sônia guajajara - Page 2

  • PEC 215 : C'est reparti !

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    Cela n'a pas duré, la Proposition d'amendement constitutionnel - PEC No 215/2000 qui, si elle était adoptée, donnerait au parlement brésilien le pouvoir, jusque-là attribué au gouvernement, de décider, en dernier ressort, de la démarcation des terres indigènes, mais aussi de la révision de celles déjà démarquées, est de nouveau à l'ordre du jour de la Chambre des députés. La proposition avait été classée en décembre 2014* sans avoir été adoptée.

    Avant même l'ouverture, le 2 février dernier, de la nouvelle législature (la 55e), des informations ont fait état de la remise à l'ordre du jour de la Chambre des députés de l'examen de cette proposition. Effectivement, ce jour-là, le député Luis Carlos Heinze, membre du lobby de l'agrobusiness, a déposé une demande dans ce sens au nouveau président de la Chambre, Eduardo Cunha.

    Le même jour à Brasilia, un groupe d'une cinquantaine de Kayapó s'est présenté à l'entrée du Planalto, le Palais présidentiel. Ces indiens de l'État du Pará ont diverses revendications qu'ils veulent exposer à l'occasion d'une audience avec des ministres et la présidente de la république. Le 4 février, le président de la Chambre des Députés a reçu une délégation de cinq d'entre - eux accompagnés de députés des fronts parlementaires écologiste et de défense des peuples indigènes.

    Les Kayapó ont répété que la terre est synonyme de vie pour les indiens et que l'éventuelle approbation de la PEC 215 ne respecterait pas les droits des indigènes assurés dans la Constitution de 1988. De leur point de vue, les Blancs veulent une guerre contre les indigènes du Brésil : "Nous allons montrer que nous sommes prêts pour cette guerre !" Le président Cunha a rappelé que le règlement interne (de la Chambre) ne lui permet pas d'empêcher le retour de la PEC devant les députés si cela est demandé. Il s'engage à offrir les conditions d'un dialogue pour que les indigènes soient entendus par la Chambre. Les parlementaires favorables à la cause indigène comme José Sarney Filho, Chico Alencar et Nilto Tatto ont affirmé leur intention de tenter une conciliation avec les "ruralistes" pour éviter le débat parlementaire. Ils savent la détermination des indigènes à résister. Ils veulent éviter une éventuelle effusion de sang et la mise en place des conditions conduisant au génocide des peuples indigènes du Brésil. Jerônimo Goergen, un député représentant les ruralistes a répété que l'adoption de la PEC 215 est l'une des priorités de son groupe parlementaire…

    Selon le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI, à Brasilia, les représentants des peuples indigènes de l'État du Rondônia (Suruí, Cinta Larga, etc.) prennent la relève des Kayapó pour exprimer leur hostilité à la PEC 215.

    Le 25 février, le "Front parlementaire écologiste" a organisé un "Café du matin" à la Chambre des députés pour discuter de la PEC 215. Une rencontre à laquelle ont participé près de 300 personnes. Etaient présent des parlementaires, des représentants d'entités indigénistes, d'organisations indigènes et des indigènes arrivés récemment à Brasilia. Entre autres intervenants, le député Sarney Filho a évoqué la création d'un Front parlementaire d'appui aux indiens pour empêcher l'approbation de cette Proposition. Sônia Guajajara, représentante de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a rappelé l'importance des mobilisations et de la reprise des "articulations" incluant de nouveaux parlementaires.

    Dans une interview, publiée le 25 février par le quotidien "O Estado de São Paulo", Márcio Meira, ancien président de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, est d'avis que les conflits avec les indiens vont s'aggraver : "Les conflits n'arrivent pas parce que les indiens ont trop de terres. Ils arrivent parce que les indiens ont des terres qui intéressent l'agrobusiness". Il affirme que la PEC 215 a aussi pour objectif de paralyser la FUNAI dont la  mission légale est la protection des intérêts indigènes… À suivre !

    * Voir sur ce blog les notes du 21 janvier 2015, des 11 et 22 janvier, 19 et 30 mai 2014, 28 septembre et 07 octobre 2013.

    - PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Une version réduite de cette note a été publiée dans  "AYA Info" No 100, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Grands barrages : le gouvernement brésilien dénoncé à l'ONU

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    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas,Belo Monte, rio Tapajós, Palais des Nations, Genève, France Libertés, Amazon Watch, International Rivers, Conseil des droits de l'homme, Sônia Guajajara, APIB, Alexandre Sampaio, Asociación Interamericana para la Defensa del Ambiente, Sophia Lakhdar, SherpaLe 10 mars, le gouvernement brésilien a été dénoncé à l'ONU pour son manque de consultation des peuples autochtones sur la construction des grands barrages comme Belo Monte sur le rio Xingu et maintenant sur les divers et nombreux ouvrages projetés sur le rio Tapajós et plusieurs de ses affluents. Ce jour-là, au Palais des Nations à Genève, France Libertés – Fondation Danielle Mitterrand, en partenariat avec Amazon Watch et International Rivers a donné la parole à des acteurs brésiliens engagés dans la lutte pour le respect des droits humains et pour la protection de l'environnement au moment où se tient la 25e session du Conseil des Droits de l'Homme.

    Sônia Guajajara, représentante de l'Articulation des peuples Indigènes du Brésil – APIB, a rappelé comment le droit à la terre est la priorité des peuples indigènes alors que la priorité de l'État est celle du développement économique. Les nuisances causées par la construction des grands barrages sur les communautés indigènes sont connues. Même quand les projets sont contestés par le Ministère Public Fédéral brésilien, le pouvoir exécutif s'appuie sur une série de textes qui lui permettent de faire avancer ses projets. Sônia reproche au gouvernement de ne pas appliquer le droit à la consultation des peuples indigènes que lui imposent les textes qu'il a ratifiés, comme la Convention 169 de l'OIT.

    Alexandre Sampaio, représentant de l'Association Interaméricaine de Défense de l'Environnement – AIDA a traité de cet instrument juridique – la suspension de sécurité – qui permet la poursuite de projets alors même qu'ils sont déclarés illégaux par les tribunaux et par là de ne respecter les droits humains.

    Sophia Lakhdar, directrice de l'association Sherpa a évoqué la responsabilité des États face aux entreprises et leurs filiales qui réalisent de ces grands travaux en violations des droits humains. Son association espère la création d'une Cour pénale internationale pour juger les "crimes économiques".

    France Libertés, avec une trentaine d'autres ONG, dotées ou non, du statut consultatif a déposé au Conseil des droits de l'homme deux "Exposés écrits". Le premier (A/HRC/25/NGO/43) intitulé "Les grands barrages et les violations des droits des peuples autochtones en Amazonie brésilienne". Les auteurs font deux demandes. La première est de réaliser une étude pour montrer comment, l'utilisation de la "suspension de sécurité" par le gouvernement brésilien et les juges, constitue une entrave au respect des accords internationaux concernant les droits humains, y compris le droit à la consultation des peuples autochtones… La deuxième est un appel à organiser une conférence spéciale pour discuter de cette question urgente avec la participation des différentes parties. Le deuxième "Exposé" a pour titre "Le droit à la consultation des peuples autochtones face aux grands projets" (A/HRC/25/NGO/30) concerne non seulement au Brésil, mais également en Equateur et en Bolivie. La Fondation formule quatre demandes dont "la mise en place de véritables mécanismes de consultation afin de chercher à instaurer des rapports plus équitables entre sociétés transnationales et les peuples autochtones, permettant à ces derniers, le cas échéant, d'empêcher la réalisation de ces projets".

    Cette 25e session de Conseil des droits de l'homme aura été l'occasion de rappeler le droit des peuples autochtones à pouvoir se prononcer sur leur propre destin.

