le problème des barrages hydroélectriques et demandé des lois réellement contraignantes avant la construction de ces ouvrages en conformité avec les recommandations du rapport final de la Commission Mondiale des barrages (adopté en 2000) et la Convention 169 de l'OIT. Elle demande aux instances internationales la reconnaissance de la notion de "crime contre les générations futures", notion qui devrait définir l'écocide, c'est à dire les crimes de destruction partielle ou totale des écosystèmes d'un territoire spécifique. Une telle mesure peut débuter par le changement du "Statut de Rome" (qui définit le fonctionnement de la Cour pénale internationale); une modification que n'importe quel chef d'Etat peut proposer. Valdelice termine son intervention par le rappel des dangers auxquels sont soumis les droits des peuples indigènes du Brésil.

Plusieurs medias français ont interviewé Valdelice, qui, accompagnée de Natanael est venue à Genève le 23 juillet. Ils ont exposé la situation des Guarani à plusieurs personnes des organes Nations Unies responsables des questions touchant les droits des minorités, des droits des peuples autochtones. Á la suite de cette visite, Madame Victoria Tauli-Corpuz, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones a fait part de sa préoccupation sur la situation des Guarani et demandé au gouvernement brésilien qu'il garantisse la protection et les droits des Guarani Kaiowá**.

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* Le Sommet, lancé par Nicolas Hulot, envoyé spécial de François Hollande, président de la république française, a réuni plus d'une quarantaine de personnalités morales et religieuses du monde entier pour répondre à la question : "Le climat, pourquoi je m'en préoccupe ?" Et de lancer un appel des Consciences pour le climat.

** Le site Raoni.com donne le détail du programme des deux Guarani venus en France et au siège européen des Nations Unies.

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Photo (CE) : Valdelice lors de son intervention au Sommet des consciences pour le climat. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 105, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

11/09/2015

Vale SA met en danger la vie des Xikrin : la justice intervient

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Xikrin, Cateté, Pará, João Paolo Botelho Vieira Filho, UFSP, UNIFESP, Vale, TRF 1, Onça Puma, Reuters,Saint-Prex, Ouro Preto, Minas GeraisCe n'est pas la première fois que le docteur João Paulo Botelho Vieira Filho tire la sonnette d'alarme* : le Rio Cateté est contaminé par des métaux lourds en provenance des déchets de minerai de nickel du site Onça Puma, une mine exploitée par la multinationale Vale dans l'État brésilien du Pará. Cette pollution provient des poussières provoquées par les machines de chantier, les explosions de la roche et surtout du ruissellement de la pluie sur les stériles amoncelés à proximité de la rivière.

Le rio Cateté est vital pour les populations indigènes riveraines, les Xikrin**. Elles y pêchent le poisson qui est une base de leur nourriture, s'y baignent. Elles en utilisent l'eau pour la préparation de leurs aliments.

Depuis plusieurs années le médecin a eu l'occasion de constater les effets de la pollution de la rivière sur la santé des Xikrin. En avril 2015, il a adressé un rapport au Ministère public fédéral pour dénoncer "La mort possible du rio Cateté, de la vie aquatique et sylvestre et les conséquences de la présence de métaux lourds toxiques pour les indiens Xikrin". Dans un rapport complémentaire de juin dernier, il détaille les dommages causés par le fer, le cuivre, le chrome et le nickel sur la santé de cette population : "Depuis 2013, et sans être entendu, j'ai demandé avec insistance à la compagnie Vale de prendre des mesures préventives pour la protection du rio Cateté et des indiens Xikrin. Nous arrivons à la triste situation que l'eau du rio Cateté est impropre à la consommation en raison de la présence de métaux lourds."

La section du Ministère public en charge de la défense des populations indigènes s'est saisie du problème. Le 6 août, le Tribunal Régional Fédéral (TRF1) a rendu une ordonnance demandant à Vale d'interrompre l'exploitation du site d'Onça Puma jusqu'à l'application de mesures visant à empêcher la pollution de la rivière. Décision contre laquelle Vale a fait recours. Le 2 septembre déjà, l'agence Reuters – Brésil a annoncé que Vale avait obtenu une suspension de la décision.

