21/12/2017

Autochtones et scientifiques lancent un appel en faveur de la Terre-Mère

Brasil, Brésil, Amazonie, Brasilia, Alliance des Gardiens de Mère Nature, Raoni Metuktire, Kayapó, Planète Amazone, Terre Mère, Déclaration Universelle des droits de la Terre, Cochabamba, Bolivie, Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, Convention 169, OIT, Convention des Nations Unies contre la corruption, Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, Accord de Paris de 2015, Consentement Libre, Préalable et Informé, COP 23, Bonn, BioScience, William J. Ripple, Christopher Wolf, Thomas M. Newsome, Mauro Galetti, Mohammed Alamgir, Eileen Crist, Mahmoud I. Mahmoud, William F. LauranceDu 12 au 16 octobre, à Brasilia, s'est tenue la 2e réunion de "l'Alliance des Gardiens de Mère Nature" qui a rassemblé près de deux cents leaders indigènes et alliés, originaires d'une vingtaine de pays des cinq continents. Cette Alliance s'est réunie une première fois en novembre 2015, lors de la COP 21, la Conférence de Paris sur le climat. Cela à l'initiative du Cacique Kayapó Raoni Metuktire et de l'association française "Planète Amazone". Au terme de leur rencontre de Brasilia, les participants ont lancé un "Appel aux États et à l'humanité pour la préservation de la vie sur la planète et celle des générations futures." Ils commencent par rappeler l'existence des 370 millions d'indigènes répartis dans plus de 70 pays des cinq continents. Ils forment plus de 5'000 groupes et parlent plus de 4'000 langues. Partant du fait que les peuples autochtones ont toujours pris soin de la Terre Mère, ils affirment qu'il n'y a pas de séparation entre les droits des peuples autochtones et ceux de la Terre Mère.

L'Appel comprend dix-huit paragraphes touchant différents domaines. Plusieurs concernent l'application de textes existants : la Déclaration Universelle des droits de la Terre, adoptée à Cochabamba (Bolivie) en 2010, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (2007), la Convention 169 de l'OIT, celles de l'ONU contre la corruption et sur le droit de la mer. Mais aussi l'amélioration de l'Accord de Paris de 2015 jugé trop commercial. Le document revient à plusieurs reprises sur le droit au "Consentement Libre, Préalable et Informé" (y compris un droit de veto) des communautés indigènes avant toute décision concernant l'aménagement d'infrastructures dans leurs territoires. La protection de l'eau, des océans, des espaces forestiers et des savoirs traditionnels occupe une place importante. Le texte demande des mesures pour protéger les femmes indigènes et les peuples autochtones en situation d'isolement volontaire. Il est demandé à la Cour pénale internationale de sanctionner les éco-crimes. La conclusion du premier paragraphe de l'Appel en résume le sens : "La Terre Mère est vivante, elle est notre maison commune et nous devons la respecter, prendre soin d'elle pour le bien-être des générations futures."

Le 13 novembre, un mois après la rencontre des autochtones à Brasilia, ce sont 15'000 scientifiques de 184 pays qui, après l'appel lancé en 1992, adressent un deuxième avis à l'humanité*. Les auteurs mettent en évidence l'évolution de neuf indicateurs montrant que, depuis 25 ans, l'humanité n'a pas réussi à faire des progrès suffisants en matière de développement durable. Ils citent la nécessité de prendre des mesures concrètes, par exemple de "prioriser la mise en place de réserves connectées, bien financées et bien gérées, pour une proportion significative des habitats terrestres, marins, d'eau douce et aériens dans le monde; de maintenir les services éco-systémiques de la nature en arrêtant la destruction des forêts, des prairies et d'autres habitats naturels". La conclusion de leur avis rejoint les préoccupations des leaders indigènes : "Bientôt il sera trop tard pour dévier de notre trajectoire défaillante, et le temps s'épuise. Nous devons reconnaître, dans notre vie quotidienne et dans nos institutions gouvernementales, que la Terre avec toute sa vie est notre seul foyer." Publié pendant la réunion de la COP 23 qui s'est tenue à Bonn en novembre dernier, cet appel a eu un très fort écho médiatique.

