01/03/2017

Pollution de l'Amazonie péruvienne : accord entre les organisations indigènes et le gouvernement

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, autochtones, indígenas, povos, Saramurillo, Norteperuano, Loreto, Lima, rio Corrientes, rio Pastaza, rio Tigre, rio Marañon, Comisión Multisectorial,FeconatLe 15 décembre 2016, des accords – appelés "Accords de Saramurillo" - ont été signés entre les leaders de communautés indigènes et le gouvernement péruvien au sujet de la contamination causée par la dizaine de fuites de pétrole de l'oléoduc Norteperuano de l'entreprise d'État Petroperú en 2016. Un conduit qui relie les champs pétroliers de l'Amazonie à la côte Pacifique. Ces fuites ont causé de graves pollutions des sols et des cours d'eau dans la région de Loreto. De telles catastrophes environnementales ont déjà eu lieu dans le passé. Elles concernaient les rios Corrientes, Pastaza et Tigre*.

Les communautés indigènes se sont mobilisées pendant plus de trois mois, organisant diverses manifestations, notamment en empêchant la navigation sur le rio Marañon, un affluent important de l'Amazone. Leur protestation a été très médiatisée. Elles ont dressé une liste de revendications qu'une forte délégation est allée défendre pendant plusieurs jours à Lima, la capitale de l'État.

Les accords concernent la surveillance de l'oléoduc, les compensations à servir aux communautés, les réparations des dommages causés pour lesquelles un fonds de 15 millions de dollars a été créé.

Une "Commission Multisectorielle" va suivre la mise en œuvre des accords qui a commencé ce mois de janvier 2017. Ils concernent cinquante mille personnes.

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* Voir sur ce Blog, les notes des 10 mai 2013, 25 juin et 20 janvier 2012.

Photo © Feconat : Le 21 novembre 2016, sur le tarmac de l'aéroport de Lima, les Ministres de la culture et de la défense accompagnent la délégation indigène qui retourne en Amazonie après avoir discuté les conditions de la négociation de l'accord de Saramurillo.

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PS 1 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

PS 2 : Note rédigée avec le précieux concours d'Aurélien Stoll, Secrétaire du Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI / Genève.

Cette note a été publiée dans « AYA Info » No 114, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

22/02/2017

Plan-les-Ouates : La solidarité dans tous ses états

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, autochtones, indígenas, povos, Plan-les-Ouates, Forum, Solidarité, Espace Vélodrome, AYA, Yanomami, Secoya, FGC« La solidarité dans tous ses états! Soutenir là-bas - Accueillir ici » Les 24 et 25 février, la commune de Plan-les-Ouates organise pour la troisième fois une manifestation * pour rendre compte à ses habitants, et au public en général, de l’usage qui est fait des crédits qu’elle consacre à la solidarité. Au programme : une exposition, des débats, un film et diverses animations. Les associations bénéficiaires des subventions communales – près d'une trentaine - seront présentes.

À deux reprises, cette municipalité a marqué son soutien au peuple Yanomami** par l'intermédiaire de l'association genevoise "Appui aux indiens Yanomami d'AmazonieAYA" et son partenaire brésilien, l'ONG "Service et Coopération avec le peuple YanomamiSECOYA" de Manaus. AYA tiendra un stand lors de ce rendez-vous et, samedi après-midi, participera au rallye organisé à l'intention des familles. Les projets soutenus par Plan-les-Ouates concernent la promotion de la santé, en particulier celle des enfants Yanomami trop souvent atteints de dénutrition.

Aucune loi n'oblige les communes genevoises à consacrer une part de leur budget à la coopération internationale. Et pourtant toutes le font, comme le montre la récente publication éditée par la Fédération Genevoise de Coopération – FGC. Plan-les-Ouates depuis 1979. Ce geste librement consenti, cette solidarité collective fait consensus. Cette manière de procéder, permet aux associations de coopération comme AYA, d'avoir accès à des financements sans devoir organiser de chronophages et coûteuses opérations de collectes de dons. Frais annexes qui ne vont pas aux réalisations sur le terrain. Les personnes qui, dans les ONG s'engagent, souvent bénévolement, à mettre en forme et à suivre les projets peuvent ainsi mieux se consacrer à cette tâche.

