22/12/2015

Amérindiens de Guyane : trente-sept propositions pour réduire l'épidémie de suicides

Trente-sept propositions ont été faites au gouvernement français pour lutter contre l'épidémie de suicides qui touche les Amérindiens de Guyane. Un taux de suicide, notamment chez les jeunes, 10 et 20 fois plus élevé que celui relevé dans l'Hexagone. Ce constat a conduit le premier ministre français, Manuel Valls à constituer une mission parlementaire chargée de rapporter sur "la compréhension des raisons susceptibles de générer un tel passage à l'acte et qui puisse permettre de déployer rapidement en Guyane des mesures d'accompagnement susceptibles de prévenir de tels drames humains." La mission a été confiée à Mesdames Marie-Anne Chapdelaine, députée, et Aline Archimbaud, sénatrice*. Leur rapport a été rendu public le 15 décembre.

En ce qui concerne les origines de cette épidémie, "Les membres de la mission ont pu constater que les causes des suicides, ici comme ailleurs, sont multifactorielles (liées à l’isolement, économiques et sociales, intrafamiliales, identitaires et culturelles). Mais que « l’épidémie de suicides », pour reprendre le terme utilisé par nombre de ses interlocuteurs, était survenue dans le contexte d’une absence indiscutable d’accès aux services les plus élémentaires."

Pour les mesures d'accompagnement, les deux parlementaires ont formulé trente-sept propositions classées en deux catégories. La première est constituée de seize mesures qualifiées de "prioritaires". La toute première étant de "Renforcer le dispositif de prise en charge psychiatriques des personnes en crise suicidaire, des membres des familles et communautés impactées par un suicide". Une autre étant de "Réaliser enfin dans les villages de l'intérieur les travaux d'infrastructure urgents : eau potable, électricité, réseau téléphonique et internet." A ce sujet "La mission tient à faire observer que dans une région où l’on tire des fusées et où les technologies les plus « avant-gardistes » sont utilisées, il est difficile d’admettre qu’il n’existerait pas de solutions pour permettre à ces populations d’être mieux desservies, même si on peut concéder que les difficultés de production d’énergie, les barrières géographiques et les contraintes d’entretien soient massives." Ou encore, dans le domaine de la culture : "Reconnaître les cultures et les langues amérindiennes en Guyane." Etc.

La deuxième catégorie de mesures contient vingt-et-une propositions "complémentaires". Parmi celles-ci, onze concernent les services de santé; cinq l'éducation et la formation professionnelle; deux l'accès aux droits (emploi et autres); et, enfin, trois traitent de réformes institutionnelles.

Les auteures du document rappellent l'importance de la mise en œuvre des mesures proposées : "Un risque a été fortement souligné par les interlocuteurs de la mission : celui de la répétition de missions officielles similaires, certaines mêmes étant sévèrement suspectées d’être à visée touristique, et dont les résultats se font tellement attendre que leur absence pèse considérablement sur la crédibilité des missions suivantes."

Il est intéressant de noter que dans les annexes de leur rapport, les deux parlementaires ont publié l'entier de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples autochtones de septembre 2007 et de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail de 1989 non ratifiée par la France.

La balle est maintenant dans le camp du gouvernement !

*Voir sur ce blog, la note du 29 octobre dernier.

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PS 1 : le "Recours de plein contentieux" formé par l'Association des Nations Autochtones de Guyane – ONAG et l'Association Solidarité Guyane devant le Tribunal administratif de Cayenne mettant en cause la responsabilité de l'Etat français dans la situation des communautés amérindiennes, notamment dans le domaine de la santé en raison de l'orpaillage illégal, a été jugé irrecevable le 5 novembre dernier (voir sur ce blog, la note du 17 décembre 2014). On reviendra sur ce sujet dans une prochaine note.

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera reprise dans le prochain "AYA Info" No 107", le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

08/12/2015

La "Compensation Financière Genevoise" a perdu l'un de ses fondateurs

Lucien Vindret, ancien maire de Collonges-sous-Salève, est décédé à Viry le 25 octobre dernier après plusieurs années de maladie. Il a été l'un des principaux artisans de la création de la "Compensation financière genevoise", cette somme que le Canton de Genève verse annuellement à ses voisins, les Communes et Départements de l'Ain et de la Haute-Savoie en dédommagement des frais occasionnées par la présence des travailleurs frontaliers qu'ils hébergent. Il était né à Evires le 31 mars 1929.

Encore jeune, au début des années 50, il a travaillé comme forgeron chez un artisan de Landecy (Genève), tout en habitant à Collonges-sous-Salève (Haute-Savoie). Il était donc l'un des premiers frontaliers à travailler à Genève (ils étaient un peu plus du millier en 1955). Il était membre de la Jeunesse Agricole Catholique – JAC française. Ce mouvement lui avait confié la responsabilité de la région Sud-Est. Avant d'ouvrir son entreprise d'auto-école en 1960, il a occupé un poste au secrétariat de la Fédération départementale de Haute-Savoie du Mouvement Républicain Populaire – MRP (Démocratie chrétienne).

