14/03/2019

Le Peuple Yanomami sur « Léman Bleu »

Pendant le mois de février, à diverses reprises, la chaîne de TV genevoise « Léman Bleu » a diffusé un bref reportage dans lequel des Yanomami du Rio Marauiá s’expriment sur le contexte dans lequel ils vivent. Ils sont particulièrement conscients de l’importance de maintenir leur identité culturelle. L’un d’eux compare celle-ci à « La mère [qui] mastique la nourriture dans sa bouche. Elle donne cette bouillie à l’enfant pour qu’il puisse grandir… La langue transmet les noms des arbres, des rivières, des pierres… ».

Les images ont été rapportées par Aurélien Stoll, le secrétaire du Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI. Ce documentaire est le reflet d’un projet porté* par cette ONG genevoise, en collaboration avec le « Service et Coopération avec le Peuple Yanomami – SECOYA » de Manaus, pour la formation de « Multiplicateurs interculturels ». Le rôle de ceux-ci est de permettre aux communautés yanomami de relever les défis découlant du contact avec la société environnante. Ce programme est soutenu par la Fédération Genevoise de Coopération – FGC qui, pour cette action, a reçu un financement de plusieurs collectivités publiques genevoises.

Le reportage est diffusé dans le cadre de l’émission « Esprit solidaire » animée, depuis fin août 2018, par la journaliste Priscilia Chacón. Cette série est le fruit d’un partenariat Léman Bleu/FGC, qui a reçu le soutien de la Direction du Développement et de la Coopération (Confédération), de dix-huit communes genevoises, du Canton et de la Ville de Genève. Chaque mois « Esprit solidaire » présente un projet d’une organisation membre de la FGC.

*Voir sur ce blog la note du 18 décembre 2018.

Voir l’émission (7’50’’) :

 

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 126, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

21/02/2019

Autochtones du Brésil : 26 février, une soirée d’information à Genève

Le collectif « Grito »*, composé essentiellement de Brésiliennes et de Brésiliens vivant en Suisse, organise une soirée d’information sur la situation des Peuples autochtones de leur pays d’origine.

Au programme : plusieurs prises de parole, quelques brèves vidéos en provenance du Brésil et, surtout, un contact par vidéo-conférence avec Sônia Guajajara, la coordinatrice de l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB. L’Articulation a invité les Peuples et organisations indigènes du pays à manifester le 31 janvier dernier contre les mesures prises**, dès le 1er janvier dernier, par le Gouvernent de Jair Bolsonaro, le nouveau Président de la République.

Cette soirée aura lieu : Mardi 26 janvier, 18h15 à Uni Mail, 40 Bd du Pont d’Arve, Genève, salle MR070 RDC

* « Cri » en français / **Voir sur ce blog, les notes des 12 janvier, 30 janvier et 9 février 2019

Ci-dessous, l'annonce publiée par "Grito". Cliquer sur l'image pour en agrandir la taille.                                                           

Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Jair Bolosnaro, Medida Provisória No 870 de 1º de Janeiro de 2019, Decreto No 9.660 de 1º de Janeiro de 2019, FUNAI, Franklimberg Ribeiro de Freitas, Ministério da Justiça, Ministério da Mulher, da Familia e dos Direitos Humanos, Ministério da Agricultura, Pecuária e Abastecimento, MAPA, Damares Alves, Tereza Cristina, APIB, Grito, Sônia Guajajara, Aline Pachamama, Tania Marino, Uni Mail, Genève, Léman Bleu, Mouvement pour la Coopération Internationale, MCI, Serviço e Cooperação com Povo Yanomami, SECOYA, Manaus, rio Marauiá, Amazonas, Fédération Genevoise de Coopération, FGC

 PS 1 : Sur la TV locale « Léman Bleu », l’émission « Esprit solidaire » de ce mois de février est consacrée à un projet que le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI, en collaboration avec le « Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA » de Manaus, développe auprès des Yanomami du Rio Marauiá, dans l’État brésilien d’Amazonas. Un projet soutenu par la Fédération Genevoise de Coopération– FGC.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

09/02/2019

Brésil : « Sang indigène, aucune goutte de plus »

Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Jair Bolosnaro, Medida Provisória No 870 de 1º de Janeiro de 2019, Decreto No 9.660 de 1º de Janeiro de 2019, FUNAI, Franklimberg Ribeiro de Freitas, Ministério da Justiça, Ministério da Mulher, da Familia e dos Direitos Humanos, Ministério da Agricultura, Pecuária e Abastecimento, MAPA, Damares Alves, Tereza Cristina, APIB, Representação, Raquel Dodge, Ministério Público Federal, MPF, Terras Indígenas, TI, Maurício Corrêa, Itamar Franco, Maired Naguire, Adolfo Perez Esquivel, Rigoberta Menchú, Perimetral Norte, Haximu, Santa Ines do Maranhão, Mídia Índia, Apib, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Docip, Yanomami, Haximu, Coiab, Terra demarcada Vida preservadaIls ont répondu en nombre. Sur le thème « Sang indigène, aucune goutte de plus », l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB avait demandé aux Peuples et organisations indigènes du pays de manifester publiquement, ce 31 janvier, pour la sauvegarde de leurs droits constitutionnels et la fin des violences qu’ils subissent. Des rassemblements, barrages sur les routes, et autres actes de protestation ont été organisés dans une soixantaine de localités, tant au nord qu’au sud du Brésil. Des manifestations ont également eu lieu dans plusieurs pays, dont une en Suisse, à Zurich.

C’est la première protestation d’ampleur contre les décisions prises par le nouveau président Jair Bolsonaro*. Les Indigènes reprochent à ce dernier d’avoir transféré la Fondation Nationale de l’Indien - FUNAI du Ministère de la Justice au Ministère de la Femme, de la Famille et des Droits humains. Ils lui reprochent également d’avoir enlevé à la Fondation la tâche d’identifier, de délimiter et de démarquer les Terres Indigènes (TI) pour confier ce travail au Ministère de l’Agriculture. Un Ministère sous influence du lobby de l’agrobusiness, hostile aux droits indigènes. L’APIB a déjà demandé à la justice de suspendre le dispositif voulu par le nouveau Président.

Pour rappel : en 1988, lors de l’adoption de la Constitution, les constituants ont approuvé des « Dispositions transitoires » donnant au gouvernement un délai de cinq ans – soit jusqu’en octobre 1993 - pour démarquer toutes les TI du pays. Ce délai, pourtant constitutionnel, n’a pas été respecté. Et les gouvernements successifs ont bien procédé à des démarcations, mais sans conclure l’opération pour la totalité des Terres identifiées ou devant l’être. Depuis trente ans, la démarcation de toutes les TI du pays est une revendication constante des organisations indigènes.

Ainsi, en 1992, soit plus d’un an avant l’échéance fixée dans les dispositions transitoires, la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB a lancé une campagne**« Terre démarquée, vie préservée », avec récolte de signatures, pour demander au gouvernement de l’époque, présidé par Itamar Franco, de respecter cette obligation. En septembre 1993, la Coordination a remis au Ministre de la Justice du moment, Maurício Corrêa, une pétition signée par plus de 110'000 personnes. Le comité européen, créé à Genève en 1992 pour soutenir cette campagne au niveau international, a récolté environ 32'000 signatures. Il a pu compter sur l’appui de plus de 70 organisations. La pétition a été signée par deux Prix Nobel de la Paix, Maired Naguire (Irlande 1976) et Adolfo Perez Esquivel (Argentine 1980). De son côté, Rigoberta Menchú (Guatemala 1992) a adressé une lettre au Président du Brésil.

En plus de la démarcation de leurs terres, les Indigènes demandent aussi la fin des violences commises à leur endroit. Dans ce domaine, le seul exemple du peuple Yanomami est significatif. Il a eu à souffrir du choc microbien à différents moments de son histoire : lors d’invasions d’orpailleurs, lors de la construction de tronçons de la route « Perimetral Norte ». En juillet 1993, alors que la campagne « Démarcation » n’était pas terminée, alors que la TI Yanomami avait été démarquée le 25 mai 1992, des orpailleurs s’en sont pris à la communauté de Haximu*** en massacrant une douzaine d’habitants, surtout des femmes et des enfants.

L’histoire du Brésil est émaillée de faits de violences contre ses Peuples Premiers. Le slogan de la campagne de ce 31 janvier n’a pas été choisi au hasard…

                                                                                    ***

* Voir sur ce blog la note du 12 janvier 2019

**Image ci-dessous : le logo de la campagne de1992 – 1993 « Terre démarquée, Vie préservée / Campagne pour la démarcation des Terres Indigènes en Amazonie / 70% des terres indigènes en Amazonie ont besoin d’être démarquées jusqu’en octobre / 93 / Se joindre à nous / coiab - foram ». Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

***Prononcer « Hachimou »

Photo ci-dessus © Mídia Índia : la manifestation à Santa Inês do Maranhão / Cliquer sur la vignette pour en agrandir la taille.

Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Jair Bolosnaro, Medida Provisória No 870 de 1º de Janeiro de 2019, Decreto No 9.660 de 1º de Janeiro de 2019, FUNAI, Franklimberg Ribeiro de Freitas, Ministério da Justiça, Ministério da Mulher, da Familia e dos Direitos Humanos, Ministério da Agricultura, Pecuária e Abastecimento, MAPA, Damares Alves, Tereza Cristina, APIB, Representação, Raquel Dodge, Ministério Público Federal, MPF, Terras Indígenas, TI, Maurício Corrêa, Itamar Franco, Maired Naguire, Adolfo Perez Esquivel, Rigoberta Menchú, Perimetral Norte, Haximu, Santa Ines do Maranhão, Mídia Índia, Apib, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Docip, Yanomami, Haximu, Coiab, Terra demarcada Vida preservada

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 125, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

30/01/2019

Présidence de la FUNAI : le retour d’un militaire dans un contexte tendu

Le général de réserve Franklimberg Ribeiro de Freitas avait déjà présidé la FUNAI (Fondation Nationale de l’Indien) entre mai 2017 et avril 2018*. Il a retrouvé cette fonction depuis le 16 janvier dernier, peu après le début du mandat – le 1er janvier – de Jair Bolsonaro, le nouveau Président de la République**. La Fondation, créée en 1967, a changé de ministère de tutelle : précédemment, elle dépendait du Ministère de la Justice. Avec la nouvelle présidence, elle est désormais sous la responsabilité du Ministère de la Femme de la Famille et des Droits humains - MDH, dirigé par Damares Alves, une avocate et pasteure évangélique. Autre changement important : la FUNAI n’a plus la responsabilité d’identifier, de délimiter et de démarquer les Terres Indigènes. Cette tâche a été transférée au Ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de l’Approvisionnement – MAPA, dirigé maintenant par Tereza Cristina, très liée au lobby de l’agrobusiness.

Depuis avril 2018, la Fondation était présidée par Wallace Moreira Bastos. Avant son départ, et par deux fois, le 31 décembre 2018 et le 10 janvier 2019, celui-ci a dressé le bilan de son action : arrivée de nouveaux collaborateurs, soutien à des projets d’ethno-développement, action de protection des peuples isolés et de contact récent…

À peine entré en fonction, les médias ont publié une information selon laquelle, peu de temps après avoir quitté son poste en 2018, Franklimberg avait accepté un poste de conseiller auprès de la société canadienne Belo Sun Mining qui a un projet de mine aurifère près du barrage de Belo Monte (Pará). La Funai, dans un communiqué du 22 janvier, a précisé que le nouveau président avait respecté la période de quarantaine de six mois voulue par la Commission d’Éthique de la Présidence de la République en cas de risque de conflit d’intérêt. Le 17 janvier Belo Sun confirme : Franklimberg s’était plié à cette obligation en n’occupant son poste que le 19 octobre 2018 (et qu’il l’a quitté le 28 décembre suivant). Le 23 janvier, il a participé à la rencontre organisée par le Ministère Public Fédéral - MPF sur le thème « Dialogue : Perspectives des droits constitutionnels indigènes ». Il a expliqué l’objectif du transfert, au Ministère de l’agriculture, la compétence de démarquer des terres indigènes est d’en accélérer les processus et d’en garantir la sécurité juridique...

Pour cette réunion, le MPF avait invité des représentants du pouvoir exécutif, des milieux académiques, des diplomates de plusieurs pays (dont la Suisse), par vidéo, la Rapporteure spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones Victoria Tauli-Corpuz, des ONG et des leaders indigènes, dont Joênia Wapichana, la première femme indigène élue à la Chambre des députés. Le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI en a publié un intéressant compte-rendu.

Dans les premières semaines de janvier, plusieurs peuples et organisations indigènes s’étaient adressés au MPF pour manifester leur inquiétude en raison des changements voulus par le nouveau Président de la République. La rencontre organisée par le MPF apparaît comme une première réponse aux organisations indigènes. Elle a permis de mettre en évidence des positions contradictoires en rapport avec le nouveau cadre politique.

Les droits constitutionnels indigènes sont entre les mains du triple lobby, appelé « BBB » au Brésil. C’est à dire du B pour « Bœuf », celui de l’agrobusiness. Le B pour « Bible », celui des Évangéliques. Et le B de pour « balles », les partisans du port d’arme et des militaires. Les peuples et organisations indigènes ont décidé de résister…

Ce 31 janvier, des manifestations de soutien aux indigènes sont organisées au Brésil et dans plusieurs pays. À Genève, le rassemblement prévu à la Place des Nations a été annulé en raison du délai imposé pour obtenir une autorisation de manifester.

