06/10/2014

Carlito, un Indien Yanomami sera au départ de la "Marche de l'espoir"

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, terras indígenas, Marche de l'espoir, Terre des Hommes Suisse, Secoya, AYA, Carlito Ixima, Silvio Cavuscens, Yanomami, Rio Marauiá, periomi, xamatari, Roraima, AmazonasDimanche prochain 12 octobre, Carlito Iximauteri*, un Indien Yanomami, sera au départ de la 23e édition de la "Marche de l'espoir", organisée à Genève, sur les bords du lac Léman, par Terre des Hommes Suisse – TdH. L'objectif principal de la "Marche" de cette année est de soutenir le programme d'éducation du "Service et Coopération avec le peuple Yanomami" – SECOYA de Manaus (également partenaire de AYA)**. Comme il le fera cette semaine dans plusieurs établissements scolaires, au cours de la journée, Carlito sera appelé à témoigner du vécu et des problèmes des Yanomami de sa région.

Ce programme d'éducation de la SECOYA se veut différencié de celui en vigueur au Brésil. Il s'agit d'une dynamique qui, d'une part, intègre effectivement l'univers culturel et les connaissances traditionnelles des Yanomami et, d'autre part, soit utile à ces derniers pour leur relation avec la société nationale. L'éducation différenciée est également caractérisée par le fait que celle-ci est bilingue, le portugais étant enseigné dans un deuxième temps, après la langue yanomami. Elle l'est aussi parce que non obligatoire, avec un calendrier et un contenu différents de ceux de l'éducation nationale brésilienne. La formation des professeurs Yanomami fait l'objet d'un processus particulier. Par exemple, ils participent à l'élaboration du matériel didactique.

Dans le cadre de la préparation de cette manifestation, au cours du mois de septembre, des présentations sont programmées dans plus de 180 écoles du canton de Genève et de France voisine. Ce sont près de 27'000 élèves à être informés sur les réalités de vie des Yanomami et plus largement sur les différentes problématiques "nord – sud". TdH a rédigé une fiche pédagogique et deux annexes destinées aux élèves. Les participants à la marche sont invités à rechercher des marraines et des parrains qui s'engagent à verser à leur filleule ou filleul une certaine somme par kilomètre parcouru. En 2013, 4'300 enfants et jeunes ont marché en faveur des enfants du sud de l'Inde. Ils ont récolté plus de 350'000 francs.

Carlito Ixima* - il est connue sous ce nom - est Agent Indigène de Santé. Il a été désigné "Periomi" (leader traditionnel) par les habitants d'Ixima son village d'origine, une communauté du rio Marauiá dans l'État d'Amazonas, dans la Terre Indigène Yanomami. Agé de 41 ans, il est marié, père de deux garçons, le premier a 11 ans et le deuxième est âgé de quelques mois. Sa langue maternelle est le Xamatari*, un dialecte yanomami. Il s'exprime également en portugais. Il a pris une part active dans la création, en octobre 2013, de l'association Kurikama***. Il accompagne les activités de la Secoya depuis le début des années 90.

Silvio Cavuscens, le coordinateur général de la Secoya, sera également à Genève. Silvio, sociologue helvético-brésilien a passé sa jeunesse dans le village genevois d'Avully. Il vit en Amazonie où il s'est engagé aux côtés des peuples indigènes depuis plus de 30 ans.

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* Prononcer "Ichimauteri", "ichima", "chamatari"

** Pendant la Marche, AYA sera heureux d'accueillir le public à son stand d'information situé sur la Rotonde des Pâquis.

*** Voir sur ce blog, la note du 10 décembre 2013

- Photo © Secoya : Carlito lors de la fondation de l'association Kurikama en octobre 2013. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

- La carte ci-dessous permet de situer le village d'origine de Carlito. Là aussi, il faut cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

 

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 PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 96), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

01/10/2014

Élections 2014 : Les candidatures indigènes

Pour ces très prochaines élections brésiliennes* le Tribunal Supérieur Électoral – TSE a publié une statistique relative à la couleur et à la race des candidats, selon qu'ils se sont déclarés appartenir à l'une ou l'autre de cinq catégories : blancs, indigènes (amérindiens)**, jaunes (d'origine asiatique), de noirs et de "pardos" (métis descendants de parents noirs et blancs; de blancs et d'amérindiens, et de noirs et amérindiens).

Au 11 septembre, sur les 26'142 candidats, 86 (soit 0,33%) se déclarent indigènes. Parmi ceux-ci, les plus nombreux – 55 - sont candidats pour siéger comme Député "Estadual" (dans une Assemblée législative d'un État); 25 sont postulants à la Chambre des Députés à Brasilia; 3 le sont pour un poste de Sénateur; 2 comme Sénateurs-suppléants et un pour un poste de Vice-gouverneur. Le TSE a déclaré 5 candidatures "Indigènes" non valables. Parmi les candidatures indigènes 29 (34 %) sont des femmes. Du point de vue géographique, 34 candidatures émanent de huit des neuf États de l'Amazonie légale.