    Voir AYA Info No 83, 84 et 85

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    Photo : © B. Comoli – Cliquer sur l'image pour l'agrandir - Débat du 10 mars 2014 au Palais des Nations à Genève. De gauche à droite : Sônia Guajajara (APIB), Louisa Crispe (FRANCE LIBERTÉS), Alexandre Sampaio (AIDA) et Sophia Lakhdar (SHERPA)

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    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

    - Cette note a été publiée dans AYA Info (No 91), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Les Indiens du Brésil se mobilisent pour défendre leurs droits constitutionnels / 2

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    Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Autochtones, indigènes, indígenas, Brasilia, constitution, Constituição, APIB, FUNAI, CNPI, União, mobilização, bancada ruralista, PEC 215/00, Greenpeace, Senado, Dilma Rousseff, Ana Rita, Casa Civil, André Vargas, Câmara dos Deputados, Gleisi Hoffmann, Kátia Abreu, Confederação Nacional da Agricultura e Pecuária do Brasil, CNA, Ronaldo Caiado, Luis Inácio Adams, Sônia Guajajara, José Eduardo Cardozo, Ministro  da Justiça, Nilmário Miranda, Padre Ton, Supremo Tribunal Federal, STFFin septembre début octobre, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a appelé les peuples indigènes et leurs organisations à se mobiliser pour la "Défense de la Constitution et du droit des peuples [indigènes] à la terre". Une mobilisation organisée à l'occasion du 25e anniversaire de l'adoption, le 5 octobre 1988, de l'actuelle Constitution du Brésil. Ces droits sont menacés par plusieurs projets de loi ou d'amendements constitutionnels. Dans une précédente note, il a été fait état des manifestations qui ont eu lieu dans le pays*. Cette note relate ce qui s'est passé à Brasilia où environ 1'500 leaders indigènes de tout le pays s'étaient donné rendez-vous.

    Le 1er octobre, des militants de Greenpeace Brésil ont grimpé au mât du drapeau brésilien, et sous les couleurs nationales, ils y ont accroché l'effigie d'un Indien et, plus bas encore, une banderole portant l'inscription : "Nos forêts ont plus de vie". Au Sénat, la Commission des droits humains et de la législation participative, présidée par Ana Rita, a reçu des leaders indigènes qui ont exprimé leurs inquiétudes face aux attaques dont les droits territoriaux sont l'objet. Ce même jour, la présidente de la république Dilma Rousseff, a fait savoir que son gouvernement était hostile au Projet d'amendement constitutionnel No 215/00.

    Le 2 octobre, la police a empêché les manifestants d'entrer au parlement. Cependant, une délégation de leaders a été reçue par André Vargas, ce jour-là président en exercice de la Chambre des députés. La délégation a évoqué les principales revendications des organisations indigènes, notamment, le classement de la PEC 215/00. Il a été convenu qu'un document mentionnant ces revendications serait remis le lendemain aux parlementaires (voir ci-dessous "Déclaration"). Les députés Nilmário Miranda et Padre Ton ont déposé une Proposition d'amendement constitutionnel (No 320/2013) créant quatre sièges de députés fédéraux indigènes élus par les communautés elles-mêmes.

    Sur l'Esplanade des Ministères, le 3 octobre, un groupe a enterré symboliquement – en fait l'image - de quatre personnes qui, aux yeux des indigènes, sont particulièrement actives pour réduire leurs droits territoriaux. Il s'agit de la Ministre-chef de la Maison Civile de la présidence de la république, Gleisi Hoffmann; la sénatrice Katia Abreu, présidente de la Confédération Nationale de l'Agriculture et de l'Elevage – CNA; le député fédéral Ronaldo Caiado, membre de la "Bancada ruralista" et l'Avocat Général de l'Union Luis Inácio Adams. Au cours de l'après-midi des leaders indigènes ont occupé pacifiquement, pendant un peu plus d'une heure, le siège de la CNA. Le temps pour Sônia Guajajara de l'APIB, d'exprimer les griefs adressés à la Confédération et à sa présidente. La police militaire était sur les lieux, mais a seulement suivi l'événement. La Commission Nationale de Politique Indigéniste - CNPI a tenu sa 21e réunion ordinaire au siège de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI. À cette occasion, le Ministre de la justice, José Eduardo Cardozo a annoncé qu'il adressait au président de la Chambre des députés une note technique qui démontre le caractère anticonstitutionnel de la PEC 215/00.

