06/09/2018

Brésil : les Xikrin engagent une nouvelle action judiciaire contre Vale SA

Les Xikrin* engagent, une fois de plus**, une procédure judiciaire contre la multinationale Vale SA***. C’est ce qu’a révélé l’agence de presse A Pública le 30 juillet. Est particulièrement visé le site de Salobo d’où est extrait du cuivre. Une mine située au nord-est de leur Terre Indigène (TI), la TI Xikrin do Cateté  (Voir la carte ci-dessous). C’est une région où ce peuple va traditionnellement récolter la châtaigne du Pará. Les Xikrin reprochent à la société minière d’avoir abattu un nombre significatif de châtaigniers réduisant sensiblement leurs ressources. Selon l’agence, la licence d’exploitation de cette mine arrive à échéance et devrait être renouvelée. Les organisations indigènes locales veulent être consultées avant ce renouvellement, conformément à ce que prévoit la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail reconnue par le Brésil. Ils ont confié leur défense à un avocat, José Diogo de Oliveira Lima. Selon A Pública, Vale SA a déclaré ne pas avoir encore reçu de notification.

Cette TI a été déclarée telle en 1977 pendant la dictature militaire, puis homologuée par F. Collor en 1991. Et cela dans des limites qui ne couvrent pas l’aire utilisée par ces Indiens pour leur vie économique et culturelle. La Terre des Xikrin intéresse les compagnies minières. En 2013, l’Institut Socio-environnemental – ISA a publié une étude dans laquelle il montre que cette TI fait l’objet de demandes de prospection couvrant quasiment la totalité de son étendue. En vertu d’un décret présidentiel de mars 1997, Vale SA doit indemniser les Xikrin pour les désagréments causés par l’exploitation minière. À ce moment-là, il n’était pas imaginé que l’impact serait aussi grave.

Les Xikrin reprochent également à l’entreprise minière de polluer les rios Cateté et Itacaiunas. Deux rivières essentielles à leur vie quotidienne. Une pollution aux métaux lourds qui porte gravement atteinte à leur santé. Selon des observations en cours, le rio Cateté est pollué par les rejets du site minier de Onça Puma qui produit du nickel. Une exploitation située à l’ouest de la TI et qui affecte les Xikrin des deux villages Djudjê-Kô et Cateté. Le rio Itacaiunas étant vraisemblablement pollué, lui, par les rejets du complexe minier Eliezer Batista où est exploité du minerai de fer. Une mine implantée au sud-est de la TI. Ce sont les habitants de Oodjã qui en sont les victimes. Il est question de déplacer le village.

Dans un rapport de juillet 2018, le professeur Reginaldo Saboia de Paiva, de l’Université fédérale du Sud et Sud-est du Pará, spécialiste des questions environnementales, montre comment Vale SA ne retient qu’une partie rejets dangereux d’Onça Puma et continue de polluer la rivière (voir photos ci-dessous).

Parallèlement, dans son rapport, lui aussi de juillet dernier, le docteur João Paulo Botelho Vieira Filho, de l’École de médecine de Université de São Paulo, montre la dangerosité des métaux lourds. Depuis cinquante ans, il visite régulièrement les Xikrin. Il a pu constater l’évolution de la pollution des rivières et la détérioration de la santé de ces Indiens. Une situation qu’il dénonce régulièrement. Il attire aussi l’attention des communautés indigènes sur les risques - particulièrement le diabète - liés à leurs nouvelles habitudes alimentaires trop riches en denrées sucrées.

Également en juillet dernier, le vidéaste genevois Aurélien Fontanet est allé, pour la quatrième fois, chez les Xikrin. Son premier voyage - en 2013 - était pour rapporter des photos de ce peuple cinquante ans après celles prises par René Fuerst, l’ethnologue genevois. Mais cette année, il a filmé des témoins et victimes de la pollution. Ces vidéos sont en ligne sur la chaîne YouTube du médecin.

En 1967, les Xikrin étaient à peine une centaine. C’était un peuple alors en risque d’extinction en raison des maladies contractées à la suite des premiers contacts avec « les blancs », notamment les chasseurs de jaguars et l’absence d’assistance médicale. Ils sont maintenant environ 1'500. Cette évolution sur le long terme réjouit le Dr Bothelho. Dans son dernier rapport, il se veut optimiste. Il dit son admiration pour les Xikrin qui n’ont pas cessé le combat pour leur survie. Il rappelle que des rios de l’État de São Paulo, morts il y a quelques années, sont maintenant propres et dépollués. Et de conclure par ces deux phrases : « L’eau est un bien public et vital pour la santé et la vie ! »  « Le mal et la méchanceté seront toujours vaincus !»

Sera-t-il entendu par Vale SA qui, de toute évidence, a les moyens d’éviter le désastre environnemental qu’elle cause, notamment en protégeant efficacement les rivières afin de ne pas mettre en danger la santé des Xikrin et des habitants de la région ?

                                                                     ***

*Prononcer « Chikrine » / ** Voir sur ce blog les notes du 23 octobre 2017, 9 septembre 2016, 11 septembre 2015, 23 décembre 2014 et 12 mars 2014 / *** Vale SA a établi son siège international en Suisse, plus exactement à Saint-Prex, à une quarantaine de kilomètres de Genève.