Au nom des jeunes - et moins jeunes - bénéficiaires amazoniens de ces soutiens, AYA tient à exprimer sa vive gratitude aux autorités et aux habitants de Plan-les-Ouates pour leur geste de solidarité.

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* Cliquer sur le lien hypertexte pour accéder au programme complet. Il est possible de suivre la préparation du Forum sur Facebook. La manifestation aura lieu à "l'Espace Vélodrome", 60 Ch. de la Mère Voie, 1228 Plan-les-Ouates, dès 17h vendredi 24 février. Elle se terminera samedi 25 février à 16h.

** Voir sur ce blog, les notes du 18 novembre 2016 et du 28 août 2015.

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera reprise sous un autre forme dans le prochain « AYA Info » No 115, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/02/2017

Brésil : la démarcation des Terres Indigènes plus compliquée

Le 14 janvier, le Ministre de la Justice et de la Citoyenneté, Alexandre de Moraes a publié un arrêté qui modifie le processus de démarcation des Terres Indigènes – TI établi par le Décret 1775/96*qui confie ce travail à la seule Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI. Le nouveau texte crée un "Groupe Technique Spécialisé" – GTE chargé de fournir un rapport circonstancié permettant au Ministre de s'assurer que les quatre conditions prévues par la Constitution de 1988 pour la démarcation d'une TI, traditionnellement habitée par les Indiens sont bien remplies. À savoir que cette TI est habitée de manière permanente; qu'elle est utilisée pour leurs activités productives; qu'elle est indispensable à la préservation des ressources environnementales nécessaires à leur bien-être; qu'elle est nécessaire à leur reproduction physique et culturelle, selon leurs usages, coutumes et traditions. L'article 4 de l'arrêté précise les vérifications auxquelles le GTE doit procéder, y compris la concordance avec la jurisprudence du Tribunal Supérieur Fédéral - STF. Ce dernier point fait controverse : il fait allusion à la date à laquelle l'occupation de la TI doit être constatée. En 2009, le STF a reconnu la validité de la démarcation de la TI Raposa Serra do Sol dans l'État de Roraima. Mais l'un des considérants du jugement porte sur le fait que cette TI était occupée par les Indiens à la date de l'adoption de la Constitution, le 5 octobre 1988. Cette condition liée au temps est susceptible d'être utilisée contre une démarcation, même si tel ou tel peuple a été forcé de quitter sa terre ancestrale avant 1988.

La publication de cet arrêté a suscité des réactions de spécialistes du droit des indigènes, du Ministère Public Fédéral qui le considère illégal et contraire à la Constitution. Et bien sûr du mouvement indigène. L'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB en a demandé la révocation : … une fois de plus, le gouvernement ne respecte pas la législation qui garantit la participation des peuples indigènes dans la prise de décisions qui les affectent… ils s'opposent au contenu de cet arrêté…

Le 19 janvier, le Journal Officiel de l'Union a publié un nouvel arrêté du Ministre de la Justice qui annule celui du 14 janvier. Il conserve la création du Groupe Technique Spécialisé dans lequel est bien représentée la FUNAI, mais avec d'autres entités. Une dizaine d'organisations dont l'APIB ont exprimé leur opposition à ce second arrêté. Elles ont protesté contre l'absence de dialogue avec le Conseil National de Politique Indigéniste – CNPI et le manque de respect du droit à la consultation libre, préalable et informée… "Toutes ces mesures ont pour objectif de retarder ou empêcher la conclusion des processus de démarcation… les organisations signataires exigent la révocation de cet arrêté".