Comme nombre de membres de la J.A.C. il s'est engagé dans la politique communale. Il a été maire de Collonges-sous-Salève pendant une vingtaine d'années, de 1959 à 1977 et de 1983 à 1985. Il a connu la forte augmentation de la population de cette commune frontalière. Le nombre de ses habitants a pratiquement doublé en vingt ans, passant de 1'343 en 1962 à 2'519 en 1982. Une progression démographique due à l'arrivée de migrants – essentiellement originaires d'autres régions de l'Hexagone - attirés par l'espoir, généralement concrétisé, de trouver un emploi "sur Suisse".

Ainsi, à Collonges, comme  dans les autres communes frontalières, une part croissante de la population va travailler à Genève où le salaire des non résidants fait l'objet d'une imposition "à la source". Ces travailleurs frontaliers contribuent à la prospérité et aux finances du canton sans que celui-ci n'ait à assumer la totalité des services occasionnés par la présence de cette main d'œuvre sur son territoire. Dans le même temps, les municipalités frontalières françaises sont à la peine pour assurer le financement des infrastructures et services nécessaires à tous leurs habitants. Cette situation conduit les maires de ces communes à fonder, en 1970, l'Association des Communes frontalières. L'objectif est d'obtenir un dédommagement de la part de Genève pour les frontaliers qu'elles logent. Lucien Vindret a été le premier président de cette intercommunalité particulière.

Le Conseil d'État et le Grand Conseil genevois ont facilement reconnu la légitimité de la demande de leurs interlocuteurs français. Ils se sont montrés favorables à un accord qui, en quelque sorte, étend aux communes frontalières françaises ce que la canton verse aux communes genevoises.

Côté français, il a fallu convaincre les autorités départementales, et surtout nationales, de conclure un accord international primitivement négocié par une association de communes, une entité hors du cadre des collectivités publiques reconnues par la République (les communes et les départements) et qui, plus est, a pris l'initiative de traiter avec un État étranger !

Ces discussions ont abouti, en 1973, à la signature d'un accord franco-suisse, par lequel Genève verse à ses voisins une compensation financière à hauteur de 3,5 % de la masse salariale gagnée par les frontaliers travaillant dans le canton.

Dans la foulée, un second accord est conclu la même année qui crée une "Commission mixte" franco-suisse et le Comité Régional Franco-Genevois – CRFG pour traiter des questions de voisinage entre Genève et les deux Départements de l'Ain et de la Haute-Savoie : aménagement du territoire; environnement et protection de la nature; énergie, transports et communications; enseignement, formation professionnelle et recherche, etc…

Mis à part ce qui se pratique dans la région de Bâle, cette volonté de traiter des problèmes de voisinage est particulière. En effet, les accords de double imposition, conclus par la Suisse avec ses autres voisins immédiats, ne comportent pas la constitution d'un tel organisme. D'une certaine manière, cet accord reconnaît l'existence d'un bassin de vie, même s'il est transfrontalier.

Homme de caractère, Lucien Vindret n'a pas ménagé sa peine pour réduire concrètement "l'effet frontière" qui affecte cette région. Il a été, avec d'autres, l'un des précurseurs du Grand Genève. Les départements et les communes de l'Ain et de la Haute-Savoie, mais aussi tout l'espace franco-valdo-genevois, lui doivent beaucoup.

Que sa famille soit assurée de toute notre sympathie.

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PS : Cette note a partiellement été rédigée à partir de témoignages de proches. Elle est donc susceptible d'ajustements, voire de corrections. Une documentation relativement complète concernant les "Fonds frontaliers" est consultable sur le site Internet de la Coordination Economique et Sociale Transfrontalière – CEST :

http://www.coordination-transfrontaliere.org/institutions/compensation-financière/

24/11/2015

CIMI : le nouveau président et les violences contre les indigènes au Mato Grosso do Sul

Lors de sa dernière Assemblée générale, réunie à mi-septembre à Luziânia, dans l'État de Goias, le Conseil Indigéniste Missionnaire  - CIMI * s'est donné un nouveau président : Dom Roque Paloschi, alors évêque de Roraima où il avait été nommé en mai 2005. Il va quitter ce diocèse pour occuper le siège de l'Archidiocèse de Porto Velho, la capitale de l'État de Rondônia. Dom Roque a accompagné de près la démarcation, par Lula en avril 2005, de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol. Nombreux ont été les conflits engendrés par cette reconnaissance des droits territoriaux des Indiens Ingarikó, Macuxi, Patamona, Taurepang et Wapichana qui occupent cette aire indigène.

Cette nomination a été saluée par le Conseil Indigène de Roraima – CIR qui,  "avec ses 465 communautés indigènes, totalisant approximativement soixante mille indiens, réaffirme son partenariat et son engagement avec cette entité indigéniste qui agit depuis plus de 40 ans au service des peuples indigènes du Brésil".

Dom Roque succède à Dom Erwin Kräutler. Ce dernier a présidé le CIMI pendant quatre mandats de quatre ans, de 1983 à 1991, de 2007 à 2015. Actuellement il est évêque d'Altamira, la localité proche du barrage de Belo Monte. Il est connu, et menacé, pour ses prises de positions en faveur les populations riveraines, notamment les communautés indigènes, touchées par la construction de l'ouvrage hydroélectrique.