                                                                    ***

*Voir sur ce blog les notes du 2 juin et 13 octobre 2017 et 15 juin 2018 / **Voir sur ce blog la note du 12 janvier 2019.

                                                                     ***

PS 1 : La catastrophe de Brumadinho (MG) qui, au moment de publier cette note, a causé la mort de 84 personnes et compte encore 276 disparus, rend la vie difficile d’une petite communauté indigène Pataxo Hã-hã-hãe. Celle-ci est composée d’une vingtaine de familles installées sur les rives du rio Paraopeba, dans la commune de São Joaquim de Bicas. La pollution de la rivière les prive de ressources. La FUNAI a fait savoir qu’elle leur porte assistance.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 125, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

20/01/2019

Montagne d’Or, le CERD interpelle la France

C’est une première concernant la France : le 14 décembre 2018, lors de sa 97e session, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale - CERD* a adopté - sous forme d’ « Alerte rapide » - un document, rendu public le 10 janvier dernier, adressé au Représentant permanent de la France auprès de l’Office des Nations Unies à Genève. Le Comité, chargé de l’application de la  « Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale »**, se dit préoccupé par le manque de consultation des peuples autochtones de Guyane à propos du projet de mine aurifère « Montagne d’Or » qu’un consortium russo-canadien veut exploiter à 125 km de Saint-Laurent du Maroni. Cette société, qui attend le feu vert des autorités françaises, prévoit de commencer la construction et les aménagements de la mine en 2019. À plusieurs reprises, les organisations autochtones ont fait connaître leur opposition à ce projet.***

Le CERD demande à la France de fournir des informations sur les mesures prises pour :

1) Garantir le droit à la consultation et au consentement libre, préalable et éclairé de tous les peuples autochtones concernés par le projet Montagne d’Or, incluant une étude d’impact social et environnemental. Cela avec la participation effective des peuples autochtones conformément à leurs propres institutions et processus décisionnels.

2) De suspendre le projet « Montagne d’Or » jusqu’à obtention du consentement libre, préalable et éclairé de tous les peuples autochtones concernés par le projet à la suite de l’exercice complet et adéquat de l’obligation de consulter. 

Le CERD attend une réponse avant le 8 avril prochain.

Le Comité - il le rappelle dans son document - avait déjà, en 2015****, formulé des recommandations à la France, parmi celles-ci : « De consulter et de coopérer avec les peuples autochtones avant l’approbation de tout projet ayant des incidences sur l’utilisation de leurs terres ou territoires et autres ressources. »

L’Organisation des Nations Autochtones de Guyane – ONAG  (qui a alerté l’organe onusien) « se joint à la sommation du CERD, et demande à l’État français de se rapprocher du Mécanisme d’experts des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (MEDPA) chargé de fournir aux États des conseils techniques sur les droits des peuples autochtones et faciliter le dialogue entre les parties ». Elle rappelle également que la France est signataire de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones qui dispose à son article 32 que : « Les États consultent les peuples autochtones… avant l’approbation de tout projet ayant des incidences sur leurs terres ou territoires… »

Selon le secrétariat genevois du Service International pour les Droits Humains – ISHR (qui a appuyé la démarche de l’ONAG), la procédure d’alerte rapide adoptée par le CERD est une  « Décision rare, la toute première adoptée par le Comité concernant la France, pour une affaire en France ».

Invité le 14 janvier sur la chaîne RT France, Alexis Tiouka, juriste et membre de l’ONAG, justifie le recours au droit international par le fait que l’État français et les collectivités territoriales n’ont pas prêté attention aux doléances des populations autochtones. Son intervention a été mise en ligne sur Youtube (4’54’’) :

                                                                    

*Un organisme rattaché au Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies

** Signée par la France en 1971,

*** Voir sur ce blog la note du 25 septembre 2018

**** Voir sur ce blog la note du 13 juin 2015

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 125, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

12/01/2019

Bolsonaro casse la FUNAI

Il n’a pas attendu ! Le 1er janvier, le jour de sa prise de pouvoir, le nouveau Président du Brésil, Jair Bolsonaro, a signé deux textes : une « Mesure Provisoire » et un Décret relatifs  à l’organisation de son gouvernement. Il y annonce le transfert de la Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI* et du « Conseil National de Politique Indigéniste », du Ministère de la Justice au Ministère de la Femme, de la Famille et des Droits Humains. Un Ministère placé sous la responsabilité de Damares Alves, une avocate et pasteure évangélique. De longue date, le lobby évangélique cherche à étendre son influence sur les communautés indigènes.