    Le 4 octobre des représentants de la mobilisation ont remis un document destiné aux juges du Tribunal Suprême Fédéral – STF. Ils y expriment leurs préoccupations quant aux droits constitutionnels menacés par des initiatives des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires tendant à restreindre et retirer des droits qui paraissaient consolidés et définitifs. Ils rappellent également la suspension par le STF des processus de démarcation des Terres Indigènes, principalement au Mato Grosso do Sul. Ils demandent que les décisions du STF soient favorables aux peuples indigènes, conformément à leurs droits historiques et fondamentaux garantis par la Constitution fédérale et les Traités internationaux signés par le Brésil.

    La "Déclaration" publiée le 3 octobre par l'APIB résume les revendications des peuples indigènes du pays : "Nous déclarons que si les ruralistes arrivent à changer la Constitution, ou si le pouvoir exécutif modifie les processus de démarcation de nos terres et continue la paralysie de démarcation de nos territoires, pour nous, ces mesures seront nulles. Nous continuerons à résister et à risquer nos vies pour ce que prescrivent la Constitution de 1988 et les traités internationaux signés par le Brésil… Nous exigeons la fin de toutes ces attaques contre nos droits…" Le document se termine par des demandes plus précises : le classement immédiat et définitif de toutes les initiatives qui portent atteintes aux droits indigènes; la création du Conseil National de Politique Indigéniste; l'approbation du Statut des Peuples Indigènes et de la Proposition d'amendement constitutionnel No 320/2013 qui veut la création de quatre sièges pour des députés fédéraux indigènes… "Enfin, nous réitérons notre détermination à rester unis et en alliance avec les mouvements et organisations sociales qui, comme nous, luttent pour la construction d'une société véritablement démocratique, juste et plurielle".

    Après une telle mobilisation, la question est maintenant de savoir comment le pouvoir brésilien va répondre à l'interpellation des peuples indigènes ?

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    *Voir sur ce blog les notes du 10/11/13

    Photo © Oswaldo Braga de Souza - ISA / Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note ou à des vidéos relatives à la mobilisation mises en ligne sur YouTube.

    - Cette note est un extrait d'une "brève" publiée dans AYA Info (No 87), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Plus de 4'000 projets d'exploitation minière menacent 152 Terres Indigènes d'Amazonie

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    Brasil, Brésil, Amazonie, Amazônia, mineração,exploitation minière,Terres Indigènes, Terras Indígenas,PL 1.610, Edio Lopes, Padre Ton,Comissão Nacional de Política Indígenista,Commission Nationale de Politique Indigéniste,Estatuto dos Povos Indígenas,Instituto Socioambiental, Marcos Apurinã, Sônia Guajajara,COIAB,Dia do Índio,Abril indígena, Dilma Rousseff, Marta AzevedoCe sont 4'220 projets d'exploitation minière dans 152 Terres Indigènes (TI) d'Amazonie brésilienne que l'Instituto Socioambiental – ISA a dénombré récemment. Pour 74 de ces TI c'est plus de 50% de leur territoire qui est concerné et pour 32 d'entre – elles, c'est même plus de 90% ! La TI Yanomami en compte 657, couvrant 54% de son territoire.

    La recherche et l'exploitation de l'or entrent pour plus de la moitié – 2'260 - de ces projets. Cinq sociétés minières ont déposé 1'356 demandes, soit 32 %  du total. À elle seule, Mineração Silvana Industria e Comercio Ltda en compte 690 et, en deuxième position, Vale SA avec 210. La Constitution de 1988 prévoit qu'il appartient au Congrès d'autoriser cette exploitation dans les TI.

    Un projet de loi (No 1.610) de 1996 est en discussion au Parlement. Ce texte a été présenté par deux députés, Padre Ton et Edio Lopes, aux délégués indigènes lors de la dernière réunion de la Commission Nationale de Politique Indigéniste - CNPI, le 5 décembre 2012. Ces derniers ont rappelé que ce thème a été amplement débattu dans toutes les régions du pays à l'occasion des discussions relatives au "Statut des Peuples Indigènes". Un chapitre entier de ce document est consacré à la recherche et à l'exploitation des ressources minières dans les TI. Ce Statut a été remis à la Chambre des Députés en août 2009 sans avoir encore été inscrit à son ordre du jour. Du point de vue des indigènes, le thème de l'exploitation minière ne doit pas être débattu séparément du Statut. D'une manière générale, ils sont opposés à l'ouverture des Terres indigènes à l'exploitation minière.