Vale International SA, dont le siège international est à Saint-Prex (Suisse), est une multinationale active sur les cinq continents. Les 13, 14 et 15 août, à Ouro Preto, une localité l'État brésilien du Minas Gerais, a eu lieu la 5e rencontre internationale d'organisations représentant des communautés atteintes par les activités de l'entreprise. Les participants, originaires du Brésil et de six pays ont eu l'occasion de parcourir plusieurs régions du Brésil où l'entreprise est active. De ces visites, il ressort qu'en d'autres endroits Vale est responsables de la contamination de l'air et de l'eau. En avril déjà, une manifestation a eu lieu devant le siège de la multinationale à Saint-Prex.

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* Voir sur ce blog, la note du 23 décembre 2014 (Une carte y est jointe)  

** Prononcer "Chikrin"

Photos © Dr J.P Botelho Vieira Filho,

En haut : le Rio Cateté pollué par des métaux lourds rejetés par d'usine Onça Puma de Vale SA (Municipalité de Parauapebas - État du Pará)

Ci-dessous : Les indigènes construisent un barrage végétal sur le rio Seco, un affluent du rio Cateté pour empêcher les poissons d'accéder aux eaux polluées du rio Cateté.

 

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 105, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

28/08/2015

Plan-les-Ouates aide à réduire la dénutrition infantile chez les Yanomami

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Plan-les-Ouates, Yanomami, rio Marauiá, rio Negro, Santa Isabel do Rio Negro, Secoya, E-Changer, Sylvie Petter, Secoya, Os rios profundosEn juillet 2014, la commune genevoise de Plan-les-Ouates a accepté de soutenir un projet soumis par l'association "Appui aux Indiens Yanomami  d'Amazonie – AYA*. Globalement, le projet a pour objectif principal "La promotion de la santé par les agents multiplicateurs Yanomami". Il a pour cadre une douzaine de "xapono"** (villages) yanomami du rio Marauiá, un affluent du rio Negro, dans la municipalité de Santa Isabel do Rio Negro (État brésilien d'Amazonas). Sur le terrain, il est réalisé avec le concours des membres de l'association "Service et coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA", le partenaire d'AYA. Il s'agit d'impliquer différents acteurs pour faire en sorte que tous les habitants connaissent et adoptent des mesures susceptibles d'améliorer l'état sanitaire de leur communauté.

Le financement obtenu auprès de la commune de Plan-les-Ouates a notamment permis de réaliser, dans le cadre de ce programme, un premier cours exclusivement destiné à des femmes sur le thème de la dénutrition infantile. Elles ont été 26 à y participer, originaires de six villages yanomami. Une première pour la Secoya. Le cours, réalisé en collaboration avec l'association "Os Rios Profundos" a eu lieu du 22 au 28 novembre 2014 dans le xapono de Pukima Beira. Le lieu primitivement proposé par la Secoya, le xapono de Poraquequara, situé à l'embouchure du rio Marauiá, n'a pas convenu aux communautés qui le trouvaient trop éloigné des autres villages en cas de problème dans les familles qui auraient nécessité le retour des femmes.

Le séminaire a commencé par diverses activités permettant aux participantes de se présenter, d'exprimer leurs attentes, mais aussi de définir des notions telles que les dénutritions aiguë et chronique avec leurs symptômes. Elles ont montré que le marasme – un état pathologique dû à un apport énergétique insuffisant – est bien une réalité présente dans les villages. Une partie du cours a porté sur les dangers des aliments industrialisés, les maladies telles que l'hypertension, le diabète, le cholestérol en augmentation dans la Terre Indigène Yanomami. Les intervenantes ont souligné l'importance d'une alimentation locale de qualité pour combattre la dénutrition et les problèmes de surpoids, signe de malnutrition.

