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  • Belo Monte : le Brésil ne respecte pas la Convention 169 de l'OIT

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    "D'après la documentation et les informations transmises par le gouvernement (brésilien), la commission estime que, dans le cadre des procédures menées à ce jour, malgré leur caractère étendu, les conditions prévues aux articles 6 et 15 de la convention, telles qu'elles sont décrites plus haut, ne sont pas remplies, et que les peuples autochtones n'ont pas pu participer de manière effective à la détermination de leurs priorités, conformément à l'article 7 de la convention".

    La commission prie le gouvernement de :

    i) prendre les mesures nécessaires pour consulter les peuples autochtones concernés sur la construction de l'usine hydroélectrique de Belo Monte, celle-ci risquant d'avoir des effets irréversibles (articles 6 et 15 de la convention) :

    ii) en consultation avec les peuples autochtones, prendre les mesures pour déterminer si les priorités de ces peuples ont été respectées et déterminer si et dans quelle mesure leurs intérêts seront menacés afin d'adopter les mesures d'atténuation nécessaires et de prévoir l'indemnisation voulue; et

    iii) transmettre les informations sur les résultats des procédures en cours devant la Commission interaméricaine des droits de l'homme et devant le tribunal fédéral de Pará.

    Telle est la conclusion du Rapport de la Commission d'experts pour l'application des conventions et recommandations de l'Organisation Internationale du Travail - OIT publié ce début mars.

    Sur le terrain les travaux continuent !

    La convention 169 de l'OIT relative aux peuples indigènes et tribaux a été adoptée en 1989 et ratifiée par le Brésil en 2002. Lula a promulgué la convention en avril 2004.

    Les téléspectateurs de la RTS (TSR) qui regarderont le film de Daniel Schweizer "Indiens en sursis" diffusé, ce 8 mars, dans le cadre de "Temps Présent", pourront mesurer l'importance de la position des experts de l'OIT... "Indiens en sursis" a été présenté à Genève, dimanche 4 mars, dans le cadre du Festival et Forum International sur les Droits Humains - FIFDH. Il est encore à l'affiche du Festival samedi 10 mars.

    ***

    Pour en savoir plus,

    - En français :

    - Le texte de la Convention 169 : http://www.ilo.org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl?C169

    - Le rapport de la Commission d'experts de l'OIT : http://www.ilo.org/ilc/ILCSessions/101stSession/reports/reports-submitted/WCMS_174828/lang--fr/index.htm Attention, c'est un "gros" document (13,9 Mo), voir les pages 1045 à 1050, mais numérotées de 1028 à 1033. La partie concernant Belo Monte est à la page numérotée 1030.

    - Voir sur ce blog, les notes des 8 avril, 3 juin et 11 novembre 2011.

    - Le site du FIFDH : http://www.fifdh.org/

    - En portugais :

    - La promulgation de la convention :

    http://ccr6.pgr.mpf.gov.br/legislacao/legislacao-docs/convencoes-internacionais/convecao169.pdf

    - Voir aussi le site du mouvement Xingu Vivo par Sempre :  http://www.xinguvivo.org.br/

     

    Cette note sera reprise dans le prochain "AYA Info" No 70, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

     

  • Les Amazones du XXIe siècle

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    Au début de ce mois, la chaîne Euronews, dans une première édition de la série "Women and War" (1), Valérie Gauriat (2) a présenté brièvement trois femmes qui mènent un combat pour la défense des peuples indigènes de l'Amazonie brésilienne.

    Ces Amazones-là ne sont pas les cruelles guerrières de la mythologie grecque. Mais elles sont peut-être de la descendance des indigènes qui, en juin 1542, ont attaqué l'expédition de Francisco de Orellana sur le fleuve jusque-là appelé El Dorado. Le chroniqueur de l'équipée, le dominicain Gaspar de Carvajal, a rapporté que les Espagnols avaient été attaqués par de farouches guerrières... Le fleuve avait trouvé son nom et une légende !

    Sônia Boné de Sousa Silva Santos, plus couramment appelée Sônia Guajajara (le nom du peuple auquel elle appartient) est vice - coordinatrice de la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne - COIAB, dont le siège est à Manaus. On la voit dans son village du Maranhão, mais aussi à Brasilia où elle défend les droits des peuples indigènes du Brésil : "Tous sont confrontés au grand problème de l'exploitation illégale des richesses naturelles... Aujourd'hui notre forêt est presque entièrement dévastée... Il n'y a plus autant de richesses naturelles qu'il y a une trentaine d'années".