    Récemment, les participants à la 42e Assemblée générale des peuples indigènes de Roraima ont adressé une lettre à la Présidente de la république, Dilma Rousseff. Ils reprochent au PL 1.610 de ne pas donner aux peuples indigènes le droit de refuser un projet minier et de ne prévoir aucune garantie de sauvegarde de leurs lieux sacrés et d'habitation : "cela génère un état de claire agression à la survie culturelle de nos peuples". Ils demandent de paralyser les travaux parlementaires sur le PL 1.610 et de donner la priorité à l'approbation du "Statut des Peuples indigènes" qui, lui, prévoit un droit de refus de la part des communautés indigènes (art. 88).

    Un avis, allant dans le même sens, a été exprimé par des leaders indigènes d'Amazonie lors d'une rencontre organisée, sur le PL 1.610, par la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI, les 25 et 26 mars à Manaus. Marcos Apurinã, le leader de la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne – COIAB, a adressé une lettre à Marta Azevedo, la présidente de la Fondation, pour demander l'acheminement du projet de Statut au Congrès. Il propose également la définition d'une stratégie commune entre mouvement indigène, mouvements sociaux, alliés au Congrès et au sein du Gouvernement pour en obtenir l'approbation. La COIAB a publié une "Lettre ouverte" aux dirigeants indigènes, à ses partenaires, aux autorités et à la société en général dans laquelle elle exprime sa préoccupation. Dans sa mission de défendre les droits des peuples indigènes, elle dit affronter aujourd'hui le pire moment où ces droits sont menacés, notamment, mais pas seulement, par les projets d'exploitation minière en Amazonie. Elle demande aux peuples indigènes, qui seront invités aux réunions d'information sur le PL 1.610 prévues dans le pays, de suivre le positionnement adopté par les leaders indigènes de la CNPI et de ceux qui ont participé à la réunion de Manaus.

    Au Brésil, depuis 1943, l'existence des peuples indigènes est traditionnellement rappelée en avril, particulièrement le 19, qui est le "Jour de l'Indien". La COIAB veut saisir l'opportunité du prochain rassemblement – prévu à Brasilia - des leaders indigènes de tout le pays pour créer une dynamique en faveur de l'adoption du Statut par le Congrès.

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    Photo © Secoya - De gauche à droite : Marcos Apurinã, leader de la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne – COIAB; Edio Lopes, Député fédéral (PMDB) et rapporteur du projet de loi 1.610; Sônia Guajajara, Vice - coordinatrice de la COIAB lors de la réunion de Manaus les 25 et 26 mars dernier.

    PS : L'activation des liens hypertextes renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

    Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" (No 81), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • La COIAB participe à la COP-18 à Doha

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    Brasil,Brésil,Amazônia,Amazonie,COIAB,Sônia Guajajara,COP-18,Doha,Qatar,ONU,Kyoto, Durban,gaz à effet de serre,protocole,développement durable,changements climatiques,COP-17Les peuples indigènes sont préoccupés par les changements climatiques. Ils suivent de près les négociations internationales à ce sujet. Sônia Guajajara, membre de la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne – COIAB était à Doha (Qatar) pour suivre les travaux de la COP-18, la 18e Conférence des parties à la convention de l'ONU sur les changements climatiques qui a eu lieu du 26 novembre au 8 décembre 2012. On sait que la conférence n'a abouti qu'a un accord minimal consistant à prolonger le protocole de Kyoto jusqu'en 2020. Les États les plus pollueurs ne sont tenus à aucun engagement.

    En août 2011, les représentants des organisations indigènes des neuf pays amazoniens étaient réunis à Manaus pour adopter une position commune – le Mandat de Manaus - sur les changements climatiques. Depuis, ils ont été présents à Durban* en 2011 pour la COP-17 et à la Conférence Rio+20 de juin 2012 sur le développement durable.