Dans la foulée, le Président enlève à la FUNAI la tâche d’identifier, de délimiter et de démarquer les Terres Indigènes. Opérations qu’il place désormais sous la responsabilité du Ministère de l’Agriculture, le MAPA. Il a confié ce Ministère à Tereza Cristina, jusque-là membre de la Chambre des Députés où elle présidait le « Front parlementaire mixte de l’agriculture – FPA », le lobby de l’agrobusiness bien connu pour ses positions anti-indigènes. Ces deux lobbys ont fortement soutenu la candidature du nouveau Président dans sa campagne électorale. Arrivé au pouvoir, celui-ci remercie ses soutiens.

L‘Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB conteste ce transfert au MAPA, Le 3 janvier, elle a adressé une « Representação » (une plainte) à la Procureure Générale de la République, Raquel Dodge. L’Articulation, après avoir décrit le cadre historique de la politique indigéniste du Brésil et la législation actuelle s’y rapportant, demande à la Procureure d’en contrôler la légalité. Elle demande également que des mesures urgentes soient prises pour éviter le risque de dommage irréparable qu’auraient à subir les peuples indigènes en raison de la suspension des processus de démarcation et par un éventuel comportement de la Ministre de l’Agriculture et de ses subordonnés. La Fédération des Organisations Indigènes du Rio Negro – FOIRN a adressé la même plainte au Procureur de la République de l’État d’Amazonas, Fernando Merloto Soave. Ce 10 janvier, devant la croissance des menaces, l’APIB lance une campagne : « Sang indigène : pas une goutte de plus ». C’est un appel à la mobilisation de la société pour la défense des droits indigènes.

                                                                      

Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Jair Bolosnaro, Medida Provisória No 870, de 1º de Janeiro de 2019, Decreto No 9.660 de 1º de Janeiro de 2019, FUNAI, Conselho Nacional de Política Indigenista, Ministério da Justiça, Ministério da Mulher, da Familia e dos Direitos humanos, Ministério da Agricultura, Pecuária e Abastecimento, MAPA, Ministério da Mulher, da Família e dos Direitos Humanos, MDH, Damares Alves, Tereza Cristina, APIB, Representação, Raquel Dodge, FOIRN, Fernando Merloto Soave

                                                                        ***

*La FUNAI a été fondée en 1967. Elle est chargée de protéger les Peuples indigènes. Une de ses tâches principales était bien d’identifier, de délimiter et de démarquer les Terres Indigènes.

Image : Sang indigène : pas une goutte de plus / #Janvier rouge / #Démarcation maintenant. Cliquer sur la vignette pour en agrandir le format.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 125, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

31/12/2018

Joênia Wapichana, prix 2018 des Droits de l’homme de l’ONU

Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Joênia Batista de Carvalho, Joênia Wapichana, ONU, Prix Droits de l’homme 2018, Nations Unies, New York, António Guterres, Michelle Bachelet, Maria Fernanda Espinosa, Rebeca Guymi, Asma Jahangir, Front Line Defenders, Martin Luther King, Nelson Mandela, Commission Interaméricaine des Droits Humains, CIDH, STF, Raposa Serra do Sol, Roraima, Conselho Indígena de Roraima, CIR, Genebra, Genève, MEDPA, Câmara dos Deputados Le 18 décembre, une indigène brésilienne, Joênia Batista de Carvalho, plus connue comme Joênia Wapichana, (du nom de son peuple), était à New York pour y recevoir le prix Droits de l’homme des mains du Secrétaire Général de l’ONU, António Guterres. Cela en présence de Maria Fernanda Espinosa, la présidente de l’Assemblée générale et de Michelle Bachelet, Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’homme.

Ce prix est remis tous les cinq ans à plusieurs personnalités ou institutions. Cette dernière édition a vu deux autres femmes être distinguées : Rebeca Guymi, de Tanzanie, militante pour le droit des filles à l’éducation. À titre posthume, Asma Jahangir, avocate des droits humains au Pakistan. Et à une institution, la Fondation irlandaise « Front Line Defender » qui a pour objectif la protection des défenseurs des droits humains en danger. Parmi les anciens lauréats – le prix a été créé en 1968 - il y a, en 1978, Martin Luther King (à titre posthume) ; et Nelson Mandela en 1988.

Interviewée par ONU News, Joênia dit que ce prix signifie la reconnaissance des peuples indigènes dans le système des droits humains : « Le prix est justement pour dire que nous ici, dans ce monde, nous faisons partie de la société, avec une culture différente, une forme de vie différente… Alors, être reconnue comme défenseure des droits humains signifie que j’ai une cause à défendre. Cette cause doit être visible dans le contexte de l’ONU ».