Dans l'introduction de son dernier rapport en tant que président, le prélat relève "[les] Tensions et préoccupations, les angoisses, la peine, et par dessus tout, l'indignation et la révolte, devant la négligence et, souvent l'omission ouverte des pouvoirs constitués qui caractérisent les années 2014 et 2015. Les défis sont journaliers et sans trêve; mais nous pouvons affirmer qu'avec la grâce de Dieu, nous étions et nous sommes aux côtés des peuples indigènes qui affrontent les attaques à leurs droits, les plus violentes dans l'histoire récente du pays."

Le Mato Grosso do Sul (MS) est connu pour être le théâtre de nombreux conflits violents** entre les indigènes et les fazendeiros. Le CIMI y a compté l'assassinat de 390 indigènes au cours des 12 dernières années. Dans cet État, il est l'objet d'une Commission d'Enquête Parlementaire – CPI créée au sein de l'Assemblée législative – AL. Le 28 août dernier, deux députés de l'AL ont reçu plusieurs fazendeiros qui ont demandé leur appui pour résoudre les conflits pour la terre. Ils accusent le CIMI de financer les actions des indiens qui luttent pour récupérer leur territoire ancestral. C'est la députée Mara Caseiro qui a proposé la création de cette CPI à l'Assemblée, une proposition acceptée le 29 septembre. L'Assemblée a même désigné cette députée pour présider la Commission.

Le 7 octobre, à l'AL même, s'est tenue une cérémonie œcuménique organisée par diverses entités qui appuient la cause indigène. Dom Roque Paloschi s'est exprimé à cette occasion : "Nous n'avons rien à cacher. Au contraire, c'est une chance de montrer les souffrances de ces peuples… Nous voulons qu'elle [la Commission] ouvre la voie pour une investigation relative aux morts indigènes. Il est facile de criminaliser un peuple opprimé par une société oppressive."

Comme en réponse à la création de cette CPI, d'autres députés ont proposé la création d'une autre Commission d'enquête parlementaire au sein de l'AL, mais celle-ci est chargée d'enquêter sur les violences commises à l'endroit des indigènes dans cet État (les 390 assassinats). Cette Commission, très vite été appelée "CPI du Génocide", a été officialisée le 14 octobre. Elle a déjà commencé ses travaux.

À suivre…

* Le CIMI est l'organe la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB chargé de la question des Peuples indigènes.

** Voir sur ce Blog, la note du 28 septembre 2015.

 

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note est une mise à jour de la "brève" publiée dans "AYA Info" No 106, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

 

  

11/11/2015

Amazonie brésilienne : deux Peuples Indigènes isolés en danger

Dans l'État du Maranhão

Depuis le début septembre, jusqu'à ces derniers jours, l'État brésilien du Maranhão a connu des milliers d'incendies de forêts. La Terre Indigène - TI Araribóia a été particulièrement touchée. Le 23 octobre, l'IBAMA* a annoncé que 45 % de ses 4'130 Km2 ont été réduits en cendres. L'aire indigène est occupée par environ 10'000 indiens Guajá et Guajajara, mais aussi par un groupe en situation d'isolement volontaire, les Awá-Guajá. Des indices de leur présence ont été trouvés par les soldats du feu sur des lieux incendiés. La situation de ce groupe a inquiété. Le risque était grand qu'il soit victime des incendies, ou alors, qu'il soit en situation de contact obligé avec la société environnante sans la protection sanitaire nécessaire. L'expérience montre que, sans mesures adéquates, ce contact peut se révéler dangereux, voire fatal. À la fin octobre, l'IBAMA annonce que les brigadistes engagés pour lutter contre l'incendie ont heureusement pu empêcher l'avance des feux dans la direction des ces groupes isolés. Début novembre, ces brigadistes étaient parvenus à éteindre la majorité des incendies et à mettre sous contrôle tous les autres. Il semble bien qu'il n'y a pas de victimes humaines à déplorer. La lutte contre ces feux a nécessité la mise en œuvre d'importants moyens.

Le 5 octobre déjà, Sônia Guajajara, membre de l'Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB est en contact avec le président de la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI pour traiter des mesures à prendre pour venir à bout de l'incendie. La Fondation a débloqué un crédit pour financer une partie des opérations de lutte contre l'incendie. Un groupe d'indiens Guajajara était à Brasilia le 9 octobre pour demander une meilleure organisation de la part des entités qui luttent contre l'incendie.

Le 16 octobre une équipe de surveillance de l'IBAMA a été attaquée par des voleurs de bois présents dans la TI Araribóia. L'agent qui coordonnait l'opération a été blessé au bras droit par un tir de fusil. L'équipe survolait par hélicoptère l'aire indigène quand elle a vu trois camions et un tracteur utilisés pour l'extraction illégale de bois. Poursuivis par les contrôleurs, les employés des "madeireiros" (commerçants de bois, ici illégaux) ont abandonné les véhicules pour se cacher dans la forêt. Les agents de l'IBAMA ont posé leur hélicoptère pour s'approcher des lieux quand ils ont été attaqués. Il y a eu un échange de tirs. La police fédérale a ouvert une enquête. Les madeireiros sont suspectés d'avoir bouté le feu à la forêt en représailles à une surveillance plus intense.