Les problèmes de dénutrition des enfants peuvent avoir pour origine les carences nutritionnelles des femmes, transmises de génération en génération. Quelles mesures prendre pour couper ce cercle vicieux ? A aussi été abordée la question des maternités précoces fréquentes chez les Yanomami. Ont également été discutés les problèmes liés à l'allaitement maternel, mais aussi les dangers du lait en poudre et de l'usage récent des biberons quand les conditions d'hygiène ne peuvent pas être respectées. Les participantes ont réalisé un "Arbre de problèmes" afin d'approfondir les causes de la dénutrition infantile. Un autre "Arbre" relatif aux conséquences de la dénutrition, la plus grave étant la mortalité infantile. Un troisième "Arbre" étant celui des solutions qui touchent toute une palette d'actions possibles : l'amélioration du service de santé, la  lutte contre les causes de diarrhées, du paludisme, de pneumonies, mais aussi l'alimentation complémentaire, le manque d'aliments, l'allaitement maternel et les problèmes familiaux. Un cours où les participantes ont pu prendre consciente qu'elles peuvent vraiment être actives pour la promotion de la santé dans leurs communautés. Un cours porteur d'espoir.

AYA remercie la commune de Plan-les-Ouates pour l'appui apporté à son partenaire.

* Voir "AYA Info" No 95 du 28 août 2014

** Prononcer "Chapono"

Photo © Secoya : Une séquence du cours pour les femmes Yanomami. 3e à partir de la gauche, Sylvie Petter, infirmière, volontaire E-Changer (Fribourg) animatrice du cours. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

Ci-dessous : la carte de la Terre Indigène Yanomami et la localisation du Rio Marauiá

 

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 104, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

17/08/2015

Un nouveau président à la tête de la Funai

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Aloizio Mercadante, João Pedro Gonçalves da Costa, Fundação Nacional do Índio, Funai, Maria Augusta Boulitreau Assirati, Flávio Chiarelli Vicente de Azevedo, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, APIB, Manaus, A Crítica, Diário Oficial da União, Márcio Meira, Lula, Dilma RousseffLe 16 juin, le Ministre d'État Aloizio Mercadante, Chef de la Maison civile de la Présidence de la République, a nommé João Pedro Gonçalves da Costa président de la Fondation Nationale de l'Indien -  FUNAI, l'organe officiel chargé de la défense des Indiens au Brésil. Cette nomination intervient après un intérim de deux ans, dont seize mois assurés par Maria Augusta Boulitreau Assirati* et huit mois pendant lesquels la Fondation a été dirigée par Flávio Chiarelli Vicente de Azevedo.

Le nouveau président - 63 ans - a une formation en agronomie. Il a été engagé dans le mouvement estudiantin. En politique, membre du Parti des travailleurs, il a assumé divers mandats politiques : conseiller municipal à Manaus, député à l'Assemblée législative de l'État d'Amazonas. Il a également été Sénateur, membre de plusieurs commissions. Selon le quotidien de Manaus "A Crítica", le choix du gouvernement est lié à une volonté de donner plus de place aux politiciens de l'Amazonie dans les sphères dirigeantes du pays.

L'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB, dans une note du 1er juin dernier a rappelé sa demande : que la présidence de la Funai soit confiée à Flávio Chiarelli. L'Articulation n'a pas été entendue du gouvernement. L'ex-président par intérim a été nommé Conseiller spécial du ministre de la Justice.

La Présidence de la FUNAI, compte tenu de la politique indigéniste du pays, est un poste où le turnover est important. Le mandat de Márcio Meira qui a duré cinq ans, d'avril 2007 à avril 2012 fait figure d'exception. La Funai a été fondée en décembre 1967. Elle a connu plus d'une trentaine de présidents !

Les deux dernières Présidences de la république – celles de Lula et de Dilma Rousseff - se distinguent par le petit nombre de Terres Indigènes démarquées.

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Photo : José Cruz /Agência Brasil : João Pedro Gonçalves da Costa lors de la cérémonie de sa prise de fonction à la tête de la Funai, le 17 juin 2015. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

* Voir sur ce blog, les notes des 15 novembre 2014, 2 août 2013, 21 et 28 avril 2012.

 PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 104, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

07/08/2015

Grands barrages amazoniens : le gouvernement brésilien à nouveau dénoncé à l'ONU

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Rio Tapajós, Felício Pontes, Ademir Kaba, Munduruku,Palais des Nations, ONU, Ministério Público Federal, Ministère public fédéral, Belo Monte, Xingu, Conseil des droits de l'homme, Miguel Rossetto, France-Libertés, Planète Amazone, Amazon Watch, International Rivers, Convention 169, OITAdemir Kaba, un leader du peuple Munduruku était au Palais des Nations à Genève, le 24 juin, pour interpeller le Conseil des droits de l'homme de l'ONU sur les violations des droits des peuples autochtones commises par le gouvernement brésilien en Amazonie, dans le cadre de la construction de barrages hydroélectriques sur les rivières amazoniennes, notamment celui de Belo Monte sur le rio Xingu et un ensemble d'ouvrages sur le rioTapajós et ses affluents. Ademir était accompagné de Felício Pontes, procureur au Ministère Public Fédéral.

