amazonie

  • Brésil : assassinat d’un leader Guajajara

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Zezico Rodrigues Guajajara, Paulo Paulino Guajajara, Laércio Guajajara, Terra Indígena Araribóia, Maranhão, madeireiros, Arame, Sergio Moro, Awá Guajá, Bolsonaro, APIB, Survival International, Elaíze Farias, MPF, Ministério Público Federal, Zutiwa, Zutiua, Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Commission des Caciques et Leaders de la TI Araribóia, Comissão dos Caciques e Lideranças da TI Araribóia, Ccocalitia, FUNAI, Fundação Nacional do Índio, Centro de Trabalho Indigenista, CTI, Conselho Indigenista Missionário, CIMI, Instituto Socioambiental, ISA, Greenpeace Brasil, Awá-Guajá, Covid-19, Amazônia RealLe 31 mars le corps de Zezico Rodrigues a été retrouvé sur une route de la municipalité d’Arame dans la Terre Indigène – TI Araribóia (État du Maranhão). Il a été tué par balles. Zezico était professeur et directeur du Centre d’Éducation Scolaire Indigène Azuru dans le village de Zutiwa. Le 29 février, il avait été élu Coordinateur régional de la Commission des Caciques et Leaders de la TI Araribóia. Il était aussi engagé dans la lutte contre la destruction de la forêt par des « madeireiros » (trafiquants de bois).

    L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB rappelle que Zezico est le cinquième indigène Guajajara assassiné au cours de ces quatre derniers mois : « Ce grand leader était connu pour être courageux dans la lutte pour les droits des peuples indigènes et de son peuple » […] «Nous exigeons une enquête sérieuse de la Police Fédérale pour que ce brutal assassinat soit éclairci. Nous, de l’APIB, nous nous solidarisons avec toute la famille et les amis de Zezico et le peuple Guajajara dans ce moment de lutte.»

    Plusieurs organisations indigénistes *demandent aux organes compétents, comme le Ministère Public Fédéral, qu’ils actionnent la justice pour garantir le respect des droits des indigènes, surtout les droits territoriaux. La Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI dit sa disponibilité à collaborer avec les organes chargés de l’enquête.

    Selon une information parue dans la presse le 2 avril et confirmée par le Secrétaire des Droits humains du Maranhão, la Police civile a identifié des suspects et adressé un rapport à la Police Fédérale en charge de l’enquête.

    Cet assassinat arrive au moment où les peuples indigènes s’efforcent de se protéger de la pandémie du Covid-19. La TI Arariboia - qui a déjà souffert de graves incendies et de nombreuses invasions** - abrite un groupe d’Awá-Guajá qui a choisi de vivre en isolement volontaire. Les peuples isolés sont particulièrement menacés en cas de contact. L’action de leaders comme celle de Zezico est capitale.

                                                                     ***

    *Centre de Travail Indigéniste – CTI, Conseil Indigéniste Missionnaire – CIMI, Greenpeace Brésil, et l’Institut Socio-environnemental – ISA

    **Voir sur ce blog les notes du 11 novembre 2015, 10 décembre 2016, 20 août 2018, 4 novembre 2019

    Photo : Zezico Rodrigues Guajajara © Elaíze Farias / Amazônia Real. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 132, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

    Lien permanent Catégories : La lettre d'AYA 0 commentaire
  • Brésil : le coronavirus, un danger supplémentaire pour les peuples indigènes

    Imprimer

    La pandémie du coronavirus n’épargne pas le Brésil. Au soir du 21 mars, le Ministère de la santé annonçait 1'128 cas confirmés dans 26 États de l’Union et 18 morts dans ceux de São Paulo (15) et Rio de Janeiro (3). Pour ce qui est des indigènes, un premier cas suspect d’infection par le Covid-19 concerne une indigène Pataxó qui est à l’isolement dans son village du sud de l’État de la Bahia. Employée dans un hôtel de la région, elle est en attente du résultat du test. Trois indigènes (un adulte - guide touristique - et deux enfants) du peuple Marubo de la région d’Atalaia do Norte, dans l’État d’Amazonas, présentent également des symptômes d’infection.

    Les organisations indigènes et indigénistes sont inquiètes. Elles redoutent qu’un nouveau « choc microbien », comme il y en a déjà eu dans le passé, vienne décimer les peuples premiers du pays. Aussi la réaction a été rapide. La première mesure, prise le 12 mars déjà, par l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a été le report, à une date ultérieure, pas encore fixée, du seizième « Campement Terre Libre », le grand rassemblement annuel des peuples indigènes de l’ensemble du pays. Une réunion initialement prévue du 27 au 30 avril à Brasilia. L’Articulation rappelle la nécessité de développer le service de santé indigène. Elle s’inquiète également des risques non seulement d’un ethnocide, mais aussi d’un douloureux génocide qu’une politique de contact avec les peuples isolés et de contact récent ferait courir à ces derniers. Sur sa page Facebook elle rappelle que les peuples indigènes, en raison de leur mode de vie communautaire, sont spécialement vulnérables à ces maladies introduites par les non-indigènes et contre lesquelles les méthodes traditionnelles de soins n’ont pas d’effet. Elle détaille la conduite à tenir face à cette pandémie. Plusieurs organisations indigènes ont déjà décidé de restreindre ou d’interdire l’entrée dans leur Terre Indigène (TI), de suspendre toutes les activités prévues à l’intérieur de celles-ci et les voyages de leurs membres à l’extérieur.

    La Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI s’est également manifestée. Un arrêté du 17 mars, signé par son président, établit des mesures temporaires exceptionnelles pour lutter contre la propagation du Covid-19. Mais l’art. 4 de ce texte inquiète. Il permet aux Coordinations régionales de pouvoir autoriser le contact avec des communautés indigènes isolées. Une prérogative jusque-là réservée à la Coordination Générale des Indigènes Isolés et de Récent Contact – CGIIRC*. Nara Baré, la responsable de la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB trouve ce texte « confus et tendancieux ». Le 19 mars, le Ministère Public Fédéral a adressé une « Recommandation » au président de la FUNAI lui demandant de s’abstenir de promouvoir des actions et/ou des activités laïques ou religieuses, terrestres, fluviales et/ou aériennes dans les zones proches des peuples isolés. Il lui recommande également de révoquer cet article 4.