Autochtones et scientifiques appellent à ne pas attenter davantage à la vie de la Mère Nature – la Terre Mère - dont l'humanité est partie intégrante. Autrement dit, les uns et les autres pressent la communauté humaine à agir pour éviter un matricide potentiellement suicidaire. Les mesures qu'ils préconisent pour ne pas commettre un irréparable "matricide-suicide" ouvrent la voie à un avenir plus réjouissant, mais le temps presse !

                                                                      ***

* Le texte original est accessible par ce lien : https://academic.oup.com/bioscience/article/4605229 - Voir l'original en français dans "supplemental file S1" p. 17 et la liste des signataires dans "supplemental file2"

Illustration : Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image. Il s'agit d'une partie de la 1ère page de l'édition du 14 novembre du quotidien français "Le Monde" qui a publié l'appel in extenso.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" No 120, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

03/11/2017

Convention de Minamata : le mercure moins insaisissable ?

Brasil, Brésil, Amazonie, Bolivie, Brésil, Colombie, Equateur, France, Guyane, Guyana, Pérou, Suriname, Venezuela, Amérique u Sud, Suisse, Genève, Convention de Minamata, Mercure, vif-argent, Office fédéral de l'environnement, OFEV, Conseil fédéral, Programme des Nations Unies pour l'Environnement, PNUE, OMS, Lisa Mazzone, Conseil National, Doris Leuthard, Zero Mercury, FecohrsaSignée par 128 pays en 2013 et ratifiée par 83 pays et parties, la Convention de Minamata sur le mercure est entrée en vigueur le 16 août dernier*. Les gouvernements qui ont ratifié la Convention – la Suisse en mai 2016 - sont tenus de prendre une série de mesures pour protéger la santé humaine et l'environnement en traitant le mercure tout au long de son cycle de vie. Celles-ci incluent l'interdiction de nouvelles mines de mercure, l'élimination progressive de celles existantes et la réglementation de l'utilisation du mercure dans les mines d'or artisanales et à petite échelle**, les processus de fabrication et la production d'objets de tous les jours tels que les cosmétiques, les ampoules, les batteries et les garnitures dentaires.

Pour l'OMS, le mercure est l'un des dix produits chimiques les plus dangereux qui mettent en danger la santé et l'environnement. L'exposition au mercure peut avoir des effets toxiques sur les systèmes nerveux, digestif et immunitaire, et sur les poumons, les reins, la peau et les yeux, en particulier chez les enfants à naître et les nourrissons.

La première Conférence des Parties à cette Convention s'est tenue à Genève du 28 au 30 septembre. Les représentants des 150 États réunis à cette occasion ont décidé de baser le Secrétariat de la Convention dans cette ville qui abrite déjà de nombreuses organisations internationales.

Souvent dans ce blog, il a été question de l'usage du mercure dans la pratique de l'orpaillage illégal en Amazonie que cela soit en Guyane, au Brésil ou au Pérou. Si la majorité des neuf pays du bassin amazonien*** sont Parties à la Convention, il faut relever que la Colombie et le Venezuela l'ont signée, mais pas ratifiée. Le Suriname ne l'a ni signée, ni ratifiée.

Dans un rapport publié cette année, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement – UNEP a dressé un état des lieux relatif à la production et au commerce du mercure dans le monde, notamment la situation en 2015. Dans ce rapport, il est dit qu'en 2015, près de 37% du mercure mis sur le marché mondial - 1'740 t sur 4'720 t, dont 680 t pour l'Amérique du Sud - est utilisé pour l'exploitation de l'or à petite échelle dont la totalité est dispersée dans l'environnement.