Il est particulièrement reproché aux autorités de ne pas avoir respecté le droit des peuples autochtones à une consultation pour un "Consentement Préalable, Libre et Eclairé" avant le début des travaux. Est également dénoncée l'utilisation répétée d'un outil légal connu sous le nom de "Suspension de sécurité" : Quand un tribunal de rang inférieur dénonce une violation des droits des peuples autochtones et demande, par exemple, l'arrêt des travaux, un juge d'une instance supérieure, à la sollicitation du gouvernement fédéral, peut suspendre la première décision en se basant sur des menaces présumées à la sécurité nationale et à "l'ordre social et économique" du pays. Et cela jusqu'à la dernière phase du recours qui peut intervenir plusieurs années après. Cela laisse le temps à la construction des ouvrages de devenir un fait accompli !

Le collectif d'associations qui a remis un "Exposé écrit*" au Conseil des droits de l'homme, demande au gouvernement brésilien de respecter l'indépendance du système judiciaire, et de supprimer l'utilisation de la "Suspension de sécurité", cet instrument qui sape les décisions juridiques favorables aux droits des autochtones. Il lui demande aussi de respecter les engagements internationaux des droits de l'homme et d'appliquer un processus culturellement approprié de consultation préalable."

Ce processus approprié de consultation, les Munduruku en ont défini les modalités dans un "Protocole" élaboré en septembre 2014, approuvé par une assemblée extraordinaire réunie en décembre 2014 et remis à Miguel Rossetto, Secrétaire de la Présidence de la république en janvier 2015**.

Ademir Kaba et Felício Pontes ont encore tenu plusieurs rencontres à Paris. Des intérêts français sont engagés dans la construction des ouvrages faisant l'objet de contestations.

Une délégation brésilienne avait déjà dénoncé les violations des droits des autochtones en mars 2014.***

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* Présenté notamment par France Libertés : Fondation Danielle Mitterrand et de nombreuses organisations indigènes, indigénistes, écologistes et de défense des droits de l'homme.

Pour accéder à l'exposé cliquer > ici puis consulter le document du 4 juin 2015, No A/HRC/29/NGO/24 . Pour la version française cliquer sur "F" (à droite).

** Voir sur ce blog, la note du 24 mars 2015.

*** Voir sur ce blog, la note du 21 mars 2014.

Photo Cimi & France Libertés : Felício Pontes et Ademir Munduruku lors de leur intervention, le 24 juin à Genève, au siège européen des Nations Unies. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

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02/07/2015

La loi sur la biodiversité est promulguée avec cinq veto de la présidente brésilienne

Adopté le 10 février* en première lecture par la Chambre des députés, le Projet de loi (No 7.735/2014) portant sur l'application de la Convention sur la Diversité biologique, a été envoyé au Sénat qui l'a modifié et l'a adopté le 22 avril. Des 23 amendements introduits par le Sénat qui visaient, en général à réduire les atteintes aux droits des populations traditionnelles, 11 ont été supprimées en deuxième lecture par la Chambre des députés qui a voté le texte, en deuxième lecture, le 27 avril. La présidente de la république, Dilma Rousseff l'a signé le 20 mai en opposant son veto à cinq articles. Le projet est maintenant une loi ordinaire (No 13.123 du 20 mai 2015). Elle a été publiée au Journal officiel de l'Union le 21 mai.