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* Ce décret présidentiel, signé en janvier 1996 par Fernando Henrique Cardoso, ouvre déjà la possibilité aux opposants à une démarcation d'être entendus et, le cas échéant, à faire valoir leurs droits.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

Cette note a été publiée dans le dernier « AYA Info » No 114 le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

27/01/2017

Un nouveau président à la tête de la FUNAI

C'est fait, le gouvernement Temer a choisi. Il a désigné le nouveau président de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI en la personne d'Antônio Fernandes Toninho Costa, plus couramment appelé Antônio Costa. Un dentiste, mais aussi pasteur de l'Eglise baptiste, membre du Parti Social Chrétien – PSC; un parti conservateur, membre de la base présidentielle. Il a eu une formation en matière de santé indigène et il a exercé une activité au Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI. Il est le 39e président de la Fondation créée en 1967. Dans une note publiée sur le site de son parti, le nouveau président promet le dialogue et beaucoup de travail. Dans la foulée, le Ministre de la justice a également nommé le général Franklimberg Ribeiro de Freitas comme directeur de la Promotion du développement soutenable de la Funai. Lui aussi, est membre du PSC.

D'autres noms avaient été évoqués. En juin 2016, celui du général Roberto Sebastião Peternelli Junior, également membre du PSC. L'annonce de sa probable nomination a soulevé de nombreuses protestations qui ont fait reculer le gouvernement. A aussi été avancé celui de l'avocat, membre du Parti de la Sociale Démocratie Brésilienne – PSDB, Noël Villas Bôas, le fils de l'indigéniste Orlando Villas Bôas, il avait l'appui du leader Kayapó, Raoni Metuktire. De leur côté, le Parti du Mouvement Démocratique Brésilien - PMDB et le Parti Démocrates – DEM de l'État d'Acre ont proposé Sebastião Alves Rodrigues Manchinery, plus connu sous le diminutif de Sabá Manchinery. Ce leader indigène avait été à la tête de la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne – COIAB entre 1994 et 1996.

L'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB avait annoncé, en octobre 2016, qu'elle respectait la volonté de tous les leaders indigènes qui postulent en leur nom ou sont proposés par des partis politiques. Elle avait alors connaissance d'une dizaine de candidats indigènes. Cependant elle maintient sa position de poursuivre son rôle de contrôle social. Après l'annonce de la nomination d'Antônio Costa, le 14 janvier dernier, elle a rappelé les positions du PSC au parlement : soutien à la destitution de Dilma Rousseff, réduction du budget de la FUNAI et du nombre de ses fonctionnaires; un parti qui est de ceux qui veulent réduire les droits constitutionnels des peuples indigènes. L'APIB se demande si le nouveau président va être capable de s'opposer aux directives de son parti quand il devra mettre en œuvre les revendications des peuples et organisations indigènes ? Elle appelle ses organisations de base à rester vigilantes et à ne jamais reculer dans la défense des droits acquis.

Ces deux nominations inquiètent les peuples et organisations indigènes.

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 114 le bulletin de l'association "Appui aux indiens

Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

21/01/2017

Carnaval de Rio : une samba pour la forêt

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Imperatriz Leopoldinense, Belo Monte, Xingu, Carnaval, Pará, ABCZ, CONFAEAB, Ronaldo Caiado, Senado, Luiz Pacheco Drumond« Beau monstre [Belo Monte] vole les terres de ses fils, dévore les forêts et sèche les rivières. Tant de richesse que l’avidité a détruite. Je suis le fils oublié du monde ». Il s’agit-là d’un extrait de la chanson que l’école de samba carioca « Imperatriz Leopoldinense » a choisi d’interpréter lors du prochain Carnaval. En effet, elle a saisi l’opportunité de son défilé sur le Sambodrome de Rio de Janeiro pour donner un écho aux graves conséquences humaines et écologiques causées par la construction du complexe hydroélectrique de Belo Monte, sur le rio Xingu*, dans l’État du Pará.