On y voit aussi que la Suisse est active sur ce marché. En effet, selon la statistique de l'Administration fédérale des douanes, de 2010 à 2016, elle en a exporté 577 tonnes pour un montant de 10,2 millions de CHF. Pour les neuf premiers mois de 2017, elle en a exporté 16'649 kg pour un montant de 623'427 CHF. Des chiffres en baisse par rapport à la même période de 2016 (25'736 kg pour 1'203'280 CHF). Le mercure exporté par la Suisse est issu de l'importation et du recyclage de déchets.

Le 25 octobre dernier, le Conseil Fédéral**** a adopté la modification de plusieurs Ordonnances en vue d'adapter la législation helvétique aux dispositions de la Convention. Elles entreront en vigueur le 1er janvier 2018. Une législation qui prévoit bien des interdictions, mais aussi des exceptions et des dérogations.

Membre du Conseil National, la Genevoise Lisa Mazzone a déjà interpellé le Conseil Fédéral sur la manière dont il entend appliquer la nouvelle Convention en regard du commerce de l'or pratiqué par la Suisse. Elle a exprimé sa volonté de déposer une Motion selon la réponse qui lui sera donnée.

Le 23 octobre, une cinquantaine de personnalités d'une trentaine de pays, regroupées au sein de "Zero Mercury" ont adressé une lettre à Doris Leuthard, la présidente de la Confédération et aux responsables de l'Office Fédéral de l'Environnement. Les signataires félicitent la Suisse d'avoir accueilli la première Conférence des Parties à la Convention. Mais ils expriment leur préoccupation en raison de ces exceptions et dérogations : "Au moins une partie du mercure exporté par la Suisse finira par se retrouver dans les pays en développement qui ne disposent pas d'infrastructure pour la gestion des déchets, d'allocations budgétaires ou d'installations de stockage pour traiter le mercure. En conséquence ce mercure est susceptible de continuer à polluer notre environnement… Nous sollicitons la reconsidération de la mise en œuvre d'une interdiction partielle des exportations".

Le mercure est un métal liquide à température ambiante. Que l'on se rappelle la difficulté de saisir le mercure échappé de la colonne cassée d'un vieux baromètre. Le mercure fuit la prise, il se dérobe en se divisant… Il est parfois appelé "vif-argent". Sa nature est-elle symbolique ? Autre symbole : dans la mythologie romaine, Mercure est le dieu du commerce qui semble avoir encore de nombreux fidèles adorateurs en ce début du troisième millénaire. Parmi eux, les organisateurs des filières qui fournissent en mercure les orpailleurs illégaux qui polluent de nombreux sites et cours d'eau et empoisonnent les populations locales.

La mise en vigueur de la convention est un progrès, mais il tarde que le commerce et les émissions de mercure soient complètement sous contrôle !

                                                                      ***

* Voir dans ce blog, les notes des 15 février et 29 novembre 2013.

** Sujet abordé dans l'Article 7 et l'Annexe C de la Convention.

*** Les pays amazoniens : Bolivie, Brésil, Colombie, Equateur, France (pour la Guyane), Guyana, Pérou, Suriname et Venezuela.

**** Voir : https://www.bafu.admin.ch/bafu/fr/home/documentation/communique/anzeige-nsb-unter-medienmitteilungen.msg-id-68510.html

Photo : © Fecohrsa (Pérou) - Fédération des Communautés Huambistes (Wampis) du Rio Santiago. Un site d'orpaillage illégal sur le rio Santiago en Amazonie péruvienne. Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image.

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, permettent d'en "savoir plus".

Cette note est une mise à jour de celle publiée dans le dernier "AYA Info" No 119, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 13, rue des Bossons - CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