Ce 6 novembre, la FUNAI a annoncé une série de mesures pour les communautés qui ont perdu leurs cultures, leurs maisons, mais aussi pour améliorer la surveillance du territoire.

Le peuple Awá-Guajá est l'un des derniers peuples chasseurs-cueilleurs. Survival International a fait campagne en leur faveur. Un film réalisé par Laurent Richard – Le dernier combat des Indiens d'Amazonie – mis en ligne en janvier 2014 sur YouTube montre le quotidien de ce peuple et comment son existence est mise en cause par les madeireiros.

Dans l'État de Roraima

Un autre peuple isolé est potentiellement en danger : les Yanomami Moxi Hatëtëa, un groupe qui vit à l'intérieur de la Terre Indigène Yanomami – TI-Y. Le 25 septembre, l'Hutukara Associação Yanomami – HAY a dénoncé, au Ministère Public Fédéral et à la régionale de la FUNAI de Roraima, la présence de garimpeiros (orpailleurs illégaux) qui ont occupé le poste de surveillance de la FUNAI dans la Serra da Estrutura. Un poste abandonné depuis mars dernier. La FUNAI en a retiré ses agents alléguant le manque de moyens. Selon l'HAY, les garimpeiros utilisent le matériel laissé sur place. Ils ont réaménagé la piste d'atterrissage. Leur présence est une menace pour l'existence même de ce groupe d'isolés.

Cette dénonciation a reçu l'appui du Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI et du diocèse de Roraima. Le 8 octobre, les deux entités ont exprimé leur préoccupation devant l'invasion par les garimpeiros de cette partie de la TI-Y. Elles rappellent le "Massacre de Haximu" perpétré par des garimpeiros en 1993 qui avait fait 16 morts dans cette communauté yanomami. Elles demandent le retrait immédiat des garimpeiros et la réactivation de la base de protection de la FUNAI.

À mi-octobre, le Ministère Public Fédéral de Roraima a adressé une recommandation à la FUNAI pour que, dans les deux mois, soient prises les mesures nécessaires au fonctionnement adéquat des bases de protection.

Des opérations de lutte contre l'orpaillage illégal dans la TI-Y sont lancées régulièrement – la dernière en mai dernier - sans que les autorités parviennent à y mettre un terme définitif.**

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* Institut Brésilien de l'Environnement et des ressources naturelles renouvelables - IBAMA

** Voir sur ce blog les notes des 5 juin et 10 janvier 2015, 29 août et 28 mars 2014 et des 2 et 30 mars 2012.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note est une mise à jour de la "brève" publiée dans "AYA Info" No 106, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

29/10/2015

Manuel Valls s'inquiète du taux de suicides chez les jeunes amérindiens de Guyane

À la fin du mois de mai dernier, le Premier Ministre français, Manuel Valls, a confié une mission parlementaire à Mmes Aline Archimbaud, Sénatrice de Seine-Saint-Denis et Marie-Anne Chapdelaine, Députée d'Ille-et-Vilaine. Le Premier ministre commence ainsi sa lettre de mission : "Les communautés amérindiennes de Guyane comptent aujourd'hui près de 10'000 personnes. Ces communautés sont concernées par un taux de suicide, notamment parmi les jeunes, entre 10 et 20 fois plus élevé que celui relevé dans l'Hexagone. Ce constat préoccupant est observé depuis plusieurs années, avec toutefois une nette tendance à l'aggravation, relevée depuis peu. Cette situation appelle une réaction qui passe par la compréhension des raisons susceptibles de générer un tel passage à l'acte et qui puisse permettre de déployer en Guyane des mesures d'accompagnement susceptibles de prévenir de tels drames humains." Les deux chargées de mission étaient en Guyane entre le 19 et le 28 septembre où elles ont visité les communautés amérindiennes. Elles doivent rendre leur rapport avant le 30 novembre prochain.

Le choix du Premier Ministre de confier une mission à Mme Archimbaud n'est certainement pas le fruit du hasard : le 15 avril 2014, la Sénatrice avait déjà interpellé la Ministre des outre-mer, Mme Pau-Langevin, sur le sujet. L'une des questions concerne la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail - OIT : Quand cette convention sera-t-elle appliquée ? Dans sa réponse, la ministre a répété la position du gouvernement français : "Cette question soulève une difficulté à laquelle nous nous heurtons également dans de nombreux autres domaines. La Constitution garantit l’égalité et l’unicité du peuple français. Par conséquent, il est très difficile de donner des droits spécifiques à une partie de ce peuple, notamment aux peuples autochtones. Pour autant, cela ne nous dispense pas d’essayer de faire en sorte que les pratiques et les savoirs locaux de ces populations qui vivent sur le fleuve puissent être pris en compte".