Les candidates et candidats indigènes se présentent au corps électoral sur les listes de 23 partis différents. Les plus nombreux : 37 (dont 16 pour le seul Parti des Travailleurs - PT) sont inscrits dans les partis de la coalition de Dilma Rousseff. Celle de Marina Silva en compte 17. Et celle d'Aécio Neves 9. Il y en 12 sur les listes du Parti Socialisme et Liberté – PSOL, et encore 11 dans divers partis. Il faut noter que les coalitions de partis sont variables selon les différentes instances, les États et les postes dont il s'agit.

Dans l'histoire récente du Brésil, il n'y a eu qu'un Indien ayant siégé à la Chambre des Députés : il s'agit de Mário Juruna, élu de Rio de Janeiro entre 1983 et 1987. Le système de désignation des 513 membres de la Chambre des Députés, où chaque État a droit à un certain nombre de représentants en fonction de son nombre d'habitants, rend difficile une représentation indigène.

Des organisations indigènes s'inquiètent de cette absence de représentation. Au mois de mars dernier déjà, le Conseil Indigène de Roraima - CIR, avait mis la question de la politique des partis et du vote "propre" à l'ordre du jour de sa 43e Assemblée générale. En mai, le Conseil des Tuxauas des neuf ethnies de Roraima a voulu que le vote des Indiens soit en faveur de candidats Indiens. Ils ont proposé que deux dirigeants du CIR soient candidats : Mário Nicácio comme Député "Estadual" et Aldenir Wapichana pour la Chambre des Députés. Dans cet État, près de 12% des 497'000 habitants sont des indigènes, une candidature indigène a un mince espoir d'aboutir.

Il faut rappeler que la représentation politique dans cet État est particulièrement anti-indigène. Par exemple, Paulo Cesar Quartiero, député fédéral dans la législature qui se termine, et maintenant candidat au poste de Vice-gouverneur de l'État, a été l'un des plus farouches opposants à la démarcation de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol.

À la fin septembre – début octobre 2013, au moment de la mobilisation indigène pour célébrer le 25e anniversaire de la Constitution, deux députés du PT, Nilmário Miranda et Padre Ton, ont déposé une Proposition d'Amendement Constitutionnel – PEC (No 320/2013) créant quatre sièges pour des représentants indigènes à la Chambre des Députés. Selon les auteurs, la proposition "renforce la démocratie brésilienne qui passe non seulement par la reconnaissance de l'importance politique des peuples indigènes brésiliens, mais consolide un modèle démocratique voulant une véritable inclusion sociale et politique". La proposition est toujours en examen…

Ces élections s'inscrivent dans un moment où les droits des peuples indigènes sont remis en cause.

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* Voir sur ce blog, la note du 26 septembre.

** En 2010, la population auto-déclarée "Indigène" (818'000 personnes) représentait 0,44% des habitants du pays.

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- PS 1 : Plusieurs notes ont été publiées sur ce blog, en octobre, novembre et décembre 2010 à l'occasion des élections de 2010.

- PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 96), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

26/09/2014

Élections 2014 : La question indigène dans les programmes de gouvernement

Le 5 octobre prochain, les 143 millions de citoyens brésiliens sont appelés aux urnes pour le premier tour de l'élection présidentielle, mais aussi pour élire leurs représentants à la Chambre des Députés, un tiers des membres du Sénat, les Gouverneurs et les membres des Assemblées législatives des États. Le deuxième tour aura lieu le 26 octobre.

À ce jour, trois candidatures pour la présidence de la république arrivent en tête des sondages, celle de Dilma Rousseff, l'actuelle présidente qui se représente pour une coalition constituée autour du Parti des Travailleurs (PT). Celle de Marina Silva, ancienne ministre de l'Environnement – elle avait été membre du gouvernement de Lula entre 2003 et 2008 - qui se présente pour la coalition constituée autour du Parti Socialiste Brésilien (PSB). Et celle d'Aécio Neves, de la coalition constituée autour du Parti de la Sociale Démocratie Brésilienne (PSDB).

Malgré leur caractère relatif, les programmes de gouvernement des candidats permettent, à l'aide de quelques mots-clefs : "Indigènes", "Démarcation", et [Communautés] "Traditionnelles", de connaître leurs intentions à l'égard des peuples indigènes du pays.

Dans le programme de Dilma Rousseff, les termes "Indigènes" et "Démarcation" n'y figurent pas. Le terme de populations "traditionnelles" est mentionné dans la partie "Un nouveau cycle historique" où il est question de renforcer l'usage de procédés productifs faibles en émission de gaz à effets de serre. Présidente sortante, son bilan en matière de politique indigéniste est critiqué par les organisations indigènes. Par exemple, ces dernières lui reprochent de n'avoir démarqué que quelques Terres Indigènes au cours de ses années à la tête de la république.

Dans celui de Marina Silva, le terme "Indigènes" revient trois fois. Tout d'abord dans la description des axes de son action gouvernementale en faveur d'un nouveau cycle de développement soutenable… par la construction d'un État et d'une démocratie de haute intensité. Ensuite, en matière d'éducation, où est affirmé le droit à la diversité. Enfin, en matière de culture, d'activités artistiques, communautaires et entrepreneuriales : "Créer des formes adéquates pour le soutien (l'encouragement) des activités économiques des groupes indigènes et des populations traditionnelles".