    À Doha, à l'occasion d'une conférence de presse, Sônia a rappelé que "le modèle de développement du Brésil est basé sur l'industrie extractive et l'agriculture d'exportation. Ce modèle requiert nécessairement le renforcement des infrastructures et l'implantation de grands ouvrages (usines hydroélectriques, lignes de chemin de fer, ports, etc) qui, inévitablement, impactent les terres et territoires, la vie socio - économique, physique, culturelle et spirituelle des peuples indigènes et autres populations locales". Selon Sônia, pour promouvoir ce modèle, le gouvernement brésilien a été complice de l'offensive des secteurs politiques et économiques qui s'opposent aux droits territoriaux des indigènes. Elle énumère ensuite les projets de lois ou dispositions administratives visant à réduire les droits des indigènes.

    À ceux qui pourraient s'interroger sur le lien entre ces droits et le climat, sujet de la conférence, elle rappelle qu'en préservant, sur leurs terres, les forêts, l'environnement et la nature, les peuples indigènes contribuent à maintenir la biodiversité et à éviter les émissions de gaz à effet de serre.

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    * Voir sur ce blog les notes du 16 septembre 2011 et du 6 janvier 2012

    Photo : site COIAB. Sônia Guajajara au cours de la conférence de presse.

     PS : L'activation des liens hypertextes renvoie aux sources utilisées pour la rédaction de cette note. Elles sont souvent en portugais, sauf quand il s'agit d'anciens "AYA Info".

     Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 78, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Avant et pendant Rio+20, les indigènes tentent de se faire entendre

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    AgenciaBrasil050612WDO9806A.JPGCe mois de juin, le Brésil a accueilli la Conférence des Nations Unies sur le développement durable, plus connue sous le sigle Rio+20. Mais avant même la rencontre, le gouvernement brésilien a pris quelques initiatives à l'endroit des peuples indigènes.

    À l'occasion de la Journée mondiale de l'environnement

    Le 5 juin était la Journée mondiale de l'environnement. Ce jour-là, le gouvernement a annoncé l'homologation de sept Terres Indigènes (TI), la création de deux Unités de conservation et l'extension de trois autres. Dilma Rousseff a également signé le décret relatif à la "Politique Nationale de Gestion Territoriale et Environnementale des Terres Indigènes" - PNGATI.

    Cinq des TI homologuées se situent dans l'État d'Amazonas, une dans l'État d'Acre et l'autre dans le Pará. Ensemble, elles couvrent une superficie de 9'503 km2.

    La PNGATI se veut une mise en oeuvre de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail. Elle a pour objectif de garantir et promouvoir la protection, la conservation et l'usage soutenable des ressources naturelles des terres et territoires indigènes. Elle veut aussi assurer l'intégrité du patrimoine indigène, l'amélioration de la qualité de vie physique et culturelle des peuples indigènes.

    Sônia Guajajara, la vice - coordinatrice de la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne - COIAB était l'invitée de la Présidente de la république pour représenter les peuples indigènes à la célébration de cette Journée. Sônia a saisi cette occasion pour lui remettre un manifeste reprenant, en huit points, les principales revendications des peuples indigènes du pays. Par exemple, la suspension des ouvrages qui affectent les TI jusqu'à ce que soit réglementée, et appliquée, la procédure de consultation préalable, libre et informée, prévue par la C169.

    Les peuples indigènes à Rio+20

    À Rio, à l'occasion de la réunion de Conférence des Nations Unies, les peuples indigènes ont organisé, du 15 au 22 juin, la IXe édition de leur "Campement Terre Libre", la rencontre annuelle des indiens du pays. D'autres organisations indigènes d'Amérique centrale et du sud étaient également présentes.

    Les 1'800 participants ont adopté une "Lettre de Rio de Janeiro". Un texte signé par l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB, la Coordination des Organisations Indigènes du Bassin Amazonien - COICA, la Coordination Andine des Organisations Indigènes - CAOI, le Conseil Indigènes de l'Amérique Centrale - CICA et le Conseil Continental de la Nation Guarani - CCNAGUA.

    Le texte appelle d'abord la nécessaire mise en place de nouvelles relations  entre les États et les Peuples indigènes pour la construction d'un nouveau modèle de société.

    Une deuxième partie dénonce les fausses solutions aux crises qui frappent la planète. Plus concrètement, le texte dénonce les violences commises à l'encontre des dirigeants et des peuples indigènes qui luttent pour la défense de leurs droits; les ouvrages construits dans les territoires indigènes; les institutions qui financent ces grands travaux; les contrats REDD* et les crédits carbone; la réduction des territoires indigènes; toutes les institutions qui visent à soumettre les droits indigènes au grand capital. Le texte dénonce également l'action de Marco Terena, un ancien leader, qui a organisé une manifestation parallèle sans lien avec les organisations indigènes du pays.