Ce choix a déplu à l’Association des éleveurs de zébus - ABCZ. Dans une note de protestation, après avoir rappelé l’apport de ses membres à l’économie brésilienne, elle estime « Inacceptable que la plus grande fête populaire brésilienne soit l’occasion d’un show de sensationnalisme et d’attaques infondées par l’école Imperatriz Leopoldinense. Le secteur productif et la société ne peuvent rester silencieux devant cette injustice.… ». La Confédération des ingénieurs agronomes du Brésil - CONFAEAB a également manifesté sa réprobation. Les médias ont annoncé, qu’en réponse à ce qu’il considère comme une attaque à ce secteur économique qu’il soutient, le Sénateur Ronaldo Caiado, a l’intention de proposer une Session thématique plénière du Sénat pour discuter, débattre et rechercher les motifs conduisent l’école de samba à dénigrer l’agrobusiness. Une session qu’il souhaite voir inscrite à l’ordre du jour du Sénat avant le Carnaval.

Sur le site de l’école, son président, Luiz Pacheco Drumond, a tenu à préciser : « Nous allons parler de la riche contribution des peuples indigènes du Xingu à la culture brésilienne et en même temps construire un message de préservation et de respect à l’égard de la nature et à la biodiversité… À aucun moment nous n’attaquons le secteur de l’agrobusiness et ses travailleurs. Le texte de notre chant peut être consulté par le public sur nos canaux officiels de communication… Notre message est [fait] de respect, de tolérance et de paix. Tous ceux qui croient en ces valeurs sont invités à [les] célébrer avec nous ».

L’invitation du président de l’école mérite d’être entendue.

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* Prononcer « Chingu »

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 114 le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

08/01/2017

Brésil : Un projet d’article additionnel au « Statut de l’Indien » fait controverse

Le 14 novembre, la Commission des "Droits Humains et Législation participative" du Sénat brésilien a commencé l'examen d'un projet loi - PL (PLC 119/2015) qui introduit un nouvel article dans le "Statut de l'Indien" de 1973. Ce texte concerne les communautés indigènes. Il veut établir un devoir pour l'Union, les États, les municipalités et les autorités responsables de la politique indigéniste d'assurer la dignité de la personne humaine et de mener des actions en vue de garantir le droit à la vie, à la santé et à l'intégrité physique et psychique des enfants, des adolescents, des femmes, des personnes porteuses de déficiences et des indigènes âgés. Cela en préférence aux pratiques traditionnelles indigènes. Les citoyens et les entités qui ne dénonceraient pas les pratiques contraires aux doits énoncés dans cet article seraient passibles de poursuites. En fait, il s'agit surtout de criminaliser les peuples indigènes qui pratiqueraient l'infanticide de nouveau-nés et leurs alliés.

Dans la culture de certains peuples, la reconnaissance de l'existence d'un nouveau-né n'intervient pas au moment de la naissance, mais quand la communauté lui donne une identité. Compte tenu des conditions dans lesquelles vivent ces groupes, il peut y avoir des cas où ces derniers n'acceptent pas le nouveau-né pour des raisons diverses : un état physique ne lui permettant pas d'avoir une existence heureuse ou que sa communauté ne soit pas en mesure de le protéger en toutes circonstances.

Un projet controversé, critiqué par les entités de soutien à la cause indigène. Pour la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI, ce projet de loi part du présupposé que l'État brésilien a totalement omis de légiférer sur le sujet qui existe chez les indiens et les non-indiens, un projet qui ne prend pas en compte la législation déjà existante : "il n'est pas nécessaire de créer une autre loi".

Le texte original (PL-1057/2007) présenté en mai 2007 à la Chambre des Députés a été rédigé par Henrique Afonso, un député de l'État d'Acre connu pour son appartenance à l'Église Presbytérienne. La Chambre des Députés, alors présidée par Eduardo Cunha*, l'a adopté le 26 août 2015 par 361 oui, 81 non et 9 abstentions avant d'être envoyé au Sénat. Avant le vote, une controverse avait déjà opposé les députés.

Il est pour le moins significatif que le Parlement veuille modifier le "Statut de l'Indien" de 1973 adopté sous la dictature militaire qui prévoit toujours un régime de tutelle de l'État sur les "sylvicoles" non intégrés à la communauté nationale. Un Statut rendu obsolète par la Constitution de 1988 qui reconnaît aux Peuples indigènes leur organisation sociale, leurs coutumes, croyances et traditions et qui a supprimé la tutelle.