Début mai, plus de 150 mouvements sociaux et organisations de la société civile avaient adressé une lettre à la présidente de la république pour lui demander d'user de son droit de veto sur huit articles et l'Instituto Socioambiental – ISA sur neuf articles. Les veto demandés par ces entités concernent notamment le consentement préalable tel qu'il est prévu par la Convention 169 de l'OIT, la définition des connaissances traditionnelles et la préservation de leur accès aux communautés traditionnelles et l'amnistie de ceux qui ont commis des actes de bio-piraterie dans le passé. Selon ISA, trois veto de Dilma répondent aux revendications des mouvements sociaux: un article qui exemptait de l'obligation de la répartition des bénéfices de l'exploitation économique du patrimoine génétique réalisée avant le 29 juin 2000. A été supprimée la possibilité, pour les industries, d'avoir l'exclusivité du choix du destinataire final de la répartition des bénéfices non monétaires des produits issus du patrimoine génétique. Un autre veto garantit que l'Institut Brésilien du Milieu Ambiant contrôle l'accès et l'exploitation du patrimoine génétique évitant le contrôle exclusif du Ministère de l'Agriculture. "Le résultat final porte encore un grand déséquilibre en faveur des intérêts de l'agrobusiness, des grandes industries de cosmétiques et de médicaments principalement. Les vetos, cependant sont importants pour corriger des distorsions significatives" estime Maurício Guetta, avocat de ISA.

Ce 25 juin, le Ministère public fédéral a publié une recommandation demandant au gouvernement que les populations traditionnelles soient préalablement consultées sur la réglementation d'application de cette loi.

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* Voir sur ce blog, la note du 3 avril 2015

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 103, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

24/06/2015

L'encyclique "Laudato Si'", l'Amazonie et les peuples indigènes

L'encyclique "Laudato Si'" (Loué sois – tu) du pape François sur "La sauvegarde de la maison commune" publiée ce 18 juin devrait trouver un écho particulier au Brésil pour deux raisons au moins. Premièrement, c'est un pays où la majorité de la population est catholique. Deuxièmement, il y est question de l'Amazonie, de la déforestation, de l'accès à l'eau potable et des peuples indigènes; des sujets d'actualité bien brésilienne.

Les lignes qui suivent n'ont d'autre prétention que de rappeler quelques passages de la lettre de François susceptibles d'être illustrés par des situations souvent développées dans les notes de ce blog.

L'Amazonie et les forêts tropicales.

À propos de la perte de biodiversité: (§ 37)* "Certains endroits requièrent une protection particulière à cause de leur énorme importance pour l'écosystème mondial, ou parce qu'ils constituent d'énormes réserves d'eau et assurent ainsi d'autres formes de vie. (§ 38) "Mentionnons, par exemple, ces poumons de la planète pleins de diversité que sont l'Amazonie et le bassin du fleuve Congo ou bien les grandes surfaces aquifères et les glaciers. On n'ignore pas l'importance de ces lieux pour toute la planète et pour l'avenir de l'humanité. Les écosystèmes des forêts tropicales ont une biodiversité d'une énorme complexité, presque impossible à répertorier intégralement, mais quand ces forêts sont brûlées ou rasées pour développer des cultures, d'innombrables espèces disparaissent en peu d'années, quand elles ne se transforment pas en déserts arides. Cependant un équilibre délicat s'impose, quand on parle de ces endroits, on ne peut pas non plus ignorer les énormes intérêts économiques internationaux qui, sous prétexte de les sauvegarder, peuvent porter atteinte aux souverainetés nationales. De fait, il existe "des propositions d'internationalisation de l'Amazonie, qui servent uniquement les intérêts économiques des corporations transnationales". Elle est louable la tâche des organismes internationaux et des organisations de la société civile qui sensibilisent les populations et coopèrent de façon critique, en utilisant des mécanismes de pression légitimes, pour que chaque gouvernement accomplisse son propre et intransférable devoir de préserver l'environnement ainsi que les ressources naturelles de son pays, sans se vendre à des intérêts illégitimes locaux ou internationaux."

La pollution.

Elle est bien sûr mentionnée à de nombreuses reprises, par exemple, quand le pape parle de la "Dette écologique" du Nord à l'égard du Sud : (§ 51) "Les exportations de diverses matières premières pour satisfaire les marchés du nord industrialisé ont causé des dommages locaux, comme la pollution par le mercure dans l'exploitation de l'or ou par le dioxyde de soufre dans l'exploitation du cuivre".

Les peuples indigènes.