L’engagement de Joênia en faveur de la cause indigène n’est pas récent. Ainsi, en mars 2004, elle a déposé une pétition devant la Commission Interaméricaine des Droits Humains - CIDH pour demander son intervention auprès du Gouvernement brésilien pour que celui-ci protège les communautés indigènes de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol. En août 2008, Joênia a été la première femme avocate indigène à plaider une cause devant le Tribunal Suprême Fédéral. La Cour était alors appelée à juger de la validité de la démarcation de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol en aire continue. Une Terre Indigène de l’État de Roraima sur laquelle vivent les Wapichana. En juillet 2013, alors conseillère juridique du Conseil Indigène de Roraima – CIR, Joênia était à Genève pour participer à une session du Mécanisme d’Experts sur les Droits des Peuples Autochtones – MEDPA. Réunion consacrée à l’accès à la justice dans la promotion et la protection des droits des peuples autochtones.

Plus récemment, le 7 octobre dernier, Joênia a été élue à la Chambre des Députés pour représenter l’État de Roraima. C’est là une autre « première » à son actif : jamais dans l’histoire du Brésil une femme indigène n’a occupé un tel poste. Son mandat va commencer le 1er février 2019, avec le début de la 56e législature qui se terminera le 31 janvier 2023.

La distinction qui lui a été accordée arrive au moment où les droits des peuples indigènes du Brésil sont menacés. Faut-il y voir un signe de l’ONU au futur gouvernement brésilien ?

                                                                      ***

Photo : Charles Resplande - ONU News. Cliquer sur la vignette pour agrandir l’image

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 125, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

18/12/2018

Les Yanomami du rio Marauiá construisent leur avenir

Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Rio Marauiá, Rio Negro, Amazonas, Tabuleiro, Xapono, Santa Isabel do Rio Negro, SIRN, Manaus, Rio Demini, Agente Indígena de Saúde, AIS, Agente Indígena de Saneamento, AISAN, Yanomami, Plano de Gestão Territorial e Ambiental, PGTA, Política Nacional de Gestão Territorial e Ambiental de Terras Indígenas, PNGATI, Terra Indígena Yanomami, TI-Y, Kurikama, Mouvement pour la Coopération Internationale, MCI, Serviço e Cooperação com o povo Yanomami, SECOYA, Terre des Hommes Suisse, Canton de Genève, Ville de Genève, Ville de Carouge, Direction du Développement et de la Coopération, DDC, Confédération helvétique, Suisse, Fédération Genevoise de Coopération, FGC, Vandoeuvres, AYA, pirogueDifficile de trouver Tabuleiro sur la carte*. C’est un Xapono** (un village) yanomami, en pleine forêt amazonienne, sur la rive du rio Marauiá, un affluent du rio Negro, dans la commune brésilienne de Santa Isabel do Rio Negro - SIRN. C’est là qu’a eu lieu, du 29 octobre au 4 novembre, un cours auquel ont participé quarante-quatre « Multiplicateurs interculturels » venus de dix-sept xapono. Trois d’entre eux venaient du rio Demini, un autre affluent du rio Negro. Dans leurs communautés, les participants sont des leaders, hommes ou femmes, professeurs des écoles indigènes, Agents Indigènes de Santé (AIS) ou Agents Indigènes de l’Assainissement (AISAN).

Le rôle des « Multiplicateurs interculturels » est double. D’une part, ils représentent leurs communautés dans diverses instances officielles comme le « Conseil de District de Santé Indigène - DSEI». Ou, encore, dans les réunions de préparation du « Plan de Gestion Territorial et Environnemental – PGTA » en cours d’élaboration pour l’ensemble de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y). Il s’agit d’un document, par lequel les Yanomami définissent la manière dont ils entendent conduire leur avenir et gérer leur territoire. Cela, maintenant, dans un contexte politique inquiétant. D’autre part, ils doivent restituer à leurs mandants les décisions prises dans ces structures. Ils ont besoin d’une double connaissance : celle de la culture Yanomami et celle du cadre culturel, social, économique et législatif plus large dans lequel ils vivent. Une société environnante qui a un impact sur leur quotidien, par exemple l’usage du téléphone portable, etc. Leur qualification donne plus de poids et plus d’autonomie à leur association, la Kurikama.***  Ces réunions sont également l’occasion d’aborder les problèmes liés aux relations entre les xapono : les territoires de chasse, les conséquences de la sédentarisation, etc...