Le terme "[communautés] traditionnelles" revient trois autres fois. Tout d'abord en rapport avec l'axe 2 de son programme : "Economie pour le développement durable" à propos des "Regroupements productifs locaux" : ... appui à l'organisation sociale des producteurs locaux et des communautés traditionnelles… Ensuite à propos du "Développement rural et agropastoral" : établir des synergies entre les universités rurales et écoles techniques agricoles pour répondre aux demandes des  communautés et populations traditionnelles. Le terme "démarcation" est cité une fois dans la partie "identités et reconnaissance des diversités culturelles" : garantir les processus de démarcation et d'homologation des terres indigènes et les possibilités de développement et d'autonomie des peuples indigènes.

Dans le programme d'Aécio Neves, le terme "indigènes" revient six fois au chapitre des Droits humains. Il est mentionné la volonté de donner une priorité aux politiques en relation avec les secteurs les plus vulnérables de notre société (dont les peuples indigènes). Le terme "démarcation" est cité une fois au chapitre du "Développement soutenable de l'agriculture familiale alimentaire" : "accélération de la régularisation foncière des territoires, accélération des processus de démarcation en garantissant leur protection physique… Au chapitre traitant de l'environnement et de la citoyenneté planétaire, est inscrite la "Reconnaissance du rôle des populations traditionnelles dans la conservation de la biodiversité" et "Valorisation des connaissances de ces populations moyennant une politique et une législation spécifiques."

Compte tenu du fait que plusieurs candidats indigènes se présentent sous l'étiquette du Parti Socialisme et Liberté – PSOL, il est intéressant d'examiner le programme de gouvernement de Luciana Genro, la candidate de ce parti, même si les sondages ne la placent qu'en 5e position avec environ 1% des intentions de vote. Les termes "[communautés] traditionnelles" et "démarcation" n'y figurent pas. Et "indigènes" est cité une fois pour rappeler la mobilisation des peuples indigènes de mai dernier à Brasilia. L'intérêt des indigènes pour ce parti vient probablement du fait que ce dernier veut un autre développement économique : …"Le Brésil a besoin de conquérir sa véritable souveraineté. Aujourd'hui la situation [du pays] est la soumission aux intérêts du capital  financier et monopolistique…"

Comme on peut le constater, la question indigène est relativement peu présente dans les programmes de gouvernement. Ce thème ne fait l'objet d'un chapitre spécifique dans aucun de ces documents.

Le 15 septembre, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a publié une lettre ouverte aux candidates et candidats à la présidence de la république. L'articulation dénonce d'abord les attaques contre les droits indigènes émanant des pouvoirs publics et des grands médias. Elle leur demande de s'engager à respecter les droits inscrits dans la Constitution fédérale, la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail et autres traités internationaux signés par le Brésil. L'APIB détaille en onze points l'essentiel de ses revendications. Les premières concernant les droits territoriaux : la démarcation et la protection de toutes les Terres Indigènes. Il y est aussi question de la représentation des peuples indigènes dans diverses instances, le service de santé et l'éducation indigène. "L'engagement des gouvernants à mettre en œuvre ce programme sera la manifestation d'une volonté de dépasser les plaies et atrocités commises contre nos peuples, jusqu'à aujourd'hui depuis les 514 ans de l'invasion européenne. L'application de ce programme donnera une réalité au modèle constitutionnel [de 1988] qui a mis fin à l'indigénisme "intégrationiste", ethnocentrique, autoritaire, paternaliste, tutélaire et "assistancialiste". Il permettra de restituer l'autonomie de nos peuples, sujets politiques, ethniquement et culturellement différenciés. Cela en faveur de la fin de l'État colonial et d'une société réellement démocratique, juste et plurielle."

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 96), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

17/09/2014

Brésil : Violences contre les peuples indigènes, le rapport annuel du CIMI

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, terras indígenas, Dom Erwin Kräutler, Cleber Cesar Buzzato, José Sarney, Dilma Rousseff, Roberto Antonio Liebgott, CISI, Mato Grosso do Sul, CIMI, CNBB"Pour les peuples indigènes, dépossédés de leur habitat ancestral, le monde devient un désert et le ciel du Bien Vivre est profané !" C'est ainsi que Dom Erwin Kräutler, président du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI*, conclut la présentation du rapport annuel consacré à la "Violence contre les Peuples indigènes" du Brésil. Ce sont les données recueillies en 2013 qui ont été publiées le 17 juillet dernier à Brasilia. Dom Erwin relève que "Beaucoup d'agressions enregistrées ont pour toile de fond la paralysie de tous les processus de démarcation des terres indigènes imposée par la présidente Dilma Rousseff… Le mépris à l'égard des peuples indigènes ne se limite pas aux droits territoriaux. Il se manifeste aussi par une négligence criminelle dans le Service de santé qui leur est destiné". Droits territoriaux et santé sont les deux thèmes sur lesquels le rapport met l'accent.

