29/12/2014

Rencontre transfrontalière des Yanomami et Ye'kwana du Brésil et du Venezuela

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, yanomami, ye'kwana, Kurikama, Secoya, Caracaranã, Raposa Serra do Sol, Hutukara, Roraima, Venezuela, mineração, garimpagem, ISA, Davi KopenawaDu 28 octobre au 2 novembre, les représentants de neuf associations yanomami et ye'kwana du Brésil et du Venezuela se sont réunis pour débattre des thèmes qui les préoccupent. Étaient également présents les représentants de six organisations de la société civile partenaires. L'association Kurikama des Yanomami de l'État d'Amazonas et le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – Secoya, les partenaires de AYA y ont envoyé deux déléguées.

La réunion a eu lieu sur les bords du lac de Caracaranã, dans la Terre Indigène Raposa Serra do Sol (État de Roraima).

Les discussions ont eu lieu dans cinq langues yanomami, en ye'kwana, en portugais et en espagnol. Elles ont porté sur les thèmes centraux pour ces peuples, comme la gestion territoriale, la santé, la jeunesse et les droits de la femme. Les travaux ont consisté à définir des recommandations et propositions pour renforcer la gouvernance de ces peuples sur leurs territoires et influencer les politiques publiques du Brésil et du Venezuela. Le tout est contenu dans une "Lettre* du Lac Caracaranã" dans laquelle sont précisés plus de soixante propositions concernant l'articulation entre les peuples et les organisations, la démarcation et la protection des territoires, la santé, les jeunes et les droits de la femme.

Cette rencontre a été l'occasion de créer un "Forum permanent binational Yanomami Ye'kwana Brésil/Venezuela". Lors de cette rencontre, les participants ont travaillé à l'élaboration d'une première version d'une carte du "Territoire et communautés Yanomami Brasil – Venezuela" dont le lancement est prévu avant la fin de l'année. Il s'agit d'un territoire d'environ 23'000 km2 de forêt continue, habité par environ 40'000 indigènes.

Malgré un niveau élevé de préservation de la forêt, les communautés sont confrontés à des problèmes communs dans les deux pays, comme l'orpaillage illégal, les projets d'exploitation minière ou les carences du service de santé, en particulier pour les plus éloignées.

***

* Il est possible d'accéder à cette "Lettre" en utilisant ce lien hypertexte sur votre moteur de recherche : http://www.socioambiental.org/sites/blog.socioambiental.org/files/nsa/arquivos/carta_caracarana.pdf

Photo © Marcos Wesley - Instituto Socioambiental – ISA : Davi Kopenawa, le leader de l'Hutukara Associação Yanomami présente la carte binationale des terres occupées au Brésil et au Venezuela par les Yanomami et Ye'kwana. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image

À toutes les lectrices et les lecteurs des notes de ce blog, habituels ou occasionnels, connus ou inconnus, leur auteur tient à souhaiter, à chacune et à chacun, une bonne et heureuse année 2015.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 98), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

23/12/2014

Un médecin demande à la multinationale Vale SA d'éviter la pollution du Rio Cateté

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Xikrin, Cateté, Pará, Kayapó, Kakarekré, Porekrô, Baypran ,FUNASA, René Fuerst, Aurélien Fontanet, Daniel Schweizer, Père Caron, Dominicains, Toulouse, Curé d'Indiens, Pierre Clastres, João Paolo Botelho Vieira Filho, UFSP, UNIFESP, Fernando Collor, Carouge, Genève, Flux Laboratory, OMCT, Conseil des droits de l'homme, FIFDH, Djudjê – Kô, Kateté, Oodjã, F.H. Cardoso, Cesta básica, diabète, diabetes, uma visão da saúde dos xikrin, merenda escolar,Vale, Sesai, Funai, minstério públicoAu cours du mois de juillet dernier, le photographe et vidéaste genevois Aurélien Fontanet est retourné chez les Indiens Xikrin* du Cateté (dans l'Etat brésilien du Pará) qu'il avait déjà visité en 2013**. Il avait alors apporté l'ouvrage que leur a consacré l'ethnologue René Fuerst qui avait vécu avec ce peuple en 1963. Cette année, Aurélien a effectué son voyage en compagnie du docteur João Paulo Botelho Vieira Filho, professeur adjoint à l'Ecole de médecine de São Paulo – UNIFESP. Ce médecin apporte son aide aux Xikrin depuis 1967. Il est le consultant médical des associations indigènes Xikrin, Kakarekré, Porekrô et Baypran. En juillet, il a publié un rapport intitulé "Vision de la santé des Xikrin de la Terre Indigène - TI Kateté", avec un sous-titre évocateur : "L'insensibilité  des personnes envers les proches malades et nécessiteux devrait être cataloguée comme pathologie psychique". De son voyage, Aurélien a rapporté cet intéressant document.

En 2014 comme en 2013, le médecin a réalisé un relevé démographique des trois villages de la TI, Djudjê – Kô, Kateté et Oodjã où le nombre total d'habitants est quasiment resté stable, soit 1'313 en 2014 et 1'320 en 2013. Il faut rappeler que dans les années 60, les Xikrin du Cateté étaient un peu moins d'une centaine. Cette "renaissance" reste fragile. Les menaces qui pèsent actuellement sur les trois communautés sont bien réelles.