Le cours a été animé par Samuel Kohito Yanomami, le Coordinateur de la Kurikama et par Silvio Cavuscens, le secrétaire du « Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA » de Manaus. C’était le troisième module d’un projet porté par Terre des Hommes Suisse et le Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI. Ce dernier est appuyé financièrement par plusieurs collectivités publiques (Canton et Ville de Genève, Ville de Carouge et la Direction du Développement et de la Coopération de la Confédération), cela par l’intermédiaire de la Fédération Genevoise de Coopération - FGC. Le MCI remercie chaleureusement ces entités.

C’est la première fois qu’un membre du MCI – Aurélien Stoll – a eu la possibilité de participer à un tel événement. Outre le contenu du cours et la participation très active des leaders, il a particulièrement relevé les problèmes de logistique à résoudre - et qui ont un coût - pour organiser ce type de rencontre dans un tel lieu. Une petite partie de la nourriture est trouvée sur place (par des chasseurs), mais l’essentiel et le matériel nécessaire doivent être apportés par bateau de Manaus, ville située à près de 780 km en aval de SIRN, (souvent 3 jours de navigation). Puis, tout transborder sur une ou des pirogues**** pour remonter le cours du rio Marauiá. Pour rejoindre Tabuleiro (à une cinquantaine de km en amont), il faut compter, selon la saison et la puissance du moteur, environ 5 à 6 heures de navigation. "Détail" non négligeable : il y a quatre « cachoeiras » (rapides) à franchir. Pour chaque franchissement, il faut décharger le matériel et le carburant pour le retour, faire passer – parfois porter - les embarcations avant de les recharger en amont… La coopération peut recouvrir des réalités singulières !

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*Géolocalisation : 0°15’23.0 N, 65°02’52.0’’ W / **Prononcer « Chapono » / *** Fondée en octobre 2013 / **** Dont une offerte en 2013 par la commune de Vandoeuvres (GE) par l’intermédiaire de l’association AYA - Appui aux indiens Yanomami d’Amazonie.

Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Rio Marauiá, Rio Negro, Amazonas, Tabuleiro, Xapono, Santa Isabel do Rio Negro, SIRN, Manaus, Rio Demini, Agente Indígena de Saúde, AIS, Agente Indígena de Saneamento, AISAN, Yanomami, Plano de Gestão Territorial e Ambiental, PGTA, Política Nacional de Gestão Territorial e Ambiental de Terras Indígenas, PNGATI, Terra Indígena Yanomami, TI-Y, Kurikama, Mouvement pour la Coopération Internationale, MCI, Serviço e Cooperação com o povo Yanomami, SECOYA, Terre des Hommes Suisse, Canton de Genève, Ville de Genève, Ville de Carouge, Direction du Développement et de la Coopération, DDC, Confédération helvétique, Suisse, Fédération Genevoise de Coopération, FGC, Vandoeuvres, AYA, pirogue

Photos © Aurélien Stoll : Cliquer sur l’image pour agrandir la taille.

En haut à gauche, Samuel Kohito Yanomami anime le cours.

Ci-dessus, le passage d’une « cachoeira ».

PS 1 : Note rédigée avec le concours d’Aurélien Stoll.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 124, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

09/12/2018

Brésil : Les Indigènes rappellent leurs droits à Bolsonaro

Pas encore installé au « Planalto », le palais présidentiel qu’il occupera dès le 1er janvier 2019, que Jair Bolsonaro a déjà reçu un courrier de l’APIB, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil. La faîtière des organisations indigènes du pays, rappelle au Président élu le 28 octobre dernier, les droits constitutionnels reconnus aux Indigènes par la Constitution de 1988.

Le premier paragraphe de cette lettre du 6 décembre concerne les déclarations du Président reprises dans les médias* : « Ces derniers jours, les organes de presse ont publié une série de déclarations de Votre Excellence au sujet de la question indigène. Des affirmations qui entachent l’image et la dignité de nos peuples et communautés. Elles préoccupent parce qu’elles démontrent, d’un côté le manque de connaissance de nos droits constitutionnels, et d’un autre la vision d’un indigénisme assimilateur, rétrograde, autoritaire, discriminatoire, raciste et marqué par des préjugés. Une vision rejetée il y a plus de trente ans par la Constitution citoyenne de 1988 ».