Le Secrétaire exécutif du CIMI, Cleber Cesar Buzzato, cite l'exemple de 12 processus de démarcation de Terres Indigènes – TI qui n'attendent que la signature du ministre de la justice, pour être déclarées comme telles, et 17 attendent seulement la signature de la présidente de la république pour leur homologation, quasiment la phase finale de leur reconnaissance comme TI. En moyenne annuelle, depuis la présidence de José Sarney, c'est sous l'actuel gouvernement de Dilma Rousseff qu'il y a eu le moins de TI démarquées : seulement 3,6. Autre fait révélateur, en 2013, sur les 21,6 millions de Reais que le Congrès avait inscrits au budget de l'État pour la "Délimitation, démarcation et régularisation des TI", seuls 5,4 millions ont été utilisés.

Pour Roberto Antonio Liebgott, représentant du CIMI à la Commission Intersectorielle de Santé Indigène – CISI, "Le service de santé indigène est une réalité dévastatrice. En 2013, la politique de santé indigène a continué d'être marquée par le gaspillage des ressources financières et par une négligence absolue dans la mise en œuvre des actions. Quelques unes, très basiques, pourraient sauver des milliers de vies chaque année." Le document, citant les propres sources du gouvernement, rappelle que pour 100 indigènes qui meurent, on compte 40 enfants de moins de 5 ans. Entre janvier et novembre 2013, ce sont 693 enfants indigènes de moins de 5 ans qui sont décédés. Dans l'État du Mato Grosso do Sul, toujours dans la population indigène, le coefficient de mortalité infantile des moins de 5 ans est de 45,9/1'000 naissances. La moyenne nationale est de 19,6 pour mille.

Comme dans les rapport des années précédentes, pour 2013, le CIMI a regroupé les cas de violences sous trois chapitres : les violences contre le patrimoine; celles contre les personnes et la violence par négligence des pouvoirs publics. Dans la première catégorie, il a compté 97 cas (125 en 2012). Dans la deuxième catégorie, il a dénombré, entre autres, 53 assassinats (60 en 2012). Des négligences de la part des pouvoirs publics sont observées dans 19 États de l'Union (23 en 2012).

En 2013, sur les 27 entités de l'Union, trois États seulement (Espírito Santo, Rio Grande do Norte et Sergipe) n'ont pas connu de violences. Mais les trois catégories de violences ont été observées dans quatorze États, dont sept des neuf États de l'Amazonie légale !

Malgré des chiffres légèrement meilleurs que l'année précédente, la violence à laquelle les peuples indigènes du Brésil sont confrontés reste conséquente…

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* Le CIMI est l'organisme de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB en charge de la question des peuples indigènes.

- PS 1 : Tout récemment, le ministère de la santé a fait connaître son intention de modifier le service de santé indigène en créant un "Institut National de Santé Indigène – INSI". Plusieurs organisations indigènes ont déjà fait connaître leur hostilité à ce projet.

- Image : Page de couverture du rapport du CIMI. Il s'agit de l'incendie d'un bateau de la FUNAI lors des violents incidents anti-indigènes survenus le 25 décembre 2013 à Humaitá (État d'Amazonas). Á ce sujet, voir sur ce blog la note du 15 février 2014. L'auteur de la photo : Raolin Magalhães (cédée pour le peuple Tenharim). Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

- Pour les années précédentes, voir sur ce blog, les notes des 02/09/2013, 14/09/2012, 09/09/2011 et 03/08/2010.

- PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 95), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

08/09/2014

Pérou : Une nouvelle loi menace l’environnement

Amazônia, Amazônia peruana, Pérou, Perú, Luis Miguel Castilla, Ollanta Humala, Ley No 30230, MINAM, OFEA, Pacto de Unidade Perú, Loreto, rio Pastaza, rio Tigre, FECONAT, Lima, COP 20, Petroperú, Cuninico, Iquitos, manto negro, derrame, vazamentoLe 3 juillet dernier, la Commission permanente du Congrès péruvien a donné son feu vert au projet de loi No 3627, annoncé en urgence par le Ministre de l’Economie Louis Castilla pour favoriser les investissements privés et relancer la croissance économique. Ce texte a été adopté par le congrès et signé par le président de la république le 11 juillet.

Sous prétexte de promouvoir les investissements, cette loi affaiblit considérablement les compétences du Ministère de l’Environnement péruvien (MINAM). C’est notamment le cas dans le domaine de la surveillance des activités extractives (minerais, pétrole) qui sont particulièrement étendues au Pérou. À titre d’exemple, cette loi affecte les compétences de l’Organisme (du MINAM) d’Évaluation et de Surveillance Environnemental - OEFA, en matière de sanction des délits environnementaux. Elle prévoit que durant trois ans les activités de l’OEFA soient orientées vers la prévention et la correction des infractions laissant les sanctions seulement pour des cas exceptionnels. De la même manière, elle réduit les compétences du MINAM dans l’approbation de zones de réserves naturelles en proposant que les décisions dans ce domaine ne soient plus uniquement du ressort du MINAM mais soient prises par décret suprême avec un vote du Conseil des Ministres. Cette modification augmente la bureaucratisation des procédures et donne un caractère politique à ces prises de décisions.