Le dimanche 27 septembre, la députée d'Ille-et-Vilaine a donné une interview sur "France Ô" après une conférence de presse tenue à la préfecture de Guyane à Cayenne. La journaliste l'a questionnée sur le mal être des populations amérindiennes : En quoi les institutions peuvent intervenir sur les questions de société qui relèvent de l'identité ? La députée répond : "Par la reconnaissance des droits culturels. Un terme doit être mis en exergue, c'est le respect, l'égalité. La république n'abandonne personne. Elle doit être là pour garantir l'accès aux droits culturels, à la santé, à la scolarité… On n'a pas toujours reconnu aux amérindiens le droit à leur culture…"

La parlementaire avait-elle à l'esprit le fait qu'en 2014, deux ONG, l'Organisation des Nations Amérindiennes de Guyane – ONAG et l'Association Solidarité Guyane , ont déposé un "Recours de plein contentieux" auprès du Tribunal administratif de Cayenne. Elles reprochent au gouvernement français de ne pas avoir pris les mesures nécessaires à la protection de la population contre les dangers de l'orpaillage illégal. L'audience, primitivement fixée au 18 juin dernier a fait l'objet d'une "Radiation" (d'un renvoi) au 5 novembre prochain. Ce recours a été médiatisé dans l'épilogue de l'ouvrage "Les abandonnés de la République" paru chez Albin Michel en septembre 2014*. Une partie du livre traite de l'épidémie de suicides chez les jeunes amérindiens.

Ce printemps, le Comité pour l'Élimination de la Discrimination Raciale – CERD, rattaché au Haut Commissariat aux droits de l'homme des Nations Unies, a formulé une série de recommandations au gouvernement français au sujet de la situation des amérindiens de Guyane**.

La mission parlementaire sera-t-elle suivie d'effets ?

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* Voir sur ce Blog la note du 17 décembre 2014

** Voir sur ce blog la note du 13 juin 2015

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 106, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

19/10/2015

"Ecolágua", un purificateur d'eau pour les communautés Yanomami

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Le cœur du système pèse moins de 15 kilos. Il fonctionne intégralement à l'énergie solaire. L'eau d'une rivière, d'un étang, d'un lac ou d'un puits est pompée dans un réservoir surélevé d'où, par gravitation, elle passe dans un cylindre métallique équipé d'une lampe à rayons ultraviolets. Cette dernière détruit les germes à 99,99 %. Ceux-ci sont à l'origine de maladies la dénutritions, causées par des bactéries comme, par exemple, celles du groupe "Escherichia coli". Ces affections ont un tableau clinique ressemblant à celui du choléra, sans en avoir la gravité. Les enfants y sont particulièrement sensibles.

Le procédé peut purifier jusqu'à 400 litres d'eau par heure. La lampe a une durée de vie de 10'000 heures. La batterie proposée a une durée de vie de cinq ans. Cet équipement est plus efficace que la méthode "Sodis" qui nécessite l'utilisation de bouteilles en PET ou en verre, éventuellement des pochettes, exposées pendant environ 6 heures en plein soleil.

Roland Vetter a commencé sa recherche pour répondre à une demande des Indiens Deni, un peuple de l'État d'Amazonas qui, en 2005, a vu mourir onze des siens, victimes de ce type de maladies. En 2008, le premier ensemble a été installé dans le village Morada Nova avec l'aide de Walter Sass, pasteur réformé qui, à l'époque, travaillait pour le Conseil de Mission parmi les Indiens – COMIN de l'Église luthérienne.

Aux yeux de son inventeur, ce système est encore trop peu utilisé. Mais il a retenu l'attention des responsables de la SECOYA – Service et Coopération avec le Peuple Yanomami, le partenaire de AYA. Son utilisation est susceptible de réduire sensiblement la dénutrition qui compromet la croissance des enfants dans les communautés Yanomami. L'intention de SECOYA est de mettre en place, à titre d'essai, un tel système dans deux villages du Rio Marauiá. L'usage de ce matériel entre dans le cadre plus général de son programme "Santé".

Le coût d'un modèle d'Ecolágua est d'environ 3'700 CHF, auquel il faut ajouter les frais de transport, d'installation, d'entretien et de formation des utilisateurs. Ceux de nos lecteurs qui voudraient participer financièrement à ce projet de promotion de la santé peuvent verser leur contribution au CCP de AYA No 17-55066-2, mention "Ecolágua". Merci d'avance.

La vidéo ci-dessous (de 4 min en portugais) publiée en juin 2015, sur YouTube par TV A Crítca (Manaus) décrit le système : S'y expriment notamment : le pasteur Walter Sass, le chercheur Roland Vetter et Sylvie Petter, responsable du "Programme Santé" de la Secoya.