    Au début de ce mois de mars, une délégation brésilienne constituée de représentants de trois ONGs** et du leader yanomami Davi Kopenawa était à Genève pour la 43e session du Conseil des droits de l’homme. Il s’agissait de faire connaître à ce dernier, et à l’opinion publique au niveau international, les risques pesant sur les peuples indigènes isolés. Un rapport a été publié pour l’occasion.

    Les risques de propagation du covid-19 parmi les peuples indigènes est particulièrement marqué quand les TI sont envahies par des non-indigènes, notamment par des garimpeiros (des orpailleurs illégaux) comme c’est le cas pour la TI Yanomami. Récemment, la chaîne de télévision « France 24 » a publié un reportage montrant la détermination de ceux-ci à exercer librement leur activité maintenant que le Président de la République s’est déclaré favorable à l’exploitation minière dans les TI…

    Les menaces s’accumulent sur les peuples indigènes, en particulier sur les groupes isolés.

                                                                            ***

    *Mis sous la responsabilité d’un évangéliste en février dernier ce qui a provoqué de nombreuses réactions négatives. Voir sur ce blog la note du 9 février 2019.

    **Les trois ONG sont : Conectas Direitos Humanos, Comissão Arns et l’Instituto Socioambiental

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 132, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • François : Chère Amazonie

    Imprimer

    « Chère Amazonie ». C’est le titre donné par le pape François à l’« Exhortation apostolique post-synodale » publiée le 12 février dernier au Vatican. Un document qui est une réflexion sur le travail réalisé lors du synode des évêques des neuf pays amazoniens* réunis à Rome du 6 au 27 octobre 2019**. Une réunion au terme de laquelle a été adopté un texte « Amazonie : nouveaux chemins pour l’Église et pour une écologie intégrale » que François ne reprend pas, mais invite à lire dans son intégralité. Il adresse son message « Au peuple de Dieu et à toutes les personnes de bonne volonté ».

    Les cent onze paragraphes*** du texte sont répartis en quatre chapitres : un rêve social, un rêve culturel, un rêve écologique et un rêve ecclésial. Dans chacun d’eux, outre ses réflexions personnelles, François cite des passages de différents documents et auteurs comme c’est le cas dans de nombreux documents pontificaux. Il termine ainsi son introduction :  

    (§7) « Je rêve d’une Amazonie qui lutte pour les droits des plus pauvres, des peuples autochtones, des derniers, où leur voix soit écoutée et leur dignité soit promue.

    Je rêve d’une Amazonie qui préserve cette richesse culturelle qui la distingue, où la beauté humaine brille de diverses manières.

    Je rêve d’une Amazonie qui préserve jalousement l’irrésistible beauté naturelle qui la décore, la vie débordante qui remplit ses fleuves et ses forêts.

    Je rêve de communautés chrétiennes capables de se donner et de s’incarner en Amazonie, au point de donner à l’Église de nouveaux visages aux traits amazoniens ».

    Ci-dessous, quelques extraits de cette exhortation.

    Un rêve social

    (§8) Notre rêve est celui d’une Amazonie qui intègre et promeuve tous ses habitants pour qu’ils puissent renforcer un « bien-vivre ». […] Parce que même, si l’Amazonie se trouve devant un désastre écologique, il convient de souligner qu’« une vraie approche écologique se transforme toujours en approche sociale qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres » . Un conservatisme « qui se préoccupe du biome mais qui ignore les peuples amazoniens » est inutile ».

    Et d’aborder ce qu’il considère comme injuste et criminel : (§12) […] de nombreux drames ont été mis en relation avec une fausse « mystique amazonienne ». Il est connu que, depuis les dernières décennies du siècle passé, l’Amazonie a été présentée comme un vide énorme dont il fallait s’occuper, comme une richesse brute à exploiter, comme une immensité sauvage à domestiquer. Tout cela avec un regard qui ne reconnaissait pas les droits des peuples autochtones, ou simplement les ignorait comme s’ils n’existaient pas, ou comme si ces terres qu’ils habitent ne leur appartenaient pas. Même dans les programmes éducatifs des enfants et des jeunes les indigènes ont été vus comme des intrus ou des usurpateurs. Leurs vies, leurs inquiétudes, leurs manières de lutter et de survivre n’importaient pas, et on les considérait plus comme un obstacle dont il fallait se débarrasser que comme des êtres humains ayant la même dignité que tout un chacun, et avec des droits acquis.

    (§14) Il faut donner aux entreprises, nationales ou internationales, qui détruisent l’Amazonie et ne respectent pas le droit des peuples autochtones au territoire avec ses frontières, à l’autodétermination et au consentement préalable, les noms qui leur correspondent : injustice et crime. Quand certaines entreprises, assoiffées de gain facile, s’approprient des terrains et vont jusqu’à privatiser même l’eau potable, ou bien quand les autorités donnent libre cours aux industries du bois, aux projets miniers et pétroliers, et à d’autres activités qui dévastent la forêt et polluent l’environnement, les relations économiques se transforment abusivement et deviennent un instrument qui tue…

    Plusieurs paragraphes de ce chapitre traitent encore de la nécessaire indignation et du devoir de demander pardon, du besoin de sens communautaire, de la dégradation des institutions et de l’importance du dialogue social.

    Un rêve culturel

    Pour François, (§28) « La question est de promouvoir l’Amazonie. C’est pourquoi il ne s’agit pas de la coloniser culturellement mais plutôt de faire en sorte qu’elle tire le meilleur d’elle-même. Voilà le sens de la meilleure œuvre éducative : cultiver sans déraciner, aider à croître sans affaiblir l’identité, promouvoir sans envahir. De même qu’il y a des potentialités dans la nature qui peuvent se perdre pour toujours, la même chose peut arriver avec les cultures qui portent un message non encore écouté, cultures plus que jamais menacées aujourd’hui ». François évoque la nécessaire conservation de ce qu’il appelle le polyèdre amazonien, soit la diversité culturelle des peuples amazoniens – y compris celle des groupes vivant en isolement volontaire - dont les racines sont est à préserver. Il plaide pour une rencontre interculturelle entre les cultures amazoniennes et les cultures urbaines de l’Occident. Il lance un avertissement : (§40) « Si les cultures ancestrales des peuples autochtones sont nées et se développent en étroite relation avec l’environnement naturel, elles peuvent difficilement rester intactes quand cet environnement se détériore ».