Elles tiennent d'abord à la proximité de l'exploitation minière de la multinationale Vale*** qui a un impact sur les communautés. Un décret présidentiel de F.H. Cardoso de 1997 impose à cette compagnie de fournir une assistance aux habitants de la TI. Une assistance sous diverses formes : indemnité versée aux associations indigènes, transports des malades vers les hôpitaux, etc. Le médecin attire l'attention de Vale sur la pollution du rio Cateté causée par ses activités minières. La santé des habitants de la TI dépend de la qualité de l'eau de la rivière. Si le rio devait rester pollué par des déchets de minerai, des matières toxiques ou des métaux lourds, les indiens seront exposés à des cancers. Les poissons seront impropres à la consommation. Il demande la construction d'ouvrages pour empêcher cette pollution.

Le rapport aborde également d'autres problèmes concernant les pouvoirs publics brésiliens : période de vaccination contre la grippe trop tardive, dépistages du cancer du col de l'utérus trop rares, manque de dentiste, nécessité d'un poste de santé dans le village de Kateté, comportements autoritaires des non indiens vis à vis des Xikrin. Compte tenu du nombre de diabétiques, le médecin rappelle l'importance de l'éducation alimentaire et la nécessité d'adapter le "Cesta basica" (le panier de base) remis à la population et les "Merendas escolares", les repas servis aux enfants des écoles des villages indigènes : ils sont trop riches en sucre. En raison de leur  patrimoine génétique, les populations indigènes sont celles qui, dans le monde, ont une plus grande prévalence et incidence du diabète.

L'appel du médecin sera-t-il entendu ?

***

* Prononcer "Chikrine"

** Voir sur ce blog la note du 12 mars 2014

*** Vale International SA a son siège en Suisse, à Saint-Prex, dans le canton de Vaud

Photo © Aurélien Fontanet : Le docteur João Paulo Botelho Vieira Filho avec l'une de ses patientes Xikrin / Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

Ci-dessous : une carte (Instituto Socioambiental) pour situer la TI Xikrin - Cliquer sur le vignette pour agrandir l'image.

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 98), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

17/12/2014

Des "Abandonnés de la République" déposent plainte contre l'État français

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, amérindiens, Guyane, orpaillage, François Hollande, hurleurs de Guyane, or, Raymond Depardon, Jean-Patrick Razon, Survival, Convention 169, OIT, Les abandonnés de la république, Albin Michel, Yves Géry, Aïkumalé Alemin, Alexandra Mathieu, Christophe Gruner, Alexis Tiouka, Florencine Edouard, Organisation des Nations Autochtones de Guyane,ONAG, Haut-Maroni, Guarani, William Bourdon, Association Solidarité Guyane, ASG, Tribunal administratif de Cayenne, Jean Desessard, George Pau-Langevin,TV5Monde, bushinenguéUn titre, "Les abandonnés de la République", et un sous-titre, "Vie et mort des Amérindiens de Guyane" telles sont les fortes affirmations résumant le contenu de l'ouvrage paru en septembre dernier chez Albin Michel*. Pendant trois ans, les trois auteurs, Yves Géry, Alexandra Mathieu et Christophe Gruner ont enquêté sur les conditions de vie des sept à dix mille Amérindiens, peuples premiers, de cette partie de l'Amérique. Ils ont interviewé plus de quarante personnes, dont trente-quatre Amérindiens parmi lesquels Alexis Tiouka, juriste spécialiste des droits humains et autochtones et Florencine Edouard**, coordinatrice de l'Organisation des Nations Autochtones de Guyane - ONAG.

Une première partie de l'ouvrage retrace l'histoire de ce qui est maintenant une Région et un Département français de 83'846 km2. Une deuxième partie décrit les conditions vie déplorables dans lesquelles vivent les communautés, l'impact de la ruée vers l'or et la contamination due à l'usage du mercure par les orpailleurs illégaux. La troisième est consacrée à un phénomène moins connu : l'épidémie de suicides qui sévit dans le Haut-Maroni, avec un taux de prévalence dix-sept fois plus élevé qu'en France métropolitaine; un phénomène qui n'est pas sans rappeler ce qui se passe chez les Guarani du Brésil. Ces suicides sont symptomatiques de la détresse vécue par ces peuples. Le titre de l'ultime chapitre est en forme de question : "Un ethnocide annoncé ?" Il y a effectivement un risque réel de voir disparaître peuples et cultures amérindiennes, non seulement en Guyane, mais dans d'autres pays.