Au quatrième chapitre de son document, François prône une écologie intégrale (§ 137), aux dimensions environnementale, économique, sociale et culturelle (§ 143), il parle de l'attention à porter aux peuples indigènes : "(§ 145) Beaucoup de formes hautement concentrées d’exploitation et de dégradation de l’environnement peuvent non seulement épuiser les ressources de subsistance locales, mais épuiser aussi les capacités sociales qui ont permis un mode de vie ayant donné, pendant longtemps, une identité culturelle ainsi qu’un sens de l’existence et de la cohabitation. La disparition d’une culture peut être aussi grave ou plus grave que la disparition d’une espèce animale ou végétale. L’imposition d’un style de vie hégémonique lié à un mode de production peut être autant nuisible que l’altération des écosystèmes."

"(§146) Dans ce sens, il est indispensable d’accorder une attention spéciale aux communautés aborigènes** et à leurs traditions culturelles. Elles ne constituent pas une simple minorité parmi d’autres, mais elles doivent devenir les principaux interlocuteurs, surtout lorsqu’on développe les grands projets qui affectent leurs espaces. En effet, la terre n’est pas pour ces communautés un bien économique, mais un don de Dieu et des ancêtres qui y reposent, un espace sacré avec lequel elles ont besoin d’interagir pour soutenir leur identité et leurs valeurs. Quand elles restent sur leurs territoires, ce sont précisément elles qui les préservent le mieux. Cependant, en diverses parties du monde, elles font l’objet de pressions pour abandonner leurs terres afin de laisser libres pour des projets d’extraction ainsi que pour des projets agricoles et de la pêche, qui ne prêtent pas attention à la dégradation de la nature et de la culture."

Au cinquième chapitre, le pape donne "(§163) Quelques lignes d'orientation et d'action". (§ 176) Il parle du dialogue en vue de nouvelles politiques nationales et locales.

Parmi les réponses envisageables, François rappelle qu'au niveau local, il est possible de prendre des initiatives : "(§179)… l'instance locale peut faire la différence alors que l'ordre mondial existant se révèle incapable de prendre ses responsabilités. En effet, on peut à ce niveau susciter une plus grande responsabilité, un fort sentiment communautaire, une capacité spéciale de protection et une créativité plus généreuse, un amour profond pour sa terre ; là aussi, on pense à ce qu’on laisse aux enfants et aux petits-enfants. Ces valeurs ont un enracinement notable dans les populations aborigènes…"

Et de poursuivre sur le rôle des organisations de la société civile

(§ 179) "Étant donné que le droit se montre parfois insuffisant en raison de la corruption, il faut que la décision politique soit incitée par la pression de la population. La société, à travers des organismes non gouvernementaux et des associations intermédiaires, doit obliger les gouvernements à développer des normes, des procédures et des contrôles plus rigoureux. Si les citoyens ne contrôlent pas le pouvoir politique – national, régional et municipal – un contrôle des dommages sur l’environnement n’est pas possible non plus."

Plusieurs organisations brésiliennes ont très vite réagi positivement à la publication de l'encyclique, par exemple Greenpeace Brésil, le Mouvement des travailleurs ruraux Sans Terre – MST et le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI.

À voir, dans l'avenir, la réponse qui sera apportée au pape François !

***

* Ces parenthèses renvoient aux paragraphes de l'encyclique.

** "aborigène" est à prendre dans sa première définition: "Qui est originaire du pays où il vit". "Aborigène" – avec une majuscule - est utilisé pour les autochtones d'Australie (Larousse). En Amérique latine, c'est le terme "Indigènes" qui est le plus couramment utilisé et, dans une moindre mesure, on parle "d'Indiens". Au niveau international, il est le plus souvent question "d'autochtones". Certains utilisent également le terme de "Peuples premiers".

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 104, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

13/06/2015

Amérindiens de Guyane : la France montrée du doigt par le CERD

Lors de sa dernière session qui a eu lieu à Genève ce mois de mai, le Comité pour l'Élimination de la Discrimination Raciale – CERD - organe rattaché au Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations Unies - a publié ses observations sur le rapport périodique présenté par la France. Cela en application de l'article 9 de la Convention Internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale.