    Sheyla Yakarepi est Juruna, un peuple de la région du rio Xingu sur lequel se construit le barrage de Belo Monte. On la voit manifester, en mars 2011, devant le siège londonien de la très brésilienne Banque Nationale pour le Développement Economique et Social - BNDES. "Nous sommes ici pour réclamer la transparence et faire connaître le rôle que joue cette banque quand elle parle de développement durable et qu'en réalité, elle finance les grandes entreprises qui, en Amazonie, détruisent les populations sans respecter leurs droits !" Elle se bat contre la construction du barrage : "Le fleuve Xingu est notre maison. S'il meurt, notre culture et notre peuple mourront avec lui !"

    Antônia Melo da Silva est coordinatrice du Mouvement Xingu Vivo Para Sempre - MXVPS, qui rassemble les riverains du Xingu, indigènes, pêcheurs et petits agriculteurs luttant, eux aussi contre la construction du barrage. "Je reçois des messages d'intimidation, comme "tu vas mourir" si tu te mêles de nos affaires, si tu nous déranges"... "Ce sont des messages qui me sont envoyés par des hommes de main". Des petits agriculteurs sont aussi l'objet de séduction des promoteurs. Une agricultrice témoigne : "Ils ont déjà acheté une parcelle 600 ou 1'000 (Reais). Leur combine est la suivante : ils me paient bien, mais ça ne signifie pas que le voisin sera payé. Dans la pratique, ils paient deux ou trois lots, et le reste, rien du tout !" Antônia conduit les reporters chez un agriculteur à qui l'on demande d'abandonner sa terre parce qu'elle va être inondée...

    Antônia exprime ses raisons de lutter : "Je suis certaine que je contribue avant tout, par mon travail, au bien-être des générations futures, c'est pour elles que nous luttons !"

    Le reportage (3) montre bien la puissance des intérêts auxquels elles sont confrontées.

    Sônia, Sheyla et Antônia sont des battantes. Il est à espérer que l'histoire retiendra leur leçon de courage.

    ***

    (1) En français "Les femmes et la guerre"

    (2)  Pour voir les reportages sur le site d'Euronews :

    - La présentation de Valérie Gauriat (40'') :

    http://fr.euronews.net/2012/02/02/le-combat-de-trois-bresiliennes-pour-la-defense-des-peuples-indigenes-d-amazonie

    - Le portrait de Sônia Guajajara (5'27'') :

    http://fr.euronews.net/2012/02/01/sonia-guajajara-les-peuples-indigenes-sont-sans-cesse-expulses-de-leurs-terres/ et le site Internet de la COIAB : http://www.coiab.com.br/

    - Le portrait de Sheyla Juruna (5'23") :

    http://fr.euronews.net/2012/02/01/sheyla-juruna-le-fleuve-xingu-est-notre-maison-s-il-meurt-notre-culture-et-/

    - Le portrait d'Antônia Melo (5'43'') :

    http://fr.euronews.net/2012/02/01/antnia-melo-notre-combat-doit-servir-les-generations-futures et le site Internet du Mouvement Xingu Vivo Para Sempre : http://www.xinguvivo.org.br/

    (3) On retrouve ces trois portraits dans un film de 46' de Bernard Robert-Charrue, produit par Dev.tv, sous le titre "Trois femmes en colère" avec l'appui de la Direction du Développement et de la Coopération - DDC/Berne. Ce film a été présenté, le 11 octobre 2011, au 27e Forum international médias nord - sud (Genève) : http://www.dev.tv/index.php/productions/documentary/3_femmes_en_colere_1x46_francais/

     

    Cette note sera également publiée dans le prochain "AYA Info" (No 69), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

  • Belo Monte : batailles juridiques et autres protestations en cours

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    Les medias ont donné un large écho à la décision de la justice fédérale du 27 septembre, ordonnant de suspendre les travaux de construction de l'usine hydroélectrique de Belo Monte* sur le rio Xingu. Cette suspension ne concerne pas les travaux d'installation du chantier, ni la construction de logement des travailleurs. La justice interdit au consortium Norte Energie SA, tout ouvrage susceptible d'altérer le lit du rio Xingu comme l'implantation de port, de barrages, explosions, creusement de canaux et quelque ouvrage que soit qui puisse entraîner une altération de la piscifaune. La plainte émane de l'Association des éleveurs et exportateurs de poissons ornementaux d'Altamira - ACEPOAT.

