15/10/2010

Elections brésiliennes : Questions à propos des candidats, de la corruption, et de la politique indigéniste

Deux questions m'ont été posées suite à la note publiée sur ce blog le 3 octobre, au sujet du premier tour des élections brésiliennes. Première question : Dilma n'est-elle pas la candidate d'un parti des plus corrompus ? Deuxième question : José Serra n'est-il pas davantage à l'écoute des peuples indigènes que Dilma ?

La corruption dans les partis politiques

Phénomène bien réel que celui de la corruption, notamment la corruption électorale. Au Brésil, depuis quelques années, un collectif d'une quarantaine d'associations et d'institutions a créé un "Mouvement de combat contre la corruption électorale" - MCCE, pour lutter contre ce fléau. En octobre 2007, ce mouvement a publié un dossier concernant les élus dont le mandat a été cassé par la justice pour corruption électorale à divers titres. Entre 2000 et 2006, 623 élus ont dû abandonner leur mandat. La grande majorité (508) étaient maires et adjoints de maires. Dans 339 cas, le nom du parti a pu être identifié. Les "cassés" appartenaient à 21 partis... Le parti des Démocrates - DEM (l'ancien PFL) a le plus de "cassés" : 69, soit 20,4%. En deuxième position, le Parti du Mouvement Démocratique Brésilien - PMDB en compte 66 (19,5%). À la troisième place, le Parti de la Social-Démocratie Brésilienne - PSDB (le parti de José Serra) avec 58 "cassés" (17,1 %).  Le Parti des Travailleurs - PT, celui de Dilma Roussef, en a 10 (2,9%); il est en 9e position.

Peut-être existe-t-il une autre enquête, une autre approche, donnant une image différente du phénomène ?

À ce sujet, il convient de rappeler le vote ce printemps, par le Congrès brésilien, de la loi complémentaire No 135, appelée "Loi de la Fiche propre" relative à l'inéligibilité des personnes condamnées pour toute une série de raisons. Cette loi, entrée en vigueur le 7 juin 2010, est le résultat d'une campagne lancée en avril 2008 par le MCCE. En septembre 2009, celui-ci avait remis au président de la Chambre des Députés, ce "Projet de loi d'initiative populaire", signé par 1,3 millions de citoyens. Ce texte est une avancée sensible de la démocratie dans ce pays.

Serra n'est-il pas beaucoup plus à l'écoute des indigènes que Dilma ?

Au sujet de la politique indigéniste, c'est seulement au vu de leurs actes que l'on pourra constater si l'un ou l'autre, Dilma ou Serra, fait mieux que Lula. Pour l'heure, les programmes électoraux des candidats ont une valeur indicative. Ils sont susceptibles de changer pour le deuxième tour qui aura lieu le 31 octobre. Les deux candidats restés en lice pour la présidence vont chercher à récupérer une partie au moins de l'électorat de Marina Silva du Parti Vert - PV, qui est arrivée en troisième position au premier tour. Cette dernière leur a envoyé un "Agenda pour un Brésil Juste et soutenable". Une des propositions de l'agenda est "La conclusion de la démarcation et de l'homologation des terres indigènes et la création d'un fonds pour appuyer les projets indigènes et des autres populations traditionnelles". À voir comment ces propositions seront accueillies.

Autre signe donné par les partis est la composition des listes électorales dans les États, en particulier pour la Chambre des Députés et le Sénat, listes pour lesquelles les directions de partis ont probablement donné leur aval.