    La troisième partie du texte est un ensemble de propositions, un appel au respect des droits territoriaux des peuples indigènes; l'application de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail; l'amélioration des conditions de santé des peuples indigènes; la mise en place d'une éducation scolaire indigène respectant la diversité culturelle de chaque peuple. En conclusion de leur déclaration, les signataires affirment que "Finalement ce ne sont pas les fausses solutions proposées par les gouvernements et ce que l'on appelle l'économie verte qui solderont les dettes des États envers nos peuples".

    Les représentants indigènes ont voulu remettre ce document aux dirigeants présents à la Conférence officielle. Empêchés d'entrer par le service de sécurité, ils ont été reçus, le 20 juin, par une délégation de la présidence de la république. Un calendrier de travail a été fixé pour les mois à venir.

    Les représentants du gouvernement ont également reçu les délégués de la manifestation organisée à l'initiative de Marco Terena au cours de laquelle une déclaration appelée "Kari-Oca 2" a également été adoptée par les participants.

    D'autres manifestations indigènes ont eu lieu dans le cadre de la Conférence. Par exemple, la protestation organisée devant le siège de la Banque Nationale de Développement Economique et Social - BNDES qui apporte les crédits pour la construction de nombreuses infrastructures, dont le barrage de Belo Monte. Des représentants de l'APIB ont obtenu un contact avec le vice-président de la banque.

    Si Rio+20 n'a pas répondu aux attentes des peuples indigènes, la conférence a été l'occasion d'un début de reprise de dialogue entre les organisations indigènes brésiliennes et le gouvernement de ce pays. À suivre...

    ***

    * REDD : Réduction des Émissions de gaz à effet de serre en raison de la Déforestation et de la Dégradation des forêts.

    Photo : Wilson Dias /Agência Brasil / Sônia Guajajara (au centre) fait signer à Dilma (tout à gauche) le manifeste qu'elle vient de lui remettre.

    Pour en savoir plus (en portugais) :

    - Une note de l'Instituto Socioambiental sur cérémonie pour la Journée mondiale de l'environnement : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3569

    - Le Décret No 7'747 du 5 juin 2012 instituant la PNGATI : http://www.planalto.gov.br/CCIVIL_03/_Ato2011-2014/2012/Decreto/D7747.htm

    - Les Décrets des 5 et 6juin 2012 : http://www4.planalto.gov.br/legislacao/resenha-diaria/2012/junho-resenha-diaria#content > voir à la date du 6 juin

    - Sônia remet le manifeste du mouvement indigène à Dilma : http://coiab.org/site/noticia/movimento-indigena-entrega-manifesto-a-presidenta-dilma/

    - La "Lettre de Rio de Janeiro" : http://blogapib.blogspot.ch/2012/06/documento-final-do-ix-acampamento-terra.html

    - La "Déclaration Kari-Oca 2" : http://indigenous4motherearthrioplus20.org/redd-in-the-news/declaracao-kari‐oca-2/

    - Ci-dessous la vidéo montrant l'occupation des jardins de la BNDES par un groupe d'indigènes :

     

    Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 73, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

     

  • Les Amazones du XXIe siècle

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    Au début de ce mois, la chaîne Euronews, dans une première édition de la série "Women and War" (1), Valérie Gauriat (2) a présenté brièvement trois femmes qui mènent un combat pour la défense des peuples indigènes de l'Amazonie brésilienne.

    Ces Amazones-là ne sont pas les cruelles guerrières de la mythologie grecque. Mais elles sont peut-être de la descendance des indigènes qui, en juin 1542, ont attaqué l'expédition de Francisco de Orellana sur le fleuve jusque-là appelé El Dorado. Le chroniqueur de l'équipée, le dominicain Gaspar de Carvajal, a rapporté que les Espagnols avaient été attaqués par de farouches guerrières... Le fleuve avait trouvé son nom et une légende !