Près de cent organisations internationales ont écrit au Président Ollanta Humala pour exprimer leur grande préoccupation quant à l’approbation de cette loi. Le Pacte d'Unité des Organisations Indigènes du Pérou avait également exprimé son rejet de la décision du Congrès et demandé au Président de ne pas promulguer la loi.

Cette annonce intervient alors que l’environnement péruvien est déjà considérablement affecté par la pollution occasionnée par l’industrie extractive. Par exemple, en juin dernier, la rupture d'un oléoduc dans la région amazonienne du Loreto, a occasionné une fuite (voir ci-dessous) de pétrole dans l’environnement, de plus de 400 barils, affectant la faune, la flore et la santé de près de 550 personnes.

Dans un contexte de crise climatique globale où il paraît urgent de prendre des mesures concrètes, cette loi représente un grave retour en arrière pour le Pérou dans le domaine de l’environnement. Elle constitue aussi un très mauvais signal à la veille de la prochaine conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, la COP 20 qui aura lieu à Lima en décembre prochain.

Photo© Feconaco : un moniteur indigène chargé de la surveillance territoriale constate la pollution

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La vidéo (en espagnol) de 19 mn ci-dessous a été diffusée le 20 juillet 2014. Il s'agit d'un reportage relatif à la pollution, suite à une fuite de pétrole, survenue dans la dernière semaine de juin, près de la localité de Cuninico, au cœur de la forêt de Loreto au Pérou.

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- Voir sur ce blog les notes des 20 janvier et 25 juin 2012, et 10 mai 2013

- Cette note a été rédigée par Aurélien Stoll, Secrétaire de l'ONG genevoise, le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI, également chargé du suivi d'un projet de surveillance territoriale mis en œuvre par des organisations et communautés indigènes en Amazonie péruvienne.

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, mais ici en espagnol, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 95), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

29/08/2014

Le Yanomami Davi Kopenawa est menacé de mort

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, Davi Kopenawa, Hutukara Associação Yanomami, HAY, São Gabriel da Cachoeira, Armindo Góes, Terre Indigène Yanomami, Terra Indígena Yanomami, Boa Vista, Roraima, orpaillage illégal, garimpo, garimpeiro, ISA, Instituto Socioambiental, Polícia Federal, Ministério Público Federal, Festa Literária Internacional de Paraty, FLIP, La Chute du Ciel, The Falling SkyLe 28 juillet, Davi Kopenawa, le président de l'Hutukara Associação Yanomami - HAY a rencontré le délégué adjoint de la Police Fédérale à Boa Vista (la capitale de l'État de Roraima) pour l'informer des menaces de mort dont il est l'objet. L'HAY a remis un rapport dans lequel elle fait état du climat d'insécurité dans lequel vivent les responsables de l'association, son président étant particulièrement visé. En mai, à São Gabriel da Cachoeira (AM), le directeur de l'HAY, Armindo Góes a été abordé par des garimpeiros. Ceux-ci lui ont déclaré que des personnes, qui avaient subi des préjudices lors des opérations de lutte contre l'orpaillage illégal dans la Terre Indigène Yanomami – TI-Y, recherchaient Davi, affirmant que celui-ci n'arriverait pas vivant à la fin de l'année.

En juin, à Boa Vista (la capitale de l'État de Roraima), le siège local de l'Institut Socio-environnemental – ISA (une organisation indigéniste) a été victime d'un "assalto" au cours duquel du matériel a été volé.

L'HAY a pris des mesures pour augmenter la sécurité de son siège à Boa Vista. Elle a restreint les activités et les déplacements de son président. Elle demande à la Police Fédérale d'enquêter sur toute la chaîne de l'or dans la Terre Indigène Yanomami pour savoir qui finance les opérations d'orpaillage, qui achète l'or ? "Malheureusement ceux qui financent l'exploitation illégale du minerai sont rarement identifiés et les garimpeiros sont rapidement libérés et retournent à leur activité illégale". L'HAY demande à l'État brésilien, non seulement la protection et la surveillance du territoire du peuple Yanomami, mais aussi d'assurer l'intégrité physique de Davi Kopenawa.

Ces faits ont conduit la Police Fédérale et le Ministère Public Fédéral de Roraima à ouvrir une enquête et prendre une série de mesures. Entre autres, elle a demandé au Secrétariat des Droits humains de la présidence de la république d'envisager l'inclusion de Davi Kopenawa dans le Programme de protection des défenseurs des droits humains.

Présent à la Fête Littéraire Internationale de Paraty (RJ) qui s'est tenue du 30 juillet au 3 août, Davi a sollicité de l'aide : "Si vous n'aidez pas le peuple indigène, le monde ne va pas bien fonctionner… La forêt c'est ce qui nous protège…"

Survival International propose l'envoi, à la Présidente du Brésil Dilma Rousseff, d'un courrier de soutien aux Yanomami.