Dans l'État de Roraima, le 3 octobre, les électeurs ont élu Paulo Cesar Quartiero à la Chambre des Députés. Ce riziculteur est membre du Parti des Démocrates (DEM), parti de la coalition de José Serra. Il a été l'un des plus farouches opposants à la démarcation en aire continue de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol située dans cet État. Récemment, la "Folha de São Paulo" a souligné comment, son opposition aux aires indigènes et autres zones de protection environnementales, a été "le refrain" de sa campagne électorale. Quartiero soutiendrait-il la candidature de Serra s'il estime que celui-ci est susceptible de conduire une politique très favorable aux peuples indigènes ? Bien sûr, un seul exemple ne permet pas de porter un jugement global. Mais, dans le cas présent, Quartiero est connu au Brésil. Et la saga de la démarcation, par Lula en avril 2005, de la Terre Indigène Raposa Serra do Sol, a été un cas emblématique.

Le vote des électeurs est un autre indicateur. Pour l'élection présidentielle de 2002, dans le Roraima, Lula avait obtenu 65 % des voix et Serra 34 %. Quatre ans plus tard, en 2006 pour son deuxième mandat, donc après l'homologation de Raposa Serra do Sol, les citoyens roraimenses (du Roraima), ne lui ont donné que 38,5 % des voix, contre 61,5%  à Alckmin, le candidat du PSDB.  Cette année, toujours dans le Roraima, pour le premier tour du 3 octobre, Dilma n'a obtenu que 28,7 % des suffrages contre 51% pour Serra. La démarcation de Raposa Serra do Sol a certainement laissé des traces dans cet État où la question indigène est sensible.

Le 7 octobre, la Coordination des Organisations Indigènes de l'Amazonie Brésilienne - COIAB, a publié une lettre dans laquelle elle remercie Marina Silva pour l'attention qu'elle a portée à la question environnementale, sociale et indigène durant sa campagne. "Elle attend maintenant des candidats au deuxième tour un programme qui vise à garantir les droits des indigènes et des autres peuples de la forêt et ceux d'une Amazonie soutenable".

À suivre !

Pour en savoir plus (en portugais) :

Le dossier du MCCE : http://www.mcce.org.br/sites/default/files/politicoscassa...

La loi complémentaire No 135 "Fiche propre" : http://www.planalto.gov.br/ccivil_03/Leis/LCP/Lcp135.htm#...

L'Agenda pour un Brésil Juste et Soutenable de Marina Silva : http://www.minhamarina.org.br/blog/2010/10/marina-silva-a... > Agenda por um Brasil Justo e Sustentavel

Un écho de la campagne de Paulo Cesar Quartiero dans la "Folha de São Paulo" : http://www1.folha.uol.com.br/poder/809647-lider-de-arroze...

La lettre de la COIAB : http://www.coiab.com.br/coiab.php?dest=show&back=inde...

Les résultats des élections sur le site du Tribunal Supérieur électoral : http://www.tse.gov.br/internet/index.html

 

 

15:48 Publié dans Peuples indigènes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

03/10/2010

Les citoyens brésiliens sont appelés aux urnes ce dimanche

Ce dimanche 3 octobre, les citoyens brésiliens sont appelés à choisir une nouvelle présidence de la République, les membres de la Chambre des Députés et une partie des membres du Sénat. Ils doivent également élire les membres des Assemblées Législatives et les Gouverneurs des vingt-six États de l'Union et du District Fédéral.

À l'extérieur du Brésil, c'est surtout l'élection présidentielle qui retient l'attention. Lula ne pouvant pas briguer un troisième mandat, les observateurs s'attachent à dresser le bilan de sa présidence.

À la fin de la campagne électorale, les sondages maintiennent le suspense quant à la possible tenue d'un deuxième tour le 31 octobre. En effet Dilma Rousseff, la candidate de Lula et d'une coalition de partis alliés au Parti des Travailleurs (PT), est donnée en tête avec 52% des intentions de vote. Elle pourrait être élue dès aujourd'hui. José Serra, candidat d'une coalition de partis alliés du Parti de la Social-Démocratie Brésilienne (PSDB), est en deuxième position avec 31%; Marina Silva du Parti Vert (PV), est en troisième position avec 15%. Le candidat du Parti "Socialisme et Liberté" (PSOL), Plínio Sampaio, est crédité de 1% des intentions de vote. Mais la marge d'erreur inhérente aux sondages et les indécis engendrent l'incertitude.