L'épilogue évoque la plainte déposée par des Amérindiens contre l'État français. Effectivement, en décembre 2013, l'ONAG et l'Association Solidarité Guyane – ASG, par l'intermédiaire de leur avocat Me William Bourdon, déposent un "recours préalable" auprès du préfet de Guyane. Ils reprochent à l'administration de ne pas avoir pris les mesures préventives susceptibles d'éviter l'atteinte à la santé des personnes et à l'environnement causée par l'activité d'orpaillage. Ils dénoncent également les carences constatées dans la sanction des infractions à la loi. Le préfet n'a pas répondu dans les deux mois qui lui étaient impartis. Alors, le 22 avril 2014, les mêmes entités ont déposé un "Recours de plein contentieux" contre l'État auprès du Tribunal administratif de Cayenne. La requête a été transmise à la préfecture le 22 mai 2014. La justice est maintenant formellement saisie du dossier. Cette plainte marque la volonté des Amérindiens de lutter pour leur survie.

Une autre proposition clos la préface de l'ouvrage signée par Raymond Depardon***, c'est une demande adressée au président français : "… il est temps qu'il reconnaisse les droits fondamentaux des peuples indigènes de la République, les meilleurs gardiens de la biodiversité, et qu'il envisage sérieusement la signature de la convention 169 de l'OIT". On a envie d'ajouter : et surtout qu'il en applique dès maintenant le contenu !"

Le 11 décembre, au Sénat français, à l'heure des questions d'actualité au gouvernement, le sénateur écologiste de Paris Jean Desessard a interpellé le gouvernement au sujet des suicides chez les Amérindiens de Guyane. Dans sa réponse, Mme George Pau-Langevin, Ministre des Outre-mer a annoncé l'envoi, sur place, d'une mission de l'inspection générale afin de dresser le bilan de ce qui s'y fait aujourd'hui. Lors de son prochain voyage en Guyane, elle a affirmé son intention de rencontrer le Conseil consultatif des peuples amérindiens et bushinengué (descendants d'esclaves marrons) afin que ces populations soient mieux associées à la politique menée et mieux prises en compte. La version écrite de ce dialogue peut être lue en cliquant > ici (Point 5).

Ce 13 décembre, le groupement "Les hurleurs de Guyane" a diffusé une note rappelant que l'accord de coopération transfrontalière pour lutter contre l'orpaillage illégal conclu avec le Brésil en 2008, adopté par le parlement français en juillet 20011, et seulement approuvé par les députés brésiliens en décembre 2013 (à l'occasion d'une visite du président français), n'a toujours pas été promulgué par Brasilia.

Cette organisation demande que l'État français passe d'une stratégie de communication à une stratégie publique de planification et d'actions proportionnées aux dommages. Elle demande aux parlementaires guyanais de déposer une proposition de résolution afin de créer une commission d'enquête parlementaire indépendante sur la manière dont ce dossier a été géré par l'État depuis les années 1990 et sur la manière dont il devrait être traité.

À suivre…

* Editions Albin Michel – Paris – 342 pages, 22,50 Euros, ISBN : 978-2-226-25695-9

** Voir sur ce blog les notes du 08 février 2013

*** Voir sur ce blog la note du 30 décembre 2013

Ci-dessous, une interview de Aïkumalé Alemin, Conseiller municipal de Maripasoula et du journaliste Yves Gery, diffusée le 30 septembre sur TV5 Monde.

 

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de cette note a été publiée dans  "AYA Info" No 98, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

05/12/2014

Un cri d'alarme : le futur climatique de l'Amazonie est en danger !

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, futur climático da Amazônia, Antonio Donato Nobre, ARA, INPE, INPA, floresta, chuva, pluie, vapor d'água, cataclismos climáticos, desmatamento, déforestation, rios aéreos, rivières aériennes, rios voadores, rios volants, degradação, reforestation, reflorestanento, Lima 2014, Paris 2015, COP 20, UNFCCCCes quarante dernières années ce sont 763'000 Km2 de forêt amazonienne qui ont été détruits, soit plus de dix-huit fois la superficie de la Suisse, ou deux fois celle de l'Allemagne. Seulement au Brésil, on estime que 42 milliards d'arbres ont été coupés, soit plus d'un milliard par année. Mis les uns à la suite des autres les troncs de ces arbres – d'une longueur moyenne de 15 mètres - couvriraient une distance de 635 millions de km, soit environ 1'700 fois la distance Terre – Lune (384'400 km). À cela, il faut ajouter les zones où la forêt a été dégradée et ne remplit plus son rôle d'écosystème.

Ces chiffres chocs, et d'autres encore, ont été rappelés dans un rapport d'évaluation scientifique d'une quarantaine de pages publié le 30 octobre à São Paulo. Il est l'œuvre du spécialiste du climat et de l'écosystème amazonien, Antonio Donato Nobre, chercheur à l'Institut National de Recherche Spatiale du Brésil – INPE et à l'Institut National de Recherche d'Amazonie - INPA. C'est un travail demandé par l'Articulation Régionale Amazonienne - ARA. La publication de ce document, synthèse de plus de 200 articles et enquêtes scientifiques relatifs à la déforestation, arrive au moment où l'État de São Paulo est confronté à une très forte sécheresse. L'auteur lance un cri d'alarme en rappelant le rôle de la forêt pour le climat. Il dévoile cinq "secrets".

Le premier, c'est que la forêt maintient humide l'air en mouvement et provoque des pluies dans les zones éloignées des océans, cela en raison de la capacité des arbres à transférer de grands volumes d'eau du sol vers l'atmosphère. La forêt amazonienne émet dans l'atmosphère 20 milliards de tonnes d'eau par jour. De son  côté, l'Amazone déverse dans l'Atlantique 17 milliards de tonnes d'eau par jour.