Pour remplacer ce texte de 1973, un projet de "Statut des Peuples Indigènes", fruit d'une large consultation des Peuples indigènes du pays, a été adopté par leurs représentants, à Brasilia, lors du campement "Terre libre" d'avril 2009. Ce document été déposé le 5 août de la même année à la Chambre des Députés, alors présidée par Michel Temer. Il contient plus d'une dizaine d'articles consacrés à la protection de l'enfant et de l'adolescent indigènes et aux normes pénales et procédurales. Mais ce texte est toujours dans les tiroirs du parlement !

De l'avis des professionnels de santé intervenant auprès des populations indigènes, l'infanticide que veut réprimer ce projet de loi serait une pratique très rare. Le nombre de cas n'aurait rien à voir avec le taux de mortalité infantile indigène dû aux maladies, à la malnutrition et aux carences du Service de santé. Selon le Ministère de la Santé, ce taux était de 74,61 morts (dans la première année de vie) pour mille naissances en 2000. Il est descendu à 31,28 en 2015. Mais il est encore 2,3 fois au dessus de la moyenne nationale qui est à 13,8 décès pour mille bébés nés vivants.

Plusieurs entités ont eu l'occasion de débattre du sujet et de se positionner. Le 10 février 2010 déjà, la Commission de Politique Indigéniste – CNPI qui regroupe des représentants des institutions publiques en charge des questions indigènes, dont la FUNAI, des associations indigénistes et des organisations et peuples indigènes a adopté une résolution adressée au Président de la Chambre des Députés, dans laquelle elle demande le classement définitif du PL.

Le rapport présenté, en octobre 2009, lors de la XVIIIe Assemblée générale du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, l'organe de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil - CNBB en charge des questions indigènes, évoque ce projet de loi : "...l'infanticide est présenté comme étant le problème central qui menace la vie des peuples indigènes… Le CIMI défend la vie intégrale de tous, en toutes circonstances… La vie des peuples indigènes n'est pas menacée seulement par quelques cas isolés, mais systématiquement par les conflits en rapport avec la question agraire, par le modèle hégémonique de développement, la dégradation sociale et la destruction de la nature… Leurs vies ne sont pas menacées par un infanticide interne à une culture, mais par l'ethnocide de type néocolonial".

Le 6 mars 2015, l'Association Brésilienne d'Anthropologie – ABA a adressé une lettre au président de la Chambre des Députés dans laquelle elle demande le classement de ce projet de loi. Son argumentation aborde plusieurs points. Par exemple, elle reproche au texte ne pas être une campagne pour la vie, mais "une tentative de criminalisation mettant les collectivités indigènes en état permanent d'accusées, une rhétorique déjà utilisée par les colonisateurs de l'Amérique."

Le 8 octobre 2015, dans une recommandation, le Conseil National de Santé, après avoir rappelé que le Code pénal brésilien s'applique indistinctement à tous les brésiliens, y compris aux indigènes, demande au Sénat de rejeter ce projet de loi qui viole plusieurs principes constitutionnels, notamment l'égalité de traitement et la non discrimination.

Inspiré par des fondamentalistes, ce texte est soutenu par de nombreux lobbyistes anti-indigènes présents au Parlement. Ils ont vu dans ce projet un moyen supplémentaire de criminaliser les peuples indigènes et leurs alliés sous prétexte de promouvoir les droits humains.

À suivre…

* "Tombeur" de Dilma Rousseff, lui aussi membre de la "Bancada evangélica" avant son éviction du Parlement.

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Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 113, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

29/12/2016

Deux fléaux frappent toujours les Amérindiens de Guyane

Les Amérindiens de Guyane sont victimes de deux fléaux : l'empoisonnement par le mercure en raison de l'orpaillage illégal qui pollue les rivières et le suicide des jeunes confrontés à une vie qui leur semble sans avenir. Le taux de suicide des jeunes Amérindiens est de 10 à 20 fois celui observé en Métropole. C'est à cette triste réalité qu'a été consacré un colloque le 30 novembre dernier, à Paris, au Palais du Luxembourg - le siège du Sénat français. Une réunion à l'initiative de la Sénatrice Aline Archimbaud. Il s'agissait de faire le point sur la mise en œuvre de 37 mesures préconisées dans un rapport* remis, il y a un an, au Premier Ministre, alors Manuel Valls, par elle-même et Marie-Anne Chapedelaine, Députée, après leur séjour en Guyane, en septembre 2015.