    Un rêve écologique

    (§ 41) « Dans une réalité culturelle comme l’Amazonie où existe une relation si étroite entre l’homme et la nature, l’existence quotidienne est toujours cosmique ». François commence par rappeler l’un des fondements de la foi chrétienne, à savoir un Dieu créateur de l’Univers. Il cite son prédécesseur Benoît XVI : « En plus de l’écologie de la nature, il y a donc une écologie que nous pourrions appeler « humaine », qui requiert parfois une « écologie sociale ». Et cela implique pour l’humanité […] d’avoir toujours plus présent à l’esprit les liens qui existent entre l’écologie naturelle, à savoir le respect de la nature et l’écologie humaine ». Cette insistance sur le fait que « tout est lié » vaut spécialement pour un territoire comme l’Amazonie. Il poursuit : (§ 42) « La protection des personnes et celle des écosystèmes sont inséparables… ». Ce rêve fait d’eau. François consacre plusieurs paragraphes à l’importance de l’eau et du fleuve Amazone : (§ 43) « L’eau est la reine en Amazonie. Les rivières et les ruisseaux sont comme des veines, elle est déterminante pour toute forme de vie… (§ 49) « L’eau, abondante en Amazonie est un bien essentiel pour la survie humaine, mais les sources de pollution sont toujours plus grandes ». Il rappelle (§ 48), sous le titre « Le cri de l’Amazonie », comment l’équilibre planétaire dépend aussi de la santé de l’Amazonie.  « Le cri de l’Amazonie parvient à tous car « la conquête et l’exploitation des ressources […] menacent aujourd’hui la capacité même d’accueil : l’environnement comme « ressource » met en danger l’environnement comme « maison ». L’intérêt d’un petit nombre d’entreprises puissantes ne devrait pas être mis au-dessus du bien de l’Amazonie et de l’humanité entière. » 

    Un rêve ecclésial

    Ce rêve, François désire le partager plus directement avec les pasteurs et les fidèles catholiques. Il y consacre la plus grande partie de son « Exhortation ». (§ 62) « Face à tant de besoins et d’angoisses qui crient du cœur de l’Amazonie, nous pouvons répondre par des organisations sociales, des ressources techniques, des espaces de discussion, des programmes politiques, et tout cela peut faire partie de la solution. Mais nous ne renonçons pas, en tant que chrétiens, à la proposition de la foi que nous recevons de l’Évangile… » Il insiste sur divers aspects d’une nécessaire inculturation**** : inculturation sociale et spirituelle. Inculturation de la liturgie et de la manière dont s’exerce le ministère. Il termine ce chapitre en parlant de la force et du don des femmes, de la cohabitation œcuménique et interreligieuse.

    Ce document du pape était attendu à propos de l’accès des femmes au diaconat et, surtout, sa décision au sujet de l’ordination d’hommes mariés dans cette partie du monde. Á propos des femmes, il s’en tient à un souhait : (§ 103) « Dans une Église synodale, les femmes qui jouent un rôle central dans les communautés amazoniennes devraient pouvoir accéder à des fonctions, y compris des services ecclésiaux qui ne requièrent pas l’Ordre sacré… ». Il passe sous silence l’accès d’hommes mariés à la prêtrise. Une demande que l’on retrouve dans le document final du synode, acceptée par 75% des 169 participants. Un sujet qui divise profondément l’Église romaine. Le courant conservateur hostile à cette ouverture semble indifférent au poids grandissant des Évangélistes en Amazonie… Á la publication de l’Exhortation, de nombreux médias ont surtout souligné cette « absence » tendant par là à faire oublier les autres chapitres du texte.

    Cependant, ce synode commence à développer des effets positifs. Ainsi, en Amazonie même, l’Église de Guyane a tenu un synode du 23 au 26 février au terme duquel ont été adoptées vingt-quatre « Propositions pour le temps qui vient ». Par exemple, sous le titre « Rêve social » : « Nous ferons en sorte de demander pardon, dans une célébration solennelle pour la complicité vécue avec la colonisation, la traite des noirs et autres crimes du passé. Nous soutenons la demande des peuples de la forêt pour la ratification de la Convention 169 de l’OIT sur les droits des peuples autochtones et la reconnaissance de zones de propriété collectives en application des accords de 2017 ».

    Qu’en sera-t-il dans les autres parties du monde ?

                                                                        ***

    *Brésil, Bolivie, Colombie, Équateur, Guyana, Guyane française, Pérou, Suriname et Venezuela.

    ** Voir sur ce blog, la note du 6 octobre 2019

    *** Entre parenthèses (§xx) le numéro des paragraphes particulièrement concernés.

    ****Inculturation : pour résumer, il s’agit de prendre en compte la spécificité des cultures locales au lieu d’imposer le modèle ecclésial des communautés « européennes ».

    Documentation utile :

    Encyclique Laudato Si’, cliquer > ICI  / Synode : Document préparatoire, cliquer > ICI , Document final, cliquer > ICI , Vote, cliquer > ICI , Exhortation apostolique post-synodale, cliquer > ICI , La présentation de l’Exhortation par la chaîne KTO sur Youtube, cliquer > ICI

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 132, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Davi Kopenawa à Uni Mail

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Stockholm, Davi Kopenawa, Rigth Livelihood Foundation, Prix Nobel alternatif, Yanomami, La Chute du Ciel, Conseil des droits de l’homme, Uni Mail« L’industrie minière et les infrastructures, une menace réelle pour les peuples autochtones et l’Amazonie ». Le Yanomami Davi Kopenawa, leader, chaman et prix Nobel alternatif 2019 est invité par diverses associations à s’exprimer sur ce sujet à Uni Mail ce 2 mars à 19h*. La traduction portugais/anglais est annoncée, mais pas la traduction vers le français.

    Davi est à Genève à l’occasion de la 43e Session du Conseil des droits de l’homme. Il doit s’exprimer au cours d’un « événement parallèle » qui aura lieu au Palais des Nations le 3 mars à 13h**.

    La situation des peuples indigènes du Brésil – particulièrement grave actuellement - est régulièrement évoquée dans les notes publiées sur ce blog. La note du 17 février dernier aborde précisément la volonté du Président Bolsonaro d’ouvrir les Terres Indigènes à l’exploitation économique. La dernière concernant Davi est datée du 14 décembre 2019. La première est celle du 11 novembre 2010.