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Photo © INPA : Deux membres de Secoya, Sylvie Petter, responsable du programme "Santé", et Silvio Cavuscens, coordinateur général écoutent les explications de Roland Vetter (de dos), le chercheur de l'INPA. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 106, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

 

09/10/2015

Mondial 2014 : une troisième "mi-temps" en différé du match Suisse - Honduras

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Yanomami, Manaus, Embaixada, Suiça, Brasilia, Manaus, ASF, Association Suisse de Football, Nati, Secoya, André Regli, Mundial, Mondial, Copa 2014, Coupe 2014, Marauiá, Demini, Xherdan Shaqiri, Salvador, Os rios profundos, SESAIOn se le rappelle, la "Nati" – l'équipe suisse de football - a participé au Mondial de 2014. À cette occasion l'Association Suisse de Football – ASF a tenu à manifester sa solidarité à l'égard du peuple brésilien en soutenant un projet social dans chacune des villes du Brésil où elle a disputé un match du premier tour : Brasilia, Salvador et Manaus*. L'ASF a chargé l'ambassade de Suisse à Brasilia de suivre ces projets.

À Manaus, la représentation helvétique a proposé de soutenir le programme de promotion de la santé chez les Yanomami de l'État d'Amazonas mis en œuvre par le "Service et Coopération avec le peuple Yanomami"- Secoya , le partenaire de l'ONG genevoise AYA.

Trois cours ont été organisés dans le cadre de ce projet. Un module "santé" a été proposé dans un cours destiné à des enseignants Yanomami. Cours qui a eu lieu du 22 au 26 septembre 2014. Il réunissait 27 professeurs originaires de neuf xapono** des rios Marauiá et Demini. Deux autres cours destinés aux Agents Indigènes de Santé – AIS de la même région ont eu lieu du 2 au 12 décembre 2014 et du 19 avril au 7 mai 2015.

Seize AIS ont participé à ce dernier cours. Ils venaient de sept villages différents. Trois thématiques étaient au programme : les signes vitaux, la dénutrition infantile et les mathématiques appliquées.

La thématique "Signes vitaux" a été l'occasion de revoir ce qui concerne la température, la fréquence respiratoire, les pulsations cardiaques, la pression artérielle. Pour chacun de ces signes vitaux, les intervenants ont abordé les aspects théoriques et les apprenants ont eu l'occasion de pratiquer les mesures. Les stagiaires ont également revu ou appris la manière de remplir une fiche individuelle de consultation. Les AIS sont également appelés à transmettre par radio l'état de santé d'un patient. Certains ont de la difficulté à expliquer ces signes vitaux en portugais, d'où la nécessité pour les intervenants de rédiger un glossaire portugais – yanomami.

Quatre jours ont été consacrés au thème de la dénutrition infantile, notamment les connaissances nécessaires pour réaliser une courbe de poids des enfants et être en mesure de déceler les cas à risque, la recherche des causes de la dénutrition et les mesures à prendre pour améliorer la situation.

Chez les Yanomami, le système de numération est élémentaire : un, deux et beaucoup. Les heures sont déterminées par la position du soleil et de la lune, par les ombres sur le terrain. Mais le travail des AIS, lui, fait appel à des notions mathématiques du système décimal et un mélange complexe de plusieurs autres systèmes (duodécimal, sexagésimal…) notamment pour la mesure du temps. Cela représente une difficulté pour nombre d'agents quand ils doivent calculer l'âge des enfants ou des patients, la durée des traitements, mesurer les pulsations cardiaques par minute, la tension artérielle, etc. Pendant plusieurs jours, les participants ont bénéficié d'un cours de mathématiques appliquées avec de nombreux exercices pratiques.

Ces cours ont été réalisés par la SECOYA en collaboration avec l'association "Os Rios Profundos" et le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI. Les cours ont été appréciés des participants. La mise en pratique des notions apprises doit contribuer à améliorer l'état de santé des communautés villageoises.

Le match joué le 25 juin 2014 à Manaus a porté chance à la Nati. Elle a gagné 3 à 0 contre le Honduras (trois buts marqués par Xherdan Shaqiri). Cela lui a permis d'aller en 8e de finale du Mondial. Son passage à Manaus a encore des effets bénéfiques, loin de cette ville, dans une zone reculée d'Amazonie, au profit du peuple Yanomami. Une heureuse et singulière troisième "mi-temps" en différé du match !

AYA tient à remercier vivement l'ASF pour son geste de solidarité en faveur de la promotion de la santé dans ces communautés indigènes souvent négligées.

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* Voir sur ce Blog, la note du 23 juin 2014 / ** Prononcer "Chapono" (village)

Photo © Secoya : quelques participants au cours d'agents indigènes de santé. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 105, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

28/09/2015

Les violences contre les peuples indigènes ont augmenté en 2014

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas,CIMI,Conselho Indígenista Missionário,CNBB,Conferência Nacional dos Bispos do Brasil, Mato Grosso do Sul, SESAI, DSEI, Cleber César Buzzato, Telmário Mota, Senado Federal, PEC 215/2000C'est une augmentation sensible des actes de violences et de violations des droits pratiqués, en 2014, contre les peuples indigènes du Brésil que le Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI* a recensé dans le pays. Le traditionnel rapport annuel de l'entité a été présenté, le 19 juin à Brasilia, au siège de la Conférence Nationale des Évêques du Brésil – CNBB. Comme à l'ordinaire, les violences sont – la situation est - présentées en trois chapitres : Violence contre le patrimoine, Violence contre les personnes et Violence par négligence des pouvoirs publics.