Elles y avaient effectué une mission parlementaire, confiée par le Premier Ministre, portant précisément sur le suicide des jeunes Amérindiens. Les actes du colloque n'ont pas encore été diffusés, mais le journaliste, Yves Géry, en a publié** quelques échos. Dans cet article, il donne surtout la parole aux Amérindiens qui ont exprimé un sentiment de non-reconnaissance de leur identité. Ils ont évoqué l'inadaptation de l'enseignement à la culture amérindienne: "L'école n'est pas du tout adaptée à notre mode de vie, elle fait en sorte que l'on y perd son identité amérindienne". Après le collège et le lycée, les jeunes retournent dans leur village "mais ils sont agressifs, car ils ne savent pas comment se positionner dans la communauté". Souvent sans diplôme, et très souvent sans perspectives d'emploi des jeunes désespérés songent à en finir avec la vie et passent à l'irrémédiable.

Un an après la publication du rapport, Aline Archimbaud observe que "le compte n'y est pas… je sors de cette conférence en étant consciente de tout ce qui bloque". La Sénatrice a eu le mérite de réunir différents acteurs sensibles aux différents enjeux liés à cette situation, notamment les représentants des organisations amérindiennes qui ont pu définir les actions prioritaires.

Au début du colloque, les participants ont eu l'occasion de voir le clip (3'38'') ci-dessous réalisé par le vidéaste Christophe Pierre, intitulé "No suicide". C'est un appel aux jeunes Amérindiens pour qu'ils ne commettent pas l'irréparable. C'est également une invitation à l'action commune des acteurs susceptibles d'améliorer la situation : "Marchons ensemble. Ainsi nos enfants verront l'horizon" dit-il dans le refrain. (N'oubliez pas d'activer les sous-titres pour avoir le texte en français)

* Voir sur ce blog la note du 22 décembre 2015. Pour accéder au rapport rendu en décembre 2015, utiliser le lien :

http://alinearchimbaud.fr/wp-content/uploads/2015/12/Suicide-des-jeunes-amérindiens-rapport-parlementaire-2.pdf

** Yves Géry est l'un des auteurs de l'ouvrage "Les Abandonnés de la République" (Voir sur ce blog la note du 29 décembre 2015). Son article est accessible sur le site : https://www.blada.com/jodlas/12293-_Le_coup_de_colere_des_Amerindiens_.htm

 

 

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- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 113, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

22/12/2016

Des Yanomami isolés mis en danger par des orpailleurs illégaux

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Yanomami, garimpeiros, Funai, Frente de Proteção Etnoambiental,Ye'Kuana, FPEYY, rio Uraricuera, rio Mucajai, rio Catrimani, rio Mucajaí, rio Apiaú, Moxihatëtëa, Yawaripë, Perimetral Norte, BR 210, Amazônia RealAu début décembre, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a manifesté son inquiétude en raison d'activités illicites d'orpaillage observées à proximité d'un groupe d'indiens - les Moxihatëtëa - vivant en isolement volontaire. Ils vivent dans la partie de la Terre Indigène Yanomami – TIY située dans l'État de Roraima. Selon la Fondation, le danger pour ce groupe est aussi à mettre en lien avec des invasions de la TIY résultant de l'expansion de la frontière agricole dans cet État.

Le Front de Protection Ethno-environnemental Yanomami et Ye'Kuana – FPEYY de la Fondation suit ce groupe via satellite et par le survol depuis 2011. En septembre dernier, lors du survol de leur maloca (maison collective), les observateurs du FPEYY ont décelé plusieurs indices selon lesquels ces indiens sont en bonne condition physique et manifestent leur volonté de rester isolés. Ils cultivent des bananes. Le nombre de familles semble stable.