    Sônia Boné de Sousa Silva Santos, plus couramment appelée Sônia Guajajara (le nom du peuple auquel elle appartient) est vice - coordinatrice de la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne - COIAB, dont le siège est à Manaus. On la voit dans son village du Maranhão, mais aussi à Brasilia où elle défend les droits des peuples indigènes du Brésil : "Tous sont confrontés au grand problème de l'exploitation illégale des richesses naturelles... Aujourd'hui notre forêt est presque entièrement dévastée... Il n'y a plus autant de richesses naturelles qu'il y a une trentaine d'années".

    Sheyla Yakarepi est Juruna, un peuple de la région du rio Xingu sur lequel se construit le barrage de Belo Monte. On la voit manifester, en mars 2011, devant le siège londonien de la très brésilienne Banque Nationale pour le Développement Economique et Social - BNDES. "Nous sommes ici pour réclamer la transparence et faire connaître le rôle que joue cette banque quand elle parle de développement durable et qu'en réalité, elle finance les grandes entreprises qui, en Amazonie, détruisent les populations sans respecter leurs droits !" Elle se bat contre la construction du barrage : "Le fleuve Xingu est notre maison. S'il meurt, notre culture et notre peuple mourront avec lui !"

    Antônia Melo da Silva est coordinatrice du Mouvement Xingu Vivo Para Sempre - MXVPS, qui rassemble les riverains du Xingu, indigènes, pêcheurs et petits agriculteurs luttant, eux aussi contre la construction du barrage. "Je reçois des messages d'intimidation, comme "tu vas mourir" si tu te mêles de nos affaires, si tu nous déranges"... "Ce sont des messages qui me sont envoyés par des hommes de main". Des petits agriculteurs sont aussi l'objet de séduction des promoteurs. Une agricultrice témoigne : "Ils ont déjà acheté une parcelle 600 ou 1'000 (Reais). Leur combine est la suivante : ils me paient bien, mais ça ne signifie pas que le voisin sera payé. Dans la pratique, ils paient deux ou trois lots, et le reste, rien du tout !" Antônia conduit les reporters chez un agriculteur à qui l'on demande d'abandonner sa terre parce qu'elle va être inondée...

    Antônia exprime ses raisons de lutter : "Je suis certaine que je contribue avant tout, par mon travail, au bien-être des générations futures, c'est pour elles que nous luttons !"

    Le reportage (3) montre bien la puissance des intérêts auxquels elles sont confrontées.

    Sônia, Sheyla et Antônia sont des battantes. Il est à espérer que l'histoire retiendra leur leçon de courage.

    ***

    (1) En français "Les femmes et la guerre"

    (2)  Pour voir les reportages sur le site d'Euronews :

    - La présentation de Valérie Gauriat (40'') :

    http://fr.euronews.net/2012/02/02/le-combat-de-trois-bresiliennes-pour-la-defense-des-peuples-indigenes-d-amazonie

    - Le portrait de Sônia Guajajara (5'27'') :

    http://fr.euronews.net/2012/02/01/sonia-guajajara-les-peuples-indigenes-sont-sans-cesse-expulses-de-leurs-terres/ et le site Internet de la COIAB : http://www.coiab.com.br/

    - Le portrait de Sheyla Juruna (5'23") :

    http://fr.euronews.net/2012/02/01/sheyla-juruna-le-fleuve-xingu-est-notre-maison-s-il-meurt-notre-culture-et-/

    - Le portrait d'Antônia Melo (5'43'') :

    http://fr.euronews.net/2012/02/01/antnia-melo-notre-combat-doit-servir-les-generations-futures et le site Internet du Mouvement Xingu Vivo Para Sempre : http://www.xinguvivo.org.br/

    (3) On retrouve ces trois portraits dans un film de 46' de Bernard Robert-Charrue, produit par Dev.tv, sous le titre "Trois femmes en colère" avec l'appui de la Direction du Développement et de la Coopération - DDC/Berne. Ce film a été présenté, le 11 octobre 2011, au 27e Forum international médias nord - sud (Genève) : http://www.dev.tv/index.php/productions/documentary/3_femmes_en_colere_1x46_francais/

     

    Cette note sera également publiée dans le prochain "AYA Info" (No 69), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2