Il a été relevé 221 cas de "Violence contre le patrimoine" dans 17 États (97 cas dans 18 États en 2013). Parmi ceux-ci, il y a eu 19 cas de conflits relatifs aux "Droits territoriaux" dans 7 États (10 cas en 2013 dans 4 États).

Dans la catégorie "Violence contre les personnes", il a été dénombré 70 assassinats dans 12 États, dont 25 dans le seul Mato Grosso do Sul. L'année précédente, le CIMI avait dénombré 53 assassinats dans 9 États, dont 33 dans le Mato Grosso do Sul). De son côté, en 2014, le Secrétariat Spécial de Santé Indigène – SESAI a compté 138 décès résultant d'agressions dans 20 Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes – DSEI, dont 41 dans le District du Mato Grosso do Sul. Dans cet État le niveau de violences est particulièrement élevé.

En ce qui concerne la "Violence par négligence des pouvoirs publics", 206 des cas constatés l'ont été dans 21 États (dans 19 États en 2013). Le recensement de cette catégorie de violences n'avait pas été fait de la même manière en 2013. La comparaison avec l'année précédente est donc impossible. Ce troisième chapitre concerne les suicides, le manque d'assistance dans le domaine de la santé, la mortalité infantile, l'usage de boissons alcooliques et d'autres drogues et les déficiences de l'éducation scolaire indigène.

Un quatrième chapitre est consacré aux peuples isolés ou de peu de contact. Le cinquième et dernier chapitre traite de la mémoire et de la non démarcation des terres indigènes génératrice de graves violences.

Dans la présentation du rapport, Cleber César Buzzato, le Secrétaire Exécutif du CIMI relève que "L'année 2014 a été marquée par l'approfondissement du processus de violences et de violations contre les peuples indigènes et leurs droits au Brésil. En consonance avec "l'ordre" hégémonique répondant à la logique de l'accumulation, les trois pouvoirs de la république se sont associés dans la mise en oeuvre d'actions structurantes et systématiques contre ces peuples. Nous considérons que la tentative de retirer à ces peuples la condition de sujets de droits est la ligne directrice fondamentale qui guide ce processus."

Le rapport a eu un écho, le 5 août, à la "Commission des droits humains et législation participative" du Sénat fédéral. Le sénateur Telmário Mota a présidé une audience publique pour discuter du document, mais aussi de la Proposition d'amendement Constitutionnel – PEC 215/2000. Le sénateur a relevé que les violences contre les peuples indigènes du pays sont terribles : "Les douleurs, les menaces, les invasions, les tortures, les agressions quotidiennes sont les conditions auxquelles les peuples indigènes sont soumis. Beaucoup de parlementaires liés aux secteurs qui considèrent que la terre est seulement source d'exploitation et de bénéfice, incitent, y compris dans des audiences publiques, la population à prendre position contre les droits des peuples indigènes quand les données collectées par le CIMI mettent en évidence des conflits extrêmement graves".

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* Le CIMI est l'organisme de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil – CNBB en charge de la question des peuples indigènes.

Gravure : 1ère de couverture du rapport. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS 1 : Pour l'année 2013, voir sur ce blog, la note du 17 septembre 2014

PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 105, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

18/09/2015

Deux Guarani Kaiowá présents au "Sommet des Consciences pour le climat"

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Guarani, Kaiowá, Sommet des consciences pour le climat, Paris, Mato Grosso do Sul, Valdelice Veron, Marcos Veron, Natanael Violharva Caceres, Nations Unies, Corruption, Raoni, COP 21, Commission Mondiale des barrages, Convention 169, OIT, Cour pénale internationale, Genève, Victoria Tauli-Corpuz, Nicolas Hulot, François HollandeInvités par les organisateurs du "Sommet des Consciences pour le climat" qui a eu lieu a Paris le 21 juillet*, deux représentants du peuple Guarani Kaiowá de l'État brésilien du Mato Grosso do Sul, Valdelice Veron et Natanael Violharva Caceres ont eu l'occasion de s'exprimer devant les participants de ce Sommet.

Après s'être présentée (menacée, elle est la fille du cacique Marcos Veron assassiné en 2003), Valdelice a mentionné le mode de vie des Guarani qui respecte la terre, la faune et la flore. Elle a rappelé que leurs territoires sont en train d'être détruits par des hommes avides, dont le seul but est de s'enrichir en approvisionnant le marché international du soja, de la viande et de la canne à sucre. Elle a qualifié l'éthanol de fléau "fait du sang qui jaillit de nos veines". Elle a réclamé l'application de la Convention des Nations Unies contre la corruption qui, selon elle, est à la base de l'exploitation illégale de bois. Elle a rappelé le lancement, en avril dernier à Brasilia par Raoni et plusieurs leaders indigènes, de "L'Alliance des gardiens de la mère nature" en vue de la COP 21. Elle a également abordé le problème des barrages hydroélectriques et demandé des lois réellement contraignantes avant la construction de ces ouvrages en conformité avec les recommandations du rapport final de la Commission Mondiale des barrages (adopté en 2000) et la Convention 169 de l'OIT. Elle demande aux instances internationales la reconnaissance de la notion de "crime contre les générations futures", notion qui devrait définir l'écocide, c'est à dire les crimes de destruction partielle ou totale des écosystèmes d'un territoire spécifique. Une telle mesure peut débuter par le changement du "Statut de Rome" (qui définit le fonctionnement de la Cour pénale internationale); une modification que n'importe quel chef d'Etat peut proposer. Valdelice termine son intervention par le rappel des dangers auxquels sont soumis les droits des peuples indigènes du Brésil.