Le deuxième "secret" est la formation de pluies abondantes dans l'air pur amazonien. Les arbres émettent des substances volatiles favorisant la condensation de la vapeur d'eau. Cela a pour résultat la formation de nuages entraînant de fortes pluies favorables à "l'océan vert".

Le troisième explique pourquoi, dans l'histoire, la forêt amazonienne a survécu aux cataclysmes climatiques : C'est sa capacité à maintenir un cycle hydrologique bénéfique, même dans des conditions défavorables. La transpiration abondante des arbres, liée à une très forte condensation (plus élevée que sur les océans voisins) permettent la formation de nuages et de pluies provoquant un abaissement de la pression atmosphérique sur la forêt. Un phénomène qui aspire l'air humide de l'océan vers le continent. Cela maintient les pluies en n'importe quelles circonstances.

Le quatrième est lié au fait que la forêt amazonienne non seulement maintient l'air humide pour elle-même, mais exporte des fleuves aériens de vapeur qui transportent les pluies vers l'est. Confrontés au barrage de la cordillère des Andes, ils font une courbe vers les régions méridionales de l'Amérique du Sud, notamment vers le quadrilatère fortuné du Brésil, São Paulo, Rio de Janeiro… Contrariant la tendance à l'aridité de cette région. A l'ouest des Andes et sous les mêmes latitudes, sur d'autres continents, il y a de grandes zones désertiques

Le cinquième "secret" explique la raison pour laquelle, en Amazonie et dans la proche région océanique, il n'y a pas de formation d'ouragans ou autres événements climatiques extrêmes : la condensation spécialement uniforme sous la couverture forestière empêche la concentration des vents en tourbillons destructeurs. Cet ensemble de facteurs font de la forêt amazonienne la meilleures et la plus précieuse partenaire de toutes les activités humaines.

Le rapport traite ensuite des effets déjà observés des changements climatiques : réduction drastique de la transpiration, la modification de la dynamique des nuages et des pluies et le prolongement de la saison sèche. Les dégâts du déboisement, aussi bien que ceux des feux, de la fumée et de la suie sur le climat sont évidents dans les observations scientifiques actuelles sur le terrain.

L'auteur du rapport rappelle que les forêts de l'Amazonie sont essentielles pour le maintien du climat, et avec lui la sécurité des générations futures.

Selon lui, pour retourner la situation, il faut un effort de guerre. L'unique option responsable est d'agir dès maintenant pour combattre les causes de la déforestation. En premier lieu, il faut lutter contre l'ignorance en facilitant l'accès aux découvertes scientifiques relatives au changement climatique. Il faut arrêter la déforestation et la dégradation forestière. Il est nécessaire et inévitable de mettre en œuvre un immense effort pour replanter et restaurer la forêt détruite.

Il appelle à tracer un nouveau chemin où la forêt protégée et recomposée sera la principale alliée des activités humaines à l'intérieur et à l'extérieur de l'Amazonie.

Ce cri d'alarme a été lancé avant les prochains rendez-vous internationaux sur le climat. D'abord à Lima ce mois de décembre, et surtout à Paris en novembre et décembre 2015.

 ***

Image (Wikipédia) : Les "rios volants". Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

Traduction des notes : Le chemin des rivières volantes

1.- Dans la bande équatoriale de l'océan Atlantique se produit une intense évaporation. C'est là que le vent se charge d'humidité. / 2.- L'intense évaporation, transpiration et condensation sur l'Amazonie produit une aspiration des Alizés, pompant ces vents à l'intérieur du continent, provoquant des pluies et mettant en mouvement les rivières volantes. / 3.- Cette humidité avance dans le sens ouest jusqu'à atteindre la cordillère des Andes. Durant cette trajectoire, la vapeur d'eau refait un cycle pluie, transpiration, condensation et évaporation au passage sur la forêt. / 4.- Quand l'humidité rencontre la Cordillère des Andes, une partie se précipitera à nouveau formant les sources des rivières de l'Amazonie. / 5.- L'humidité qui atteint la région andine retourne en partie au Brésil par les rivières volantes et peut tomber sur d'autres régions. / 6.- Dans la phase finale, les rivières volantes peuvent alimenter les réservoirs d'eau des Régions Sudeste et Sud (du Brésil), se dispersant jusqu'aux pays frontaliers, comme le Paraguay et l'Argentine.