Le Comité a examiné les 20e et 21e rapports fournis par ce pays. Il a pris note avec satisfaction des progrès législatifs et institutionnels par la France depuis l'examen de son dernier rapport. Mais il fait part de ses préoccupations qui touchent différents domaines : les crimes de haine raciale, la discrimination à l'égard des Roms et Gens du voyage. Il demande de remettre de nouveaux rapports périodiques d'ici au 27 août 2017.

À propos des peuples autochtones de Guyane, le Comité se dit préoccupé par toute une série de difficultés qui font le quotidien des amérindiens de ce Département français. À leur égard, il recommande à la France de :

a) Envisager la reconnaissance des droits communautaires aux peuples autochtones, en particulier le droit aux terres ancestrales détenues et utilisées par ces communautés depuis des temps immémoriaux ainsi qu'aux ressources traditionnellement utilisées par elles;

b) Intensifier ses efforts afin de garantir une égalité de traitement avec le reste de la population en ce qui concerne l'accès à l'éducation, notamment dans les langues de ces populations;

c) Faciliter et assurer la liberté de circulation de ces populations et lever les obstacles à leur accès au logement, aux services publics, en particulier à l'état civil et à la justice ainsi qu'aux soins de santé;

d) Trouver des solutions durables, y compris avec les pays voisins, propres à remédier aux conséquences de l'orpaillage sur la santé et l'environnement de ces populations;

e) Consulter et coopérer avec les peuples autochtones avant l'approbation de tout projet ayant des incidences sur l'utilisation de leurs terres ou territoire et autres ressources.

Les organisations de la société civile ont la possibilité de faire connaître leur point de vue sur les questions de discrimination. L'Organisation des Nations Amérindiennes de Guyane – ONAG n'a pas manqué d'adresser un rapport au CERD* exposant les difficultés dans lesquelles se trouvent les amérindiens de Guyane, notamment en ce qui concerne les impacts de l'orpaillage illégal sur la santé de cette partie de la population guyanaise.

En avril 2014, l'ONAG et l'Association Solidarité Guyane ont déposé auprès du Tribunal administratif de Cayenne un "Recours de plein contentieux" contre l'État français. Ils reprochent aux autorités de n'avoir pas pris les mesures nécessaires de protection de la population contre les dangers causés par l'orpaillage illégal. La procédure suit son cours. Le Tribunal a fixé une audience ce 18 juin prochain. Cette procédure a été annoncée dans l'épilogue de l'ouvrage "Les abandonnés de la République" paru en septembre 2014 aux éditions Albin Michel**

La Préfecture de Guyane diffuse de l'information au sujet de l'orpaillage illégal, comme par exemple le bilan septembre – décembre 2014, dans lequel elle annonce de réelles avancées dans la coopération franco-brésilienne. De son côté l'Agence Régionale de Santé – ARS de Guyane a publié***, en janvier 2015 un communiqué sur le déroulement d'un "Programme de santé environnement" comprenant une action de prévention de l'imprégnation mercurielle des groupes à risque, notamment chez les femmes enceintes. Les chiffres publiés par l'ARS ont été complétés par l'Association Solidarité Guyane - ASG qui dispose de chiffres plus alarmants. L'association a mis en ligne une interview de Mme Mélanie Aliman'Hé, chef du village de Cayodé qui parle de l'orpaillage illégal et de ses conséquences pour la santé des habitants.

Le 11 mai dernier, "Guyane Première" a publié un reportage sur l'exfiltration de l'or de Guyane et les trafics clandestins qui y sont liés, en particulier le blanchiment d'argent vers les paradis fiscaux dont la Suisse. Y est évoqué le projet du WWF sur la traçabilité de l'or.

La question de l'exploitation industrielle de l'or en Guyane est à nouveau d'actualité. Le 5 juin, le quotidien économique français "Les Echos" a publié un article rappelant le vif intérêt porté par Columbus Gold , une compagnie canadienne pour exploiter le site aurifère guyanais "Paul Isnard", particulièrement le lieu-dit "La Montagne d'Or". Le 22 avril, "Guyane Première" a fait état du déplacement, en forêt, de quarante invités - des élus et des représentants de l'État - de Columbus Gold sur le site. La compagnie soigne sa communication.

Dans ce contexte, quelle sera la réponse de la France au CERD ? Quelle sera la réponse à ceux qui ont déposé le recours devant le Tribunal administratif de Cayenne ?