L’APIB met l’accent sur les droits territoriaux. Elle récuse l’accusation selon laquelle les Terres Indigènes (TI) seraient le prétexte pour chercher à créer de nouveaux pays sur le territoire brésilien. Et de mentionner que ces aires sont des biens de l’Union (art. 20)

Elle rappelle l’article 225 de la Constitution au sujet de l’environnement** et de signaler la relation harmonieuse que les peuples indigènes ont avec la Mère Nature depuis des millénaires. Un service rendu à toute la société brésilienne. « C’est pour cela que nous n’admettons pas d’être traités comme des êtres inférieurs. Nous sommes seulement différents. Et selon la Constitution fédérale, le gouvernement fédéral doit respecter notre organisation sociale, coutumes, langues, croyances et traditions (art. 231 de la Constitution) ». Suivent onze propositions concernant notamment la Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI, la démarcation et la protection des TI, le maintien des droits reconnus par la Constitution, le Service de santé et l’éducation différenciée, le respect des traités internationaux signés par le Brésil, etc.

« Nous attendons une réponse » conclut l’APIB.

                                                                           ***

*Une déclaration particulièrement relevée est celle prononcée (vidéo de 58’’) le 30 novembre dernier lors d’une visite dans une communauté religieuse de Cachoeira Paulista, une ville de l’État de São Paulo. Questionné à propos des réserves indigènes, Bolsonaro répond : « Les Indiens reclus dans des réserves sont comme des animaux dans un parc zoologique… Rien ne justifie une réserve grande comme deux fois la taille de l’État de Rio de Janeiro pour neuf mille Yanomami… l’Indien est un être humain juste comme nous, ils veulent ce que nous voulons… »

** « Tous ont droit à un environnement écologiquement équilibré, bien d’usage commun du peuple et essentiel à la qualité de vie. Il est du devoir du Pouvoir public et de la collectivité de le défendre et de le préserver pour les générations présentes et futures… »

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 124, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

25/11/2018

Brésil : Les médecins cubains rentrent chez eux

Huit mille trois cent trente-deux médecins cubains engagés au Brésil dans le programme « Mais Médicos » (Plus de médecins) vont retourner sur leur île. En effet, le 14 novembre, le Ministère de la Santé Publique cubain a fait connaître sa volonté de cesser sa participation* à ce programme de coopération avec le Brésil. La Havane explique son geste par le fait que « Le président élu du Brésil, Jair Bolsonaro, à travers des commentaires directs, désobligeants et menaçants concernant la présence de nos médecins, a déclaré à plusieurs reprises qu’il allait modifier les termes et conditions du Programme « Plus de Médecins » au mépris de l’Organisation panaméricaine de la santé et ce qui avait été convenu avec Cuba. En remettant en question la formation de nos médecins et en conditionnant leur maintien dans le programme à l’homologation de leur diplôme et, comme seule modalité, le recrutement individuel. »

Le programme « Plus de médecins » est le fruit d’un accord à trois : le Brésil, l’Organisation Panaméricaine de Santé – OPS et Cuba. Il a été créé en 2013 pour lutter contre les nombreux déserts médicaux existant dans les zones rurales, les quartiers pauvres des agglomérations et les aires indigènes du pays.

Pour les autochtones, au niveau national, le service de santé est chapeauté par le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI qui comprend trente-quatre « Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes – DSEI » où exerçaient 301 médecins cubains. Une grande partie d’entre eux – 223 - pratiquait dans les vingt-cinq DSEI de l’Amazonie, dont le District Sanitaire Yanomami qui a son siège à Boa Vista, la capitale de l’État de Roraima. Selon plusieurs témoignages, dans leur pratique, les médecins cubains mettent l’accent sur la prévention et sont très à l’écoute de leurs patients.

La contestation de ce programme est ancienne. En juillet 2013, la Chambre des députés débattait de la « Mesure provisoire » présentée par Dilma Rousseff. Jair Bolsonaro, député de Rio de Janeiro, alors membre du Parti Progressiste, y est intervenu pour exprimer son opposition à ce dispositif : « Cette mesure provisoire qui traite des médecins, MP 651, est une chose typique des pays dictatoriaux… ». La loi du 22 octobre 2013 qui a remplacé la « Mesure provisoire » a été contestée en justice par une association de médecins peu après son adoption. Mais le Tribunal Suprême Fédéral – STF l’a jugée constitutionnelle en 2017.

Pour remplacer les partants, le Ministère brésilien de la santé a lancé un appel à candidature qu’il annonce avoir été entendu. Reste à savoir si cette transition ne va pas encore fragiliser le Système Unique de Santé déjà affaibli par des restrictions budgétaires. Quelles en seront les conséquences pour le service de santé dans les communautés indigènes ? À suivre…

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*Longue note en français.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans « AYA Info » No 124, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2