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans  "AYA Info" No 97, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

26/11/2014

La 1ère Conférence mondiale sur les Peuples autochtones

Dans le monde on compte plus de 370 millions de personnes indigènes (soit plus de 5 % de la population mondiale), répartis dans environ cinq mille groupes distincts, dans près de 90 pays. Les 22 et 23 septembre, au siège des Nations Unies à New York a eu lieu la 1ère Conférence mondiale sur les peuples autochtones, un événement décidé par l'Assemblée générale en décembre 2010. À l'ordre du jour, trois tables rondes pour débattre des actions du système des Nations Unies pour la mise en œuvre des droits des peuples indigènes; de l'application des droits des peuples indigènes aux niveaux national et local, et enfin des ressources, territoires et terres des peuples indigènes. Le document final adopté par l'Assemblée générale avait fait l'objet de plusieurs versions travaillées au cours de diverses rencontres préparatoires. Il a été rédigé avant même le début de la Conférence. Il comprend une quarantaine de paragraphes où les chefs d'États et de gouvernements affirment leur appui à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones adoptée en 2007. Ils affirment leur engagement à soutenir les droits économiques, sociaux et culturels de ces peuples qui sont relativement détaillés. Cependant, il ne contient pas de paragraphe spécifique sur le droit à l'autodétermination alors que ce droit figure bien aux articles 3 et 4 de la Déclaration de 2007. L'exercice de ce droit a été revendiqué dans les réunions continentales préparatoires réunissant les organisations indigènes. Il figure également dans le document adopté par les représentants d'organisations autochtones des sept régions géopolitiques mondiales réunis à Alta (Norvège) en juin 2013.

À New York, les représentants indigènes présents ont surtout été des spectateurs. Cette conférence a fait l'objet d'une critique de la part du professeur Glenn T. Morris, membre de l'American Indian Movement of Colorado. Il reproche notamment la non reconnaissance, par la Conférence, du droit à l'autodétermination, du droit des peuples indigènes à contrôler leurs territoires, leurs ressources naturelles et connaissances traditionnelles.

La délégation officielle du Brésil était composée de quatre indigènes : Tonico Benites (Guarani Kaiowá), Naiara Yusy Dolabella Sampaio (Tukano), Simone Eloy Amado (Terena), Francisca Navantino Pinto de Angelo (Paresí) et du Ministre de la Justice, José Eduardo Cardozo. Celui-ci a affirmé la nécessité d'assurer le droit des peuples indigènes et garantir leurs territoires.

Lors de la 25e réunion de la Commission Nationale de Politique Indigéniste - CNPI qui a eu lieu le 16 octobre, Francisca Paresí, elle-même déléguée, a regretté la faiblesse de la représentation indigène brésilienne. La Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, qui n'était pas représentée à la Conférence, en a publié le document final.

***

Le 21 mars 2012, dans le cadre du 50e anniversaire du Mouvement pour la Coopération Internationale- MCI, Pierrette Birraux du Centre de Documentation, de Recherche et d'Information des Peuples Autochtones - DOCIP (Genève) a mis en perspective l'action des Peuples et organisations autochtones au sein de l'ONU. On peut visionner la contribution de Pierrette Birraux ci-dessous (8:37).

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans  "AYA Info" No 97, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

15/11/2014

Un nouveau président – par intérim - à la tête de la FUNAI

Les 25 et 26 septembre, la presse brésilienne a annoncé la volonté de Maria Augusta Boulitreau Assirati de démissionner de la présidence de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, un poste qu'elle a assuré de façon intérimaire depuis juin 2013*. Selon l'information diffusée, elle renonce à sa charge pour préparer un doctorat au Portugal. Elle était la deuxième femme, après Marta Maria Azevedo, à être placée à la tête de l'organisme chargé de la protection des Indiens. C'est un poste où les titulaires changent souvent. Maria Augusta en était la 34e présidente** depuis 1967, date de la création de la Fondation, qui avait succédé à la Société de Protection des Indiens – SPI.

La démission de Marta Augusta, sans que soit annoncée la nomination d'une, ou d'un nouveau responsable a inquiété l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB. Celle-ci a publié une lettre ouverte adressée à Aloizio Mercadante, Ministre Chef de la Maison Civile de la Présidence de la république, au Ministre de la Justice, José Eduardo Cardoso et à Deborah Duprat responsable de la 6e Chambre de Coordination et Révision du Ministère Public Fédéral en charge des questions des Peuples Indigènes : "L'absence d'un(e) président(e) empêche la poursuite des actions en cours qui relèvent essentiellement de la responsabilité de la FUNAI, de l'appareil étatique et de la gestion gouvernementale…" L'APIB relève que la gestion de l'ex-présidente a été marquée par le dialogue avec le mouvement indigène, la défense des droits conquis et le renforcement de l'autonomie des peuples indigènes. "Nous insistons pour que, dans le futur, les actions soient inspirées de ces principes, garantissant la participation des peuples indigènes."

De fait, la vacance n'a pas duré. Le 10 octobre, le journal officiel de l'union publiait les arrêtés relatifs à la démission de Maria Augusta et la nomination de Flávio Chiarelli Vicente de Azevedo, nouveau président – aussi par intérim – de la FUNAI. Le nouveau titulaire est issu de la FUNAI elle-même. Il assumait la tâche de Procureur–Chef national lié à la Fondation. Ce service est chargé, entre autres, de la défense des intérêts individuels et collectifs indigènes. Flávio Chiarelli a présidé la 25e réunion ordinaire de la Commission Nationale de Politique Indigéniste - CNPI qui a eu lieu le 16 octobre.

On l'a vu, depuis sa création, la Funai a connu plus d'une trentaine de présidents ou de présidentes, soit, en moyenne, un changement tous les dix-huit mois environ. Une telle rotation questionne.