 ***

* Voir sous "France" > Info des organisations de la société civile > ONAG

** Voir sur ce blog, les notes du 17 décembre 2014, 30 décembre et 8 février 2013.

***http://www.ars.guyane.sante.fr/fileadmin/GUYANE/fichiers/Votre_sante/prevenir_les_risques/mercure/CP_prevention_impregnation_mercurielle.pdf

PS 1 : Le film de Daniel Schweizer  "Dirty Gold War" (La guerre de l'or sale) est encore à l'affiche dans plusieurs salles romandes. Voir sur ce blog, la note du 28 mai dernier.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note est une version complétée de la "brève" publiée dans "AYA Info" No 103, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

05/06/2015

Trafic d'or dans la TI Yanomami : un réseau démantelé

Le matin  du 7 mai, la Police fédérale et l'Institut Brésilien du Milieu Ambiant – IBAMA ont réalisé une importante opération appelée "Warari Koxi" (esprit de porc en yanomami) pour mettre un terme aux agissements d'une organisation criminelle d'extraction illégale d'or et de diamants sur la Terre Indigène Yanomami (TI-Y) avec, à la clé, du blanchiment d'argent.

Outre les dégâts considérables causés à l'environnement, notamment par l'usage de mercure et autres métaux lourds, les préjudices sont estimés à 17 millions de réais par mois (environ 5,4 millions de US$) pour un total portant sur un milliard de réais (environ 316,5 millions de US$) pendant ces deux dernières années 2013 et 2014.

L'opération a été conduite par près de 150 policiers fédéraux agissant simultanément dans plusieurs États du pays : Roraima, Amazonas, Rondônia, Pará et São Paulo.

L'organisation était composée d'entrepreneurs, de fonctionnaires publics, d'une institution financière spécialisée dans la distribution de titres et valeurs mobilières, de propriétaires de "garimpos" (de lieux d'extraction d'or ou de diamants), de commerces de vente et d'achat d'or, de bijoutiers-joailliers et même de pilotes d'avions. Pour l'extraction de l'or, elle agissait dans la région de Boqueirão et Uraricoera, dans la TI-Y, à l'extrême nord de l'État de Roraima. La police estime que se sont environ 160 kg d'or qui, mensuellement, ont été retirés illégalement de ces zones.

L'enquête de la police porte sur plusieurs chefs d'accusation : association criminelle, extraction illégale de ressources naturelles, usage de mercure, usurpation du patrimoine de l'Union, recel de biens provenant de crimes, corruption massive, violation du secret de fonction, contrebande, blanchiment d'argent et opérations financières non autorisées par la Banque centrale.

Selon "Amazônia Real", au cours de la première semaine de l'intervention, une centaine de garimpeiros ont été évacués, 30 barges ont été saisies et 20 campements détruits qui, chacun pouvait accueillir une trentaine de garimpeiros. L'agence a questionné l'un des agents de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI mis en cause par la police. C'est un fonctionnaire connu pour son action contre l'orpaillage illégal dans la TI-Y. Il dit être victime d'une dénonciation par ceux auxquels il a causé un préjudice…

Depuis plusieurs années des opérations* de police sont réalisées pour mettre un terme à l'orpaillage illégal dans la TI-Y. Mais, à peine évacués, les "garimpeiros" retournaient sur les lieux d'orpaillage sans que les réseaux qui les engagent ne soient inquiétés. Maintes fois les Yanomami ont regretté cet état de fait. Le leader Yanomami, Davi Kopenawa, est menacé de mort pour son opposition à l'orpaillage illégal.

Il sera intéressant de suivre l'enquête et d'en connaître les conclusions. Jusqu'où l'or sale a-t-il été écoulé ? Rappelons ici que la Suisse achète de l'or au Brésil.

* Voir sur ce blog, les notes du 10 janvier 2015, 29 août et 28 mars 2014, et des 2 et 30 mars 2012.

***

PS 1 : La note du 28 mai dernier, publiée sur ce blog, signale que le film "Dirty Gold War" (La guerre de l'or sale) de Daniel Schweizer qui traite des impacts de l'extraction de l'or passe sur les écrans romands. Une séquence du film traite de l'orpaillage illégal chez les Yanomami.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- L'essentiel de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 103, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2