    Une deuxième décision de justice était attendue le 17 octobre. Il s'agissait de traiter un recours du Ministère public fédéral - MPF qui conteste le décret autorisant la construction de l'ouvrage. Le MPF reproche aux autorités de n'avoir pas procédé à la "Consultation préalable, libre et informée" des communautés indigènes avant de donner l'autorisation de commencer les travaux. La juge chargée du rapport s'est déclarée favorable à l'annulation du décret. Un deuxième juge a fait usage de son "Droit de regard" ce qui a entraîné un ajournement du procès au 26 octobre. Ce jour-là, ce juge, a défendu la validité du décret. Lors de l'audience, une troisième juge, nouvellement nommée au tribunal, a fait, elle aussi, usage de son "Droit de regard", la décision avait été renvoyée à ce 9 novembre. Cette juge a, elle aussi, défendu la validité du décret. Par deux voix contre une, le tribunal a ainsi tranché dans ce sens. Le Ministère Public Fédéral a déjà annoncé son intention de faire recours devant le Tribunal Suprême Fédéral.

    Au plan international, le 27 octobre à Washington, la Commission Interaméricaine des Droits Humains - CIDH, de l'Organisation des États Américains - OEA a tenu audience pour traiter la plainte de plusieurs organisations brésiliennes relatives aux mesures de précaution devant être prises avant le début des travaux. Invité à faire valoir ses arguments, le gouvernement brésilien ne s'est pas présenté à l'audience. La présidence de la république a précisé que cette absence ne signifie pas une rupture avec la Commission. La décision de la Commission est attendue par les plaignants.

    Toujours au niveau international, pour faire connaître son opposition à la construction du barrage, Raoni Metuktire, le leader Kayapó, un peuple du Xingu était reçu le 30 septembre à Genève, au siège du Haut Commissariat aux Droits de l'homme.

    Sur le terrain de nombreuses manifestations ont eu lieu ces dernières semaines. Une des plus récentes étant l'occupation du chantier et d'une route d'accès, une partie de la journée du 27 octobre, par plusieurs centaines d'indigènes, de pêcheurs, de riverains et d'agriculteurs. Très vite une décision de justice a ordonné le départ des occupants.

    Le 25 octobre, de nombreuses organisations  de la société civile ont adressé une note aux banques  intéressées par le financement de l'ouvrage les alertant sur les risques qu'elles encourent.

    Le 31 octobre, Megaron Txucarramãe, un indien Kayapó, coordinateur régional de la FUNAI à Colider (Mato Grosso) a été démis de sa fonction, un poste qu'il occupait depuis 1995. Megaron affirme que son éviction est due à son opposition à la construction d'usines hydroélectriques programmées par le gouvernement, dont celle de Belo Monte. Questionné par la "Folha de São Paulo", le directeur de la FUNAI n'a pas souhaité commenter la décision qui, selon la Fondation, n'est pas liée à Belo Monte.

    L'ouvrage de Belo Monte n'a pas fini de faire parler de lui...

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    * L'ouvrage est prévu pour avoir une puissance de 11'233 mégawatts ce qui en fera le 3e plus grand du monde après Itaipu, à la frontière du Brésil et du Paraguay, et celui des Trois Gorges en Chine.

    Pour en savoir plus (en portugais) :

    - Les actions en justice :

    Le jugement du 27 septembre : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3417 et http://www.jfpa.jus.br/noticias/ver.php?id=1008

    Le jugement du 26 octobre : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3442

    Le jugement du 9 novembre : http://www.trf1.jus.br/sitetrf1/conteudo/detalharConteudo.do?conteudo=96211&canal=2

    - Devant la CIDH : http://global.org.br/programas/belo-monte-apos-boicotar-audiencia-brasil-e-cobrado-na-cidhoea/ et http://correiodobrasil.com.br/apos-ausencia-do-brasil-na-oea-ativistas-esperam-nova-sentenca-sobre-belo-monte/320334/

    - Interview sous-titrée anglais de Raoni - par Rebecca Sommer - lors de son passage à Genève : http://www.youtube.com/watch?v=zGOEUhMo-r0

    - La note envoyée aux banques :

    http://www.xinguvivo.org.br/2011/11/07/bancos-recebem-notificacao-sobre-riscos-de-envolvimento-com-belo-monte/

    - Pour suivre ce qui se passe sur le terrain : http://www.xinguvivo.org.br/

     

    Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 65, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

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