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Photos © Aurélien Fontanet et Reginaldo Saboia de Paiva. Du haut en bas : Un enfant Xikrin a les yeux rougis après avoir pris son bain dans le rio Itacaiunas pollué / À Oodjã, le rio Itacaiunas est aussi utilisé pour laver la vaisselle / Les enfants de Oodjã pêchent du poisson contaminé / Pollution du rio Cateté. Copie d’une photo publiée dans le rapport du Prof. R. Saboia de Paiva

Illustrations : cliquer sur les images pour en agrandir le format.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 123, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

Carte indicative :

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24/03/2015

Les barrages sur le Rio Tapajós, les Munduruku veulent être consultés

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Munduruku, Miguel Rossetto, rio Tapajós, complexe hydroélectrique, complexo hidrelétrico, convenção 169, OIT, Convention 169, terra indígena, Sawre Muybu, FUNAI, Belo Monte, Xingu, Pedro Martins, Terra de direitos, ONU, a públicaLe 30 janvier dernier, des représentants du peuple Munduruku ont remis un "protocole" à Miguel Rossetto, le  nouveau Secrétaire Général de la présidence de la république. Ce document expose comment ils entendent être consultés à propos de la construction du complexe hydroélectrique prévu sur le rio Tapajós. Un ouvrage susceptible d'inonder leur territoire et qui les obligerait à le quitter. Ils ont préparé ce document au cours de trois réunions qui ont eu lieu en septembre et décembre 2014 dans leurs communautés. Ils ont été conseillés par le collectif "Consulta préavia, livre e informada" et par le Ministère public fédéral. Il s'agit pour eux d'appliquer les dispositions de l'article 6 de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail – OIT.

Dans le premier paragraphe, en guise de condition préalable à la consultation, ils exigent du gouvernement la démarcation de Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, Munduruku, Miguel Rossetto, rio Tapajós, complexe hydroélectrique, complexo hidrelétrico, convenção 169, OIT, Convention 169, terra indígena, Sawre Muybu, FUNAI, Belo Monte, Xingu, Pedro Martins, Terra de direitos, ONU, a públicala Terre Indigène Sawré Muybu (reconnue comme telle par la Fondation Nationale de l'Indien - FUNAI) dont ils affirment que le processus n'avance pas à cause de ce projet de barrage. Ils expriment leur refus d'être déplacés. Ils demandent la protection des groupes isolés présents sur leur territoire. Ils veulent que les autres communautés riveraines soient aussi consultées.

Une deuxième partie du document traite d'abord de l'espace géographique sur lequel doit porter la consultation : tous les villages du Haut, Moyen et Bas Tapajós. Et les groupes de personnes à être consultés : les caciques, les leaders et guerriers, les femmes, les étudiants et enseignants. Les organisations indigènes doivent participer à la consultation, "mais jamais seules"… "Les décisions du peuple Munduruku sont collectives".

Une troisième partie décrit la manière de réaliser la consultation. Celle-ci doit avoir lieu dans les villages en tenant compte du calendrier des activités économiques et culturelles. Elles doivent se dérouler en langue Munduruku. Les indiens se réservent le choix des traducteurs. Ils souhaitent la présence du Ministère Public Fédéral et de partenaires non indiens choisis par eux. Pour que la consultation soit réellement libre, ils refusent la présence des corps armés de l'Etat : Police militaire, Police fédérale, armée… Pour leur sécurité, ils veulent filmer les réunions. Ils mettent des conditions aux partenaires et agents du gouvernement qui souhaitent prendre des photos ou filmer les rencontres : être autorisés par eux et leur remettre des copies. Ils refusent de voir leurs lieux sacrés filmés ou photographiés. Ils n'acceptent pas la divulgation et l'usage indu de leurs images.

Dans une quatrième partie, ils définissent les étapes de la consultation : 1.- Arriver à un accord avec le gouvernement sur les étapes de la consultation. 2.- Organiser des réunions d'information où le gouvernement explique ses intentions. 3.- Tenir, autant que nécessaire, des réunions internes au peuple Munduruku pour que tous soient informés de manière complète et définir une position. 4.- Avoir une réunion de négociation avec le gouvernement sur le territoire Munduruku : "Le gouvernement doit entendre et répondre à notre proposition, même si elle est différente de la sienne"… "Nous espérons que le gouvernement respecte notre décision. Nous avons un droit de veto!"

En décembre 2014, pour marquer leur détermination, les Munduruku ont symboliquement procédé à une auto-démarcation de leur territoire en faisant une trouée dans la forêt à la frontière de leur terre indigène.

Comme le barrage de Belo Monte sur le rio Xingu, le complexe hydroélectrique sur le rio Tapajós est controversé. En 2012 et 2013 ce projet a été la cause d'incidents (1). En mars 2014, le gouvernement brésilien a été dénoncé à l'ONU (2) pour le non respect de ses obligations envers les peuples indigènes du pays dans le dossier des grands barrages en construction ou en projets.

Selon Pedro Martins, conseiller juridique de l'ONG "Terra de Direitos" (Terre de Droits), "Un nouveau "cycle" [de développement] qui a comme "abre-alas" (3) le complexe hydroélectrique de Tapajos – est marqué par une série d'ouvrages d'infrastructures dont l'objectif est de viabiliser l'avancée de la culture de soja et l'accélération de l'exploitation de minerai... La "Sortie Nord" (4) devra diminuer de moitié le coût d'écoulement des grains, spécialement le soja…"

Les Munduruku sont confrontés à d'énormes intérêts…

***

(1) Voir, sur ce blog, les notes des 16 novembre 2012, 31 mai, 10 et 19 août 2013,

(2) Voir, sur ce blog, la note du 21 mars 2014

(3) "abre-alas" se traduit en français par panneau, étiquette; mais c'est aussi le nom donné à un char allégorique qui ouvre le défilé d'une entité carnavalesque.

(4) La "Sortie Nord", c'est le rio Tapajós et ses infrastructures portuaires notamment.

Cartes : Infographie de l'agence "A Pública". Image supérieure : les différents ouvrages prévus. Image inférieure : simulation des surfaces inondées. Cliquer sur les vignettes pour agrandir les images.

- PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note a été publiée dans  "AYA Info" No 100, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2