Pour rappel, Davi était en Suisse en mars 2012*, lors de la présentation, à Genève, du film de Daniel Schweizer  "Indiens d'Amazonie en sursis" dans le cadre du Festival du film et forum International sur les Droits Humains – FIFDH. Il est coauteur avec Bruce Albert du livre "La chute du Ciel - Paroles d'un chaman yanomami", publié dans la Collection  "Terre Humaine" aux éditions Plon (Paris). Une version en anglais : "The Falling Sky", a été publiée en novembre 2013 aux éditions Harvard University Press. La version portugaise est attendue pour la fin 2014, début 2015.

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*Voir sur ce blog, les notes des 11/01/2013, 02/03/2012, 23/03/2012, 07/10/2011 et 21/10/2011

Photo Fernando Frazão / Agência Brasil : Davi Kopenawa lors de la Festa Literária Internacional de Paraty. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le "AYA Info" (No 95), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

21/08/2014

Brésil : Une nouvelle loi facilite les relations entre les collectivités publiques et les ONG

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, Organisations de la société civile, ONG, organizações da sociedade civil, OSC, Marco regulatório, Política Nacional de Participação Social, conselhos populares, Câmara dos deputados, Dilma Rousseff, ABONGL'action des organisations de la société civile - OSC est une précieuse contribution à la vie démocratique d'un pays. Au Brésil, elles ont joué un rôle fondamental pour l'adoption de la Constitution de 1988 basée sur la participation et le contrôle social des politiques publiques. Reste que le mode de subventionnement des programmes et actions des OSC par les collectivités publiques est particulièrement inadapté, au point de mettre en péril cet apport et les organisations elles-mêmes.

Voilà plus d'une vingtaine d'années que les principales ONG, en particulier l'Association Brésilienne des Organisations Non Gouvernementales  – ABONG, se mobilisent pour améliorer la situation et obtenir un cadre juridique* plus satisfaisant. En 2010, lors de la dernière campagne pour l'élection présidentielle, les candidats s'étaient engagés à traiter de cette question. En novembre 2011, un Groupe de travail réunissant les représentants de plusieurs ministères, de la Présidence de la république et des ONG a été constitué. Il a rédigé un rapport conclu en juillet 2012. Ce document propose un avant projet de loi qui a servi de base à un texte approuvé par le Sénat en décembre 2013. Le 13 mai 2014, la Commission Constitution, Justice et Citoyenneté – CCJ de la Chambre des députés a approuvé le projet de loi qui a l'appui du gouvernement. En avril dernier l'ABONG a publié une brochure expliquant les enjeux et l'importance de ce texte. La loi est la même pour toutes les entités publiques : Union, États, Municipalités, etc. Elle règle notamment deux cas de figure : d'une part quand les entités publiques souhaitent la participation des OSC pour la réalisations de certains projets et, d'autre part, quand les OSC demandent le financement d'un projet par les pouvoirs publics.

La Chambre des Députés a approuvé le texte le 2 juillet et la Présidente de la république l'a signé le 31 juillet. Il a été publié au journal officiel de l'Union le 1er août.

Des ONG se préoccupent déjà de l'application de la loi, de la réglementation à venir. Ainsi des rencontres ont déjà eu lieu ce mois d'août à Belo Horizonte et à Rio de Janeiro pour discuter des prochaines étapes.

Également dans le domaine de la relation avec la société civile, la présidente de la république a signé, le 23 mai, un décret qui institue une Politique Nationale de Participation Sociale – PNPS et un Système de National de Participation Sociale – SNPS.

Des députés de l'opposition ont déposé un projet de décret législatif pour en suspendre l'application. Le sujet a été repris à la Chambre des députés ce début du mois d'août, pour le moment sans résultat.

* "Marco regulatório" en portugais.

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Photo : Wilson Dias / Agência Brasil / Le 31 juillet Dilma Rousseff signe la loi sur le "Marco regulatório". Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans "AYA Info" No 94, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

13/08/2014

Indiens isolés : un contact met fin à une résistance séculaire

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, peuples isolés, Funai, Ashaninka, Simpatia, Terras indigenas, Acre, Frente de proteção etnoambiental, Kaxinawa, Ninawa Huni Kuin, rio Xinane, rio Envira, madeireiros, narcotraficantes, Jorge Viana, CIDH, OEA, Bolivie, Bolivia, Colombie, Colombia, Equateur, Ecuador, Paraguay, Venezuela, Guiana, Suriname, Carta Capital, Felipe Milaneze, Glenn Shepard, Programa de Aceleração do Crescimento, Carlos Lisboa TravassoLe 1er juillet, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a publié un communiqué annonçant le premier contact établi par un groupe d'indiens, jusque-là isolés, avec une communauté Ashaninka du village Simpatia, dans la Terre Indigène Kampa et Isolés du Alto Rio Envira, dans l'État d'Acre, non loin de la frontière avec le Pérou. La rencontre a été pacifique comme en témoigne la vidéo ci-dessous. Au moment du contact, des membres du Front de Protection Ethno-environnemental Envira – FPE de la FUNAI étaient présents. Ils ont eu l'opportunité de filmer l'événement. Le 17 juillet, la Fondation a indiqué que ces indiens ont dû recevoir un traitement antigrippal. Ils n'ont pas échappé au choc microbien ! Elle a mis en œuvre le plan d'intervention pour les situations de contact. Il s'agit surtout de réduire les risques graves encourus par ces indiens dans le domaine de la santé. Leur organisme est dépourvu d'anticorps susceptibles de répondre aux attaques d'agents pathogènes.