13/02/2015

Les langues indigènes sont menacées de disparition

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, línguas indígenas, José Carlos Levino, Museu do Indio, Rio de Janeiro, José Ribamar Bessa Freire, Universidade federal do Rio de Janeiro, URFJ, Bonfim, Estado de Roraima, Macuxi, Wapichana, Serra da Lua, Insikiran, OPIRR, UFRR, São Gabriel da Cachoeira, Nheengatu, Tukano, Baniwa, Tacuru, Guarani, talian, Rio Grande do Sul, Santa Catarina, Asurini, Tocantins, Pará, Espírito Santo, Argentinne, Paraguay, Bolivie, INDL, IPHAN, Foz d'Iguaçu, CEEI, SEDUC, Depp, Secoya, Terre des Hommes Suisse, Terre des Hommes Luxembourg, rio Tacutu, Guyana, Boa Vista,Convention 169, OITAu Brésil, les langues indigènes sont en danger. Selon José Carlos Levino , le directeur du Musée de l'Indien de Rio de Janeiro, dans les 15 ans à venir, le pays court le risque de perdre jusqu'à 60 langues indigènes sur les 150 à 200 parlées actuellement. À l'occasion de la rencontre de Foz d'Iguaçu dont il est question ci-dessous, José Ribamar Bessa Freire, professeur à l'Université fédérale de l'État de Rio de Janeiro, a publié un article dans lequel il rappelle qu'en cinq siècles, soit depuis le début de la colonisation, plus de 1'100 langues indigènes ont disparu de la carte du Brésil… Des initiatives sont prises pour tenter de limiter la perte culturelle que constitue la mort de ces langues. En voici quelques exemples.

Le 2 décembre 2014, le Conseil municipal de Bonfim * (dans l'État de Roraima) a approuvé une loi municipale (No 21/2014) qui reconnaît les langues Macuxi et Wapichana comme langues co-officielles de la municipalité au même titre que le portugais. La proposition de loi avait été discutée entre leaders et professeurs de langues indigènes de la région de Serra da Lua depuis 2012. Elle a été présentée au Conseil municipal en février 2013 par les élèves de l'Institut Insikiran et des représentants de l'Organisation des Professeurs Indigènes de Roraima – OPIRR. Tous les conseillers ont appuyé le projet. Le processus a été suivi par les membres de cet Institut de formation supérieure indigène rattaché à l'Université Fédérale de Roraima - UFRR. Celui-ci développe un programme de revitalisation et de valorisation des langues Wapichana et Macuxi. La municipalité a maintenant cinq ans pour mettre en œuvre la loi, engager des traducteurs et interprètes indigènes pour traduire des documents, les panneaux de signalisation et financer la publication de livres pour l'enseignement.

Dans l'État d'Amazonas, en 2002 déjà, la municipalité de São Gabriel da Cachoeira a officialisé trois langues indigènes indigènes : le Nheengatu, le Tukano et Baniwa. En 2010, dans le Mato Grosso do Sul, la municipalité de Tacuru a reconnu le Guarani comme seconde langue officielle.

En septembre 2014, trois langues ont reçu le titre de "Référence culturelle brésilienne": le Talian parlé par les descendants d'émigrés italiens dans le sud du Brésil, surtout dans les États du Rio Grande do Sul et de Santa Catarina; l'Asurini do Trocará ou Asurini du Tocantins, langue parlée par le peuple indigène Asurini qui vit sur les rives du rio Tocantins, dans la municipalité de Tucuruí (État du Pará) et le Guarani Mbya qui est une des trois variétés de la langue Guarani. Ce Guarani est parlé dans une bande du littoral qui va de l'État de l'Espírito Santo au Rio Grande do Sul, et au-delà de la frontière, en Argentine, au Paraguay et en Bolivie. Ces langues sont les premières à être inscrites à l'Inventaire National de la Diversité Linguistique - INDL par l'Institut du Patrimoine Historique et Artistique National – IPHAN. Cet "Inventaire" a été  créé par décret présidentiel (No 7.387) du 10 décembre 2010. La cérémonie officielle de certification a eu lieu lors du Séminaire Ibéro-Américain de Linguistique qui s'est tenu à Foz d'Iguaçu en novembre 2014.

La reconnaissance officielle des langues indigènes est capitale pour leur sauvegarde. L'enseignement de ces langues, notamment dans les écoles indigènes du pays est un instrument essentiel pour leur préservation. Cela suppose la mise en œuvre de politiques publiques en faveur du développement et de la consolidation de l'éducation scolaire indigène différenciée bilingue. Une différenciation prenant en compte, notamment, la culture, l'organisation sociale, l'histoire, la philosophie, les croyances, les connaissances traditionnelles de chaque peuple dont la langue est porteuse. Quand cela n'a pas été fait, la consolidation demande le passage de la langue orale à la langue écrite. C'est un travail conséquent, généralement réalisé avec le concours de linguistes. La participation des représentants des peuples concernés est indispensable.