On parle peu des peuples indigènes.

Les indiens sont minoritaires dans le pays : entre 0,25 et 0,37% de la population. Leur poids électoral est très faible. Ainsi, le thème "Peuples indigènes" n'a pas occupé une grande place dans les programmes électoraux.

Le résultat de la recherche, dans les "Propositions de gouvernement" des quatre principaux candidats, des mots-clefs  "indígenas", "índios", "demarcação" ou "comunidades tradicionais", traduit leur sensibilité à l'égard de cette minorité.

  • Dans le programme de José Serra, ces termes n'apparaissent pas.
  • Dans celui de Dilma Rousseff, le terme "indígenas" apparaît deux fois. La première dans le point 19. q), où il est question de développer les politiques de promotion de l'égalité raciale et au point 48. d) à propos du développement de politiques relatives aux droits de base : travail, habitat, alimentation, santé, éducation et accès à la justice et à la citoyenneté.
  • Marina Silva aborde plusieurs fois la question indigène et des communautés traditionnelles dans ses lignes directrices de gouvernement. Au point 3.2.6 d. à propos de la valorisation de la diversité socioculturelle et environnementale, elle affirme vouloir garantir les processus de démarcation et d'homologation des terres indigènes et les possibilités de développement autonome de ces peuples.
  • Plínio Sampaio affirme son opposition à la construction de l'usine électrique de Belo Monte et à la transposition du rio São Francisco (points 4 et 5 de ses propositions). Au point 13, il donne son appui à la démarcation, l'homologation des territoires indigènes et "quilombolas", (les territoires des communautés noires d'anciens esclaves marrons).

Au moment de l'adoption de l'actuelle Constitution - le 5 octobre 1988 - les Constituants ont fixé un délai de cinq ans pour démarquer toutes les terres indigènes du pays. Vingt-deux ans plus tard, cette disposition constitutionnelle est loin d'avoir été complètement appliquée. Et seuls, les deux candidats minoritaires font expressément référence à cette obligation constitutionnelle dans leur programme électoral.

Bonne journée aux électuers brésiliens !

Pour en savoir plus (en portugais) :

Sur le sondage Datafolha du 30 septembre :

http://agenciabrasil.ebc.com.br/home/-/journal_content/56...

Le site du Tribunal Supérieur Electoral (TSE) fournit de nombreux renseignements sur les élections :

http://www.tse.gov.br/dia_eleicao/index.html

Les programmes des candidats sont accessibles sur le site du TSE :

• Dilma Rousseff :

http://divulgacand2010.tse.jus.br/divulgacand2010/jsp/abr... > Visualizar proposta de governo

• José Serra :

http://divulgacand2010.tse.jus.br/divulgacand2010/jsp/abr... > Visualizar proposta de governo

• Marina Silva :

http://divulgacand2010.tse.jus.br/divulgacand2010/jsp/abr... > Visualizar proposta de governo

• Plínio Sampaio

http://divulgacand2010.tse.jus.br/divulgacand2010/jsp/abr... > Visualizar proposta de governo

 

07:16 Publié dans Peuples indigènes | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

04/05/2010

"Dirty Paradise" sur les écrans romands

Une avant-première

Le film de Daniel Schweizer "Dirty Paradise" ("Sale Paradis" en français), sur les indiens Wayana de Guyane française sera sur les écrans romands à partir du 5 mai. En mars dernier, ce film a reçu le grand prix de l'État de Genève au Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH). Lors de la proclamation du palmarès, les organisateurs ont expliqué leur choix : "En choisissant ce film, le jury a voulu dénoncer, aux côtés des indiens Wayana, un crime écologique qui frappe très durement un peuple pacifique et démuni, en harmonie avec une nature que l'homme moderne s'acharne à détruire". Le film met en relief le péril mortel que constitue le mercure déversé par les orpailleurs dans le fleuve Maroni qui fait frontière avec le Suriname (1).