Le FPE du Envira était présent dans ce village pour enquêter suite aux doléances d'indiens Kaxinawa qui se plaignent d'avoir eu à subir des saccages et des vols commis par des indiens isolés. Ninawa Huni Kuin, le président de la Fédération du peuple Huni Kuin demande que la FUNAI réactive la base du FPE du rio Xinane fermée en 2011 après une invasion de narcotrafiquants péruviens*. Pour lui, comme pour beaucoup d'indigénistes, les peuples isolés de la région sont sous la pression de "madeireiros" (exploitants forestiers) ou de narcotrafiquants qui envahissent leurs territoires.

Le Coordinateur général  du service des indiens isolés et de contact récent de la FUNAI, Carlos Lisboa Travasso, dans une interview à "Amazônia Real", décrit le détail des contacts qui ont eu lieu avec ces visiteurs. Il exprime également sa préoccupation quant à l'avenir des groupes isolés.

Pour l'heure, le gouvernement de l'État d'Acre a apporté son appui au FPE. Le sénateur Jorge Viana a demandé au ministre de la justice de garantir à la FUNAI les ressources nécessaires à la protection des indiens isolés. Il s'agit d'un investissement de 5 millions de Reais** sur quatre ans.

Le Brésil n'est pas le seul pays à avoir des peuples isolés sur son territoire. La Commission Interaméricaine des Droits Humains – CIDH, de l'Organisation des États Américains – OEA, est préoccupée par la situation de ces peuples dont plusieurs courent le risque de disparaître complètement. Elle vient de publier un rapport relatif aux "Peuples indigènes en isolement volontaire et en contact initial dans les Amériques". Une problématique qui, outre le Brésil, concerne la Bolivie, la Colombie, l'Equateur, le Paraguay et le Venezuela. Il y a des indices de présence de tels peuples en Guiana et au Suriname. Pour la CIDH, les principales menaces qui pèsent sur ces peuples sont : le contact en lui-même, les pressions sur leurs terres et territoires, l'extraction des ressources naturelles, les contagions et autres maladies, les agressions directes, les projets touristiques et le narcotrafic. La Commission fait une série de recommandations aux États concernés, comme la protection des territoires, la consultation préalable, libre et informée sur les projets concernant ces peuples.

Dans un article publié dans "Carta Capital", les bons connaisseurs des questions indigènes que sont le journaliste Felipe Milaneze et l'anthropologue Glenn Shepard, rappellent l'histoire des peuples indigènes du Brésil qui ont eu à souffrir du contact avec les non indiens : la période d'exploitation du caoutchouc, la dictature militaire et, maintenant, le Programme d'Accélération de la Croissance – PAC du gouvernement brésilien. Ils rappellent la trentaine d'ouvrages du programme qui impactent directement le territoire d'indiens isolés. Selon eux, l'isolement voulu par ces peuples est une stratégie de survie. Le contact établi par ces indiens isolés (qu'ils appellent Xatanawa) "met fin à une résistance séculaire". Les indigènes venus au contact des Ashaninka sont des survivants…

* Voir sur ce blog, la note (avec carte) publiée le 26 août 2011. Et "AYA Info" No 29 .

** Soit environ 2,2 millions de US$ ou 2 millions de CHF.

Photo : FUNAI, trois des indiens venus au contact du village Ashaninka

La vidéo ci-dessous a été vue plus de 2,2 millions de fois

 

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" (No 95), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2 

 

23/06/2014

Avant le match de la Nati à Manaus, la Suisse manifeste sa solidarité avec les Yanomami

Le programme d'éducation en santé mis sur pied par le Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA1 de Manaus a reçu l'appui de l'ambassade de Suisse à Brasilia, elle-même en partenariat avec l'Association Suisse de Football – ASF.

Les bénéficiaires directs du projet sont les 350 enfants, de 0 à 5 ans, des villages yanomami du rio Marauiá2 et des ses affluents. Le projet, prévu pour durer 12 mois, doit commencer dans les prochaines semaines. L'objectif est de diminuer de moitié, en trois ans, le taux de dénutrition infantile qui est actuellement de 44%. Pour atteindre ce résultat, la Secoya a prévu d'organiser d'abord deux cours de dix jours destinés à 25 Agents Indigènes de Santé – AIS. Ces cours porteront sur la valorisation des aliments traditionnels susceptibles d'améliorer l'équilibre nutritionnel des enfants. Il s'agit de réduire les facteurs à l'origine de la perte de poids, notamment les maladies diarrhéiques, les infections respiratoires, les parasitoses…

Parallèlement aux cours, d'autres actions de prévention sont prévues dans les villages : activités pratiques de purification de l'eau de consommation, hygiène personnelle et de l'habitation, élimination des ordures, etc. Pour assurer la viabilité et la durabilité de ces actions sur le long terme, la Secoya veut progressivement confier la responsabilité de ces actions à des agents multiplicateurs. Ceux-ci agiront pour favoriser des changements sociaux tout en étant de défenseurs de la culture traditionnelle des Yanomami.