***

* Voir sur ce blog, les notes des 2 août 2013, 21 et 28 avril 2012.

** Voir sur le site de l'Instituto Socioambiental – ISA, la liste des président(e)s de la Funai depuis sa fondation. Cliquer >> ici.

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans  "AYA Info" No 97, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

06/11/2014

Le Yanomami Carlito Iximauteri en visite à l'OMS

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, terras indígenas, OMS, Organisation Mondiale de la Santé, Organização Mundial da Saúde, World Health Organization, Marche de l'espoir, Yanomami, Terre des Hommes, Carlito Iximauteri, AIS, Pedro Albajar Viñas, AYA, Chagas, leishmaniose, onchocercose, Piaçaba, piassava, Onde não há médico, Bibliothèque bleue, Manaus, Santa Isabel do Rio Negro, Barcelos, Rio Negro, Rio Marauiá,Lors de son séjour à Genève, invité pour la Marche de l'espoir organisée le 12 octobre par Terre des Hommes Suisse en faveur des enfants Yanomami, Carlito Iximauteri*, l'un des premiers Agents Indigènes de Santé – AIS dans le territoire Yanomami a été reçu, l'après-midi du 14 octobre, au siège de l'Organisation Mondiale de la Santé – OMS. Il était accompagné par Luisa Prado, membre de l'association genevoise "Appui aux Indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA, et par le docteur Pedro Albajar Viñas, spécialiste et coordinateur du programme de lutte contre la maladie de Chagas** à l'OMS, et accessoirement membre d'AYA. Carlito a rencontré le Directeur du département de contrôle des maladies tropicales négligées et les coordinateurs des programmes de lutte contre la leishmaniose et de l'onchocercose.

On trouve des victimes de la maladie de Chagas chez les personnes, dont des Yanomami, qui travaillent à l'exploitation des fibres de la Piaçaba (un palmier). Ces fibres sont utilisées pour la fabrication de brosses et balais notamment. La leishmaniose est aussi liée à l’extraction et commercialisation des produits de la forêt amazonienne ainsi qu'à des évolutions environnementales, telles que la déforestation, la construction de barrages, les systèmes d'irrigation et l'urbanisation. L'onchocercose, couramment appelée "cécité des rivières" est l'une des principales causes de déficiences visuelles.

Carlito a encore rencontré des responsables du réseau chargé de fournir de la documentation adaptée aux personnes et entités sanitaires exerçant sur le terrain. Ses interlocuteurs se sont engagés à lui faire parvenir une "Bibliothèque bleue". Il s'agit d'un ensemble d'ouvrages, en portugais, sur les maladies tropicales dont un exemplaire du très connu "Onde não há médico" (Où il n'y a pas de médecin). Ils ont également souhaité recevoir des informations sur l'état de santé de la population dans l'aire Yanomami. Le début d'une collaboration plus concrète est à entrevoir…

Lors de son séjour, Carlito a pris quelques moments de détente pour visiter la campagne genevoise : une exploitation d'arboriculture fruitière faisant de la vente directe, des cultures maraîchères en mode biologique, une exploitation viti-vinicole au moment de la vendange… Il a aussi fait quelques heures de navigation sur le lac.

Son retour dans son village a été quelque peu difficile. Le 21 octobre, le bateau qui l'emmenait de Manaus à Santa Isabel do Rio Negro a heurté violemment un banc de sable, cela en pleine nuit. Plus d'une vingtaine de personnes ont été blessées dont Carlito. Les victimes ont été conduites à l'hôpital de Barcelos, la localité la plus proche, pour y être soignées. Carlito, blessé à la tête et aux jambes, a pu poursuivre son voyage de retour. Il est maintenant dans sa communauté d'Ixima, sur le Rio Marauiá où il a retrouvé sa famille.

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* Prononcer Ichimauteri

** Voir sur ce blog, les notes des 16 avril 2010 et du 26 avril 2013

- Photo WHO Press, de gauche à droite : Aldo Duarte Argolo (OMS), Carlito Iximauteri (Yanomami), Pedro Albajar Viñas (OMS & AYA), Stéphanie Jourdan (OMS), Luisa Pardo (AYA). Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de cette note a été publiée dans  "AYA Info" No 97, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

30/10/2014

Élections brésiliennes, l'Amazonie et les peuples indigènes*

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, terras indígenas, eleições, élections, Câmara dos Deputados, Senado, Presidente, Governador, Assembleia legislativa, Estados, 5 de otoubro, 26 de otoubro, Dilma Rousseff, Marina Silva, Aécio Neves, PT, Partido dos Trabalhadores, Partido Socialista Brasileiro, PSB, Partido da Social Democracia Brasileira, PSDB, APIB, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, demarcação, Acre, Amapá, Amazonas, Mato Grosso, Pará, Rondônia, Roraima, Tocantins, Maranhão, Nilmário Miranda, Padre Ton, Bancada ruralista, Frente Parlamentar da Agropecuária, Katia AbreuC'est maintenant connu, au deuxième tour le 26 octobre, sur l'ensemble du Brésil, Dilma Rousseff l'a emporté en obtenant plus 54,50 millions de voix, soit 51,64 % des votes exprimés. Elle dirigera le pays pour un deuxième mandat de quatre ans à partir du 1er janvier 2015. En 2010, elle avait été élue avec 54 % des voix. Son concurrent, Aécio Neves, a recueilli 51,04 millions de votes, soit 48,36 %. Une différence de 3,46 millions de voix.