Cependant, au cours de leur contrôle, les agents du Front ont constaté la présence de plusieurs pistes d'atterrissage et de barges pour l'extraction de l'or.

La dernière opération de lutte contre l'orpaillage illégal sur les rios Uraricuera et Mucajaí a été réalisée en octobre dernier. Dix-huit barges, huit moteurs, six générateurs et quatre compresseurs ont été détruits, 123 grammes d'or ont été saisis et un non-indigène arrêté.

Les Moxihatëtëa appartiennent à un sous-groupe Yanomami, les Yawaripë contactés dans les années 1950 et 1960. Ils ont été les plus impactés par la construction de la route* "Perimetral Norte" dans les années 1970 provoquant la mort de 40% des indigènes qui vivaient dans la région, conséquence des maladies contagieuses apportées par les blancs. Dans les années 1990, les Moxihatëtëa circulaient occasionnellement dans les régions des rios Catrimani, Mucajaí et Apiaú. Le bruit a couru qu'ils étaient l'objet d'attaques de garimpeiros et que, peut-être, ils avaient disparus. C'est seulement en 2011 que leur existence a été prouvée.

Selon l'agence Amazônia Real, comme d'autres Fronts, l'existence du FPEYY serait mise en cause par les restrictions budgétaires décidées par le Gouvernement.

Voilà à nouveau ce groupe d'indiens isolés en danger.

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* La "Perimetral Norte", ou BR 210, devrait relier le Nordeste du Brésil (l'État d'Amapá) à la Colombie par le nord du pays. De nombreux tronçons n'ont pas été ouverts ou ne sont pas goudronnés.

Photo : Collection Funai /FPEYY. Une maloca d'un groupe isolé. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image

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- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 113, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

10/12/2016

En Amazonie brésilienne, la déforestation et les incendies font des ravages

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Desmatamento, déforestation, INPE, ISA, garimpeiros, orpailleurs, madeireiros, exploitants forestiers,, Terras Indígenas, Terres Indigènes, Almir Suruí, Paiter Suruí, Sete de Setembro, Rondônia, Acre, Araribóia, Awá Guajá, Amapá, Pará, Roraima, Mato Grosso, Maranhão, TocantinsLe 28 septembre dernier, l'Institut National d'Enquêtes Spatiales – INPE a publié le résultat de ses observations sur la déforestation en Amazonie légale* pour la période d'août 2014 à juillet 2015. Ce sont 6'207 km2 de forêt qui ont été détruits. Au cours des 12 mois précédents, 5'012 km2 avaient disparus, soit une augmentation de l'ordre de 24 %. L'Institut estime que pour la même période 2015 – 2016, la déforestation atteindra 7'989 km2. On est heureusement loin du record de 2004 où la déforestation avait été de 27'772 km2, mais c'est le chiffre le plus élevé de ces dernières années (4'571 km2 en 2011).

Le Ministère de l'environnement espère un ralentissement du rythme de déforestation. L'Institut socioambiental – ISA s'inquiète de la déforestation dans les Terres Indigènes – TI et autres aires protégées, en particulier dans l'État du Pará, près du complexe hydroélectrique de Belo Monte ou dans celui de Rondônia. Dans cet État, l'augmentation a passé de 684 km2 en 2014 à 1'030 km2 en 2015, soit une progression de 51%. Une situation qui a incité Almir Suruí, leader du Peuple Paiter Surui de la TI Sete de Setembro à lancer un appel à l'aide au niveau international. Des médias ont annoncé, le 9 novembre, que la Police fédérale de Rondônia avait commencé une opération pour protéger des garimpeiros (orpailleurs) et madeireiros (exploitants forestiers) illégaux plusieurs Peuples et TI de la région.

Des incendies ont également dévasté la forêt amazonienne en différents points. Au début du mois d'août déjà, l'INPE a annoncé que, depuis le début 2016, il avait enregistré plus de 53'000 foyers et incendies de forêts sur le territoire national. Une augmentation de 65 % par rapport à la même période de 2015. Il relève que l'État d'Acre présente une des situations les plus graves avec 844 feux, soit trois fois plus qu'en 2015. Dans l'État d'Amazonas, il a été relevé 3'022 incendies, soit une croissance de 284 % par rapport à la même période de 2015. Du point de vue de l'Institut, la sécheresse prolongée, provoquée par El Niño a facilité la propagation des incendies, mais 90% de ceux-ci sont dû à l'action humaine. Il y a aussi des incendies criminels dans des zones de conflit où les forêts sont transformées en pâturages. Un programme de prévention a été développé cette année touchant plus de 7'000 personnes. Près de 700 kilomètres de pare-feu ont été installés.

Plusieurs TI ont été touchées par des incendies comme la TI Araribóia où vivent les Awá-Guajá. Un peuple qui vit en isolement volontaire. Celui-ci a déjà été mis en danger en 2015 par un incendie qui a dévasté près de 50% de la TI**.

Le feu représente un risque permanent pour la faune et la flore brésiliennes, sans oublier les dommages sur la santé humaine et pour la planète en augmentant le réchauffement global.

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* L'Amazonie légale a une superficie de 5'217'423 km2. Elle comprend les États d'Acre, Amapá, Amazonas, Pará, Rondônia, Roraima et une partie des États du Mato Grosso, du Maranhão et du Tocantins.

** Voir sur ce blog la note du 11 novembre 2015.

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 113, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

25/11/2016

Brésil : le Peuples indigènes défendent le service de santé

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Ricardo Barros, SESAI, DSEI, MPF, FUNAI, APIB, CIMI, Terras Indígenas, barragens, hidrelétricas, Campo Grande, Mato Grosso do Sul, Saúde, santé indigèneLe 17 octobre, le Ministre d'État de la Santé, Ricardo Barros a signé un arrêté qui enlevait au Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI et, à travers lui, les 34 Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes - DSEI du pays, leurs compétences en matière de gestion budgétaire et financière. Celles-ci devant être reprises et centralisées par le Ministère à Brasilia. C'est l'autonomie de ces instances qui était supprimée. Dans une note technique, le Ministère Public Fédéral considère que cette décision est illégale et contraire à la Constitution.

La réaction des organisations indigènes a été rapide et conséquente. Elles y ont vu une dangereuse aggravation du fonctionnement du service de santé indigène qui, déjà, ne donne pas satisfaction. Le 23 octobre, l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a appelé les peuples et organisations indigènes à se mobiliser entre le 24 et le 28 octobre pour demander la révocation immédiate de cet arrêté en occupant les bureaux du SESAI dans les différentes parties du pays. L'appel a été entendu. Des manifestations ont effectivement eu lieu un peu partout dans le pays : occupation des bureaux du SESAI, barrages sur des routes, etc. Le Conseil Indigéniste Missionnaire - CIMI a estimé qu'environ onze mille indigènes ont participé au mouvement. Le 26 octobre, l'APIB pouvait annoncer qu'après une rencontre avec le ministre, celui-ci était revenu sur sa décision.

Dans une note publiée le 14 novembre, l'Articulation s'est adressée aux leaders et aux Peuples indigènes pour manifester sa satisfaction. Mais elle rappelle qu'il y a d'autres sujets préoccupants : la déforestation qui atteint des Terres Indigènes; les projets d'exploitation minière et de construction d'infrastructures (usines hydroélectriques); la réduction des activités de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI et sa "militarisation" (un colonel a été nommé coordinateur de la Fondation à Campo Grande, dans l'État du Mato Grosso do Sul), etc.

Elle termine sa note par un appel : "Malgré ce contexte difficile, nos peuples ont déjà démontré qu'ils restaient unis et déterminés à ne pas relâcher leur lutte pour assurer leurs droits consacrés par la Constitution fédérale et les traités internationaux signés par le Brésil. Aucun droit en moins. Résister unis pour continuer d'exister!"

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans le dernier "AYA Info" No 112, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2