Dans l'État d'Amazonas, le Conseil de l'Éducation Scolaire Indigène – CEEI rattaché au Secrétariat de l'Éducation – SEDUC travaille dans ce sens. En août 2014, sous l'égide du Département de politiques et programmes éducationnels - Deppe , il a publié un "Modèle de référence" pour les écoles de l'enseignement fondamental et moyen. Notre partenaire, le Service de Coopération avec le peuple Yanomami – SECOYA a participé à la démarche du CEEI. Au sein de son secteur "éducation", la SECOYA a développé un programme de formation de professeurs indigènes Yanomami soutenu par Terre des Hommes Suisse** et Luxembourg.

Ces diverses initiatives seront-elles suffisantes pour enrayer la constante disparition des langues indigènes ? Sont-elles suffisantes en regard de l'application de l'article 28 de la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail – OIT qui prévoit que "Des dispositions doivent être prises pour sauvegarder les langues indigènes des peuples intéressés et en promouvoir le développement et la pratique" ? Cette Convention a force de loi au Brésil.

***

Illustration : Cliquer sur la vignette pour agrandir l'image. Il s'agit de la première page du bulletin bilingue "Wanowano" (No 32 mars 2014) édité par des Yanomami de l'État d'Amazonas. La colonne de gauche est en portugais et celle de droite est en langue yanomami. À remarquer les trémas et les i barrés. "Wano wano", ce sont les nouvelles qui se transmettent – souvent oralement - de villages en villages.

* La municipalité de Bonfim, d'une superficie de 8'000 km2, compte environ 11'600 habitants dont 44 % sont des indigènes. Elle est située au nord est de l'État de Roraima à la frontière avec la Guyana dont elle est séparée par le Rio Tacutu. La localité de Bonfim est à 125 km de Boa Vista, la capitale de l'État.

** Voir sur ce blog, les notes des 24 février 2014, 20 septembre 2013 et 10 août 2012

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans  le prochain "AYA Info" No 100, le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2

13/08/2014

Indiens isolés : un contact met fin à une résistance séculaire

Brasil, Brésil, Amazônia, Amazonie, Amazonas, Autochtones, indigènes, povos indígenas, índios, peuples isolés, Funai, Ashaninka, Simpatia, Terras indigenas, Acre, Frente de proteção etnoambiental, Kaxinawa, Ninawa Huni Kuin, rio Xinane, rio Envira, madeireiros, narcotraficantes, Jorge Viana, CIDH, OEA, Bolivie, Bolivia, Colombie, Colombia, Equateur, Ecuador, Paraguay, Venezuela, Guiana, Suriname, Carta Capital, Felipe Milaneze, Glenn Shepard, Programa de Aceleração do Crescimento, Carlos Lisboa TravassoLe 1er juillet, la Fondation Nationale de l'Indien – FUNAI a publié un communiqué annonçant le premier contact établi par un groupe d'indiens, jusque-là isolés, avec une communauté Ashaninka du village Simpatia, dans la Terre Indigène Kampa et Isolés du Alto Rio Envira, dans l'État d'Acre, non loin de la frontière avec le Pérou. La rencontre a été pacifique comme en témoigne la vidéo ci-dessous. Au moment du contact, des membres du Front de Protection Ethno-environnemental Envira – FPE de la FUNAI étaient présents. Ils ont eu l'opportunité de filmer l'événement. Le 17 juillet, la Fondation a indiqué que ces indiens ont dû recevoir un traitement antigrippal. Ils n'ont pas échappé au choc microbien ! Elle a mis en œuvre le plan d'intervention pour les situations de contact. Il s'agit surtout de réduire les risques graves encourus par ces indiens dans le domaine de la santé. Leur organisme est dépourvu d'anticorps susceptibles de répondre aux attaques d'agents pathogènes.