La signature du partenariat Ambassade de Suisse – Secoya aura lieu, ce mercredi 25 juin à 11h à Manaus, au siège même de la Secoya, en présence de l'ambassadeur André Regli et de ses invités.

Le jour choisi pour cette cérémonie ne doit rien au hasard : le 25 juin, la Nati rencontre l'équipe du Honduras dans la capitale amazonienne, dans le cadre du Mondial de football.

Trois personnes engagées dans ce projet : le coordinateur de la Secoya, Silvio Cavuscens et deux volontaires de l'association E-Changer, Sylvie Petter (infirmière) et Judith Schnyder (anthropologue) sont de nationalité suisse. Il y a là une double solidarité bien sympathique !

La Secoya n'est par la seule ONG brésilienne à recevoir une aide helvétique. L'ambassade et l'ASF appuient des projets dans les villes ou régions où la Nati a joué les matches du premier tour de la Coupe : à Brasilia et à Salvador.

À Brasilia, un partenariat a été signé le 14 juin avec l'association Rede Urbana de Ações Socioculturais – RUAS3 et le Programa Jovem de Expressão4. L'appui a été donné pour la réalisation d'un film sur l'histoire de Sol Nascente5, l'une des plus grandes favelas du Brésil. Le documentaire sera réalisé par des jeunes de la favela.

À Salvador, le partenariat a été conclu avec l'association "Junta Salvador Pernambues em Ação6". Pernambues est un quartier défavorisé de Salvador. L'objectif est de créer des sources de revenus pour des jeunes et des femmes sans emploi. L'appui servira à l'acquisition des infrastructure et matériel nécessaires à la réalisation de cours de formation dans les domaines de la couture et d'artisanat de cuir. Les produits fabriqués seront mis en vente.

Ces actions laisseront des traces positives du passage de la Nati au Brésil hors du champ footballistique !

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Notes :

1) Le partenaire de AYA

2) Une rivière située dans la partie de l'État d'Amazonas de la Terre Indigène Yanomami

En français :

3) Réseau Urbain d'Action Socioculturelles / 4) Programme d'Expression Jeune / 5) Soleil Naissant / 6) Ensemble Salvador Pernambues en Action

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans AYA Info No 93, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

15/06/2014

Brésil - Croatie, les caméras n'ont-elles pas vu la revendication d'un jeune indien ?

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, São Paulo, Croatie, Croácia, demarcação, démarcation, Coupe du monde 2014, Copa do Mundo, FIFA, football, futebol, Guarani, Krukutu, Carta Capital, Parelheiros, Fábio JekupéC'était le 12 juin dernier, sur la pelouse du stade de l'Arena de São Paulo, avant le coup d'envoi du match Brésil - Croatie, la rencontre inaugurale de la Coupe 2014. Devant 62'000 spectateurs, trois jeunes, une noire, un blanc et un indien, ont chacun lâché une colombe blanche en signe d'appel à la paix et à la tolérance. Les cameras* ont suivi l'envol des volatiles…

Elles n'ont pas montré le jeune indien qui, après avoir délivré son message de paix, a déplié une banderole rouge portant l'inscription "démarcation". Il appelait à une application concrète de cette paix. "Carta Capital", le média qui relate l'événement et en publie une photo, indique que le jeune indien vit à Krukutu, un village de la région de Parelheiros, à l'extrême sud de l'agglomération de São Paulo.

Plusieurs communautés Guarani de cette région ont récemment organisé des manifestations pour demander, soit la démarcation de leur terre, soit une extension de la surface de celles qu'ils occupent.

Le geste d'un mineur de 13 ans, appartenant à une minorité (les indiens du Brésil représentent moins de 0,5% de la population du pays), à un moment fort (la Coupe du Monde), demandant l'application des droits territoriaux des peuples premiers, était  suffisamment symbolique pour mériter une bonne couverture médiatique. Mais les cameras ont détourné leur regard… Seuls le public et les autorités présentes dans le stade – la présidente de la république Dilma Rousseff était en compagnie de Sepp Blatter, le président de la FIFA - ont pu recevoir le message.

Le leader Guarani, Fábio Jekupé n'a pas été surpris par le fait que l'acte de protestation ne soit pas relayé par la télévision : "Ils ne veulent pas montrer ça. Ils veulent seulement montrer la paix entre les peuples pour dire que tout va bien. Mais notre situation n'est pas celle-là."

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Photo © Luiz Pires / Comissão Guarani Yvyrupa – Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

* Le lâcher de colombes  et le match Brésil – Croatie peuvent être vus sur le site de la Radio Télévision Romande – RTS.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera reprise dans le prochain AYA Info (No 94), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2