                                                                                ***

    *Uni Mail, 40, Boulevard du Pont d’Arve. Transports publics : Tram, lignes 17 et 15 (arrêt Uni Mail), Salle MR060

    **Seules les personnes titulaires d’une accréditation ont accès au Palais des Nations.

    Illustration : Annonce de l’événement. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

                                                                                ***

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 131, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Bolsonaro veut ouvrir les Terres Indigènes à l’exploitation économique

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Amazônia legal, Jair Bolsonaro, mineração, Terres Indigènes, Terras Indígenas, PL 191/2020, Câmara dos Deputados, Congresso Nacional, Povos indígenas, Constituição, 1988, Romero Jucá, Instituto Socioambiental, ISA, Federação das Organizações Indígenas do Rio Negro, FOIRN, Fédération des Organisations Indigènes du Rio Negro, Conselho Indígena de Roraima, Conseil Indigène de Roraima, CIR, Articulação dos Povos e Organizações Indígenas  do NE,MG e Espírito Santo, Articulation des Peuples et Organisations Indigènes du Nordeste, Minas Gerais et Espírito Santo, APOINME, Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne, COIAB, Coordenação das Organizações Indígenas da Amazônia Brasileira, Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, APIB, AYA, SECOYALe 5 février, le président brésilien Jair Bolsonaro a envoyé au parlement un projet de loi (PL 191/2020) pour réglementer les conditions spécifiques à suivre pour la recherche et l’extraction des ressources minières et l’exploitation du potentiel de l’énergie hydraulique des rios dans les Terres Indigènes (TI). Le projet traite également de l’audition et l’indemnisation des communautés indigènes touchées par les projets, ainsi que l’autorisation préalable que doit donner le Congrès national. Il s’agit de réglementer plusieurs articles de la Constitution fédérale de 1988. Un sujet que le parlement eu l’occasion d’aborder en 1995 déjà en raison d’un projet de loi de Romero Jucá, alors sénateur de l’État de Roraima.

    Selon les sources, le pays compte entre 689 et 1’296 TI couvrant environ 13% des 8,5 millions de km2 du territoire national. Les plus étendues et les plus préservées sont en Amazonie. Un peu plus de 400 d’entre elles sont « démarquées », c’est à dire susceptible de bénéficier d’une pleine protection, ce qui est loin d’être le cas. Pour rappel, les constituants de 1988 avaient donné un délai de cinq ans au gouvernement pour démarquer toutes les TI du pays.

    L’exploitation minière notamment, est susceptible d’avoir un impact important sur l’environnement, en particulier la contamination des cours d’eau et des sols, et sur la biodiversité mettant en danger les peuples qui y vivent. Selon l’Instituto Socioambiental – ISA, si la loi est acceptée, et pour seulement la recherche et exploitation minière, 216 TI sont directement concernées par 4'332 requêtes. Par exemple, 42,6 % des 96'000 km2 de la TI Yanomami sont concernés par 536 demandes.

    Les principales organisations indigènes du pays ont fait connaître leur opposition à l’adoption de cette loi : la Fédération des Organisations Indigènes du Rio Negro – FOIRN, le Conseil Indigène de Roraima - CIR, l’Articulation des Peuples et Organisations Indigènes du Nordeste, Minas Gerais et Espírito Santo – APOINME, la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB et la faîtière nationale, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB. Celle-ci « … appelle toutes ses composantes, les organisations solidaires aux niveaux national et international de se joindre à elle pour cette bataille pour la vie et le « bien vivre » non seulement des peuples indigènes, mais de toute l’humanité et de la planète. »

    Le Ministère Public Fédéral a publié une note de mise en garde : «  L’approbation du projet peut conduire à la destruction d’importantes zones écologiques aujourd’hui protégées ainsi que la déstructuration ou la disparition physique de divers peuples indigènes, spécialement ceux de la région amazonienne »

    Le 12 février, des indigènes, des parlementaires de l’opposition et des représentants de mouvements sociaux étaient avec la députée* Joênia Wapichana, la leader du Front Parlementaire mixte pour la défense des droits des peuples indigènes, pour demander au président de la Chambre des Députés, Rodrigo Maia de classer le projet. La procédure parlementaire est enclenchée…

                                                                            ***

    *Joênia Wapichana > voir les notes Blog des 21 octobre 2018 et 31 décembre 2018

    Photo : © Tiago Miotto /CIMI Des représentants des organisations indigènes du Sud du Brésil manifestent contre le projet de loi à Brasilia le 12 février. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS 1 : Précédente note relative à l’exploitation minière : 05 avril 2013  

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 131, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

    Lien permanent Catégories : La lettre d'AYA 0 commentaire
  • La nomination d’un évangéliste en charge des Indiens isolés suscite des protestations

    Imprimer

    En Amazonie brésilienne, ils seraient un peu plus d’une centaine les peuples ou groupes indigènes ayant choisi de vivre sans contact avec la société environnante. Un isolement volontaire, résultant souvent de rencontres passées qui ont eu des effets négatifs : infections, maladies, violences physiques, spoliation des ressources naturelles, etc. En raison de leur vulnérabilité et de la législation en vigueur, la Fondation Nationale de l’Indien – FUNAI dispose d’un organe particulier en charge de leur protection : la Coordination Générale des Indiens Isolés et de Récent Contact – CGIIRC.

    La direction de cet organe change pour la troisième fois de titulaire depuis le début octobre 2019 quand Bruno Pereira a été révoqué sans motif. Il été remplacé par Paula Wolthers de Lorena Pires. Et, ce 3 février, nouveau changement. Pour occuper ce poste hautement sensible le Ministère de la Justice a choisi Ricardo Lopes Dias, un évangéliste et anthropologue, connu pour son engagement, entre 1997 et 2007, au sein de la « Mission Nouvelles Tribus du Brésil – MNTB ». Il s’agit d’une entité fondamentaliste originaire des États-Unis implantée au Brésil dans les années 40 dans le but d’évangéliser les Indiens.

    Connue dès la fin janvier, cette nomination a suscité de nombreuses réactions. D’abord de la part des organisations indigènes qui ont publié des notes de protestation : l’Union des Peuples Indigènes de la Vallée du Javari, UNIVAJA, la Coordination des Organisations Indigènes de l’Amazonie Brésilienne – COIAB et l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB . Celle-ci « Dénonce, une fois de plus, le démontage rapide des politiques publiques destinées aux peuples indigènes de la part du gouvernement de Bolsonaro en soumettant la politique indigéniste aux intérêts des groupes religieux qui apportent leur appui à son gouvernement. Et, dans de nombreux cas, aux groupes ruralistes intéressés par les terres occupées traditionnellement par ces peuples. C’est une situation qui entraîne la violation des droits humains provoquée intentionnellement par l’actuel gouvernement qui pourra conduire à la mort physique, socioculturelle et spirituelle des peuples indigènes isolés et de récent contact qui vivent au Brésil. »

    Parmi les organisations qui ont apporté leur appui aux organisations indigènes, la note du Conseil National des Églises Chrétiennes du Brésil - CONIC* est particulièrement significative. Le Conseil exprime son désaccord à la nomination de Ricardo Lopes Dias. « … Une politique publique doit être exempte de toute logique religieuse. Les Peuples autochtones ont un patrimoine culturel et spirituel propres. Il est du devoir de l’État de les protéger et de garantir leur conservation. » […]  « Nous savons que la logique qui prévaut dans cette décision est économique. Cependant l’impératif de l’éthique chrétienne nous rappelle que l’économie ne peut jamais être placée au-dessus des droits à l’existence des peuples. Les dernières définitions axées sur la politique des Indiens isolés sont des décisions idolâtres car elles servent les intérêts de groupes économiques dont les ambitions se concentrent sur la richesse des forêts et non sur la préservation de la diversité culturelle qui nous caractérise en tant que peuple. » […] Il est impératif que le Gouvernement réévalue sa décision ». Le CONIC dit qu’il suivra l’affaire de près en travaillant avec des organisations telles que le Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI) et les trois ONG indigènes, UNIVAJA, COIAB et APIB.

    Le président brésilien vient encore d’accentuer sa pression sur les peuples indigènes en signant un projet de loi - envoyé au parlement - qui ouvre les Terres Indigènes à l’exploitation économique. Une prochaine note sera consacrée à ce sujet.

                                                                             ***

    *Composé de l’Alliance des Baptistes du Brésil, de l’Église Catholique Romaine, de l’Église Épiscopale Anglicane du Brésil, l’Église Évangélique Luthérienne au Brésil, l’Église Presbytérienne unie et l’Église Syrienne orthodoxe de Antioquia.

                                                                             ***

    PS 1 : Précédentes notes relatives aux peuples isolés : 26 août 2011, 13 août 2014, 11 novembre 2015

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 131, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Amazonie : En plus de la déforestation, la canne à sucre.

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Amazônia legal, Cerrado, Instituto Nacional de Pesquisas Espaciais, INPE, Desmatamento, déforestation, Pará, Roraima, Maranhão, Acre, Mato Grosso, Rondônia, ISA, Instituto Socioambiental, BR-364, BR-163, BR-319, PPCDAm, Plano de Ação para Prevenção e Controle do Desmatamento, Jair Bolsonaro, Cana-de-açúcar, Canne à sucre, Instituto Nacional de Pesquisas da Amazônia, INPA, Lucas Ferrante, Ministério Público Federal, Comissão Pastoral da Terra, CPT, CNBB, Public Eye, Association Européenne de Libre Échange, AELE, Initiative fédérale Entreprises responsablesÀ mi-novembre 2019, l’Institut National (brésilien) d’Enquêtes Spatiales (INPE) a diffusé l’estimation du taux de déforestation en Amazonie légale pour la période allant d’août 2018 à juillet 2019 : 9’762 km2, soit une augmentation de 29,54% par rapport aux douze mois précédents où la déforestation avait été 7'536 km2. C’est l’État du Pará qui a perdu le plus de forêt : 3'862 km2. L’État de Roraima a connu la plus forte différence entre les deux périodes : 617 km2 en 2019 pour 195 km2 en 2018, soit une variation de 216,4 %.

    Une étude de l’Institut Socio-environnemental – ISA de São Paulo, publiée en décembre dernier, montre que les taux les plus élevés de déforestation forment un « arc de déforestation » qui va d’Est en Ouest, des États du Maranhão et du Pará jusqu’à l’État d’Acre en passant par les États du Mato Grosso et Rondônia. ISA relève l’importance de la déforestation à proximité de plusieurs routes fédérales, notamment les BR-364, BR-163 et BR-319. Il a calculé que 75% de la déforestation est observé sur le territoire de 256 municipalités. Dix-neuf d’entre-elles ne sont pas sur la liste du Ministère de l’environnement comme étant prioritaires dans la lutte contre la déforestation. ISA relève également l’augmentation de la taille moyenne des aires détruites, signe pour l’Institut que les auteurs de cette déforestation ont un pouvoir d’achat important. Toujours selon ISA, cette expansion correspond aux municipalités où des représentants du gouvernement ont promis des mesures d’allègement de la surveillance de l’environnement. Il reproche au gouvernement d’avoir abandonné le Plan d’action pour la Prévention et le Contrôle de la Déforestation en Amazonie légale – PPCDAm créé en 2004 dont il demande la reprise. Il note que le recours aux forces armées, en août 2019, a permis la réduction des incendies et de la déforestation.

    Mais une autre source d’inquiétude concernant l’Amazonie est née avec l’annulation, par Jair Bolsonaro le 5 novembre dernier, d’un décret de septembre 2009 qui y empêchait la culture de la canne à sucre. En 2011 déjà, au Sénat fédéral, un projet de loi voulait autoriser cette culture dans une partie du Cerrado et de l’Amazonie. Un projet classé en 2018. Le 11 novembre, un scientifique, Lucas Ferrante, doctorant à l’Institut National de Recherche de l’Amazonie – INPA, a dénoncé la décision présidentielle au Ministère Public Fédéral. Pour le chercheur cette décision « Est un crime de lèse-patrie qui affecte non seulement la plus grande forêt tropicale du monde et sa biodiversité, mais aussi les services environnementaux essentiels pour le maintien de l’approvisionnement humain et l’agriculture des régions Sud et Sud-Est du Brésil. L’impact affectera la capacité agricole du pays ». Dans un communiqué du 14 novembre 2019, la Commission Pastorale de la Terre – CPT liée à la Conférence Nationale des Évêques du Brésil – CNBB, affirme que « Cette autorisation représente plus de violence, de mort et de destruction pour les peuples et les biomes atteints. Elle va aussi contribuer à la réduction des pluies fournies par les rivières volantes chargées de l’humidité du bassin amazonien vers les régions Ouest, Sud-est et Sud du Brésil ». Á suivre…

    La déforestation de l’Amazonie a trouvé un écho en Suisse. Notre pays est l’une des principales plateformes mondiales du négoce des matières premières. Plusieurs de ces acteurs ont des relations d’affaires importantes avec le Brésil et l’Amazonie. Une réalité que vient de rappeler « Public Eye » dans l’édition de janvier de son magazine (No 21). La Suisse, comme membre de l’Association Européenne de Libre Échange – AELE a négocié un accord de libre-échange avec les pays du Mercosur dont le Brésil fait partie. Une coalition d’ONG suisses demande que cet accord contienne des garanties en matière de protection des droits humains et environnementaux. Elles envisagent de lancer un référendum si le traité est insatisfaisant. Est également en cours de discussion l’initiative «Multinationales responsables». Il y a là deux moyens de réduire les dangers pesant sur la forêt amazonienne et les peuples qui veulent la protéger. A voir comment notre pays va répondre à l’appel des peuples autochtones brésiliens venus solliciter la solidarité des Suisses en novembre dernier.

                                                                                  ***

    Illustration © ISA / source Inpe : La nouvelle frontière de la destruction. Le nouvel arc de déforestation en Amazonie met en danger la plus grande forêt tropicale de la planète. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS 1 : Sur ce blog, plusieurs billets ont déjà publié les statistiques de l’INPE sur la déforestation. Voir les notes du 30 novembre 2012, 17 avril 2014, 5 décembre 2014, 14 mai 2015 , 10 décembre 2016  

    PS 2 : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 131, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Une première historique : du chocolat yanomami

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Yanomami, chocolate Yanomami, Mercado municipal de Pinheiros, São Paulo, De Mendes, Ye’kwana, Terra Indígena, ISA, Instituto Socioambiental, Fiocruz, ATÁ, Wanasseduume Ye’kwana, Waikás, cacao, cacau, Bolsonaro, mineração, garimpeiro, orpaillage illégal, mercúrio, ouro, orC’est une première historique : un lot d’un millier de barres de « Chocolat Yanomami » a été présenté au public le 14 décembre dernier au Marché municipal de Pinheiros de São Paulo. Ce produit a été préparé par le chocolatier « De Mendes » à partir la première récolte de cacao natif cultivé par une communauté du peuple Ye’kwana de la Terre Indigène Yanomami (TI-Y). L’idée de produire du chocolat est venue de leaders à la recherche de ressources additionnelles pour les communautés et ainsi combattre la logique destructrice de l’orpaillage illégal qui porte gravement atteinte à la santé des indigènes. Un des aspects dramatiques de cette invasion est d’attirer les jeunes indigènes en recherche d’argent pour l’acquisition de biens industrialisés, notamment de smartphones.

    Un atelier, promu par l’association Wanasseduume Ye’kwana, a été organisé en juillet 2018 dans la communauté Waikás en partenariat avec les instituts Socio-environnemental – ISA et ATÁ. Le chocolatier César de Mendes a enseigné aux participants les techniques de cueillette et de traitement des cabosses pour produire la matière première nécessaire à la fabrication de chocolats fins. L’intention est de planter jusqu’à 7'000 cacaoyers d’ici 2021. À terme, le projet « Chocolat Yanomami » devrait profiter à plus d’un millier de personnes de cinq communautés.

    Selon leader Júlio Ye’kwana, présent à São Paulo pour le lancement du produit : « Nous avons la richesse dans la nature et non dans le sous-sol. Nous n’avons pas à la détruire ni la blesser. La nature ne va pas rester irritée ».

    Le projet « Chocolat Yanomami » se réalise au moment où le président Bolsonaro veut permettre l’orpaillage et l’exploitation minière dans la TI-Y. Au moment où le nombre de garimpeiros (orpailleurs illégaux) y seraient maintenant plus de 20’000.

    Même modeste, ce projet est symboliquement important. Il montre que, sans être détruite, la forêt amazonienne est susceptible d’apporter un mieux-être à ses habitants.

                                                                            ***

    Photo : les plaques de chocolat / © ISA & De Mendes divulgação. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 131, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Brésil : Les peuples indigènes en résistance

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Yanomami, Mouvement pour la Coopération Internationale, MCI, Association Appui aux indiens Yanomami d’Amazonie, AYA, rio Marauiá, Service et Coopération avec le peuple Yanomami, Serviço e Cooperação com o Povo Yanomami, SECOYA, COP 25, Madrid, Madri, Altamira, Université Fédérale, Universidade Federal, Pará, Estado, État, Belo Monte, rio Xingu, Belo Sun, Centre du Monde, Amazônia Centro do Mundo, rivières volantes, Rios Voadores, Amazonas, Marcha dos Povos Indígenas do Amazonas, Forum d’Éducation Scolaire Indigène de l’Amazonas – FOREEIA, Fórum de Educação Escolar Indígena do Amazonas, Carta aberta, Bem Viver, Mère Terre, Mãe Terra, Casa Comun, Maison communeL’année 2019 a vu se multiplier les menaces sur les populations indigènes et la forêt de l’Amazonie brésiliennes. Après les incendies, la déforestation a repris, la démarcation des Terres Indigènes a été stoppée, des gardiens de la forêt et des leaders indigènes ont été assassinés…

    Mais les peuples indigènes ne sont pas restés inactifs. Ils ont multiplié les moments de protestation, les rencontres avec les autorités et les autres mouvements sociaux du pays ; envoyé des délégations dans les pays européens, y compris en Suisse et à la dernière COP 25 à Madrid pour faire connaître leur situation et demander des gestes de solidarité. À relever deux rencontres qui ont été organisées dans des zones particulièrement sensibles de l’Amazonie.

    D’abord celle qui a eu lieu sur le campus d’Altamira de l’Université Fédérale de l’État du Pará les 17, 18 et 19 novembre. La région subit les conséquences de la centrale hydroélectrique de Belo Monte construite sur le rio Xingu. Les habitants y redoutent encore le projet d’une entreprise canadienne d’exploiter « Belo Sun », une mine d’or à ciel ouvert. Cette inquiétante réalité a incité un collectif de vingt-cinq organisations (associations de femmes, de riverains, de pêcheurs, de défenseurs des droits humains, d’écologistes, de membres de l’Église catholique, de leaders indigènes, de scientifiques et autres personnalités à s’unir et à manifester leur volonté de défendre la forêt amazonienne et ses habitants. La réunion, intitulée « Amazonie, Centre du Monde »  a vu la participation d’environ trois cents personnes. Les débats ont abouti à l’adoption d’un texte, un « Manifeste » devant harmoniser l’action de défense de l’Amazonie. Le document commence par rappeler le rôle de la forêt amazonienne : « Sans maintenir vivante la plus grande forêt tropicale de la planète, il n’y a pas la possibilité de contrôler le super réchauffement global. L’évaporation produite par la forêt libère dans l’atmosphère 20 milliards de tonnes d’eau chaque 24 heures. La forêt crée des rivières volantes  au-dessus de nos têtes plus importantes que l’Amazone. La sueur de la forêt sauve la planète tous les jours. Mais cette forêt est en train d'être rapidement détruite par un développement prédateur et risque d'atteindre un point de non-retour dans quelques années. » Face à la catastrophe en cours, les signataires affirment avoir surmonté les barrières et les obstacles pour unir leurs voix autour d'un objectif commun : « Sauver la forêt et combattre l'extinction des vies sur la planète. » […] Nous savons que la forêt n’existera que si les peuples de la forêt existent. Nous serons ensemble dans les luttes de toutes les Amazonies. Nous serons là où la forêt saigne. Nous lutterons contre toutes les formes de mort. » Pour conclure, les auteurs résument ainsi leur axe de travail : « Nous voulons « amazoniser » le monde et nous « amazoniser » nous-mêmes. Orientés par les peuples de la forêt, nous voulons refonder l’humain et imaginer un futur où nous puissions vivre. »

    Quelques jours plus tard, au début décembre, à Manaus, la capitale de l’État d’Amazonas, plusieurs centaines d’indigènes représentant 42 peuples et 39 organisations étaient réunis pour la « 5e Marche des Peuples Indigènes de l’Amazonas ». Une manifestation organisée par le Forum d’Éducation Scolaire Indigène de l’Amazonas – FOREEIA. Deux textes, reflétant leurs préoccupations, ont été approuvés par les participants.

    Le premier est une « Déclaration de principes des Peuples Indigènes de l’Amazonas ». Ils rappellent six caractéristiques qui les distinguent collectivement et individuellement : 1.- Le Bien vivre entre les personnes, marqué par la coexistence avec les autres êtres de la nature, dans le profond respect pour la terre, son usage collectif et les projets de vie de chaque peuple. 2.- L’autodétermination et la liberté de chaque peuple de décider de sa forme d’organisation, de ses droits économiques sociaux et culturels. 3.- Le droit pour chaque peuple d’être le protagoniste de ses transformations. 4.- Le caractère sacré et inviolable du Territoire, indispensable pour la reproduction physique et culturelle, la sécurité présente et future de nos peuples. 5.- Le droit, comme peuples originaires, à avoir une identité et une diversité propres. Chaque membre d’un peuple est reconnu par celui-ci parce qu’il maintient avec lui des liens historico-culturels, territoriaux et linguistiques. En retour, cette appartenance est aussi faite de la loyauté envers le peuple qui vous reconnaît comme l’un des siens. 6.- Le fait d’être sur une unique planète et dans un monde où tout est interconnecté, le Bien Vivre de tous passe par la construction d’alliances basées sur le respect et dans le dialogue interculturel. L’unité, la capacité de mobilisation du mouvement indigène et la constitution d’alliances sont indispensables pour forger la force politique pour la concrétisation de nos droits comme peuples et dans le dialogue avec l’État.

    Le deuxième texte est une « Lettre ouverte » au début de laquelle il est rappelé qu’ils viennent des différents rios de cet immense État pour se joindre aux indigènes de la cité afin d’exprimer leur insatisfaction en raison des orientations anti-indigènes des politiques adoptées par le Gouvernement fédéral et celui de l’État d’Amazonas : « Nous sommes dans la capitale pour dénoncer cette politique qui a pour principe la violation des droits des peuples indigènes… » Et d’énumérer différents exemples de promesses non tenues, d’absence de dialogue, de restrictions budgétaires… De dénoncer l’action de personnes se disant du mouvement indigène, mais qui soutiennent propositions avec lesquelles celui-ci n’est pas d’accord…. Les signataires déclarent en avoir assez de la violence à leur encontre, de la persécution, de la criminalisation et l’assassinat de leaders. Ils réitèrent leur volonté de maintenir leur autonomie sur leurs terres, leur refus de l’exploitation minière et de l’orpaillage qui détruisent la forêt, polluent les rivières. Ils réclament la protection des peuples isolés, mais aussi des politiques publiques spécifiques pour les indigènes vivant dans les villes. À l’État d’Amazonas, ils demandent à participer à l’élaboration d’un plan – doté d’un budget - qui réponde aux demandes des communautés. Ils terminent leur lettre en affirmant leur disposition à se joindre aux autres secteurs de la société qui luttent pour la garantie des droits humains, sociaux et économiques, pour un projet de Bien Vivre en Amazonie, respectant la Mère Terre et la Maison Commune. « En continuant de lutter et rêver. Résister est nécessaire ! »

    Les Yanomami du rio Marauiaá, représentant leur association - Kurikama - étaient à Manaus pour participer à cette marche. Ils ont pu se réunir au siège de la SECOYA (le partenaire de AYA et du Mouvement pour la Coopération Internationale - MCI). Ils demandent une amélioration du Service de santé. D’autres Yanomami protestent contre l’invasion des garimpeiros (orpailleurs illégaux)

    Que sera 2020 pour la forêt amazonienne et les peuples qui l’habitent ? Déjà l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil – APIB a fait savoir qu’au début 2020 elle allait se mobiliser pour défendre le service de santé indigène…

                                                                                ***

    Photos : En haut : Resistir é preciso > Résister est nécessaire. Ci-dessous, supérieure : Nós Yanomami não queremos o garimpo no nosso território > Nous Yanomami, nous ne voulons pas l’orpaillage dans notre territoire. Ci-dessous, inférieure : Exigimos melhora na assistência de saúde dos povos indígenas > Nous exigeons un meilleur service de santé pour les peuples indigènes. Cliquer sur les images pour en agrandir la taille.