Le FPE du Envira était présent dans ce village pour enquêter suite aux doléances d'indiens Kaxinawa qui se plaignent d'avoir eu à subir des saccages et des vols commis par des indiens isolés. Ninawa Huni Kuin, le président de la Fédération du peuple Huni Kuin demande que la FUNAI réactive la base du FPE du rio Xinane fermée en 2011 après une invasion de narcotrafiquants péruviens*. Pour lui, comme pour beaucoup d'indigénistes, les peuples isolés de la région sont sous la pression de "madeireiros" (exploitants forestiers) ou de narcotrafiquants qui envahissent leurs territoires.

Le Coordinateur général  du service des indiens isolés et de contact récent de la FUNAI, Carlos Lisboa Travasso, dans une interview à "Amazônia Real", décrit le détail des contacts qui ont eu lieu avec ces visiteurs. Il exprime également sa préoccupation quant à l'avenir des groupes isolés.

Pour l'heure, le gouvernement de l'État d'Acre a apporté son appui au FPE. Le sénateur Jorge Viana a demandé au ministre de la justice de garantir à la FUNAI les ressources nécessaires à la protection des indiens isolés. Il s'agit d'un investissement de 5 millions de Reais** sur quatre ans.

Le Brésil n'est pas le seul pays à avoir des peuples isolés sur son territoire. La Commission Interaméricaine des Droits Humains – CIDH, de l'Organisation des États Américains – OEA, est préoccupée par la situation de ces peuples dont plusieurs courent le risque de disparaître complètement. Elle vient de publier un rapport relatif aux "Peuples indigènes en isolement volontaire et en contact initial dans les Amériques". Une problématique qui, outre le Brésil, concerne la Bolivie, la Colombie, l'Equateur, le Paraguay et le Venezuela. Il y a des indices de présence de tels peuples en Guiana et au Suriname. Pour la CIDH, les principales menaces qui pèsent sur ces peuples sont : le contact en lui-même, les pressions sur leurs terres et territoires, l'extraction des ressources naturelles, les contagions et autres maladies, les agressions directes, les projets touristiques et le narcotrafic. La Commission fait une série de recommandations aux États concernés, comme la protection des territoires, la consultation préalable, libre et informée sur les projets concernant ces peuples.

Dans un article publié dans "Carta Capital", les bons connaisseurs des questions indigènes que sont le journaliste Felipe Milaneze et l'anthropologue Glenn Shepard, rappellent l'histoire des peuples indigènes du Brésil qui ont eu à souffrir du contact avec les non indiens : la période d'exploitation du caoutchouc, la dictature militaire et, maintenant, le Programme d'Accélération de la Croissance – PAC du gouvernement brésilien. Ils rappellent la trentaine d'ouvrages du programme qui impactent directement le territoire d'indiens isolés. Selon eux, l'isolement voulu par ces peuples est une stratégie de survie. Le contact établi par ces indiens isolés (qu'ils appellent Xatanawa) "met fin à une résistance séculaire". Les indigènes venus au contact des Ashaninka sont des survivants…

* Voir sur ce blog, la note (avec carte) publiée le 26 août 2011. Et "AYA Info" No 29 .

** Soit environ 2,2 millions de US$ ou 2 millions de CHF.

Photo : FUNAI, trois des indiens venus au contact du village Ashaninka

La vidéo ci-dessous a été vue plus de 2,2 millions de fois

 

PS : L'activation des liens hypertextes (en bleu) renvoie à une partie des  sources utilisées pour la rédaction de cette note. Ces sources, souvent en portugais, permettent d'en "savoir plus".

- Cette note sera publiée dans le prochain "AYA Info" (No 95), le bulletin de l'association "Appui aux indiens Yanomami d'Amazonie" - AYA / 15, Chemin de la Vi-Longe  -  CH - 1213 Onex / Genève - CCP 17-55066-2