En Amazonie légale**, au premier tour le 5 octobre, Dilma Rousseff est arrivée en tête dans cinq États de cette partie du Brésil : Amapá, Amazonas, Maranhão, Pará et Tocantins; elle a obtenu les voix de près de 6,86 millions d'électeurs. Aécio Neves est arrivé premier dans trois États : Mato Grosso, Rondônia et Roraima où il a recueilli un peu plus de 3,34 millions de suffrages. Marina Silva est arrivée en tête dans le seul État d'Acre d'où elle est originaire; elle a eu les faveurs de 2,27 millions d'électeurs.

Au deuxième tour, Dilma y a obtenu près de 7,6 millions de voix, étant arrivée en tête dans les mêmes cinq États qu'au 1er tour. Aécio Neves y a recueilli 4,9 millions de voix. Lui aussi a obtenu la majorité des suffrages dans les mêmes trois États que lors du 1er tour, plus l'État d'Acre. Marina Silva avait choisi de soutenir Aécio.

La Chambre des députés, où sont déposés de nombreux projets de lois concernant les peuples indigènes, se trouve modifiée par ces dernières élections. La coalition des neuf partis soutenant la candidature de Dilma Rousseff autour du Parti des Travailleurs - PT a placé 304 députés, soit 36 de moins que pendant la législature précédente. À lui seul, le PT a perdu 18 sièges, passant de 88 à 70 représentants. La coalition qui a appuyé la candidature d'Aécio Nevas autour du Parti de la Sociale Démocratie Brésilienne - PSDB sera forte de 130 députés. Le PSDB a gagné dix sièges passant de 44 à 54 représentants.

Les deux députés, Nilmário Miranda et Padre Ton, auteurs de la Proposition d'Amendement Constitutionnel – PEC No 320/2013, créant quatre places destinées à des représentants indigènes à la Chambre de députés ne sont plus membres de la Chambre. Nilmário, qui s'est présenté dans le Minas Gerais sur une liste du PT n'a pas été réélu. Padre Ton n'était pas candidat à la Chambre des députés, il a postulé pour le poste de Gouverneur de l'État de Rondônia sous l'étiquette du PT. Il n'est arrivé que quatrième. Les peuples indigènes ont perdu deux de leurs soutiens.

La "Bancada ruralista", aussi désignée sous le terme de "Frente Parlamentar da Agropecuária" (Front parlementaire de l'agro-élevage) de la Chambre des députés, est le groupe de pression représentant les intérêts de l'agrobusiness. Il lutte contre les droits des indigènes, notamment leurs droits territoriaux. Très vite, après le premier tour, il a publié un relevé préliminaire, selon lequel des 191 députés membres du front, 139 ont été réélus, et 124 nouveaux députés ont des liens avec ce secteur économique. Ainsi le Front pourrait regrouper 263 (51%) des 513 députés de la Chambre et disposer ainsi de la majorité absolue. Situation à vérifier après la mise en place de la nouvelle Chambre en janvier 2015.

Au Sénat, le fait à relever pour les membres de ce Front, c'est la réélection de Katia Abreu***, d'abord élue à la Chambre des députés en 2002, puis élue Sénatrice du Tocantins en 2006. Elle est la Présidente de la puissante Confédération de l'Agriculture et de l'Élevage du Brésil - CNA.

Globalement, au vu des résultats de ces élections, le cadre dans lequel sont traités les droits des peuples indigènes s'est plutôt dégradé. Entre les deux tours, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB avait déjà annoncé que " nos peuples indigènes de tout le pays continueront la lutte pour la démarcation de nos terres, la santé, l'éducation différenciée et la défense de l'environnement".

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* Voir sur ce blog, les notes du 1er et du 21 octobre

** Soit les États d'Acre (AC), Amapá (AP), Amazonas (AM), Mato Grosso (MT), Pará (PA), Rondônia (RO), Roraima (RR), Tocantins (TO) et une partie du Maranhão (MA) (compté ici dans sa totalité). L'Amazonie légale, avec ses 5,2 millions km2 constitue 61 % du territoire national, mais l'électorat amazonien, de près de 17,5 millions de citoyens, ne représente que 12,2 % des 142,8 millions d'électeurs brésiliens. Elle abrite de nombreux peuples indigènes.