Une avant-première est prévue le mercredi 5 mai à 20h, au CAC Voltaire (Maison des arts du Grütli,
16, rue du Général-Dufour  - 1204  Genève), avec un débat en présence de Daniel Schweizer.

C'est un film toujours d'actualité : Ce 2 mai, la presse brésilienne a fait état de l'arrestation, par les autorités du Suriname, de vingt-quatre brésiliens suspectés de pratique illégale d'orpaillage (2).

 

Au Brésil aussi, l'orpaillage fait des dégâts, notamment chez les Yanomami

Ce qui se passe en Guyane, n'est malheureusement pas un cas isolé en Amazonie. Le 16 avril dernier, Davi Kopenawa, président de "Hutkara Associação Yanomami", a envoyé une lettre à M. James Anaya, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme et des libertés fondamentales des populations autochtones. Dans cette lettre, il dénonce l'inaction du gouvernement brésilien face à l'invasion des orpailleurs dans la Terre Indigène Yanomami. Il demande au rapporteur d'intervenir auprès des autorités brésiliennes pour que celles-ci chassent les envahisseurs de l'aire Yanomami et empêchent leur retour. Cette lettre a été envoyée alors que se tenait la IXe Session de l'Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones, réunie du 19 au 30 avril à New-York (3).

 

Pour en savoir plus :

(1) En français : http://www.dirtyparadise.net/

(2) En portugais : http://www.amazonia.org.br/noticias/print.cfm?id=353496

(3) En portugais : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3074 et, dans le texte, cliquer sur > "carta enviada pela Hutukara" pour lire la lettre de Davi.

 

 

06:56 Publié dans Peuples indigènes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

12/05/2009

Menaces sur la santé indigène dans le Roraima

carte roreira.pngPour assurer le service de santé aux populations indigènes, la Fondation Nationale de la Santé (FUNASA) passe des conventions avec des entités qui agissent sur le terrain. Dans l'État de Roraima, trois entités ont signé une telle convention, le "Conseil Indigène de Roraima" (CIR), le Diocèse de Roraima et l'association "Service et Coopération avec le Peuple Yanomami" (SECOYA).

Ces conventions arrivent à échéance en mai pour le CIR et la SECOYA, et en juillet pour le Diocèse de Roraima. La SECOYA a déjà fait connaître son intention de ne pas renouveler la convention pour le service de santé indigène dans cet État. Les trois entités se plaignent de l'administration de la FUNASA. En particulier des retards dans le versement des subventions qui perturbent sérieusement le service de santé dans les communautés.

Lire la suite

16:56 Publié dans Peuples indigènes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

02/04/2009

38e Assemblée générale des Peuples indigènes de Roraima

Du 6 au 9 mars, 687 représentants de 286 communautés et organisations indigènes se sont réunis à l'appel du Conseil Indigène de Roraima (CIR), dans la communauté indigène du Barro, sur la Terre Indigène Raposa Serra do Sol, à 230 Km de Boa Vista, la capitale de l'État de Roraima.

Lire la suite

10:04 Publié dans Peuples indigènes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

30/03/2009

L'OIT questionne le gouvernement brésilien

comoli mars arbre palabre.jpgLa Commission d'experts pour l'application des conventions et recommandations (CEACR) de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) s'est réunie pour sa 79e session du 27 novembre au 12 décembre 2008.

Elle a examiné les documents envoyés par trois organisations syndicales brésiliennes en août – septembre 2008, au sujet de l'application de la Convention 169 qui protège les peuples indigènes et tribaux*. Dans son rapport diffusé récemment, la Commission demande au gouvernement de lui fournir des informations sur les mécanismes de consultation et de participation des peuples indigènes en général. Mais aussi dans des cas plus spécifiques.

Lire la suite

10:01 Publié dans OIT, Peuples indigènes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |