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  • La déforestation, en baisse depuis 2008, est repartie (provisoirement ?) à la hausse

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    À mi-novembre, l'Institut national (brésilien) d'enquêtes spatiales – INPE a diffusé les résultats de ses observations relatives à la déforestation. Entre août 2012 et juillet 2013, la forêt de l'Amazonie légale a perdu 5'843 km2. Par rapport à la même période 2011 – 2012 pendant laquelle elle avait perdu 4'571 km2 cela représente une augmentation de 28%. Cette progression n'est pas générale dans tous les États de la région. La hausse est le fait de six États : Amazonas (562 km2 ou + 7%), Maranhão (382 km2 ou + 42%), Mato Grosso (1'149 km2 ou + 52%), Pará (2'379 km2 ou + 37%), Rondônia (933 km2 ou + 21%) et Roraima (185 km2 ou + 49%). En 26 ans, l’Amazonie a perdu 402'600 km2. Depuis 1988, la déforestation a connu quelques pics importants : 29'059 km2 en 1995, 25'396 en 2003 et 27'772 km2 en 2004. Depuis cette année-là, sauf en 2008, la baisse a été continue.

    Plusieurs spécialistes ont analysé ces résultats pour l'association O eco. Pour Roberto Smeraldi des "Amis de la Terre", les instruments de contrôle peuvent et doivent être améliorés. Pour Márcio Santili de l'Instituto Socioambiental – ISA, l'importance de la déforestation  montre un certain relâchement du système de contrôle; c'est un signe évident que le gouvernement fédéral n'a pas fait son travail. Pour Paulo Baretto de l'ONG Imazon, le risque de déforestation est lié à trois composantes : les menaces, l'exposition et la vulnérabilité. C'est comme la grippe dit-il, "Vous avez besoin de trois éléments pour la contracter : la présence d'un virus, la proximité avec une personne infectée et un système immunologique qui permet son entrée. À amnistier les auteurs de déforestation et de désaffectation des aires protégées, le gouvernement a augmenté la vulnérabilité, ou, pour utiliser une métaphore, il a affaibli le système immunologique". En fait, P. Baretto fait allusion à l'application du nouveau code forestier.

    Pour le ministère de l'environnement, le dernier niveau de déforestation atteint fin juillet 2013 est le deuxième plus petit taux observé depuis 1988. Il admet des problèmes ponctuels dans les États du Pará, du Mato Grosso et du Maranhão. Izabella Teixeira, la ministre de l'environnement a relevé que les chiffres reflètent des cas spécifiques. Selon elle, il y a eu plus d'un milliers d'opérations de contrôle dans la région : "Nous avons combattu la déforestation tous les jours impliquées dans des actions contre la déforestation… Jamais nous n'avons eu moins de 1'000 personnes impliquées dans des actions de lutte contre la déforestation". La ministre a également défendu le nouveau code forestier. "Il n'y a pas moins de possibilités de régulariser les déforestations illégales". Cependant, après avoir minimisé cette progression de la déforestation, la ministre a réuni, le 22 novembre, les représentants  des États de l'Amazonie légale pour renforcer, avec le concours de ces États, la lutte conte la déforestation. Et, le 27 novembre, lors de la 112e réunion du Conseil national de l'environnement - CONAMA, la ministre a annoncé de nouvelles mesures pour mieux surveiller le territoire; elle a indiqué que l'Institut brésilien de l'environnement et des ressources renouvelables – IBAMA, étudiait la possibilité d'utiliser des drones.

    Le WWF-Brésil relève qu'en Amazonie la déforestation se concentre sur les fronts d'expansion de l'agriculture et de l'élevage, mais aussi dans les zones proches d'axes routiers. Il note également que la déforestation n'est pas limitée à l'Amazonie, elle existe dans d'autres régions du Brésil. Elle est aussi une réalité dans les autres pays amazoniens. Pour l'organisation écologiste, il y une urgente nécessité de renforcer la coopération entre ces pays pour combattre la déforestation et, surtout, valoriser la forêt sur pied. Selon André Dias, l'un des responsables du WWF, "La science et les faits montrent que les parties de chacun des pays amazoniens sont connectées. L'équilibre de toute l'Amazonie dépend de son fonctionnement comme unité écologique. De là, l'importance du combat contre la déforestation dans tous les pays amazoniens".

    Le 21 février, l'INPE a publié les résultats des observations réalisées entre août 2013 et janvier 2014. Pendant cette période, la déforestation s'est étendue sur 1'163 km2. Elle avait été de1'428 km2 entre août 2012 et janvier 2013. La réduction est de 19%. Les données collectées par le système de Détection de la déforestation en Temps Réel – DETER ont leurs limites. Par exemple, il est important de tenir compte de la couverture nuageuse d'un territoire pour comparer les résultats. Les renseignements obtenus sont utiles pour orienter la surveillance sur des zones particulièrement suspectées de crimes environnementaux.

    Il faut attendre les résultats sur l'année août 2013 – juillet 2014 pour savoir si la réduction du taux de déforestation se confirme.

     

    PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus". Voir sur ce blog les notes des 17 décembre 2010 et 30 novembre 2012.

    - Cette note est une version actualisée de la "brève" publiée dans AYA Info (No 88), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

  • Les députés brésiliens ont adopté un Code forestier controversé

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    veta-dilma1.jpgLe 25 avril, c'est par 274 voix contre 184 et 2 abstentions, que la Chambre des députés a révoqué l'ancien Code forestier de 1965. Elle a accepté, en deuxième lecture, un nouveau texte qui réduit drastiquement les aires protégées dans les propriétés privées et amnistie ceux qui ont procédé à des déforestations illégales.

    Le 24 mai 2011, en première lecture, les députés avaient déjà approuvé, par 410 voix contre 63 et une abstention, un texte conforme aux intérêts du lobby de l'agrobusiness; un projet proposé par Aldo Rebelo, alors député, maintenant ministre des sports. Le 6 décembre 2011, les sénateurs, après avoir amendé le texte des députés, avaient adopté le nouveau Code par 58 voix contre 8.

    C'est avec l'appui d'une partie de la coalition gouvernementale que la Chambre des députés vient d'accepter ce nouveau Code forestier très controversé. En effet, sur ce sujet, le vote de la Chambre marque un éclatement de la coalition gouvernementale composée essentiellement du Parti des Travailleurs - PT, et du Parti du Mouvement Démocratique du Brésil - PMDB. Les députés du PT ont massivement refusé le texte proposé par le rapporteur : 79 députés sur les 80 ayant pris part au vote. Alors que 71 députés du PMDB l'ont accepté sur les 74 ayant voté. Le rapporteur du projet de loi, le député Paulo Piau est lui-même membre du PMDB.

    Le document est maintenant soumis à la signature de la présidente de la république qui peut lui opposer son veto. C'est ce que lui demande le "Comité de défense des forêts", un regroupement de dizaines d'organisations et mouvements sociaux. Dans sa note du 26 avril, le Comité explique les raisons de sa demande : "Si le texte approuvé par le Sénat signifiait déjà  l'amnistie [pour les responsables] des déforestations illégales et l'incitation à de nouvelles déforestations, les députés sont parvenus à ce qui paraissait impossible : le rendre encore pire. Le texte révisé par la Chambre des députés, en plus d'être contraire aux principes constitutionnels d'égalité devant la loi, de la fonction sociale de la propriété et de l'interdiction de réduire des droits fondamentaux, est frontalement contraire à l'intérêt national".

    La vague de protestation s'étend dans le pays. Une pétition a été lancée sur Internet. Les commentateurs soulignent comment, par ce vote, le Brésil est mis en mauvaise posture à la veille de la prochaine Conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio+20) qui doit se tenir à Rio de Janeiro dans quelques semaines.

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    Image : logo de la campagne d'appel à Dilma Rousseff, la présidente de la république, pour qu'elle fasse usage de son droit de veto pour s'opposer à cette loi.

    Pour en savoir plus, en français : Voir sur ce blog, les notes des  23/09/2011 et 09/12/2011

    En portugais :

    - L'information de l'agence de la Chambre des députés :

    http://www2.camara.gov.br/agencia/noticias/MEIO-AMBIENTE/415823-CAMARA-APROVA-NOVO-CODIGO-FLORESTAL;-TEXTO-SEGUE-PARA-SANCAO.html

    - La fiche de la procédure parlementaire et le texte adopté :

    http://www.camara.gov.br/proposicoesWeb/fichadetramitacao?idProposicao=17338 > Redação final

    - Une première analyse de l'Instituto Socioambiental :

    http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3536

    - L'appel du Comité de défense des forêts : http://www.socioambiental.org/nsa/detalhe?id=3537

    - L'analyse publiée sur le site du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre - MST :

    http://www.mst.org.br/node/13289

    - Le texte de la pétition lancée sur Internet : http://www.mst.org.br/node/13288

    - Un commentaire des "Amis de la terre/Brésil" : http://amazonia.org.br/2012/05/veta-dilma/

     

    Une version réduite de cette note a été publiée dans "AYA Info" No 71, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA - 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2