*** Voir sur ce blog, la note du 23 décembre 2010.

- Carte : Élection présidentielle 2014, le vote du 2e tour dans les États de la Fédération et en Amazonie légale. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image,

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera reprise dans le prochain "AYA Info" No 98, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

21/10/2014

Élections brésiliennes : le deuxième tour ce 26 octobre

Les médias l'ont largement évoqué, comme en 2010, il y a un second tour pour l'élection présidentielle avec les deux candidats arrivés en tête le 5 octobre : Dilma Rousseff  (PT*) a recueilli plus de 43 millions de voix soit 41,59 % des suffrages et Aécio Neves (PSDB*) près de 35 millions, soit 33,55 %. Dans les premiers "viennent ensuite", on trouve : Marina Silva (PSB*) avec plus de 22 millions de voix, soit 21,32 %. Elle avait été deuxième dans les sondages pendant plusieurs semaines. Loin derrière Luciana Genro (PSOL*) avec 1,6 millions de votes, soit 1,55 %. Pour le deuxième tour, Marina Silva soutient Aécio Neves.

Pour ces élections, le Tribunal Supérieur Électoral a publié la liste des candidats selon leur origine ethnique, dont ceux qui se sont auto-déclarés "Indigènes". Dans l'État de Roraima**, la tentative de placer Mário Nicácio à l'Assemblée Législative de l'État et Aldenir Wapichana, à la Chambre des Députés a échoué. Le premier est arrivé en 40e position avec 2’064 voix. Le second arrive en 25e position avec 1’936 voix.

Deux des candidats auto-déclarés "Indigènes" ont été élus. José Carlos Nunes da Silva, candidat député à l'Assemblée législative de l'État du Espirito Santo a été élu avec 26'749 voix, sur une liste du PT. C'est un leader du syndicat des employés de commerce de la Centrale Unique des Travailleurs – CUT. Ses liens avec l'un ou l'autre des peuples indigènes ne sont pas mentionnés. Le deuxième élu est Paulo Guedes, candidat député à l'Assemblée Législative du Minas Gerais également sur une liste du PT. Il a été élu avec 164'831 voix. C'est un enseignant. Il va assumer un 3e mandat dans cette Assemblée. Il affirme avoir des liens avec le peuple Xakriabá*** qui occupe plusieurs Terres Indigènes dans cet État.

Globalement, la question de la représentation politique des peuples indigènes reste posée. Il n'y a toujours pas de représentant indigène à la Chambre des députés.

Avant le deuxième tour, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB a publié une lettre ouverte aux deux candidats à la présidentielle : "Le mouvement indigène, par l'APIB, manifeste son indignation sur la manière avec laquelle les grands partis qui contrôlent le pouvoir dans le pays déconsidèrent les droits constitutionnels de nos peuples originaires. Fait qui se reflète dans la manière dont ce thème a été systématiquement ignoré dans la campagne électorale". L'APIB rappelle qu'est public et notoire le mépris manifesté envers les peuples indigènes par le premier gouvernement de la présidente Dilma Rousseff… "elle a permis que son ministre de la justice paralyse complétement les démarcations des terres dans le pays". Quant au candidat Aécio Neves, l'APIB lui reproche notamment son appui à la Proposition d'Amendement Constitutionnel 215 – PEC 215 (qui veut transférer au Congrès le droit à la démarcation des Terres Indigènes). Dans ces conditions, l'APIB adresse à nouveau aux deux candidats la lettre envoyée aux présidentiables avant le premier tour. L'Articulation rappelle que les revendications historiques des indigènes sont toujours négligées. "Nous annonçons que nos peuples indigènes de tout le pays continueront la lutte pour la démarcation de nos terres, la santé, l'éducation différenciée et la défense de l'environnement".

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* PT – Parti des Travailleurs; PSDB – Parti de la Sociale Démocratie Brésilienne; PSB – Parti Socialiste Brésilien; PSOL – Parti Socialisme et Liberté

** Voir sur ce blog, la note du 1er octobre 2014.

*** Prononcer Chakriabá

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans "AYA Info"  No 97, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

18/10/2014

Brésil : Le gouvernement veut privatiser le service de santé indigène

Au début du mois d'août, lors d'une réunion de la Commission Nationale de Politique Indigéniste – CNPI, le ministre de la Santé, Arthur Chioro, a présenté un nouveau projet de service de santé indigène, il propose la création d'un Institut National de Santé Indigène – INSI. La nouvelle entité, qui dépendrait toujours du SESAI, serait un organisme de droit privé responsable des actions de santé indigène dans les communautés. Selon le Ministère cela devrait faciliter le recrutement des professionnels qui agissent sur le terrain. Le projet doit faire l'objet d'une loi à soumettre au Congrès.

La création de cet institut est controversée. De son côté, le ministère de la santé affirme que le projet a été discuté lors de la 5e Conférence nationale de santé indigène qui a eu lieu du 2 au 6 décembre 2013 et approuvé par 29 des 34 Conseils de Districts Santé Indigène – CONDISI. Cependant, l'annonce de la création de cet Institut a suscité de nombreuses réactions au sein des organisations indigènes et indigénistes.

L'Articulation des Peuples Indigènes – APIB demande aux autorités de renoncer à cette proposition. Plus d'une dizaine d'organisations indigènes régionales ont également manifesté leur opposition à cette proposition. Parmi les organisations indigénistes, le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, a exprimé son hostilité au projet. Pour le Ministère Public Fédéral, ce transfert de tâche à une entité privée est contraire à la Constitution fédérale. À suivre !

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- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".


- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 96), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2