    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Yanomami, Mouvement pour la Coopération Internationale, MCI, Association Appui aux indiens Yanomami d’Amazonie, AYA, rio Marauiá, Service et Coopération avec le peuple Yanomami, Serviço e Cooperação com o Povo Yanomami, SECOYA, COP 25, Madrid, Madri, Altamira, Université Fédérale, Universidade Federal, Pará, Estado, État, Belo Monte, rio Xingu, Belo Sun, Centre du Monde, Amazônia Centro do Mundo, rivières volantes, Rios Voadores, Amazonas, Marcha dos Povos Indígenas do Amazonas, Forum d’Éducation Scolaire Indigène de l’Amazonas – FOREEIA, Fórum de Educação Escolar Indígena do Amazonas, Carta aberta, Bem Viver, Mère Terre, Mãe Terra, Casa Comun, Maison commune

     

    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Yanomami, Mouvement pour la Coopération Internationale, MCI, Association Appui aux indiens Yanomami d’Amazonie, AYA, rio Marauiá, Service et Coopération avec le peuple Yanomami, Serviço e Cooperação com o Povo Yanomami, SECOYA, COP 25, Madrid, Madri, Altamira, Université Fédérale, Universidade Federal, Pará, Estado, État, Belo Monte, rio Xingu, Belo Sun, Centre du Monde, Amazônia Centro do Mundo, rivières volantes, Rios Voadores, Amazonas, Marcha dos Povos Indígenas do Amazonas, Forum d’Éducation Scolaire Indigène de l’Amazonas – FOREEIA, Fórum de Educação Escolar Indígena do Amazonas, Carta aberta, Bem Viver, Mère Terre, Mãe Terra, Casa Comun, Maison commune

     

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 130, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

    Lien permanent Catégories : La lettre d'AYA 0 commentaire
  • Davi Kopenawa « Prix Nobel alternatif »

    Imprimer

    Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Amazônia, Stockholm, Davi Kopenawa, Rigth Livelihood Foundation, Prix Nobel alternatif, Yanomami, La Chute du Ciel, Erwin Kräutler, Chico Whitaker Ferreira, Leonardo Boff, Commission Pastorale de la Terre, Comissão Pastoral da Terra, MST, Xingu, Movimento dos trabalhadores rurais Sem Terra, José Lutzenberger, Maison de la Paix, Genève, Cité de Calvin, Daniel Schweizer, Indiens d’Amazonie en sursis, Festival et Film International de Défense des Droits Humains, FIFDH, Mouvement pour la Coopération Internationale, MCI, Association Appui aux indiens Yanomami d’Amazonie, AYA, rio Marauiá, Service et Coopération avec le peuple Yanomami, Serviço e Cooperação com o Povo Yanomami, SECOYA, Ville de Genève, Délégation Genève Ville Solidaire, Fédération Genevoise de Coopération, FGC, Canton de Genève, Aminatou Haidar, Sahara occidental, Greta Thunberg, Guo Jianmei, La chute du ciel, Bruce Albert, Editions Plon, Terre humaine, A queda do céu, The Falling Sky, Editora Companhia Das Letras, Harvard University PressCe 4 décembre à Stockholm, Davi Kopenawa, leader et chaman yanomami a été l’un des récipiendaires* du « Prix Nobel alternatif » délivré par la Rigth Livelihood Foundation. Une distinction qui arrive au moment où la Terre Indigène Yanomami – TI Y est envahie par des milliers d’orpailleurs illégaux qui polluent les sols et les rivières.

    Davi a mené de nombreux combats en faveur de son peuple. L’un des plus singuliers a été son action en faveur du retour en terre yanomami d’échantillons de sang prélevés sur les Yanomami dans les années 60 par des chercheurs américains. Les premiers échantillons de retour des USA ont été mis en terre au cours d’une cérémonie funèbre au début d’avril 2015. Son activité lui a valu d’être parfois menacé de mort comme en 2014. Il a retracé son parcours de vie et une partie de l’histoire de son peuple dans un ouvrage, « La chute du cie» coécrit avec l’anthropologue Bruce Albert en 2010**.

    Avant lui, d’autres brésiliens et organisations de la société civile du Brésil ont reçu la même distinction : Erwin Kräutler, évêque émérite du Xingu en 2010; Chico Whitaker Ferreira, militant altermondialiste en 2006; Leonardo Boff, un des pères de la théologie de la libération en 2001; la Commission Pastorale de la Terre – CPT et le Mouvement des travailleurs ruraux Sans Terre – MST en 1991 et José Lutzenberger, agronome et écologiste en 1988.

    Avant de se rendre à Stokholm, Davi était à Genève où il est intervenu lors d’une manifestation qui a eu lieu le 28 novembre à la Maison de la Paix. En mars 2012, il était déjà dans la Cité de Calvin lors de la présentation du film de Daniel Schweizer « Indiens d’Amazonie en sursis » projeté dans le cadre du Festival et Film International de Défense des Droits Humains – FIFDH. Sept ans plus tard la situation des indigènes brésiliens s’est gravement dégradée. La distinction remise à Davi Kopenawa est une occasion de la rappeler.

    Toujours à Genève, le Mouvement pour la Coopération Internationale – MCI et l’Association Appui aux indiens Yanomami d’Amazonie - AYA apportent un appui aux Yanomami du rio Marauiá par l’intermédiaire du Service et Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA dont le siège est à Manaus. Les deux ONG reçoivent le soutien de plusieurs collectivités publiques genevoises. Une modeste solidarité qui a le mérite d’exister !

                                                                                  ***

    *Les autres récipiendaires 2019 sont trois femmes : Aminatou Haidar, militante indépendantiste du Sahara occidental, Greta Thunberg, la jeune militante pour le changement climatique et Guo Jianmei, avocate chinoise qui milite pour les droits des femmes.

    **Traduit en anglais en 2013 sous le titre « The Falling Sky » aux éditions Harvard University Press, et en portugais en 2015 sous le titre « A queda do céu » aux Editions Companhia Das Letras. Une chronologie sélective de la vie de Davi est publiée en français sur le site de Survival International.

    Photo : Davi Kopenawa / © Fernando Frazão / Agência Brasil. Cliquer sur l’image pour en agrandir la taille.

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

    Cette note sera publiée dans le prochain « AYA Info » No 130, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

    Lien permanent Catégories : La lettre d'AYA 0 commentaire