Plusieurs medias français ont interviewé Valdelice, qui, accompagnée de Natanael est venue à Genève le 23 juillet. Ils ont exposé la situation des Guarani à plusieurs personnes des organes Nations Unies responsables des questions touchant les droits des minorités, des droits des peuples autochtones. Á la suite de cette visite, Madame Victoria Tauli-Corpuz, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones a fait part de sa préoccupation sur la situation des Guarani et demandé au gouvernement brésilien qu'il garantisse la protection et les droits des Guarani Kaiowá**.

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* Le Sommet, lancé par Nicolas Hulot, envoyé spécial de François Hollande, président de la république française, a réuni plus d'une quarantaine de personnalités morales et religieuses du monde entier pour répondre à la question : "Le climat, pourquoi je m'en préoccupe ?" Et de lancer un appel des Consciences pour le climat.

** Le site Raoni.com donne le détail du programme des deux Guarani venus en France et au siège européen des Nations Unies.

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Photo (CE) : Valdelice lors de son intervention au Sommet des consciences pour le climat. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 105, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

11/09/2015

Vale SA met en danger la vie des Xikrin : la justice intervient

Brasil, Brésil, Brasilia, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Xikrin, Cateté, Pará, João Paolo Botelho Vieira Filho, UFSP, UNIFESP, Vale, TRF 1, Onça Puma, Reuters,Saint-Prex, Ouro Preto, Minas GeraisCe n'est pas la première fois que le docteur João Paulo Botelho Vieira Filho tire la sonnette d'alarme* : le Rio Cateté est contaminé par des métaux lourds en provenance des déchets de minerai de nickel du site Onça Puma, une mine exploitée par la multinationale Vale dans l'État brésilien du Pará. Cette pollution provient des poussières provoquées par les machines de chantier, les explosions de la roche et surtout du ruissellement de la pluie sur les stériles amoncelés à proximité de la rivière.

Le rio Cateté est vital pour les populations indigènes riveraines, les Xikrin**. Elles y pêchent le poisson qui est une base de leur nourriture, s'y baignent. Elles en utilisent l'eau pour la préparation de leurs aliments.

Depuis plusieurs années le médecin a eu l'occasion de constater les effets de la pollution de la rivière sur la santé des Xikrin. En avril 2015, il a adressé un rapport au Ministère public fédéral pour dénoncer "La mort possible du rio Cateté, de la vie aquatique et sylvestre et les conséquences de la présence de métaux lourds toxiques pour les indiens Xikrin". Dans un rapport complémentaire de juin dernier, il détaille les dommages causés par le fer, le cuivre, le chrome et le nickel sur la santé de cette population : "Depuis 2013, et sans être entendu, j'ai demandé avec insistance à la compagnie Vale de prendre des mesures préventives pour la protection du rio Cateté et des indiens Xikrin. Nous arrivons à la triste situation que l'eau du rio Cateté est impropre à la consommation en raison de la présence de métaux lourds."

La section du Ministère public en charge de la défense des populations indigènes s'est saisie du problème. Le 6 août, le Tribunal Régional Fédéral (TRF1) a rendu une ordonnance demandant à Vale d'interrompre l'exploitation du site d'Onça Puma jusqu'à l'application de mesures visant à empêcher la pollution de la rivière. Décision contre laquelle Vale a fait recours. Le 2 septembre déjà, l'agence Reuters – Brésil a annoncé que Vale avait obtenu une suspension de la décision.

Vale International SA, dont le siège international est à Saint-Prex (Suisse), est une multinationale active sur les cinq continents. Les 13, 14 et 15 août, à Ouro Preto, une localité l'État brésilien du Minas Gerais, a eu lieu la 5e rencontre internationale d'organisations représentant des communautés atteintes par les activités de l'entreprise. Les participants, originaires du Brésil et de six pays ont eu l'occasion de parcourir plusieurs régions du Brésil où l'entreprise est active. De ces visites, il ressort qu'en d'autres endroits Vale est responsables de la contamination de l'air et de l'eau. En avril déjà, une manifestation a eu lieu devant le siège de la multinationale à Saint-Prex.

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* Voir sur ce blog, la note du 23 décembre 2014 (Une carte y est jointe)  

** Prononcer "Chikrin"

Photos © Dr J.P Botelho Vieira Filho,

En haut : le Rio Cateté pollué par des métaux lourds rejetés par d'usine Onça Puma de Vale SA (Municipalité de Parauapebas - État du Pará)

Ci-dessous : Les indigènes construisent un barrage végétal sur le rio Seco, un affluent du rio Cateté pour empêcher les poissons d'accéder aux eaux polluées du rio Cateté.

 

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PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans "AYA Info" No 105, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2